‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 109 sur 180 · ART. XXII. — CONVERSION DE ÇRICOUPTA ; CONVERSION D'UN BRAHME · texte numérisé non relu

ART. XXII. — CONVERSION DE ÇRICOUPTA ; CONVERSION D'UN BRAHME

«J'ai voulu vous faire tomber dans un guet-apens, lui dit-il; les mets que je vous avais destinés contiennent du poison. Je vous prie de bien vouloir patienter un moment pendant qu'on en préparera d'autres. — Inutile de vous donner cette peine, répondit Çakyamouni ; ceux-ci sont parfaits, ils ne sauraient me nuire: tout le poison en a disparu.»

Dès qu'on les eut servis, un arôme délicieux parfuma tout l'appartement.

«Très miséricordieux Sauveur de tous les êtres, s'écria Çrigoupta, pardonnez-moi. — 11 vous suffit de reconnaître votre faute pour qu'elle soit pardonnée, répondit Bouddha. Je vais vous exposer les excellences de ma loi, briser les liens qui enlacent votre cceur et vous prêcher ma sublime doctrine. »

Il l'instruisit donc des huit abstractions, des quatre vérités fondamentales, des trois renoncements, des six voies de la délivrance, de la rétribution qui suit les bonnes et les mauvaises actions, et sut donner un remède approprié à chacune de ses infirmités, de sorte que son esprit fut éclairé et son cœur changé (1).

Les six fauteurs d'hérésie dont nous venons de parler avaient perverti le royaume du Magadha par leurs fausses doctrines. Le frère du roi Bimbasara était le plus solide soutien de ces imposteurs. Le roi, qui était adepte fervent de la loi bouddhique, essayait de le ramener à de plus saines idées ; mais ce prince croyait éperdûment les racontars de ces six personnages influents et ne voulait en aucune façon entendre parler de la doctrine de Bouddha. Il eut même un conciliabule avec ces sectaires, et ils affirmèrent hautement qu'ils ne craignaient point de démontrer en public que leur doctrine valait bien la sienne.

Le roi les prit au mot; un jour fut fixé, pour que les six

(I) Le prodige ci-dessus a été rappelé par les artistes qui ciselèrent h s bas-reliefs du musée de Lahore, n° -124, et de Calcutta, n° G. 173. Cf. Foucher, pp. 531,533.

champions de l'hétérodoxie pussent se mesurer avec leur adversaire. Bouddha se présenta au jour marqué. Il monta majestueusement sur l'estrade ; à sa droite et à sa gauche, Indra et Brahma vinrent prendre place; le roi Bimbasara et la brillante escorte de ses ministres donnaient à la réunion un caractère de majestueuse solennité. Bouddha étendit le bras, puis posa la main sur son siège. Au même instant, les cinq génies souverains renversèrent les sièges des six hérésiarques; Vajrapani, le grand Maharaja, armé d'un sceptre de diamant flamboyant, menaça de les frapper. Les sectaires s'enfuirent précipitamment ; tous leurs disciples prièrent Bouddha de les admettre au nombre de ses bonzes.

Conversion d'un brahme-. — Pendant une excursion que Bouddha fit dans le royaume de Kiu-mi 3fa $$, il se heurta à l'opposition systématique d'un brahme puissant, ministre de cet État. Son épouse ne valait pas mieux que lui. Le brahme recommanda à son épouse de fermer impitoyablement la porte du palais, au cas où le bonze Gautama se présenterait. Le lendemain même, Bouddha apparut soudain dans l'intérieur du palais. La femme du brahme refusa de lui parler. Bouddha lui adressa ces paroles: «Vous, brahmes. vous ajoutez sottement foi aux fausses doctrines et vous refusez de croire aux Trois Précieux (1) ! »

La vision s'évanouit. Encore plus irritée par cette remontrance, la femme se dépouilla de ses bijoux, revêtit de vieux habits et s'assit sur la terre nue en signe de deuil. Quand son mari fut de retour, il lui demanda la cause de son chagrin. «Le bonze Gautama est venu me maudire, reprit-elle; il m'a dit: «Vous autres, brahmes, vous croyez aveuglément des faussetés «et vous persistez à ne pas croire ma doctrine !»— Demain nous verrons!» riposta le brahme. Le lendemain, la porte du palais resta ouverte ; puis quand Bouddha revint, le jour suivant, le

(I) San-pao H If* les Trois Précieux, c'est-à-dire: Bouddha, la loi et la communauté des moines Cf. ci-dessus P- 136; ci-dessous, p. 265.

Fig. 24.

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Bouddha échappe au sabre d'un brahme. (p. 258)

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