ART. VII. — MARCHE VERS LE LIEU DE L'ILLUMINATION
garant du succès de ma noble entreprise», pensa Siddhartha. Puis, de sa voix la plus douce, il lui dit: « Pourriez-vous me donner cette herbe? — Bien volontiers», reprit le paysan.
Il l'offrit à Siddhartha, qui en prit une poignée et continua sa route. À l'instant même où il toucha cette herbe, la terre trembla six fois. Une multitude d'oiseaux planèrent dans les airs : cinq cents oiseaux au plumage bleu-ciel, cinq cents garudas au plumage doré, cinq cents paons, cinq cents grues etc. Une multitude de devas et de nagas. munis de fioles précieuses remplies de parfums célestes, embaumaient les airs et jetaient sur le sol une pluie de fleurs. Réveillé en sursaut par le tremblement de terre, un vieux naga nommé Kia-tch'a $P ^, (1), sortit de son palais pour en étudier la cause. Pendant les kalpas précédents, il avait déjà vu plusieurs des anciens bouddhas ; aussi, dès qu'il aperçut Siddhartha, il demeura persuadé qu'il deviendrait bouddha.
La reine Kin-koang ^ ■%, épouse de Kia-tch'a $11 3£\ parut, accompagnée de ses filles et de toute sa cour : toutes portaient à la main des fleurs au parfum exquis, des étoffes aux brillantes couleurs, des drapeaux et des bijoux. Elles vinrent, en chantant une cantate, lui offrir leurs présents et se mirent à genoux devant lui en joignant les mains. Siddhartha dit à Long-wang H 3E (le roi-dragon): «Ta prédiction va s'accomplir; je serai certainement illuminé.» Puis, d'un air majestueux, il s'assit sur son coussin d'herbes au pied de l'arbre de la science (1), se croisa les jambes et prononça ce solennel serment: «Que mon corps soit plutôt coupé en morceaux, si jamais je me lève de ce siège avant d'avoir atteint la suprême sagesse!»
Une lumière étincelante s'échappa du corps du futur boud-
(1) Le Dragon Noir, Kàla naga ou Kalika.
(1) Une vieille pagode près de Gaya, passe pour posséder l'arbre en question, ou du moins les rejetons de la vieille souche. C'est en souvenir de ce fait que les bonzes chinois ont soin de planter un ou plusieurs pé-kouochou Ô ;jjt| Ht prés de leurs pagodes.
dha et pénétra jusque dans le ciel de Mara, le Maudit. Un chant de victoire accompagna cette vision.
Cette vive lumière et ces chants divins jetèrent l'effroi dans le cœur de l'homicide Mara; mais sa terreur fut au comble après la terrible vision qu'il eut pendant son sommeil. Trente-deux présages de fort mauvais augure se déroulèrent devant lui.
Son palais trembla et devint la proie des flammes, les murs croulèrent, il ne resta qu'un tas de décombres ; ses éléphants et ses chevaux périrent, les oiseaux de ses jardins tombèrent morts, les fleurs de ses parterres se fanèrent, les fontaines se desséchèrent, les arbres furent renversés.
Il se vit lui-même tremblant de fièvre, le visage livide, le gosier en feu, haletant, ses vêtements couverts de poussière et graisseux; la couronne royale tomba de sa tête; le gardien de son palais se lamentait, tous ses satellites étaient dans la désolation et ses propres fils poussaient de lamentables gémissements. Soudain, les devas font irruption dans l'enceinte de son palais, poussent les gardes l'épée dans le dos: tous prennent la fuite, abandonnant glaives et bâtons, leurs armes gisent à terre brisées en morceaux. Battu, le désespoir dans l'âme, abandonné de tous, livré sans défense à ses ennemis, il vit ses filles défigurées, ses concubines chéries se lamenter, se rouler à terre en proie au désespoir.
Il entendit les funestes prédictions des génies, les chants néfastes des devas ; tous ses officiers fuyaient, tout espoir était perdu : il prit la fuite et son auréole s'éteignit. Les cieux se voilèrent, l'air était rempli de nuages et de fumée; il comprit que son règne était fini et que le monde touchait à sa ruine.
Le Maudit se réveilla, tremblant d'épouvante; de suite il rassembla tous ses officiers et tous les fonctionnaires de son palais, leur raconta le songe néfaste qui obsédait son imagination et leur dit: «Je crains que mon règne ne touche à sa fin et qu'un homme d'une grande vertu ne soit né sur terre. »
Au moment ou Çakyamouni s'était assis sous l'arbre de la