‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 3)Chapitre 54 sur 176 · I. Le Bouddhisme proprement dit · texte numérisé non relu

I. Le Bouddhisme proprement dit

En 67, sous Han Ming-ti, deux bonzes de l'Inde, Mo-teng et Tchou Fa-lan, arrivèrent en Chine et traduisirent le Sûtra en 42 articles. A partir de 67 jusqu'à l'an 128.3, pendant 1218 années, 194 traducteurs de marque traduisirent les manuscrits sanscrits en chinois. Ils furent aidés par une multitude de travailleurs d'un rang secondaire. 1440 ouvrages sortirent de leurs mains et forment un total de 5.546 kiuen. Les doctrines contenues dans cette immense compilation appartiennent à 13 Ecoles principales:

Pi-tan-tsong ^ ^ t^ Sarvastivadas.

San-luen-tsong H fro ^ Nihilisme dialectique.

Tcheng-che-tsong fii 'M ^ Sautrantikas.

Liu-tsong ^ ^ Vinayisme.

Nié-pan-tsong -yg ^ ^ Confine au Madhyamika.

Ti-luen-tsong j^ f^ 9^ Absorbé par le Hoa-yen-tsong.

Tsing-t'ou-tsong ']fh i ^ La "Terre pure", Amidisme.

Chan-tsong i\^ ^ Mysticisme contemplatif.

Ché-luen-tsong ^ mi ^ Incorporé au Fa-siang-tsong.

T'ien-t'ai-tsong ^i -a ^ Syncrétisme.

Fa-siang-tsong f^ :^\\ <f^ Idéalisme subjectif.

Hoa-yen-tsong ^ Im 'M Panthéisme réaliste.

Tchen-yen-tsong ^ s* tt^ Tantrisme.

Pendant douze siècles, le Bouddhisme, malgré quelques persécutions passagères, ût en Chine des progrès continus, et obtint un merveilleux succès. Les écoles foisonnèrent; les plus l)uissantes furent le Mysticisme contemplatif, le Syncrétisme et r.\midisme. Celle-ci, surtout à partir du V siècle, prospéra à tel point, qu'elle surpassa toutes ses rivales.

ART. XVII.— RÉSUMÉ DE l'hISTOIRE DU BOUDDHISME. 173

L'époque des Deux Cours, des T'ang- et des Song (420- 1280) fut l'Age d'or du Bouddhisme. Sous les Yuen Mongols (1280-1368) commença son déclin. Longtemps encore, sans doute, il conserva son prestige sur les masses populaires; ou s'apercevait cependant qu'il perdait peu à peu de sa puissance et de sa vigueur.

Le déclin continua sous les JMing; à l'époque des Ts'ing (1644), il s'accentua. La science et la vertu semblaient avoir déserté les bonzeries ; les tracasseries administratives, les rivalités avec les Lamas, hâtèrent encore la décadence; de nos jours elle parait totale et irrémédial)le. Mais ceci doit s'entendre du "Vrai Bouddhisme", car l'Amidisme frotté de Taoïsme et de Confucéisme, en un mot le Bouddhisme éclectique, est en pratique la religion de toute la Chine, aussi bien des lettrés que du peuple.

Les bonzes sont généralement méprisés ; cependant toutes les classes de la société les invitent, pour les funérailles, et pour les cérémonies cultuelles qui par tradition se célèbrent à date fixe chaque année. D'après les dernières recherches de Reichelt, la Chine actuelle compte environ 1 million de bonzes et peut-être une centaine de milliers de bonzesses (1).

II. Le Lamaïsme (Branche du Bouddhisme). Le Lianiaïsiiie au Tibet.

Le Bouddhisme transformé du Nord de l'Lide fut introduit au Tibet vers 640 par le roi Long-tsan, marié à la princesse Wen-tch'eng, bouddhiste chinoise, envoyée par l'empereur T'ang T'ai-tsong. Le Lamaïsme du Tibet fut fondé en 747 par Padma Sambhava et Santa Rashita. C'est un conglomérat de Magie, de Démonologie, de Tantrisme et de Madhyamika.

Le Lama Pa-se-pa (Phags-pa) fut nommé par Koubilaï (1280) "Roi de la Loi" et "aviseur impérial", avec souveraineté

(1) Cf. Reichelt: Truth and Tradition in Chinese Buddhis

sur le Tibet. C'est ainsi qu'il devint le premier Lama-roi du Tibet.

Pa-se~pa est le fondateur des Lamas rouges qui, du Tibet, se répandirent en Mongolie, en Mandchourie, au Tche-li [g |||, au Chan-si ^J ■g', au Chen-si \l% '^, au Kan-sou "D" '^, au Setch'oan \ïï\ j||, etc.... Les Lamas noirs, sectateurs de la religion primitive, persécutés par les Lamas rouges, vinrent s'établir dans les Marches Tibétaines, aux confins du Se-tch'oan, dans la vallée du Min-kiang.

La Dynastie des Ming supprima l'hérédité des Lamas-rois.

Le Réformateur Tsongkhaba rétablit le célibat, porta le coup de mort au pouvoir héréditaire et fonda la secte des Lamas jaunes (1409-1420).

Le premier Lama qui porta le titre de Dalaï (vaste océan), fut Souo-nan, qui reçut ce nom honorifique en 157], pendant une entrevue avec Altan khan, roi de IMongolie.

Lie Lamaïsme en Mongolie.

Depuis longtemps les Mongols avaient embrassé le Lamaïsme, mais l'union entre le Lamaïsme mongol et le Lamaïsme tibétain fut définitivement cimentée en 1387, quand Souo-nan, le Dalaï Lama du Tibet, choisit pour se réincarner un prince descendant de Altan khan, nomnié You-tan. qui prit possession de son siège à Lhassa en 1600.

Le premier Dalaï Lama mongol fut un Grand Lama tibétain laissé au roi Altan Khan par le Dalaï Lama Souo-nan. après l'entrevue de 1571 au Koukounor (1).

Un Grand Lama réside à Ou-t'ai-chan au Chan-si.

(1) T/ouvraye qui donne le résumé ci-dessus est intitulé Wankouo-tscnfï-kiao-tche ^ ^ ^ ^ ?J^ : Histoire des Religions de tous les royaumes (1903), p. 41 à 94.

ART. XVII.— RÉSUMÉ DE l'hISTOIRE DU BOUDDHISME. 175

Note A. - Administration des Lamaseries.

Toute grande lamaserie a au moins un Bouddha-vivant, qui, vu sa dignité surhumaine, occupe des appartements privés, soit dans la lamaserie, soit dans le voisinage immédiat.

L'administration de la lamaserie proprement dite est confiée à un Conseil comprenant une dizaine de dignitaires, préposés aux besoins matériels et spirituels de l'établissement.

1'"' Le Grand Lama ou Biipêrieur est chargé de la haute intendance tant pour le matériel cjue pour le spirituel ; toutes les affaires importantes sont soumises à sa direction.

2" Le Préfet de discipline {Temtsji) veille à l'observation de la discipline monasticjue, à l'assistance des Lamas aux cérémonies de règle. Il a le droit de punir les délinquants. Il a sous ses ordres deux assesseurs (Tajischas), qui le renseignent sur la bonne ou la mauvaise conduite des Lamas, et exécutent ses ordonnances.

3" Le Trésorier {Changsat) a l'intendance générale des finances de la lamaserie

4" L'Amhan, trésorier en second, qui a la haute main sur la comptalMlité, sur les ventes, achats, dépenses et recettes. Il a sous ses ordres deux "compradores".

5"^ Les 2 Nierhas ou compradores. Aides de l'Amban.

6" Le Prieur [KesJiwi), Lama dont l'ofiice est de diriger les prières publiques. Il est assisté de 2 Ongsats (Chantressacristains).

7^ Le LAima majordome, ou l'Hôtelier, qui reçoit les hôtes de passage, et prend soin de la cuisine. Viennent ensuite tous les fonctionnaires et servants qui doivent prendre soin des temples, des idoles, du culte. Certaines lamaseries constituent de véritables villes ; par exemple, la lamaserie de Koumboun, à 26 km S.O. de Si-ning-fou, au Kan-sou, ne compte pas moins de 2.600 Lamas; trois Houo-fou ou Bouddhas-vi\ants résident dans ce vaste établissement.

Après les deux grands Bouddhas-vivants du Tibet, le Dalaï- Lama et le Tashi-Lama, le Grand Lama de Ourga (Djebtsung Damba Khoutouktou) vient le premier en dignité; le Khoutouktou de la Confédération des Silinghols, au Tchagar, est aussi un personnage très réputé. Sur les 160 Bouddhas-vivants des diverses lamaseries, (Khoutouktou) la Mongolie du Nord en compte 19, la Mongolie du Sud 37.

Note B. — Nombre approximatif des Bouddhistes dans le monde.

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