‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 4)Chapitre 58 sur 87 · LES TS*ING M · texte numérisé non relu

LES TS*ING M

La doctrine officielle.

Les Tartares Mandchoux de la dynastie étrangère T&'ing li-j. .1rs leur avènement au pouvoir, suivirent la sage politique des Mongols, pour rattacher à leur cause la masse influente des lettrés, ils montrèrent un zèle extraordinaire à promouvoir l'étude des anciens Classiques.

Joignant les actes aux paroles, les premiers princes de la nouvelle famille, K'ang Hi Jjt JR, Yong Tcheng f\î .il.. Kien-long lfZ R. devinrent personnellement des maîtres dans la littérature chinoise. Peut-être un peu par gloriole de lettré, mais assurément par politique, ils se posèrent en chef du jou-kiao f,fe: ffc et montrèrent un zèle ardent à diriger leurs nouveaux sujets dans la voie de l'orthodoxie confucéenne. Comme modèles et guides les plus sûrs ils proclamèrent officiellement les philosophes des Song, et surtout le coryphée de l'Ecole Tchou Hi fa Hf. Ils donnèrent ce philosophe comme l'interprète le plus autorisé des Livres Canoniques. Ainsi fut consolidée pour deux siècles l'Ecole Néo-confucéiste.

En 1663, K'iuxq Hi 0- j'jiji approuve l'institution du nouveau système d'examens basé' sur une composition littéraire (Wentchang ~% y':1, où ies candidats devaient traiter en périodes stéréotypées un thème tiré des Canoniques.

lui 1678, Tchou Hi fa J£ figure parmi la garde noble de Confucius, dans le temple de la Littérature, li'ang-hi, en 1712, ordonne à sou secrétaire Li Koang-ti ^ it Mi et plus tard au lettré Tchang Yu-chou ';]< 3s i'i de recueillir les œuvres complètes de Tchou Hi fa ><: et de les publier. L'empereur tinta exprimer lui-même dans les termes les plus forts, l'importance qu'il attachait à cette publication et l'estime hors paire qu'il avait pour ce philosophe, l'interprète le plus autorisé des Canoniques.

En 1717, il fait composer un résumé et un précis de la doctrine du trop volumineux ouvrage Sing-li-ta-ts'iuen 14 iH ^ ^.

Ce compendium de la doctrine de Tchou Hi ^ ^ parut en 4 volumes sous le titre de "Editio imperialis Medullte philosophiez. Yu-ts* oan-sing-li-tsing-i t&P '%. ft H ^ H. Cet abrégé de philosophie était précédé d'une préface écrite de la main même de K'anghi JH j?&, qui recommandait la doctrine de Song 7^ comme la règle à suivre dans les études classiques.

Yong-tclieng |g JE fut un Tchouchiste convaincu; l'un de ses laîtres, Yen Jo-kiu pj % 3)§, de Hoai-ngan ?j£ •$, professait la loctrine de la Nouvelle Ecole.

En 1745, Wang P'ou-ts'iyig 3£ ^ fl% un des plus remarquables lettrés de la dynastie des Ts'ing jîf, publia son ouvrage Seclwu-Tchou-tse-pen-i-hoei-ts'an ffl ||f ^ ^ Tfc t|| i|l # : Vrai sens des quatre Livres d'après Tchou-hi, et autres commentaires adjoints. C'était un admirateur de Tchou Hi jfc ;llf. La plupart des ouvrages remarquables parus sur les Canoniques reproduisent intégralement les explications du commentateur officiel.

Enfin en 1868, une importante collection d'ouvrages littéraires et philosophiques fut publiée au Fou-kien fg £|, sous le patronage de Tsouo Tsong-t'ang £ ^ ^ vice-roi de cette province, elle est appelée généralement Tcheng -i-t' ang -tsi iuen-chou iE tS ^ ^ Hf . Cette compilation commencée par Tchang Pé-hing j^ fé ff, célèbre vulgarisateur des doctrines néo-confucéistes au temps de K'ang Hi Jf£ Œ& et Kien-long %t Ht- La nouvelle édition, en 160 volumes, en consacre 19 aux seules œuvres littéraires et philosophiques de Tchou Hi -fc Jlk

Cet esprit de prosélitisme pour les doctrines de Tchou Hi %: flï s'est maintenu jusqu'à la fin de la dynastie. En 189.Î paraissait dans la Gazette officielle de Pékin, le 17 juillet, un édit impérial de Koang Siu $t %$, condamnant et supprimant les commentaires du célèbre lettré Mao Si-ho ^ ïM }pJ\ qui dans un ouvrage intitulé : Se-chou-kai-tsouo ffl # t& Es , Corrections d'opinions erronées sur les Quatre Livres, avait commis le grand crime de contredire des opinions fausses de Tchou Hi jfc |ï. Un examinateur du Ho-nan :fij S, ayant fait remarquer à l'empereur que des lettrés d'une haute intelligence, fascinés par la souplesse du

talent de Mao Si-ho ^ M jpj, en étaient venus à croire que les interprétations des 2 Tch'eng ^ et de Te hou Hi ^.^ ne faisaient plus loi} il suppliait Sa Majesté de prohiber cet ouvrage. Comme on le voit la question posée est nette, il s'agit de savoir s'il serait possible de tolérer des explications quelque peu contraires à celles de Tchou Hi 9p. jf£, qui depuis longtemps faisaient loi

La réponse impériale n'est pas moins précise. "L'ouvrage Se-chou-hai-ts'ouo ['M ,*, ije |gr contient en effet plusieurs idées en opposition avec l'explication orthodoxe de nos Canoniques, il peut donc exercer une influence funeste sur les lettrés. Kn conséquence nous enjoignons à tous les vice-rois et gouverneurs de publier une proclamation interdisant sous les peines les plus graves la diffusion de ce livre.

l'mir les compositions littéraires faîtes au temps des examens, que l'on se conforme scrupuleusement aux prescriptions jusqu'ici en vigueur. Que les commentaires de Tchou Hi %> ^ aient donc toujours, aux yeux de tous l'autorité suprême. Ne souffrons jamais que l'on y introduise des opinions contraires aux siennes, ce qui porterait grand dommage à notre littérature. Respect à ceci'' Rapprochons maintenant cette déclaration officielle, léclarations de l'empereur K'ang Hi J$f •';'£. affirmant que ''Tchou Hi yfc JjÇ avait éclipsé tous les commentateurs et que sa règle d'interprétation devait être invariablement suivie, si bien qu'un Saint même, si à l'avenir il en paraissait sur terre, ne pourrait s'en écarter". Ne voyons-nous pas nettement que du début des Ts'ing jpj* jusqu'à leur chute, non seulement Tchou Hi %. jffc fut considéré comme le commentateur officiel, mais que toute liberté tant soit peu contraire à cette loi t3'rannique. fut toujours entravée? Les lettrés, sous ce régime draconien du Tchouchisme officiel, se virent placés entre deux alternatives, ou suivre l'ornière, ou renoncer aux grades universitaires, par conséquent à l'accès aux dignités de l'Etat. Voilà en deux mots comment les Mandchous ont entendu la liberté des opinions en matière classique. La Chine pendant des siècles a dû subir l'esclavage du Tchouchisme, de ses idées fossiles et de son froid athéisme, vraie

camisole de force, inventée pour étouffer toute liberté et tout progrès. A ce point de vue Tchou Hi fa H peut être justement considéré comme un des grands malfaiteurs de l'humanité.

Les opinions iutimes des Lettrés.

Outre le grand et irrésistible courant du Tchouchisme, lancé par la pression gouvernementale, il est intéressant d'examiner les véritables idées des lettrés, leurs convictions intimes, et les principales Ecoles qui tendaient à se développer, si les Mandchoux eussent été plus tolérants.

On peut les diviser en 4 branches nettement caractérisées, deux Ecoles exclusivistes et deux Ecoles mitoyennes.

1° L'exclusivisme de Tchou Hi fa ^.

2° L'exclusivisme de Mao Si-ho ^ H M-

3° L'Ecole mitoyenne entre Tchou Hi fa J|Ç et Mao Si-ho ^

4° L'Ecole mitoyenne entre Tchou Hi fa JH et Wang Yangming 3E % Wi-

1° L'Ecole exclusiviste de Tchou Hi fa |||.

Ce parti était composé des chauvins du Néo-confucéisme ; pour eux, pas de demi-mesure, les lettrés des Han fj{ et des Tlang $i n'avaient pas compris le vrai sens des Canoniques; on devait faire table rase de leur doctrine et de leur philosophie et accepter exclusivement les opinions des philosophes des Song t£, Tcheou Toen-i ffi |fc g Tchou Hi fa ^ etc.

Le principal chef de cette Ecole fut Lou Long-k(i |H pf| 5£ nommé aussi Lou Pcing-hou |H ^f JjJ, et c'est le reproche que lui adressent les lettrés P'ang Tch'e-mou &} R ^ et Tch(eng Yu-men ^i M PI» de l'Ecole mitoyenne entre Tchou Hi fa J|Ç et Wang Yang-ming ï (| 0|. Son chauvinisme, disent-ils, le rend partial, et lui enlève le droit d'être considéré comme un chef d'Ecole modèle.

Lou Fou-t'ing f*S ffî $ suivit la même voie que Lou P'inghou |ê| ^p $[), et ces deux hommes appelés en littérature les Deux

Lou |î£f, furent les chefs d'Ecole tout spécialement pour les lettrés du Tche-li là ^, du Tché-kiang $f fX, du Ho-nan jpj rfr et du Fou-hien fg jj.

La même Ecole compte encore, parmi ses tenants, le lettré Tchang Yang-yuen jM M ®> mais surtout Ho Tan-hoei fiij 9\ |fl|i et T'ang King-hai J§ |i M- Ce dernier, dans son ouvrage Hiongan siao-che lf£ ^ >J^ fjfê, va même jusqu'à malmener Suen Hiafong $£ £î |Ir£, qui prétendait allier le Tchouchisme au Confucéisme intuitif de Wang Yang-ming j£ Pi 91, en 4400 livres.

2° L'Ecole exclusiviste de Mao Si-ho ^ H fpj".

Cette Ecole était diamétralement opposée à l'exclusivisme de Tchou Hi Jfc H. Pour Mao Si-ho ^ H M et les siens, les philosophes des Song $z avaient complètement fait fausse route, dénaturé la véritable explication des Canoniques et inventé de toutes pièces leur doctrine panthéiste et athée; comme conclusion logique il fallait donc en revenir à l'orthodoxie traditionnelle, rétablie par les lettrés des Han fj| et des T'ang jj.

Les principaux maîtres de cette Ecole de réaction furent:

Hoei Ting-yu ^§ % ^, du King-sou.

Tai Tong-yuen ^ ]f( J&, du Ngaii-hoei.

Kiang Tse-ping fX. ~f JP£> du Kiang-sou,

Ce dernier fut l'auteur de l'ouvrage Han-hio-che-tch'eng-hi itfj. ^ ftfj & fE, écrit contre les partisans du Tchouchisme, et où il montrait la nécessité d'abandonner leurs fausses théories pour reprendre la doctrine traditionnelle des Han $|.

Yuen Wen-ta PtC # M- (1764-1849) du Kiang-sou.

3° L'Ecole mitoyenne entre Tchou Hi ^ ^ et Mao Si-ho % M ST.

C'est une Ecole de compromis, de juste milieu, essayant de concilier les deux extrêmes dans un système mitoyen. Les lettrés des Han ^ ont du bon, disent-ils, ceux des Song 7^ ne sont point sans mérite, Tchou Hi %: ^ et Mao Si-ho ^ f |pf sont deux hommes éminents, pourquoi exclure de parti pris telle ou telle opinion, pour des raisons de personnes et d'Ecoles?

prenons la vérité, là où elle se trouve, sans l'exclusivisme. Fort bien ! mais le moyen de concilier deux systèmes antipodes, le pur matérialisme avec le ritualisme orthodoxe et la croyance traditionnelle au Suprême Dominateur.

Les partisans les plus autorisés de ce système furent :

Li Ngan-kli ^ % |H, du Fou-kien.

Fang Wang-k'i if g| jf|, du Ngan-hoei.

Yao Ki-tclioan $ jg %., du Ngan-hoei.

4° L'Ecole mitoyenne entre le Tchouchisme et le Confucéisme de Wang Yang-ming 5E PU ^-

C'est une seconde Ecole de conciliation entre partis adverses, système d'entre-deux, dont les tenants sont mi-Tchouchistes et mi-partisans des doctrines de Lou Kieou-yuen |^ ji ||JJ| et de Wang Yang-ming 3: H? ??• Athées, rationalistes, panthéistes comme Tchou Hi ^ ^fÇ, plus enlisés que lui, si c'est possible, et peut-être plus réfractaires encore à toute idée de vrai progrès, ils saupoudrent son système de leurs théories sur le Ou-ki 4te g non-être absolu, précédant le T'ai-ki ^c ft.

Les chefs de cette école sous les Ta-ts(ing ^ JJ furent:

Suen Eia-fong ~% J| ifêjt, du Tche-li.

T(ang Wen-tcheng # ^C JE, du Ho-nan.

Li Eul-k'iu ^ ZL tffi, du Chen-si

P'ang Tcli e-mou ifc X /fc, du Kiang-sou.

Tch'eng Yu-men @ ^ P^, du Ngan-hoei (1).

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