BOUDDHAS DU PASSÉ
La doctrine de la métempsycose est le premier dogme et aussi l'erreur fondamentale du bouddhisme. D'après cette doctrine, l'homme, avant d'en arriver à son état actuel, a fourni une multitude d'existences les plus diverses et, à moins d'un effort sérieux, il court risque d'en fournir une multitude plus grande encore. Le salut consiste donc à le retirer à tout prix du cercle des renaissances perpétuelles, à le faire sortir de l'engrenage tyrannique de la métempsycose, en un mot à le soustraire à la loi fatale que la naissance lui impose. Puisque la vie n'est qu'une longue chaine de douleurs et de misères, le salut consiste à n'y plus jamais rentrer: c'est là ce que le bouddhisme appelle la "Délivrance".
Les bouddhas venant prêcher en ce monde, ont pour objectif de rompre cette chaine de servitude. Par quel moyen procurent-
ils cette délivrance? Un seul: c'est l'entrée au -nirvana" (1). où il n'y a plus à redouter les renaissances avec leur sombre cortège d'infortunes, de maladies, de vieillesse et de mort.
Quelle a été l'origine de cette longue série d'épreuves? Le bouddhisme semble ne s'être même pas posé la question ; en tout cas. il ne l'élucide pas. Il suppose que cette suite de transmigrations n'a pas de commencement; puis, sur l'état actuel des choses, il bâtit son système, sans se donner la peine de remonter à l'origine : la vie n'est qu'un amas de maux, il importe de s'en délivrer et d'entrer au nirvana.
Çakyamouni, comme tous les autres bouddhas, saisi par le rouage inexorable de la métempsycose, roula d'existences en existences pendant un nombre incalculable de siècles; suivant ses actes bons ou mauvais, il transmigra dans toutes les formes. passant des plus hautes aux plus infimes; il fut plante ou oiseau, homme ou animal, marchand ou roi, puis grâce à une attention plus constante, il monta à l'apogée de la perfection morale.
Au jour de son •'Illumination", il connut par le détail toutes ses existences précédentes et celles de tous les êtres de l'univers. Lui-même daigna en faire un petit résumé pendant une conversation qu'il eut avec Maudgalyayana, dans le monastère de la Rambouseraie au Magadha, puis un peu plus tard, avec Ananda dans le couvent de la Jetavana. à Sravasti. "Sachez, leur dit-il. que dans les temps les plus reculés, j'ai posé les fondements de ma perfection. J'ai vu passer par le monde un nombre illimité de bouddhas ; à tous j'offris des présents, des drapeaux, des parasols d'honneur, des Heurs et de l'encens, je leur présentai l'hommage rie nui vénération, et aucun d'eux ne me donna l'assurance qu'un jour je deviendrais moi-même bouddha.
1) Voici la définition que les Chinois donnent du "nirvana": Si-i,
k'iu-yu, eul-koei-yu-ou .§, ."§.. ■£ ^K. ffn M t1^ $& '• "Réprimer toute pensée,
oute volition, et en arriverai] néant". Mais dans la pratique, ce
l'annihilation complète; maints textes chinois donnent à entendre
que If bouddha entré au nirvana, n'est pas totalement annihilé. C'estuncoma
dans l'oubli total de toutes choses.