I-king % $g, Mutations
Ce simple membre de phrase peut être traduit de dix manières différentes, suivant qu'on adopte divers systèmes, et c'est ce qui fit tout son succès. Le sens général est à peu près le suivant : "La transformation comprend le Grand Extrême, qui évolua en deux Modes; les deux Modes produisirent les 4 Figures ou images, les quatre Figures produisirent les huit Trîgrammes". L'origine première de l'univers n'est pas le néant on le "non être" comme le disent les Taoïstes, mais une matière première K'i |R, douée de mouvement Li S, ou forme. Le K'i %, et le Li 3H sont les deux principes coéternels de tous les êtres de l'univers.
Cette matière d'abord aériforme, vaporeuse, cette nébuleuse primordiale évolua en deux modes Ing et Yang, sous la poussée de son principe d'action Li 3H, et ainsi furent formés le ciel et la terre. Les atomes plus subtils, entrainés par le mouvement giratoire, montèrent et formèrent le ciel, les atomes plus grossiers se déposèrent pour former le noyau terrestre. Le lng et le Yang, le ciel et la terre, produisirent alors les 4 Figures : l'eau, le feu, le bois, le métal. Puis de tout cet ensemble sortirent les Pa-hoa A ir ou huit Trigrammes :
Tchen Jt le tonnerre, Li g| le soleil, Toei f£ l'eau dormante, K'an fy, les fleuves, l'eau courante, Suen H le vent, K'ien ffc le ciel, K'oen ii\\ l'humus, Ken g. les montagnes.
Ainsi se trouvait fondée la nouvelle Ecole, sous le haut patronage de Confucius, qui bien probablement n'y avait jamais pensé.
Le dogme fondamental du système est l'Eternité de la matière.
Au commencement, il n'y eut pas de néant absolu, de nonêtre précédant l'être.
Le T'ai-hiu -jk ^, le Grand Vide primordial, ne veut pas dire qu'il n'y avait pas encore de matière, mais il doit s'entendre en ce sens, que les atomes de la matière universelle étaient encore à l'état vaporeux, de même que la vapeur d'eau'avant sa condensation. Ces atomes non condensés, extrêmement ténus, étaient dispersés dans l'espace et imperceptibles aux sens. Donc le Grand Vide serait plus justement nommé la Grande Ténuité, la Grande Raréfaction. Cette matière primordiale ressemblait à une nébuleuse encore en repos et non condensée, que quelques philosophes appellent le T'ai-houo -jk. ft, le Grand Calme, c'est-à-dire la Grande Monade T'ai-i ic £, composée de ses deux principes coéternels, distincts mais inséparables, le ^ K'i et le Li H.
Ces deux principes constitutifs de la matière primordiale et de tous les êtres de l'univers, rappellent par plus d'un côté la matière et la forme du système des scholastiques, comme nous le verrons.
La condensation et la dispersion des atomes dans le T'ai Hiu -jk jJL peuvent assez bien se comparer à la congélation et à la fonte de la glace dans une nappe d'eau; la nappe d'eau reste toujours, quelques unes des ses parties changent d'état, se condensent ou se dissolvent.
De même, cette matière primordiale, éternelle et toujours conservée quoique dans divers états, est tantôt en progrès, tantôt en déclin, elle se condense ou se désagrège : elle est comme un animal immense capable d'engendrer tous les êtres en lui-même et de sa propre substance. Elle roule sans fin dans un cercle d'évolutions successives ; une période de chaos succède avec une régularité fatale à l'épanouissement des êtres, et après une durée de 129.600 ans, comme l'affirme, sans sourciller, le lettré Chao K'ang-tsié $R H tfï (Chao Yong #ft %£) (c'est-à-dire après une période entière Yuen tc) tout sera de nouveau englouti dans le chaos, qui épargnera cependant les éléments constitutifs d'une
nouvelle reconstitution : c'est le panthéisme pur.
Ces principes posés, voici en quelques pages le Sommaire de la Doctrine.
4° Eternité de la matière.
La matière est éternelle; le monde a toujours existé, et toujours il existera, roulant dans un cercle d'évolutions successives. Quand l'humanité est complètement pervertie, alors survient un cataclysme, une fin du monde, puis une nouvelle période cosmique recommence sur de nouveaux cieux et de nouvelles terres. Les chaos qui se succèdent épargneront toujours la matière primordiale, et les éléments constitutifs d'un nouvel univers. Ainsi la matière se déforme et se reforme éternellement. Chaque période cosmique appelée Yuen ?t dure 129,600 ans, et se subdivise en 12 fJoei H£, de 40,800 ans chacune.
2° Evolution cosmique.
Il n'y eut pas de néant primordial. L'univers et chacune de ses parties se compose de deux principes coéternels : la Forme et la Matière. (Li M, K'i $&.) La forme ne peut exister sans la matière, elle manquerait de point d'appui; ce serait un moteur sans mobile, car la forme est la force inhérente à la matière.
Au commencement, le Ciel et la terre étaient une masse de matière très rarifiée, extrêmement ténue, aériforme, ressemblant à une immense nébuleuse, T'ai-hiu -jk JE- Cette matière vaporeuse se condensa peu à peu, et se concrétisa grâce à la force inhérente, ces deux principes formèrent le T*ai-i 'Jk &, la grande unité, la grande monade, qui engendra de sa propre substance tous les êtres de l'univers.
La force latente, inhérente dans cet amas de matière, lui imprima un mouvement giratoire, d'où jaillirent la lumière et la chaleur. Ce mouvement de rotation, devenant de plus en plus rapide, eut pour effet de séparer dans le tourbillon, les molécules matérielles, et de les classer d'après leur degré de ténuité.
Les molécules les plus grossières, en se condensant, formèrent la croûte terrestre, qui se put maintenir suspendue au centre du
tourbillon, grâce à la rapidité de sa révolution.
Les parties les plus ténues furent rejetées et dispersées plus ou moins loin vers les confins de la périphérie mondiale, d'après le taux de leur ténuité, et en raison directe de leur plus ou moins grande subtilité. Elles formèrent le Ciel et les astres (1).
3° Le Yang % et le In |§ï. Principe actif, principe passif.
La matière céleste évolua en Yang pj§, ou courant positif, qui est une modalité de la matière mue par la forme. Or le mouvement devient de plus en plus rapide à mesure qu'on s'approche de la périphérie de la sphère mondiale.
La matière terrestre évolua en In \%, ou principe négatif, produit par l'arrêt de la matière par la forme. La terre restant immobile au centre du mouvement giratoire, devint In |^, le ciel devint Yang ^, et ainsi le ciel et la terre, composés eux-mêmes de matière et de forme, devinrent à leur tour les ancêtres de tous les êtres: le ciel père et la terre mère, principe masculin, principe féminin. La différence des sexes provient de la participation prédominante à la nature de l'un ou à la nature de l'autre.
Par nature, le ciel et la terre ont une propension à engendrer les êtres, et pour obtenir la faveur de participer à leur fécondité, les nouveaux époux scellent leur union en se prosternant devant la tablette du ciel et de la terre.
4° Li H, K'i %< Forme et matière, en d'autres termes: La Force dirigeante et la Matière gazeuse.
Li 3H est la force de développement inhérente à la matière, la source universelle du mouvement, de l'évolution, de la vie, de la sensation et de l'intelligence.
K'i iifo est la masse gazeuse, la matière ténue, aériforme, susceptible de recevoir une forme sensible, d'être comprise dans des limites déterminées, en se condensant pour former des êtres particuliers; en un mot, c'est le point d'appui, le soutien inséparable de son coprincipe Li H.
En soi, la matière K'i % est illimitée, mais elle peut limiter
(1) Les textes se trouvent p. 121, 122, 30. Le Philosophe Tchou Hi.
une portion de forme, jusqu'au moment où le composé se désagrège, alors, la forme et la matière retournent dans la masse universelle, dans le grand tout. L'univers et chacune de ses parties se composent de Forme et de Matière, ces deux principes sont coéternels, inséparables : pas de matière sans forme, pas de forme sans matière, dit Te hou Hi ^ ^.
La forme est imperceptible, infinie, sans limites, éternelle, mais ne peut exister sans la matière et hors de la matière ; elle n'a qu'une priorité de raison.
Cette forme, une et universelle, peut pourtant se diversifier dans les différents êtres où elle se trouve déterminée et concrétisée; cependant elle reste immuable, inaltérable en ce sens qu'elle ne se divise pas, et ne se sectionne pas. Elle ne se communique que pour un temps, comme par prolongement, par prêt, aux individus caducs, où elle se trouve pour un temps circonscrite par la matière.
Puis quand arrive la dissolution du composé, ce prolongement de forme prêté temporairement, rentre dans la forme universelle. Quant à la partie de matière qui la limitait, elle est saisie par le mouvement giratoire, et dispersée dans la masse suivant son taux de densité. Ceci s'applique aussi bien à l'homme, qu'aux autres êtres de l'univers.
Uns remarque importante, c'est qu'il n'y a jamais union substantielle entre la forme et la matière ; et la part de forme communiquée à chaque individu, n'est jamais détachée de la forme universelle, de façon à former comme une àme individuelle. Cette manière de penser, dit Tchou Ili t)< V{-, conduirait à l'erreur des bouddhistes, qui donnent à chaque homme une àme individuelle, qui lui survit.
Tout au plus, ajoute-t-il, peut on prendre l'exemple du glaçon flottant à la surface de l'eau et qui immobilise pour un temps une portion de la nappe d'au, jusqu'au moment du dégel, où elle rentre dans la masse totale. C'est l'exemple donné par Tchang Tsai 'jk
(I) Tous les textes se trouvent Chap. 1 . p. 83-98. Le philosophe Tchou Hi
5° Le T'ai-hi >fc g, le grand axe. — T(ai-hi -jk $!£ est synonyme de Li H ; c'est un autre nom donné au principe d'activité Li H, considéré par rapport à la formation prochaine des êtres, c'est: ''L'ensemble d'énergies de la masse universelle, la cause formelle de chacune des parties de l'univers". Le Li se dit plutôt pour désigner "la part de force propre à chacun des êtres particuculiers". Au début de chaque période cosmique, le premier couple de chaque espèce animale est produit par génération spontanée, par l'union des éléments parfaits et imparfaits Yn \% et Yang |^. Le mâle participe davantage à la nature du ciel, la femelle participe davantage à la nature de la terre. Cette transformation de la matière première s'appelle K'i-hoa j$< ffc.
C'est ainsi, ajoute Tchou-Hi ^ H, que nait la vermine sur le corps de l'homme, sous l'action de la chaleur!
Dans la suite les individus d'une même espèce se reproduisent par rapports sexuels (1).
6° Origine de tous les êtres.
Du haut en bas de l'échelle des êtres, c'est la même origine commune, et les cinq éléments kin 4fc. mou yfc, cJioei 7K, Houo jJC, tlou i, qui les composent, ne sont eux-mêmes qu'un composé de la matière primordiale avec ses deux modalités In [§ et Iang H, actuée par la forme.
La nature d'un être n'est autre chose que la forme Li 3H, infusée dans une portion de matière première K'i %,.
Donc si nous considérons la nature en soi, hors du composé, elle est bonne, car le Li H est bon et intelligent, et il tend toujours à agir d'une manière souverainement bonne et intelligente, chaque fois qu'il ne rencontre pas d'obstacle dans la matière soumise à son action. Mais la nature considérée dans le composé, c'est-àdire concrétisée dans la matière, n'est parfaite que dans le cas où cette même matière se montre absolument docile à la touche de la forme, et ne lui oppose aucune résistance. Tel est le principe
(1) Cf. Chap.il. p. 99-120. Textes chinois insérés dans l'ouvrage: Le philosophe Tchoa Hi.
général, qui sert a classifier les êtres plus ou moins parfaits, d'après la densité de sa matière composante. C'est un simple problème de mécanique.
V Degrés dans l'échelle des êtres.
La matière plus subtile, plus pure, se divise en Tcheng JE parfaite, et T'ong jj§, ouverte, perméable.
La matière plus grossière comprend deux catégories principales: la matière défectueuse, inclinée, p'ienfâ; la matière bouchée, obscure, Se JE.
Ces quatre principales divisions de la matière se subdivisent presque à l'infini avec des nuances innombrables de subtilité ou de densité, et c'est de cette variété que naissent tous les différents êtres de l'univers. Tout au bas de l'échelle des espèces, nous voyons les minéraux, les végétaux, qui n'ont reçu en partage qu'une portion de matière obstruée, grossière, qui offre un obstacle insurmontable à la Forme, Li JE. Un peu plus haut se tient le règne animal avec toutes ses variétés et tous ses individus, douées d'une perfection distinctive d'autant plus grande, que la matière défectueuse qui individualise leur forme, s'oppose moins à son expansion naturelle. Les deux autres catégories de matière Tcheng IE et T'ong jj§ sont réservées à l'humanité.
L'homme vulgaire. — Les êtres qui reçoivent ce qu'il y a de moins pur dans ces deux genres de matière, sont nécessairement, fatalement grossiers, et déréglés dans leur conduite, parce que la Forme Li ïl trouve un invincible obstacle à son action, elle se trouve comme enlisée dans ce bas fond impur, et l'homme dans ces conditions est incorrigible, c'est ce qu'on appelle l'homme vulgaire, "Siao-jen ^ A '•
Le Sage. — Les hommes qui reçoivent comme matière composante, un principe matériel mélangé de pureté et d'impureté, de subtilité et de grossièreté, deviennent des sujets d'une vertu ordinaire, et susceptibles de perfection par l'éducation, parce que la matière K'i ^ n'enraye pas tellement Faction de la forme, qu'elle ne puisse vaincre du moins en partie la résistance. Un
tel homme, pour suivre Tordre harmonieux de la raison, devra lutter, et il ne sera vertueux que dans le degré de pureté de sa matière composante. Tel est la condition du Sage, Kiun-tse 1& ^f.
Le Saint. — Le favori du destin qui obtient en partage un lot de matière parfaite, Tcheng-k'i JE S, sera nécessairement, fatalement saint, Cheng-jen M À, parce que cette matière est si pure qu'elle n'offre aucune résistance aux touches de la force immanente, le Li JS. Il est saint par nature, sans lutte même intérieure, et aussi sans mérites (1).
8° Moralité- — Un diamant très pur, immergé dans une onde limpide, conserve tout son éclat ; s'il est plongé dans une eau impure ou même boueuse, il apparait d'autant moins pur que le liquide est plus malpropre.
Ainsi en est-il de la Forme Li 3H. Quand la matière est entièrement pure et obéissante à son action, elle produit le bien pure, le saint.
Si la matière offre quelque résistance à son action, elle n'opère le bien que dans le degré de perfection de la matière, et le mal se mesurera strictement d'après le taux de grossièreté de le matière composante. Dans ce système, la liberté n'a plus place; pour trouver le degré de moralité d'un homme, il n'y a plus qu'un calcul mathématique à faire, en se basant sur le taux de densité de la matière qui lui est échue en partage.
9° Koei j|, Chen #.
De cette notion doit être exclue l'idée de tout esprit distinct de la matière, soit dans sa nature, soit dans ses opérations. Il y a deux aspects différents sous lesquels peuvent être envisagées ces deux expressions de Koei %,, Chen f$.
a) Si l'on envisage la matière universelle K'i ^ avec ses deux modalités In |^ et Yang pj§ : Koei %, est l'apogée du in f$, Chen %$ est l'apogée du Yang !||.
(1) Textes chinois consignés p. 59-70. Le philosophe Tchou-Hi.
b) Si l'on considère la matière universelle, K'i %, abstraction faite de ses deux modalités In et Yang ; alors, Chen ji$ est l'expansion de ta matière, la matière en progression, (Chen $1 étendre.) ; la plénitude de la vie. Koei %, est la rétraction de la matière, la matière rétrogradant. (Koei §§ se retirer) : la mort.
Il s'agit donc toujours ici de la matière.
Chen 7|i$ c'est le phénomène de la production d'un être, da sa conservation, de sa croissance, de sa vigueur.
Koei J& c'est le phénomène de la mort d'un être, de son affaiblissement, de sa désagrégation.
Ce ne sont finalement que des modalités de la matière universelle.
10° Le composé humain.
1 /homme est constitué de matière, K'i £&, mue par le forme,
Son principe matériel est double, et se compose : 1° d'un âme spermatique Tsing jffâ ou P'è lîjji ; 2° d'un âme supérieure, intelligente, nommée Hoen ïfè, K'i \{ ou même Boen-h'i ïfè %.
Au début de la vie, une particule de matière spermatique Tsing f|!j- ou P'è rïj&, qui est une substance In |ïf£, mue sous l'action du principe formel interne, évolue; sa partie plus subtile, Yang $jj se développe et prend le nom de Hoen ïfe. K'i $& ou IToen-k'i 2& $&, àme supérieure, àme intelligente.
La réunion du P'é $|, âme végétative avec l'âme supérieure, I/oen ifè sous la motion de la forme, produit le composé humain, l'homme vivant.
Le P è H, âme inférieure, en se développant nourrit le corps de l'homme.
Le Hoen ^, âme supérieure, en se développaut produit l'intelligence.
La Forme, Li 5H, est présente et agissante par extension, dans ce double élément matériel, sans toutefois se sectionner, ni s'unir substantiellement.
Telles sont les trois parties constitutives de l'homme, leur union produit la vie, leur désunion produit la mort.
il0 La mort. — La mort, c'est le retrait de la forme, et la séparation de l'âme supérieure et de l'âme inférieure. Quand la quantité de matière répartie à chacune est épuisée, désagrégée, c'est l'heure fatale de la dissolution du composé humain ; la mort.
Que se passe-t-il alors?
1° La forme Li i®, qui ne se sépara jamais, au vrai sens mot, de la forme universelle, rentre dans celle-ci, dès qu'elle cesse d'être concrétisée dans l'individu qui se dissout. De même que l'eau du glaçon rentre dans la masse d'eau sur laquelle il flotte, dès qu'arrive le dégel.
2° L'âme inférieure P'é flj|, composée de matière plus grossière, In |^, tombe en bas dans la matière terrestre, à laquelle elle appartient par nature, et s'y réunit.
3° L'âme supérieure Hoen âj|, formée d'une matière plus subtile, Yang |S§, remonte en haut et se disperse dans la matière céleste. Que reste-t-il de l'homme? rien, absulument rien. Quand la flamme dévore le combustible, la fumée et la chaleur montent vers le ciel où ils se dissipent, les cendres sont dispersées sur la terre : ainsi en est-il des deux âmes de l'homme.
12° Les Sacrifices.
Si à la mort tout disparait, à quoi bon les sacrifices ?
Une double distinction expliquera les réponses de Tchou Hi
a) La mort arrive d'une manière normale. Quand l'hommme a vécu jusqu'au terme de son existence, jusqu'à la consomption normale de ses forces vitales, alors sa matière mûre se désagrège promptement, et bientôt se réunit à la masse universelle. Donc si les ancêtres sont décédés d'une mort naturelle, ils ne sont plus, c'est vrai, mais leurs descendants sont la chair de leur chair, le sang de leur sang, leur substance a passé dans leur substance. Les descendants offrent des sacrifices à leurs ancêtres pour les remercier d'avoir inoculé en eux leur propre vie. Ce sacrifice, somme toute, s'adresse à la substance de l'ancêtre présente dans leur propre personne.
Ajoutons que si ces sacrifices se font peu de temps après leur mort, il peut arriver que leurs âmes matérielles ne se soient pas encore totalement dissipées et réunies à la matière universelle, et dans ce cas ils peuvent leur profiter temporairement, jusqu'à l'heure de la complète dissolution.
b) La mort arrive d'une façon prématurée. l);ms ce cas, rame inférieure Pc fij|, n'étant pas arrivée à maturité, peut rester un temps plus ou moins long avant de se dissoudre, et de se réunir à la terre.
Le même phénomène peut arriver aussi pour l'âme supérieure des ascètes, des bonzes, qui lui ont donné un surcroit d'alimentation, par leurs méditations prolongées. Il peut se faire qu'elle subsiste un temps plus ou moins long avant sa dissolution, mais elle rentrera aussi dans la matière subtile et s'y dispersera.
Dans ces cas il pourrait y avoir des apparitions de ces Ames subsistantes, des prestiges, des vengeances, les sacrifices auraient alors pour but de les apaiser pendant ce temps toujours court de leur survivance (1).
13° Ni Dieu. ni rémunération future.
D'aucuns pensent que dans le ciel aérien, il v a un être personnel, qui de là-haut juge et condamne les mauvaises actions des humains: c'est faux, dit Tchou lli ^ ^; tous les livres classiques qui font allusion à un Etre Supérieur, à un premier Principe, à uue Providence, doivent s'entendre d'une force inhérente à la matière, du Li iH (2).