C. Politique à l'égard du bouddhisme
Le trait saillant de cette époque, c'est la cruelle persécution que les bonzes eurent à éprouver en 95.5. Déjà en 989, l'empereur Kao-tsou, des Heou Tsin f^ ^-. avait défendu de fonder de nouvelles bonzeries. En 940, le roi du Fou-kien sécularisa du même coup dix mille bonzes, parce que les gens du peuple entraient dans les bonzeries pour éviter les impôts et les corvées. Mais tout ceci n'était qu'un prélude du grand désastre qui s'abattit sur le bouddhisme en 955.
L'empereur Che-tsong, des Heou-Tcheou, lança un édit supprimant toutes les pagodes dont la construction n'avait pas été of^ciellenient autorisée. Défense également de se faire bonze sans l'autorisation du gouvernement; et. pour tarir les vocations, le postulant devait présenter un certificat constatant que personne dans la famille n'y mettait d'obstacle, que les oncles et grands parents étaient tous consentants. Dans chaque district on devait tenir un registre officiel de tous les bonzes, notant exactement chaque année les noms des défunts et les noms des nouvelles recrues, etc
Comme résultat de ces mesures restrictives, plus de 30.000 pagodes furent supprimées dans les campagnes et dans les villes. On ne conserva que 3694 pagodes. Plus de 60.000 bonzes furent enregistrés. Par ordre impérial, les cloches et les cymbales des pagodes, les statues bouddhiques, tous les ornements de cuivre durent être livrés aux fonctionnaires locaux dans un laps de cincpiante jours. Passé ce terme, peine de mort contre tous ceux (|ui auraient caché plus de cincj li\res de métal. Tout devait être converti en sapèques. Che-tsong disait plaisamment: "Ces statues ne sont pas Bouddha, je ne lui fais donc pas injure. Du reste, Bcnuldlia. dans ses existences antérieures, n'a-t-il pas maintes fois sacrifié son corps pour secourir les malheureux? Comment pourrait-il hésiter à sacrifier ses statues ])our l'amour des indigents?" (1).
(1) Textes historiques, p. 1813-1815.
ART. XI. — LES CINQ l'ETlTES DYNASTIES. 9
Che-tsong entendait qu'on mit ses ordres à exécution. Ayant appris que les gens de Tchen-tcheou ft ^'H conservaient, malgré son édit. une statue chérie de Koan-in dans leur pagode de Ta-pei-se :^ f^^ ^-, il s'y rendit, et, une hache à la main, fendit la tête de l'idole et lui ouvrit la poitrine à coups redoublés. Le peuple assistait, pâle de frayeur, cà cette scène de destruction.
Peu après sa mort, le souverain fut vu dans les cachots de l'enfer, oii un bourreau, armé d'un ciseau, lui ouvrait la poitrine pour y infuser du cuivre fondu. "Son supplice ne finira, dit Yen-wang, le dieu des enfers, qu'après la disparition de la dernière des sapèqucs marquées Tclicou-t'ong J5J jg, et frappées avec le cuivre provenant de la dépouille des pagodes et des statues bouddhiques (1).
Cette légende, tout en nous montrant la ferme volonté de l'empereur Che-tsong d'abattre la puissance du bouddhisme, nous fait voir aussi l'attachement des populations au culte de Koan-in, et, par le fait même, la grande vogue de l'amidisme.
ARTICLE XIL I.e boutldliîsme sous les Soiig du \ord, 900-1 126.