SECONDE TENTATION; EXHORTATION DE BRAHMA
Bouddha sortit de la forêt de tchirikas et retourna au pied de l'arbre de la science (2). Là, il se livra à de profondes réflexions.
Voyant tous les êtres courbés sous le lourd fardeau des chagrins,
Abusés misérablement par les doctrines pernicieuses de l'hérésie,
Il comprit la difficulté de les sauver en leur prêchant sa sublime doctrine,
Et pensa demeurer dans l'état de jouissance des «aranyas».
Brahma, le roi du ciel, connut l'intention de Çakyamouni, et rapide comme la détente du bras d'un homme vigoureux, il s'élança de son palais des cieux, vint se prosterner aux pieds de Bouddha, s'inclina jusqu'à terre, puis les mains jointes il lui adressa cette prière: «Vénéré du monde, je vous salue, jetez vos regards miséricordieux sur ce monde perverti sans
(1) Fou-pen-hing-tsi-king $, # ft M M, l'v. XXX11, p 1-1 1.
(2) Fou-pen-hing-tsi-king $ # fr H &, Hv. XXXII, p. 11.
ressource et sans refuge. Puisque, maintenant, vous avez acquis la suprême sagesse et la science parfaite, pourquoi préférezvous les suavités de la vie pacifique des «aranyas», aux labeurs de la prédication de votre loi libératrice? Très Honoré, écoutez ma prière : au nom de tous les êtres de l'univers, ne restez pas dans la solitude, mais prêchez votre loi pour le salut du inonde plongé dans l'abîme du péché. Je fais appel à votre cœur compatissant, à votre grande miséricorde : prêchez votre doctrine au monde. Parmi ces êtres couverts de la poussière du siècle, beaucoup sont mûrs pour le salut et périront cependant si vous ne leur prêchez votre doctrine. Au nom de leur salut, prêchez votre loi.»
Bouddha écouta les exhortations de Brahma et sentit son cœur touché de compassion. Son œil illuminé embrassa l'universalité des êtres gémissant accablés sous le coup des infortunes dans tous les rangs de la société et dans tous les genres d'existence. Il vit nettement leurs conditions actuelles, leur passé et leur avenir; sa sagesse surhumaine représenta vivement à ses yeux les divers degrés de cette multitude innombrable d'êtres plus ou moins éloignés du salut final.
Alors il répondit à Brahma par cette gatha :
Grand Brahma, roi des cieux, écoutez bien mes paroles. Me voici déterminé à ouvrir la porte du salut; Que tous ceux qui veulent m'entendre accourent avec allégresse, Qu'ils écoutent de tout cœur les doux enseignements de ma loi.
Brahma, rayonnant de joie, se prosterna trois fois pour remercier, puis disparut comme un éclair. Bientôt tous les habitants des cieux connurent l'heureuse nouvelle ; des cantiques d'actions de grâces chantés par les chœurs des devas, s'élevèrent en notes joyeuses sous les célestes voûtes, et bientôt personne dans tous les cieux n'ignora la promesse que Çakyamouni venait de faire à Brahma (1).
(t) Fou-pen-hing-tsi-king f $|j| $g, liv, XXXIII, pp. 1-5. — Che-kiapou & îÎE ff|, liv. IV, p. 55,
ARTICLE III