SERMON AU ROI
« La doctrine que je prêche est bonne au commencement, au milieu et à la fin; elle est très profonde, délectable, vraie et sans mélange d'erreur... ; elle expose excellemment la règle de de nos actions, elle explique tout dans le plus menu détail ; v. g. les six éléments du monde physique: la terre, l'eau, le feu, le vent, le vide, les êtres intelligents; les six sensations: la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher, les perceptions; les phénomènes moraux: l'amour, la haine, l'ignorance, qui sont les trois causes de nos renaissances dans les quatre voies d'expiation, et qui nous maintiennent dans l'engrenage de la métempsycose, sujets à la mort et à la renaissance. Ma doctrine définit la loi inexorable de la rétribution: pas un seul acte qui n'ait des conséquences, et tout être qui agit reçoit le salaire de ses actes; mal adviendra à celui qui suit le sentier du vulgaire.
« Sachez donc, grand roi, que la vraie sagesse consiste dans l'abstraction, dans le vide ; le vide est la porte de la délivrance, car le vide exclut la pensée ; qui ne pense pas ne désire pas, et qui ne désire pas n'agit pas : tels sont les trois degrés d'abstraction qui nous acheminent vers la délivrance totale ou nirvana. En écartant les objets sensibles, on coupe court à tout désir et on atteint les limites da la paix finale. Il faut arriver à se persuader que, dans le monde, tout est vide, néant, illusion et rêve. »
Le roi tira grand profit de ce discours.