C. Les sectes bouddhiques
1" Les Végétariens: Tche-sou l^ ^.
On comprend d'ordinaire sous le nom de Végétariens, vuîgo "Alangeurs d'herbes" (Tche-sou), dififérentes sectes issues du A'édantisme et du Lotus blanc. Presque toutes se donnent comme premier ancêtre Lou-tsou Hoei-neng ^ jji£ ^ t^, le 6'' patriarche du Bouddhisme chinois. En général, ces sectes politico-religieuses sont des sociétés secrètes; aussi les nomme-t-on souvent d'une appelation commune : Mi-mi-kiao.
Voici les principales l^ranches, ou plutôt les principaux noms : Yao-tche-men J§ ^;^^ P^ ; Ou-wei-kiao *E ^ |5( ; Tche-sou t^ •^ ou Tchai-kong ^ ^ ; Mi-mi-kiao ^ ^ %,; T'ien-ti-hoei ^ i'^ ^, etc.
Toutes ces sectes sont plus ou moins amidistes. croient au paradis de l'Ouest et à .Amida. Le Chinese Recorder, en 1902, ]). 1-10. a donné une notice sur la première de ces associations, qui porte un nom moins connu : la société dite "Yao-tche-hoei" ^ "HË "É"- o^^ Société de la pièce d'eau enchanteresse de Wang-mou niang-niang, dans son jardin des montagnes de
Koen-luen-chan. Ces sectaires honorent d'un culte spécial la déesse Wang-mou, ou Kin-mou ^ -^, et la liste de leurs patriarches remonte à Bodhidharma. Après Lou-tsou Hoei-neng, les chefs de la secte ne furent plus des bonzes, mais des laïques. Il est plus croyable qu'ils ignorent les vrais chefs d'école du Védantisme, car les noms qu'ils donnent aux deux successeurs de Hoeineng, Pé "Q" et Ma ^, font naturellement penser à Ma-tsou ,^ jji| et à Pé-tchang "g" 5I;, les deux grands chefs d'école. Leur dernier chef, nommé Tchang ^, résidait à Ou-tchang ^ ^, capitale du Hou-pé ; il fut accusé auprès du vice-roi d'entretenir et d'enrégimenter des centaines de Pé-lien-kiao, sectaires du Lotus blanc. Il fut saisi, jugé et emprisonné à Han-yang, où il était détenu depuis 21 ans, en 1902, quand le R^ Miles, de Han-k'eou, écrivit le rapport concernant cette société. Tchang continuait à être reconnu comme le patriarche de la secte; il était secouru par les adeptes, qui venaient en grand nombre lui présenter leur condoléances et lui ofifrir leurs présents. La secte est organisée hiérarchiquement.
1° Le "Tsou-che" ou Patriarche, chef d'école.
2° Les 10 Ministres (Che-ti).
3° Les 54 Examinateurs et administrateurs provinciaux (Ting-kang).
4° Les 54 Répondants (Pao-ngen).
5° Les "In-ngen", entremetteurs qui présentent le candidat aux Pao-ngen ou Répondants.
6° Les adeptes ordinaires, appelés Tchong-seng, sectateurs. Femmes ou hommes, tous sont admissibles.
Leurs temples s'appellent "Tsai-kong-t'ang", temples des Végétariens.
Les Végétariens ne mangent pas de viande, et s'abstiennent même de laitage, de vin et de légumes de haut goût: ail, oignon, etc.
ART. XVI. — AU TEMPS DES TS'ING. 135
Admission. Chacun des adeptes doit payer une cotisation plus ou moins forte, suivant les contrées. (Dans les régions ordinaires, c'était alors 3.800 sapèques pour les hommes, et 4.400 pour les femmes). Ils pratiquent les cinq préceptes prohibitifs (les cinq défenses) : défense de tuer, de voler, de commettre l'impudicité, de mentir, de boire des liqueurs fermentées et de manger de la viande.
Culte. Ils vénèrent très spécialement Yao-tche Kin-mou ïi M É' # (la déesse Wang-mou) ; Koan-in pou-sa M "b ^ ÎM' Tsou-che pou-sa j± ^ ^ ÎÊ c^e Ou-tang-chan J^ 'i' Uj au Hou-pé, (Tchen-ou, dieu taoïste) ; Yu-hoang 3i ^. le dieu taoïste; Tsao-kiun ^ ^. le dieu du foyer.
Les adeptes récitent des prières secrètes, qu'ils se communiquent oralement; ils promettent de n'en pas révéler la teneur. Ils invoquent surtout O-mi-touo-fou. et font une marque quelconque, (un rond ou un point), sur leur feuille de papier. Quand elle est remplie, ils la déposent dans une enveloppe jaune, et la brûlent pour offrir tous ces mérites à Amitabha.
Ils croient perdre tous les mérites acquis, s'ils mangent de la viande ; aussi leur conversion pratique au christianisme estelle un acte héroïque, qui fournit d'ordinaire la preuve qu'ils croient fermement en Dieu. Ces convertis sont généralement de très solides chrétiens.
Les prières de la secte aident les adeptes à passer les neuf douanes tracassières qui se trouvent sur lé chemin du Paradis de l'Ouest.
Soulèvement des Végétariens di( Lotus Nanc.
Plusieurs fois depuis l'avènement des Ts'ing, les adeptes du Lotus (ou du Nénuphar) blanc, sous divers noms, ont organisé des révoltes.
En 1793, ils se soulevèrent dans le Ngan-hoei sous les ordres de leur chef Lieou Song.
En 1813. nouvelle insurrection. Deux porte-drapeaux de la secte, Li Wen-tcheng au Ho-nan et Lin Tsing au Tciie-li, enrôlèrent plusieurs myriades d'adeptes. Li, mandarin de Hoahien, ayant osé s'emparer de Li Wen-tclieng, les conjurés forcèrent les portes de la ville et tuèrent ce fonctionnaire; puis, sous la conduite de Lin Tsing, les Turbans blancs du Tche-li envahirent le palais impérial et engagèrent une rude mêlée avec la garde impériale. Un des fils de l'empereur sauva la vie à son père par un acte de bravoure. Lin Tsing fut pris, les insurgés de Hoa-hien furent réduits par l'artillerie mandchoue, et tout rentra dans l'ordre.
En 1S31, sous le nom de Sectateurs du Ciel et de la Terre, les associés du Lotus blanc tentèrent de nouveau d'ourdir une révolte (1).
En 1863. le chef des Mangeurs d'herbes du Kiang-pé, un nommé Wang, fit un pacte secret avec les Rebelles aux longs cheveux. (Tchang-mao) . pour leur livrer la montagne de Kiunchan, près T'ong-tcheou (Kiang-sou). On devait allumer des feux pendant la nuit pour donner le signal. Le complot échoua grâce à la méprise d'un courrier, qui remit son message à un mandarin militaire, homonyme du conspirateur Ki, chargé de donner les signaux convenus.
Les impériaux massacrèrent un grand nombre de conspirateurs, mais, des sept chefs de la révolte, un seul put être saisi: ce fut le nommé Wang. Le malheureux fut mis à mort après d'afifreuses tortures. La révolte, enrayée dans le Sud, se propagea au Nord, et la ville de Siu-tcheou tomba au pouvoir des insurgés (2).
(1) Cf. Textes historiques, p. 2080-2084.
(2) Cf. The new China Review: Le grand pèlerinage bouddhique, p. 5 et 6.
ART. XVI. -AU TEMPS DES TS'iNG. 137
2° Le Védantisme.
a) Ecole Nan-yo ^ ^.
Le 68^ chef de cette école et le dernier mourut en 1679, sous K'ang-hi.
b) Ecole Ts'ing"-yuen ^ jf^.
Le H4° chef de l'école Ts'ing-yuen mourut en 1685, sous le même règne, et son successeur, le dernier maître de cette branche, ne lui survécut guère.
Les deux ramifications les plus vigoureuses de ces deux écoles, l'école Lin-tsi et l'école Ts'ao-tong"-mé, étaient depuis de longues années dans un état d'affaiblissement voisin de la dissolution. (Voir plus haut: Les Ecoles bouddhiques suus les Aling).
a') Ecole Ling-tsi gg if- La célèbre école Ling-tsi se maintient jusqu'à la mort de de son 29^' chef, Hoan-yeou Tcheng-tchoan, en 1614, puis se scinde à son tour en plusieurs écoles simultanées. A partir de 1647, après la mort de Yuen-sin, elle ne fait plus que végéter.
b') Ecole Ts'ao-tong-mé "^ -j[pj fl^-.
Dès 1546, l'unité de l'enseignement reçoit un coup fatal. Divers chefs tenant des écoles privées le font survivre jusqu'en 1659, à la mort de Kio-lang Tao-cheng.
3° L'Amidisme.
Il est souverain incontesté, sans rival ; il s'enrichit des dépouilles de toutes les autres sectes. "L'Hinayana, le vrai Bouddhisme, est bien malade. Le Bouddhisme idéaliste Mahayana parait mourant ou mort" (1).
Au contraire. l'Amidisme est en pleine vogue ; une riche littérature contribue ]niissamment à le répandre: traités systématiques, historiques; recueils de tracts et de dissertations morales,
(1) Wieger : La Chine à travers les âges, p. 262.
biographies nombreuses d'amidistes de tout rang, de toute classe et de toute condition. Les notices des bonzes et des auteurs laïques nous les ont fait connaître.
Pour tout dire en un mot: la Chine est devenue amidiste. L'exposé de cette doctrine mazdéenne. confucéiste, taoïste et bouddhique est le chef d'oeuvre de l'éclectisme chinois et a gagné tous les suffrages.
NOTE. - Kiu-che-lin ^ ± # (In loang fa-che Ej] ■)fe ^ fîiji).
Kiu che-]in est le nom d'une nouvelle pagode qui vient d'être bâtie (1926) à Chang-hai pour l'amidisme des hautes classes. Le bonze In koang et chargé de ce nouveau temple. Les autorités civiles, Tao ing, souspréfet, etc, s'y sont rendues pour l'inauguration, le 8 de la IVe lune. A l'étage on montre une tour (Ché-li t'a ^ 5f I] i?|) en or et brillante de pierres précieuses. Cette pagode est située à Sin ming-kouo lou iff .R S ^> ^ Tcha-pé.
Les bouddhistes de la haute classe, parmi lesquels on compte de hauts fonctionnaires et des lettrés de renom, se réunissent dans cette pagode de style moderne, où le bonze Hien-ts'e fa-che M M ^ M tienne des conférences sur le Leng-yen king (Sura angama Sûtra) le vendredi et le dimanche de chaque semaine.
(Cf. Che-pao, No du 19 Août 1927).
ARTICLE XVIL Résume syiitlH'liquc des Ecoles ehinoîses.