‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 107 sur 180 · LE POISSON À IOO TÊTES · texte numérisé non relu

LE POISSON À IOO TÊTES

Pendant un de ses voyages dans la principauté de Vaisal (1), Bouddha s'était assis non loin du fleuve Li-yué ^ jÇfc, qui séparait le royaume de Vaisali du royaume de Vridji. Des pêcheurs (2) prirent dans leurs fdets un poisson à 100 tètes, de formes les plus étranges : têtes de mulet, têtes de cheval, têtes de chameau, têtes de tigre, de loup, de porc, de renard etc. Il était si énorme que 500 pêcheurs n'arrivèrent pas à le hisser sur la rive; on dut appeler des bergers, et il fallut les efforts réunis de 1.000 hommes pour tirer ce monstre du lit du fleuve. Au

(1) Vfiisali était la capitale d'un petit État indépendant, au nord de la ville actuelle de Patna. Elle était sise non loin du bord oriental de la Gandaki, à 130 lis au nord du Gange. Les pèlerins bouddhistes, au Vile siècle, la trouvèrent en grande partie ruinée.

(2) Ce* pêcheurs étaient des hommes du royaume de Fou-li-che fft Jfè # (Vrid)i) IHuen-tsang ifc 14 vit, sur le bord du fleuve "Revati» (?), un stupa dune trentaine de pieds de hauteur, à l'endroit où se passa cette scène,

moment où les pêcheurs s'apprêtaient à le tuer, Çakyamouni, de son œil transcendant, les aperçut. Il se sentit ému de pitié; par un effet de sa puissance, il s'élança dans les airs, gagna la rive du fleuve et s'assit les jambes croisées. «Ne tuez pas ce poisson, leur dit-il ; je veux lui ouvrir la porte du bonheur. Je lui ferai sentir l'ascendant de ma majesté toute-puissante, et en lui révélant le secret de son existence antérieure, je lui ferai parler le langage des hommes et je mettrai dans son cœur des sentiments humains.»

Bouddha l'interrogea ainsi : « Quel crime avez-vous commis dans vos vies précédentes, pour être tombé dans cette voie d'expiation et avoir mérité de renaître sous cette monstrueuse figure? — Jadis, reprit le poisson, je connus le bonheur et je naquis dans une noble famille; je fus le célèbre brahme Kapila.»

Ananda pria le Très Honoré de raconter à l'assistance la djataka de cet être monstrueux. Bouddha s'exprima en ces termes:

«Autrefois, un brahme eut un fils nommé Kapila. Ce jeune homme était fort intelligent. Un jour, sa mère lui demanda s'il connaissait quelqu'un de plus intelligent que lui. Le jeune homme répondit que les bonzes lui étaient supérieurs. «Alors, «reprit la mère, pourquoi ne vas-tu pas t'instruire auprès « d'eux?»

« Le jeune brahme suivit le conseil de sa mère et alla étudier la doctrine bouddhique, pendant ses discussions avec les bonzes, si ceux-ci se trouvaient à court d'arp-uments, il les invectivait: «Vous n'êtes que des ignares, leur disait-il; vous «êtes des benêts, des bestioles! Têtes de brutes!» Il reprit naissance dans le corps d'un poisson à 100 têtes d'animaux, en punition des injures proférées contre la personne des bonzes. »

Tous les pêcheurs et les bergers demandèrent à Bouddha la faveur d'être admis dans les rangs de ses disciples.

Cet exemple d'une punition si rigoureuse fit comprendre à Ananda et à tous ses compagnons, combien il est nécessaire de se surveiller dans toutes ses actions, paroles et pensées.

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