LE FILS DE LA DIABLESSE, LA YAKSIN
HARITI.
L'épouse de Paneika (Pan-tché-kia $£ $ $n), grand roi des yakchas, avait engendré 500 fils, tous très puissants. Le dernier né de ces diables, nommé Pingala (P'in-kia-lo #g fjjj $|), c'està-dire «le Bien-aimé», était d'une beauté remarquable. Sa mère, Hariti, la reine des yakchas, d'une cruauté et d'une rapacité extraordinaires, tuait les enfants des hommes, filles et garçons, pour les donner en proie à son Benjamin. Le peuple, désireux d'en finir avec ces actes de gloutonnerie, eut recours à Bouddha.
Le Très Honoré s'empara du jeune diablotin Pingala et l'emprisonna au fond de son bol (1). Sa mère, très affligée de cette disparition, le chercha vainement par le monde pendant sept jours entiers. Sur ces entrefaites, elle entendit dire que Bouddha était omniscient: elle alla donc le consulter.
Bouddha lui dit: «Tu as 500 fils, et tu n'en as perdu qu'un seul ; pourquoi t'affiiges-tu si fort, et cours-tu par le monde entier pour le retrouver? La plupart des hommes n'ont qu'un fils, quatre ou cinq au plus, et tu ne cesses de tuer leurs enfants pour nourrir le tien!» La reine des yakchas reprit: « Si je retrouve mon Pingala, jamais plus je ne tuerai les enfants des hommes.» Bouddha lui montra alors son fils au fond de son bol. La diablesse appela à son secours ses 499 autres fils pour l'enlever par la force. Tous leurs efforts demeurèrent sans résultat. Hariti dut s'humilier et supplier Bouddha de bien vouloir le lui rendre.
«Si tu veux te conformer aux lois bouddhiques, observer les trois refuges (triçarana), les cinq défenses (pancaveramani) et t'abstenir de tuer les hommes, je te le rendrai. » La reine des diables y consentit et recouvra son Benjamin. «Désormais, observe fidèlement les préceptes, ajouta Bouddha; tu es la fille
(1) Pàtra.
du roi Kié-ki jffj JjJ[ («Kié-ni»), qui vécut au temps du bouddha Kâsyapa, et c'est parce que tu as manqué à ta promesse et transgressé les règles de sa loi, que tu as été réduite à ta condition actuelle (1).