ART. II. SECOND VOYAGE À KAPILAVASTU
ne vois que votre extérieur, je ne puis voir votre intérieur. Siddhartha, jadis, dans mon palais vous portiez les trente-deux signes de votre destinée future, tous les ministres ont pu en être témoins ; maintenant que vous êtes devenu Bouddha, ces signes sont encore infiniment plus évidents.
«Mais, après votre entrée au nirvana, comment les générations postérieures, qui n'auront plus l'avantage de vous voir, pourront-elles, malgré cela, avoir part au bienfait de votre loi? Veuillez nous expliquer ce point important.» Bouddha parut un moment comme absorbé dans une profonde réflexion; puis un jet de lumière multicolore sortit de sa bouche, se projeta sur le visage de Suddhodana, illumina le ciel et tout l'appartement d'une clarté éblouissante, et rentra dans la bouche du Très Honoré.
Pour montrer à tous l'image de son corps glorieux, il transforma subitement tout le vihâra en une montagne de jade blanc, haute comme le Suméru et percée de 100.000 niches. Dans chacune de ces excavations apparut l'image de Bouddha.
À ses pieds surgit une large fleur de lotus, à 1.000 pétales; de chaque pétale s'échappèrent 1.000 rayons lumineux, et chacun de ces rayons forma 1.000 images de Bouddha entouré de tous ses disciples. Bouddha dit alors à son père : « Quand je serai entré dans le repos de mon nirvana, si mes disciples ont soin de se détacher des choses terrestres, de fuir tout mal et de se rappeler la permanence de ma gloire, ils jouiront du même avantage que ceux qui ont eu le bonheur de me voir: toutes leurs fautes leur seront pardonnées, leurs vœux seront accomplis et tous, dans une vie postérieure, atteindront le repos suprême.»
§ 3. PRADJÂPATI PREND L'HABIT DE BONZESSE.
Pradjâpati, la mère adoptive de Bouddha, se présenta devant lui. Elle avait pris la résolution de renoncer au monde et
d'embrasser la vie religieuse. «J'ai appris, clit-elle, que les femmes résolues à pratiquer la perfection, peuvent devenir bonzesses ; c'est pourquoi je désire vivement suivre cette nouvelle carrière et dire adieu au monde. Çakyamouni l'en dissuada et reprit: «N'y pensez point: les femmes qui voudront suivre ma règle et prendre l'habit, devront toute leur vie garder la continence et observer les lois bouddhiques. » A plusieurs reprises, elle réitéra sa demande, mais elle essuya toujours le même refus.
Ananda l'aperçut à la porte de Çakyamouni ; elle était toute en larmes. Ayant appris pourquoi elle pleurait, il la consola et lui dit: «Ayez bon espoir; je vais intercéder pour vous.» Ananda présenta donc de nouveau sa demande à Bouddha ; il refusa de l'accueillir. Ananda fit valoir tous les soins qu'elle lui avait prodigués depuis sa plus tendre enfance pour le nourrir, parfaire son éducation etc.. «C'est bien, répondit Bouddha; je suis redevable à ma mère adoptive d'un infinité de bienfaits : elle m'a nourri, élevé, et si je suis maintenant parvenu à la suprême sagesse, c'est à elle que je le dois. Mais ne me doit-eile pas, elle aussi, la grande faveur de la foi aux «Trois Précieux»? N'a-telle pas été admise à la connaissance des «cinq préceptes» (ne pas tuer ; ne pas voler ; ne pas commettre d'impureté ; ne pas mentir; ne pas boire de liqueurs ennivrantes) ? Si les femmes se font bonzesses, elles devront observer huit règles pendant toute leur existence et elles y seront strictement obligées.»
Ananda alla rapporter à Pradjâpati ce que Bouddha venait de lui dire ; elle accepta les conditions imposées.
Çakyamouni dit alors à Ananda: «Si j'accepte les femmes comme bonzesses, en 500 ans elles arriveront à corrompre peu à peu la pureté de ma doctrine ; et qu'arrivera-t-il? Je trouve chez elle cinq défauts, qui me paraissent de sérieux obstacles à eur admission. » Nonobstant ces difficultés, Pradjâpati fut admise, l'ordre des bonzesses fut fondé, et elle en fut la première supérieure. Une de ses plus ferventes novices fut l'épouse de
Fig. 25.
Pradjâpati se fait bonzesse (p. 268)