C. Le Bouddhisme en Mongolie
Le Tibet se soumit en 1206 à Gengiskhan, qui par politique accueillit avec bienveillance le Grand Lama et lui assura l'immunité de tous les impôts. Gengiskhan ne parait pas s'être déclaré l)Ouddhiste, mais son petit fils Godan lut gagné par les Lamas, et, en 1247, il fit venir le célèbre lama Sakya Gungger gyaltsan (ou Sakya Pandita), qui introduisit le Bouddhisme chez les Mongols. Ce lama fit les premiers essais pour donner à cette peuplade une écriture dans laquelle on pût traduire les Sûtras bouddhiques. (Cf. Bochinger, p. 213).
D. Lamaseries de Mongolie et des Confins.
Les principales lamaseries de 2\Iongolie et des environs sont :
La lamaserie de Ourga. célèbre entre toutes.
La lamaserie Koumboun. au Kan-sou (à la limite du Tibet Nord, district de Arndo).
La lamaserie de Ou-fai-chan. au Chan-.si.
La lamaserie de "Tcho-miao"', en mongol "Tchou-sou-me" c'est-à-dire la lamaserie du Bouddha, maître de cent disciples.
On la nomme encore "le Petit Ou-t'ai-chan" en raison de la ressemblance des deux sites montagneux, ou sont construits ces temples fameux.
Ourga.
Ourga est la résidence du Bouddha vivant de toute la Mongolie. La ville est située sur la Sell)i, affluent de la Tola, dont elle est distante de trois kilomètres.
Le Bouddha vivant, qui auparavant habitait la ville chinoise de Koei-hoa-tch'eng, vint en 1664 se fixer d'une façon définitive à Ourga, qui, grâce à la présence de ce pontife mongol qualifié de Tjapsoen Tamba, est devenue la cité sainte, où tout Mongol Khalka se glorifie de faire un pèlerinage, afin de pouvoir se dire le disciple du saint d'Ourga: "K'ourin Bogdo in sjabi !"
Les appartements du Bouddha renferment de véritables richesses, qui en font comme un Musée où se trouvent des curiosités rarissimes.
Ourga (48° de latitude Est. à une altitude de 3770 pieds) est située dans la grande souveraineté de T'ou-che-t'ou, dans une belle vallée de 7 à b kilomètres de large sur 30 kilomètres de longueur. Au Nord court la chaîne du Chingilta Ola, et au Sud se dresse la montagne boisée de Bogdo Ola, "Montagne du souverain", sur laquelle, selon la tradition, serait né Gengiskhan.
A trois kilomètres au Sud d'Ourga, sur la ri\e de la Tola' se trou\ent deux palais appartenant au Bouddha vivant.
La ville d'Ourga se compose de trois cités juxtaposées. A l'Ouest s'étage sur les fiancs d'une montagne la cité lamaïque, comi)renant le "Koureu", quartier réservé au Bouddha vi\ant, et la cité habitée par environ 13.000 lamas.
A l'Est s'étale la concession chinoise, vulgo Mai-maitch'eng. ou la ville marchande. Le quartier russe, politique, militaire et commerçant, fait la jonction entre les deux agglomérations mongole et chinoise. La population civile est d'environ 25.000
hal)itaiits, auxquels s'ajoutent quelque 600 Européens, la plupart Russes.
En 1921, Ourga est devenu le centre politique, administratif, militaire et économique de la jeune République soviétic|ue mongole.
Les Mongols l'appellent Bogta in K'ouré, "l'Enceinte du saint", ou Ta-k'ouré, la "Grande Enceinte". De là les Chinois ont tiré la dénomination Kou-luen ou Ta Kou-luen.
Tchou-sou-me.
Tchou-sou-me est le sanctuaire bouddhique le plus vénéré de la Mongolie orientale. Il est situé dans le pays mongol des Bairins Orientaux, dans l'enfoncement d'une gorge débouchant sur la grande vallée Bayan-gol qui relie le palais royal (Wangyé-fou) du roi de la tribu (80 H à l'Ouest), à l'emplacement (25 li à l'Est) de l'ancienne capitale des Ki tan Liao, détrônés en 1125. Cette vieille capitale, aujourd'hui ruinée et nivelée, se nommait "Poro-tch'eng".
La lamaserie se trouve au fond de la gorge, qui se termine en cirque étroit, formé de pittorescjues montagnes de granit, d'une structure étrange et bizarre. Ce sont tantôt de gigantesques monolithes entassés les uns sur les autres, et comme étroitement cimentés ensemble ; tantôt des blocs striés de nombreuses balafres, profondes et verticales, qu'on dirait dues à l'action lente d'énormes vers antédiluviens : tantôt enfin des fissures et des cavités^ étroits passages, qui serpentent par milles détours dans la roche vive, pour déboucher parfois au-dessus d'un abîme: y descendre est une gymnastique religieuse très pratiquée par certains pèlerins fanatiques. Dans ce massif montagneux s'ouvrent de belles cavernes, profondément creusées dans le roc sur le versant Nord, et orientées vers le Sud-Est.
Ce site sauvage, les formes mystérieuses des pointes rocheuses, attirèrent de bonne heure l'attention des bouddhistes, qui y virent un lieu consacré à Bouddha et destiné à lui rendre
un culte ; les 1)onzes chinois vinrent s'y fixer, puis des Bouddhas taillés dans le roc ornèrent ces cavernes désertes, à l'époque des K'i-tan Liao, sur la fin de leur domination au Nord de la Chine, avant 1124. Après les avoir chassés en 1124-112.5, leurs vainqueurs, les Tartares Kin ^, ancêtres de la dynastie des Ts'ing, dominèrent le Nord de la Chine de 1125 à 1234. Il y eut alors une période de prospérité : les pagodes furent érigées, les grottes furent ornées de statues taillées dans le roc. Il n'y eut qu'une éclipse momentanée, au temps de l'invasion des Mongols, qui, à leur tour, chassèrent les Kin et les remplacèrent vers 1234.
Les statues taillées dans le roc résistèrent aux destructeurs mongols. Mais voici que ces ravageurs de\inrent eux-mêmes de fervents bouddhistes, après avoir embrassé le lamaïsme thibétain, bien avant l'entrevue célèbre de Altan Khan avec le l'^'' Dalaï lama Sonam, au Koukounor. en 1576. Mais à partir de l'introduction en Mongolie du 1*^'" Grand Lama Tamba 4'J- [^, les Mongols devinrent les plus fervents bouddhistes de l'Extrême-Orient: rien ne fut épargné pour faire éclore des entrailles de la montagne sacrée du Grand Bouddha d'innombrables statues de bodhisattvas et de saints bouddhiques.
ARTICLE XIV
I.e ItoiKhlhisine .sous la dviiastie des 1loii£;ols (1 iieii jt)