‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 2)Chapitre 99 sur 180 · ART. XVI. — RAHULA ET L\ LÉGENDE · texte numérisé non relu

ART. XVI. — RAHULA ET L\ LÉGENDE

entré au palais, Suddhodana le fit asseoir à la première place ; de chaque côté, ses disciples s'assirent au rang assigné à chacun d'eux. Le roi voulut faire lui-même les honneurs du festin. Le repas terminé, il lava le hol du Très Honoré, vint se placer à ses côtés et lui dit : « Vénérable du monde, je désire entendre de votre bouche la doctrine du salut, qui doit me tirer des ténèbres de l'erreur et me conduire à l'éternel repos.» Çakyamouni exposa à son père la doctrine de la délivrance. Quelques explications ultérieures que lui donna Sariputra achevèrent de faire la pleine lumière dans son esprit, et il résolut de se déclarer disciple de Bouddha. « Permettez-moi de quitter le monde, dit-il au Très Honoré ; je veux observer les prescriptions bouddhiques.» Çakyamouni, dans sa prescience, comprit l'impossibilité actuelle d'un tel projet. «Grand roi, lui répondit-il, le temps n'est pas encore venu ; restez plutôt dans votre palais et, par vos aumônes, faites-vous un trésor de mérites. »

Le jour suivant, la reine Pradjàpati invita Bouddha et ses disciples à un somptueux banquet. Le troisième jour, ce fut le tour des concubines de Suddhodana, qui voulurent offrir des mets de choix au prince et à ses suivants. Enfin le quatrième jour, une brillante réception les attendait dans le palais de Siddhartha ; Rahula était présent : il avait alors six ans ; il n'était sorti du sein de sa mère que six années après sa conception (ci-dessus, p. 209).

Yasôdharâ voulait profiter de la présence du prince pour se justifier des soupçons qui planaient sur sa conduite. C'est dans ce but qu'elle avait résolu d'inviter tous les membres de la famille Çakya à un grand banquet où Siddhartha et tous ses disciples fussent présents. Elle prépara donc un splendide festin. Le matin venu, des envoyés portèrent l'invitation à Bouddha, au roi et à tous les princes de la famille régnante.

Bouddha revêtit son manteau, prit son bol et partit avec les 1.250 bonzes de sa suite. Quand tous les convives eurent pris place, Yasôdharâ dit au petit Rahula: «Va trouver ton père

au milieu de tous ces bonzes (1).» Puis, se tournant vers les princes, elle leur dit: «Que Rahula reconnaisse lui-même celui à qui il doit la vie ! » Rahula alla directement vers son père, qu'il sut reconnaître au milieu de tous les bonzes ; il lui adressa la parole et avec une grâce enfantine : « Comment vous portezvous? N'avez-vous pas trop chaud? » Le roi, voyant l'enfant s'avancer sans hésitation vers le prince Siddhartha, demanda ouvertement au Très Honoré si ce jeune enfant était bien son fils. «Sans aucun doute, grand roi, c'est bien mon propre fils, et Yasôdharâ est parfaitement inocente des accusations dont on a voulu la charger. S'il est resté six ans dans le sein de sa mère, c'est en raison d'actes posés dans une vie antécédente.» L'affirmation de Çakyamouni dissipa tous les doutes ; les princes se disputèrent l'honneur de le servir à table et de laver son bol à la fin du repas.

Le banquet terminé, tout le monde entoura Bouddha. Le roi, par l'intermédiaire des bonzes, le fit prier de leur raconter les djatakas (2) qui avaient occasionné cette tardive naissance de Rahula. Le Très Honoré y consentit et commença par celle de Rahula.

§ 2. DJATAKA DE RAHULA.

Un roi de race brahmanique, nommé Jen-t'ien A ^ (Manushya deva), eut deux fils. L'aîné s'appelait le Soleil, Sûrya, le cadet la Lune, Chandra. Tous deux se sentaient sans attrait pour la vie séculière ; la solitude les attirait. Quand le roi fut mort, Sûrya se désista de ses droits à la couronne en faveur de son frère ; celui-ci refusa la dignité royale, prétextant qu'elle appartenait à l'aîné de la famille et non au cadet. Les

(1) Certains récits disent que, par un effet de la puissance de Bouddha, tous les bonzes étaient devenus exactement semblables. (2) Cf. p. 152, n. 1.

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