II. Notices sur les bonzes et leurs œuvres
Ko'-k'in J^ fj (Yuen-ou) ([H 'I"^), 1127^ 1135.
Ce bonze est nommé Yuen-ou K'o-k'in [gj •\^ ^ $jj et Yuen-ou Fou-kouo g] f^ f^ ||i ; il fut le 28*^ chef de l'école Nanyo-tcheng-tsong. L'empereur le manda à Yang-tcheou en 1127 et lui donna le titre de Yuen-ou. C'est l'un des trois Kié, ou bonzes éminents. Il mourut en 1135, à l'âge de 73 ans (1).
Cf. Recherches. Tome V^III. p. 402.
Yuen-i7ig fa-che (Té-liien) |i| M fi fiiji ( #. 11$), -F 1129.
Disciple de Tse-yun à Tien-tchou chan, Ts'ien-t'ang, mais disciple médiat, à la 4e génération. Tse-yun étant le second tenant de la Société protectrice des poissons et des crustacés, Yucn-ing est par conséquent le ce propagateur de cette secte composite, qui n'eut pas grand succès.
Une légende assez drôle circula au sujet de ce moine l)Ouddhiste.
Son destin était fixé d'avance: il devait être victime d'une mor^violente. Le devin indiqua un moyen d'éviter ce malheur: c'était de se faire bonze. Yuen-ing, sur le point de mourir, rappela à ses confrères la prédiction de l'astrologue et ajouta: "Parce que je me suis fait moine, j'a^ pu éviter une mort violente pendant cette vie; mais, après ma mort, je serai tué".
Les bonzes moulèrent sa statue après sa mort, et entourèrent son cou d'un cercle de fer, bien dissimulé sous la painture et le vernis.
Les Tartares (2) arrivés dans la pagode trouvèrent cette statue couchée dans un coin. "Comment es-tu si impoli? lui dirent-ils. Tous les autres poussahs sont debout pour nous recevoir, et toi, tu restes couché! Cha jf5! Qu'on le tue!" crièrent-ils. - Sitôt dit, sitôt fait: un soldat lui
(1) Fou-tsou t'onff Ici, Liv. 47, p. 1-14.
(2) Les Tartares prirent Hang-tcheou et Ning-pouo en 1129.
asséna un grand coup de sabre pour lui couper le cou, mais la lame frappa sur le fer et n'endommagea pas la statue. Alors ils résolurent de le brûler. Un bûcher fut préparé à la porte de la pagode; on y déposa la statue, et on alluma le bois. Aussitôt une troupe de bonzes, tenant en main des fioles remplies d'eau, apparurent dans les airs: ils éteignirent le feu et les soldats s'enfuirent (1).
Tao-yué chan-clie M )^ M fliji, 1142.
Bonze de l'Ile d'Or; un des Arhats. Cf. T. VII, Fig. 70.
Tao-yué fut une célébrité de l'île d'Or, à Tchen-kiang, au Kiangsou. Le général Yo Fei {fi M, indignement calomnié par le premier ministre Ts'in Koei, passa par Tchen-kiang, pour se rendre à Hang-tcheou. Avant de passer le Kiang, il vit en songe le ciel se couvrir d'un nuage épais; deux chiens le poursuivaient et lui commandèrent de passer le Kiang. Intrigué par cette vision, il alla consulter le bonze Tao-yué, à sa pagode de Kin-chan se, à l'Ile d'Or. Le bonze lui expliqua son songe.
Deux chiens qui parlent, c'est la composition du caractère Yu f^ prison, formé de Yen ^ parole et de deux Kiuen i^: chiens. "Le présage est néfaste; croyez-moi, retirez-vous dans la solitude, pour ne pas périr dans la tempête qui se prépare, et qui est figurée par les nuages amoncelés au ciel".
Yo Fei sourit, remercia et continua sa route; c'était en 1142. Quelque temps après, le loyal serviteur tombait frappé par la main du bourreau (2).
Jo na fa-che'(Hoci-koang) ^ fft ffe fiifi (ft ^), 1167.
En 11G7, il était supérieur de la pagode de T'ien-tchou-chan, où l'empereur se rendit pour y offrir ses hommages à la déesse Koan-in. Hiao-tsong fit ensuite construire un Che-lou-koan-t'ang (Temple aux 16 pagodes, sous le vocable de Koan in) (3).
En 116S. le Nei-koan-t'ang p^ ||l ^, temple de Tintérieur du palais, fut achevé. Le bonze Jo-na fut désigné par l'empereur pour chef de bande
(1) Fou-tsou-t'on(j-li, làv. 47, p. 3.
(2) Recherches. T. XII, p. 1127-1130.
Song-che, K. 365. p. 1-4.
Chen-sien-t'ong-kien,K. XIX, Articl. IX,
(3) Cf. suprà la description de ces temples en l'honneur de Koan-in: Seize chapelles sous son vocable, autour d'un grand pavillon central.
des 50 bonzes appelés à célélirer la dédicace de cette pagode impériale. La cérémonie achevée, chacun des Ijon^es officiants reçut en cadeau une pièce de toile. Leur supérieur fut honoré du titre pompeux de Hoei koang
Un décret fixa au 18 de la IVe lune l'anniversaire de cette fête.
En 1175, l'empereur constitua le supérieur de Tien-tchou-chan Directeur général de toutes les associations bouddhiques, et lui donna un sceau ofRctel, sur lequel étaient gravés les 4 caractères: Pé-yun t'ang in â S *£* En, c'est-à-dire: Sceau du temple du Xuage blanc (1).
En 1184, Jo-na demanda à se retirer, et l'empereur lui fit habiter la pagode Hing-fou-j'uen ® ^ '<^^^ qu'il venait de faire construire. Ce fut dans ce temple qu'il mourut en 1191, Son titre posthume est Tsong kiaokoang-tse fa-che ^,%^ M'^. ii, \\\\\, son stoupâ fut nommé P'ou-tchao ^ 0S(2).
Tloei-yucn clian che (Hia-t-ang) g M II flip (Pi ^"), 1171-1175.
Disciple de K'o ts'in, il menait la vie monastique dans la pagode de Eing-inse |S Jîg -^^ quand l'empereur le fit venir à la cour en 1171, et lui demanda le moyen d'éviter la renaissance et de se retirer de la roue de la métempsycose. Hoei-yuen lui répondit que seuls ceux ciui ont compris la doctrine du Grand A^éhicule (Mahayana) peuvent enrajer les transmigrations. (Par la renaissance dans un paradis de délices, au Si T'ien). L'empereur lui accorda le nom honorifique de Fou-hai chan-che {^ ?^ If fliji. Il mourut en l'an 1175 (3).
Lin-tch'oan San-In [J| )\\ H M- 117^-1190. Les Trois Ermites de Lin-tclroaii :
1" Le tao-che Li Tao-hoa ^ ^ ^. de la paij^ode Siangfou-koan -ji^ f^ M-
2" Tseng Ki-li ^ ^. ^.
3" Le bonze Wcn-hoei ta- che "^ ^ ^<i f^]. de son nom séculier P'ang Hoei-}en 0 ^, ^. natif de Kin-k'i-hien -^ |§ |f. an ]M)U-tchcou-fou (Kiang-sij.
(1) II ne faut pas confondre la pagode Pé-yun-ngan Q ^ ^, résidence du lionze Kong Ts'ing-kio, le fondateur des Végétariens du Nuage blanc, près de Ts'ien-t'ang, avec cette pagode Pé-yun-t'ang de Hang-tchcou (T'ien-tchou-chan).
(2) Foutsou-t'ong-lci, Liv. 47, p. 10, 26.
(3) Fou-tsout'ong-li, Liv. 47, p. 18.
ART. Xlir. —sous LES SONG DU SUD. 53
Ces trois poètes remarquables formaient un Trio, connu
en littérature sous le nom de: "Lin-tch'oan San-ln". "les Trois Ermites de la ^ille de Lin-tchU)an" (1).
P'outchao Taooii chancJie -i^ m ^ ig p fij|i, 117 8,-f-1205.
Nommé encore Fou-koang Tao-ou -f^, ^ ^ j^; son nom séculier était Koan t^. Il naquit à Lin- tchcou-fou ]"$ ')•]] !{f. au Kan sou, et se donnait pour une réincarnation de Kouo Tse-i fp -^ ^. On raconte qu'à sa naissance il avait déjà toutes ses dents. Ce bonze, aux allures voisines du charlatanisme, eut pour maitre Pé-yun Hai-kong et habita la pagode P'ou-tchaose ^ m ^, à Tcheng-tcheou .||! #1 (du K'ai-fong-fou). Il portait une robe blanche, montait un bœuf et voyageait ainsi en jouant de la flûte.
En 1205, il alla se fixer dans la pagode de Ta Che se f\ ^^ ^ à Lin-t'ao go 1^ (aux limites du Chensi et du Se-tch'oan), où il mourut à 55 ans, moine amidiste (2).
Cheouyu fa-che ^ :g, fÈ flip, 12 34.
Moine bouddhiste de T'ien-t'ai, qui présenta une supplique au trône, priant I.i-tsong d'incorporer au Tripitaka chinois, les 2 00 et quelques kiuen comprenant les ouvrages du bonze Se-ming Fa-tche 0i| B^ fj ^. Sa pétition reçut une réponse favorable, et les ouvrages de ce maître de T'ien-t'aifurent adjoints aux livres doctrinaux du Canon chinois (3).
Se-ming Fa-tche est le dernier des grands maîtres de cette Ecole, qui succomba sous la poussée de l'amidisme. Voir sa notice.
K'ing-cheou Hai-yun ta-che M ^ M ^ :k B^u 1236-1257. Le treizième grand chef de l'Ecole célèbre de Lin-tsi ^ i^.
Son nom laïque était Song In-kien ^ BJ f^ de Xing-yuen !^ ^ au Chan-si. Il eut pour maitre Tchong-koan Chao-kong 4^ M '/S •2^- ^t résidait dans une pagode de Yen fPé-king actuel), temple de Ta-k'ing-cheou-se :k. M ^ ^■
En 1236, des mandarins émirent le projet de marquer d'un sceau spécial tous les bonzes, afin de les reconnaître. Hai-}un
(1) Ta Ts'hu/-i-i'oitg-tche, K. 246, p. 6.
(2) Fou-tsout'ong li, I^iy. 31. p. 4-7.
(3) Fou-tsou-t'on(j-li, Liv. 48, p. 5.
s'y opposa énergiquement, et riposta que les bonzes n'étaient pas des bêtes de somme marquées pour être conduites au marché.
En 1256, le khan des Mongols organisa une grande assemblée dans la pagode de Hao t'ien-sc ^ ^ ^ pour demander victoire et félicité. Le bonze Hai-yun en fit partie. Peu après il tomba paralysé et mourut en 1257.
Koubilai khan lui fit élever une tour dans l'enceinte de la pagode Ta k'ing-cheou-se, et lui donna pour nom honorifique: Fou-je-yuen-ming ta-che f^f, 0 g] 0/^ ::^ ^ifl "Soleil du Bouddhisme, globe lumineux, grand maître".
Il eut deux disciples (voir Tableau). Hai-yun fut le treizième des grands maîtres de l'Ecole, qui sous les Yuen compta des jours de gloire. Mais après cette époque commença sa décadence (1).
Tche-pan j^, ^. 1260-1271.
Bonze de l'Ecole de T'ien-t'ai. auteur de l'encyclopédie bouddhique Foii-tsou-t'ong-ki f^{i îf\^ f^ |t^. le recueil le plus sérieux et le plus pratique qui existe en chinois. Cet ouvrage comprend 51 kiuen. 11 débute par un résumé chronologique des faits et gestes du Bouddha Çakyamouni ; puis il donne brièvement les notices des patriarches du Bouddhisme indien jusqu'à son entrée en Chine. Enfin il note, règne par règne, les principaux événements et les personnages bouddhiques remarquables, jusqu'à la fin des Song du Sud (1246), sous le règne de l'empereur Li-tsong.
Cet ouvrage précieux a été publié entre 1269 et 1271. Il nous a servi de Ijase pour l'histoire du Bouddhi.sme. de son introduction et de sa propagation en Chine, jusfju'à la d}nastie des Song du Sud. (Cf. Nanjio, X" 1661. App. III, N° 68). L'ouvrage qui l'ait suite à ce récit est l'Histoire du Bouddhisme par Nientch'ang ;^ 'f^. (|ui continue jusqu'à la fin des Yuen.
(1) Cf. Fou-tsout'ongtsai, Liv. 32, p. G, 15.
C'est le résumé de ce second ouvrage que nous allons donner dans les pages suivantes.
Tche-pan est aussi l'auteur d"un petit résumé sur l'établissement de l'amidisme en Chine: Tsing-t'ou-li kiao-tche ^^ :t Ml
III, Etat du Bouddhisme au temps des Song du Sud.
A. Politique des empereurs.
Kao-tsong. 1127-1162.
En 1127, Timpératrice Mong ordonna à tous les bonzes de prier Mô-li-tche }^ ^j ^, vulgairement nommée Teou-mou i}- -Q:, la mère des 9 souverains humains {\). Elle commanda d'exposer sa statue à T'ien-tchou-chan. pour qu'elle protégeât le transfert de la Cour à Hang-tcheou. L'édit fut gravé sur une stèle de maibre.
Cette même année, l'empereur permit aux bonzes d'acheter un nom honorifique en 4 caractères, moyennant la somme de 200 ligatures. L'empereur déli^•rait lui-même ces titres d'honneur.
En llo2. l'empereur se mit à réciter le Kin-kang-king ^ |2]lJ 1^, et fit élever à T'ien-tchou-chan 3^ :^ ^J une splendide pagode en l'honneur de Koan-in.
En 1133, Tchou I ;^ S, trésorier de l'empire, imagina un stratagème pour remplir les cofifres de l'Etat. Il insinua à l'empereur que les certificats d'admission, délivrés aux bonzes et gravés sur papier jaune, avaient été très-souvent falsifiés, et qu'il serait bon de les échanger contre des certificats écrits sur étoffe de soie et munis du sceau impérial. Chaque authentique serait payé deux cents ligatures. Ce moyen d'imposer les bonzes fut adopté.
En 1133, la loi décrétant la prééminence du Taoïsme sur le Bouddhisme est abrogée.
(1) Cf. ïeou-mou. Eecherches, Tome IX, p. 5 65.
En 1139. ordre est donné de construire la pagode de Pao-ngen-koang-hiao-chan-se ^ .SI tÊ ^ iji^ ^- en souvenir de Hoei-tsong. afin que les l)onzes prient pour lui.
En 1142. un mémoire au trône, présenté par Tchan Chou-i ^ 'M ^- ^"onjure l'empereur de ne plus donner de certificats d'admission aux confréries bouddhiques, parce que les bonzes et les bonzesses deviennent trop nombreux. L'empereur approuve cette pétition. La même année il accorde 50.000 ligatures pour la réparation de la grande salle du temple de Koan-in à T'ientchou-chan.
En 1145. tout bonze au-dessous de 60 ans et en état de santé satisfaisant, fut soumis à un impôt. Les Ijonzes furent classés en 9 catégories: l'impôt par tête variait de 1800 sapèques à 10.000 sapèques. Cette contrilnition fut nommée : impôt sur les désoeuvrés, Ts'ing-hien-ts'ien ^ f^ ^.
En 1158. nouvel édit vexatcjire. Le cuivre manc(uait pour [e monna}'age : ordre fut donné de livrer aux mandarins locaux, à 20 sapec(ues la ]i\re. le cuivre des statues l^ouddhiques, cloches, cymbales, et autres ornements des pagodes. Les particuliers devaient aussi li\rer. au prix fixé, le cuivre qui était en leur possession (1).
Hiao-tsong. 1163-1189.
En 1174, Construction aux frais de l'Etat d'un Ts'angking-leou |^ ^ ;)^ ou Pavillon-bibliothèque, à T'ien-tchou-chan, pour recevoir les ou\ragcs du Tripitaka chinois. L'impératrice écrivit de sa main l'inscription au front du monument (Ngo).
L'empereur XiiKj-tsong. en 1202. condamna la Secte des Végétariens du Xuage blanc, ccnume dangereuse et subversive de la paix pulMique. Le porte-drapeau de la secte, le bonze Chen Tche-yuen ^^j^ ^ ^, fut banni, ses pagodes furent rasées et ses biens confisqués.
(1) Fou-tsou-t'ong-Jci, Liv. 47, p. 1-14.
B. Les sectes bouddhiques.
L'amidisme multiplie ses grands foyers de propagande. Deux grands sanctuaires en l'honneur de Koan-in sont élevés par l'empereur Hiao-tsong lui-même en 11(37: l'un à T'ien-tchou-chan au Tché-kiang. l'autre dans le palais impérial.
L'année suivante, l'ouverture du temple privé, au palais impérial, est présidée par 50 bonzes,, sous la direction de leur supérieur Jo-na chan-che.
En 1178. Che Hao ^ ;|r, duc de Wei ^,, organise à Yuépouo-chan ^ ii^ ^J. Se-ming H BJI (Ning-po), une succursale de Pou-touo-chan ; il creuse une grotte et bâtit des pagodes semblables à celles du grand pèlerinage à Koan-in.