VUE D'UN CADAVRE
Le souvenir du malade resta longtemps gravé dans l'imagination de Siddhartha, mais le naturel finit par reprendre ses positions perdues, il se remit à la poursuite des plaisirs et demeura de nouveau jour et nuit absorbé dans la satisfaction de toutes ses convoitises.
Le devaputra prit un dernier et suprême moyen. Il lui apparut sous la forme d'un cadavre hideux, un jour que le prince sortait par la porte de l'Ouest, pour une excursion dans un de ses parcs. " Que vois-je ici en travers de la route? s'écrie le prince. — Oh ! c'est un cadavre, répondit le cocher. — Qu'est-ce que: «un cadavre»? demanda le prince. — Altesse, vous voyez, un cadavre c'est un corps mort, qui a perdu toute sa beauté et même tout désir; il ne diffère en rien d'une pierre ou d'un morceau de bois. Il ne verra plus ni père, ni mère, ni frère ni sœur: voilà d'où lui vient ce nom de corps mort. — Et moi, mourrai-je aussi? — Votre vénérable corps mourra un jour; jamais homme ou deva n'a encore évité ce sort inexorable. "
" Puisque mon corps doit mourir, riposta le prince, à quoi bon le plaisir? Pourquoi irais-je me récréer dans le parc? Reprenez sans retard la route du palais ! "
De retour, Siddhartha alla s'asseoir en silence et creusa ces deux pensées : la caducité de toutes les choses terrestres et finalement la mort (1).