LE ROMAN ET LE JOURNAL
Nous trouvons dans les romans chinois des peintures de mœurs très fines et très fouillées. Le genre de vie des lettrés, leurs goûts, leurs croyances, leurs pratiques dans les diverses vicissitudes de la vie présente, y sont peints avec beaucoup de verve et de variété. Les Dix romans célèbres, Che-tsai-tse + ^ -P(l), nous fournissent d'intéressants traits de mœurs. Par exemple les deux poètes flâneurs, P'ing Jou-heng ^ JŒ $5 et Yen Pé-han ^ ÉJ êK ; le premier académicien Ts'ai Yong ^ ||, et son épouse Tchao Ou-niang Jg di. M> qui le retrouve marié à la fille d'un ministre d'Etat ; toutes les cérémonies de la réception de la fiancée chez son futur, agrémentées par l'insigne duperie de la rusée Choei Ping-sin 7K ?K *Ù etc.
Pé-koei-tche É3 ïê Â> le huitième de ces romans offre un intérêt tout particulier pour l'étude des croyances de cette classe d'hommes.
Tchang Hong j/B ;£> revenant de Sou-tcheou $£ ffl avec son frère Tchang Pouo 5R 1$, l'empoisonna. Quinze années après, Licou Tchong flj ,$,, fils de Licou Yuen-hoei #] ît^, fut nommé gouverneur de Fou-kicn fg J$.
A son passage à Xan-k'ang ]|f 0, un Esprit s'intitulant : roi du Fou-kicn fg ££, lui apparut en songe, lui remit une tablette de jade sur laquelle était consignée l'anecdote suivante: "Je m'appelle Tchang Pouo Jjf KÇ, mon prénom est Heng-tsaifâ ^, ma famille est de Ki-choci ^f 7^. ; la trente-troisième année du présent règne, je revenais de Sou-tcheou j$fc $1 sur une barque avec mon frère Tchang Hong iJj| jg ; ce dernier m'empoisonna. Trois années entières je restai emprisonné dans les enfers ; au bout de ce temps. Chang-ti £, ffi eut égard à ma probité et me donna l'office de Tch'eng-hoang i$ |§, dans la ville de Sing-tse j§; -f . Trois ans plus tard, je fus nommé Tch'eng-hoang j$ |§ de
(I) Cf. Zottoli I. vol. p. 2. Là on trouve le nom de ees ouvrages.
Nan-k'ang 'g fâ, et présentement je viens de recevoir la dignité de Tch'eng-hoang J^ |î| du Fou-kien f| &
Voici 1 5 années que je réclame vengeance, enfin l'heure a sonné; demain à sept heures et demie, vous trouverez ici au milieu du Kiang f£, un bateau désemparé, saisissez ceux qui s'y trouvent, et je serai vengé". Ainsi fut fait. Tchang Hong 3g % fut trouvé sur cette barque, jugé, condamné et exécuté devant la statue du Tch'eng-hoang j£ g du Fou-kien fg g, comme une victime à son frère assassiné. Une foule de lettrés nourrissent dans le fond de leur cœur, sans toutefois oser le dire publiquement, l'espoir de devenir dignitaires dans l'autre vie. Cette croyance dénote une influence taoïste sur leurs idées de rétribution future (1).
Le 10e Tsai-tse jf ^ nous initie également à la doctrine des tao-che, et à leurs recettes magiques qui faisaient fureur au temps de Han Ou-ti fj| fÇ $?, même dans les classes supérieures de la société, malgré la corruption et la vénalité de ces jongleurs (2).
Les aventures de Sie Jen-koei g? t H, devenu empereur sous le nom de Song Ing-tsong ^ 51 9^, sont aussi fort instructives pour l'étude des mœurs et croyances de cette époque, à la cour, chez les grands personnages et parmi le peuple.
Cependant aucun roman, croyons-nous, n'offre une peinture plus exacte de la vie morale des lettrés, que celui qui est intitulé Eul-touo-mei Zl fi $| : La double floraison de la fleur "La-mei Wi ^tt'- C'est le cas de dire qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil; ce qui se passait alors sous la dynastie des T'ang Jjf, 756 à 763, pendant le règne de T'ang Sou-tsong jif ^ 9j^, est encore du vécu de notre époque, au moins jusqu'à la proclamation de la République, 1912. Je crois utile de donner ici la trame de ce roman, l'analyse seule montrera comment se passe la vie des lettrés et des hauts fonctionnaires, l'attitude des mandarins qui se posent en hommes intègres, et la méchanceté raffinée des hommes sans conscience, qui se sentent favorisés des bonnes grâces du souverain. La vénalité des officiers, l'adulation des inférieurs,
(1) Cf. Roman Pé-koei-tehe g ^ M {bT Hoei 7.
(2) Cf. San-ho-kien BÛ M 0 Hoei 26- 27-
la pratique des tribunaux, les vengeances de ceux qui ont été opprimés, dès qu'ils arrivent au pouvoir, les sentiments intimes de tous ces personnages dans les alternatives de dégradation et de rentrée en grâce : tous ces états d'âme sont étudiés et mis sous les yeux du lecteur.
Eul-touo-mei ~ /j£ $L
Sous le règne de Vang Sou-tsong ))\ jjft ',î;, un excellent souspréfet nommé Mei Koei tffy jS;, prénom Pè-hao fÉ "S, exerçait ses fonctions dans la ville de Li-tck'eng-hien /flMM du Tsi-nan-fou ïS fof M, au Chan-tong iXï J|C- Il avait pour amis ; Tch'en Jccheng $ H ?l\ de Boai-ngan-fou ](([ -fç ffi, et président du Ministère des Rites, deux censeurs Hong Lô-t'ien #§ |j| 3R et Tchou Tchai-yuen, un académicien nommé Tang Tsing ]$C }j§ et un autre dignitaire appelé Liu Fou-lti. Tous ces hommes étaient de parfaits fonctionnaires et animés des meilleurs sentiments, mais ils avaient pour ennemi le grand ministre Lou K'i )M. ffi. très bien en cour et tout puissant. Son fils sec, Hoang Song jf[ ^ était une canaille.
Le sous-préfet Mei Koei $| ;u avait un jeune fils nommé Liang-yu fi. 31 doué de belles qualités intellectuelles ; un jour il fit une composition qu'il vint montrer à son papa, et celui-ci la trouva si bien, que, contre l'usage chinois, il ne put s'empêcher de le féliciter.
Le soir, pendant le souper, arriva un délégué impérial, porteur du décret qui nommait Mei Koei #| j=f; au poste d'assesseur du Ministère des Rites. Le sous-préfet était pauvre, il ne put donner au délégué qu'un maigre pourboire de 4 taëls, plus 3 taëls pour son voyage; ce dernier repartit peu satisfait. Cependant la nouvelle du départ de Mei Koei U x\ se répand en ville, on s'émeut, on ferme les portes, le peuple ne veut pas laisser partir son bon sous-préfet. Il fait comprendre à son peuple qu'il ne peut désobéir à l'empereur, et sort de la ville au milieu des marques de regrets et de sympathie de tous ses sujets, à qui il donna ses dernières recommandations. Son épouse, native de Tcli ang-tcheou-fou 1$
Fig. 195
Mei Liang-yu et Tch'en Tch'oen-cheng.
}\] M voulait le suivre à la capitale, Mei Koei # ^ s'y opposa parce qu'il partait avec la résolution bien arrêtée d'accuser le puissant ministre Lou K'i £ ^, son ennemi, ce qui attirerait infailliblement sur sa tête les châtiments ou même la mort. "Dès que tu apprendras ma mort, lui avait-il dit, sauve-toi avec mon fils Liang-yu H H*'1.
A son arrivée à la capitale, il fut admis à l'audience impériale, et cinq jours après, prit possession de son nouvel office. Au cours des visites à ses amis, il leur manifesta son intention de prendre à parti le grand ministre Lou JH, et de l'accuser à l'empereur. On l'en dissuada, mais il persista dans son idée, malgré les avis de ses amis, parce qu'il croirait être infidèle à l'empereur, en ne l'avertissant pas des menées de son favori. La fête anniversaire de la naissance de Lou K'i j|| /fà avait justement lieu quelques jours après; l'empereur commanda à tous les dignitaires de la cour d'aller lui offrir leurs félicitations.
Mei Koei $| ^ lui porta pour tout présent quelques livres de vermicelle et des bougies. Son intendant Hoang hésite à accepter une si maigre aubaine, et crut devoir aller avertir son maître. — "Bah ! lui dit Lou U, il n'a point d'argent, puis peut-être qu'en acceptant ce cadeau insignifiant, je gagnerai à ma cause ce mandarin intègre... Acceptez-le". — Tous les dignitaires sont introduits, Mei Koei tf$ jff; est du nombre, mais il refuse l'invitation au festin, et interpelle Lou K'i Jt fà d'une manière blessante. Tous les mandarins présents essaient de raccommoder l'incident. Lou et son intendant furieux jurent sa perte. Les jours qui suivirent, l'empereur invita Lou 0. à une partie d'échecs ; celui-ci perdit volontairement deux parties de suite. — "Comment perdezvous ainsi deux parties, dit l'empereur en riant?" — "Majesté, reprit Lou Jj|, ma pensée est ailleurs, j'ai appris que parmi les révoltés se trouve Mei Koei # H, cette nouvelle me rend rêveur". — L'empereur prit des informations précises auprès de son ministre, qui lui remit des documents tout préparés d'avance sur la marche des événements.
De suite Mei Koei # jt est mandé en présence de l'empereur, à qui il expose nettement les crimes de Lou K'i jS /ffi ; Sou-
tsong jOH ^ n'ajoute pas foi à ses paroles, le condamne à mort et l'exécution eut lieu sur l'heure. Le ministre avait eu soin d'englober dans la même accusation les amis de Mei Koei, Tch'en Je-cheng m B ^ et Tang Tsing £ M-
L'empereur, en vue de leurs mérites passés, leur fit grâce de la vie, mais les priva de leurs charges et les renvoya dans leurs foyers. Mei Pa Jfâ fÊ, serviteur fidèle de Mei Koei #| jj;, avait recueilli le corps de son maître et l'avait fait transporter dans la pagode Siang-kou-se. Ses deux amis disgraciés recommandèrent à Mei Pa $| fÈ d'aller au plus vite avertir l'épouse et le fils de Mei Koei /fjf j(;, parce que le vindicatif ministre ne manquerait point de leur nuire. Mei pa ifà: ffl se mit en route, mais vu son grand âge, il mourut à mi-chemin.
Lou K'i jï /fij, redoutant une vengeance de la part des fils de Mei Koei fâ Jt, obtint de l'empereur que la famille fût éteinte. Des ordres impériaux partirent pour le préfet de Tch'ang-tcheou fou '{$ ffl M où s'étaient établis l'épouse de Mei Koei #j jfc et son fils Liang-yu Ê. 3l- Tout s'était passé dans le plus grand secret, cependant un employé du tribunal nommé Tch'en Choeitsoei S ?fc •$!> grand éventeur de secrets, eut connaissance du fameux décret. Le soir il alla prendre son bain, but le vin avec T'ou Cheng g ^ un ancien protégé du sous-préfet Mei Koei $| "ff, et lui raconta qu'on se disposait à mettre la main sur l'épouse de Mei Koei ^ ^ et sur son fils Liang-yu 1% 3E« T'ou Cheng JH $ courut les avertir de se sauver chez leurs parents.
Quand le préfet voulut les saisir, il ne trouva plus personne. Plus mort que vif, se voyant sur le point d'être accusé de connivence avec eux par le puissant ministre, il donne 500 taëls à l'envoyé impérial, en ie suppliant de plaider son innocence à son retour à la capitale.
T'ou Cheng fâ ^L craignant d'être maltraité par le préfet, s'il venait à apprendre qu'il avait favorisé l'évasion de Liang-yu S. 3£, crut prudent de quitter le service du tribunal de Tch'angtcheou- fou %' j'\] Jff, et se réfugia au Chan-tong |Jj M auprès de la veuve de Mei Koei #| jp[\ retirée chez son père mandarin dans cette province.
Quant à Liang-yu & ]£, il partit avec son petit servant nommé "Hi T'ong 4g S.", dans l'intention de se rendre à la souspréfecture de I-tcheng bien fâ % JR, chez le père de sa fiancée, qui était sous-préfet de cette ville. Tous deux s'arrêtèrent dans une auberge, avant d'entrer en ville, et s'informèrent de la conduite de ce mandarin; on ne leur donna pas de bons renseignements sur son compte, il avait mauvaise réputation. Hi T'ong -]£ jt et Mei Liang-yu # & 5Ê changèrent d'habits, pour qu'en cas de malheur, le fils du mandarin décapité put se sauver. Hi l^'ong V/ JE, sans avertir son maître, achète du poison chez un pharmacien, puis tous deux s'en vont se présenter au mandarin. Cet homme redoutant la vengeance de Lou Kci /J| ;ft}, fit enchaîner Hi T'ong lif JE pour le conduire à la capitale, mais le captif avale du poison et meurt de suite.
Mei Liang-yu $f & 5Ê inconsolable, va pleurer sur son tombeau placé près d'une pagode de T'ou-ti i | aa pied d'un grand arbre. Il remarqua soigneusement la position, puis partit pour Yang-tcheou ^ j\], sans argent et sans crédit. Après son arrivée en ville, quand vint la nuit, il se retira dans la pagode Cheou-ngan-se j| ^ ^p et se pendit de désespoir. Un tao-che M i, en allant aux lieux d'aisance, heurta la tête contre les pieds du pendu, cria au secours, et on put le sauver avant qu'il eût rendu le dernier soupir. Un bonze présent lui demanda la cause de son désespoir; Liang-yu Jà. 5£ lui répondit par un mensonge. Le bonze le 'fit écrire, il fut charmé de sa belle écriture, le retint à son service pour prendre soin de ses fleurs. Ce bonze avait été jadis employé au tribunal du Ministre de la guerre, qui avait donné sa démission parce que l'empereur n'ajoutait foi qu'aux paroles de son infâme ministre Lou K'i Jjt fà; son nom de bonze était Hiang-tcti e-houo-chang # M %1 fô, c'était purement et simplement le frère puiné de Tch'en Je-cheng fâ 0 J\ le meilleur ami de Mei Koei # jt. Son hôtel était à Yang-tcheou ^ >}\] où il habitait avec son fils Tch'en Tctioen-cheng ($ M £• Tctioencheng ^ ^ et Liang-yu & 5Ê devinrent deux inséparables, firent leurs études ensemble, et suivirent Tch'en Je-cheng J$ 0 fi dans un petit mandarinat qu'il obtint.
Un jour que Tch'en Je-cheng RC 0 ?p offrait un sacrifice à son ami défunt Mei Koei ^ j(;, un arbuste nommé La-mei M # perdit soudain toutes ses fleurs. Effrayé de ce présage, il pensa à se faire bonze comme son frère; sa fille l'en dissuada, promettant d'obtenir des poussahs que l'arbre refleurît. Ce fut ce qui arriva : le troisième jour, une servante vint en présenter une branche à Yun-ing || H (1). Tch'en Je-cheng | 0 ^ ordonna à son fils de composer une pièce de vers pour remémorer cet événement, et il ne pensa plus à se faire bonze. Lou K'i jjft ifi, l'implacable ennemi, le suivait de l'œil, et le fit jeter en prison avec son épouse. Les deux jeunes gens Tch'oen-cheng ^ §a et Liang-yu Jà. 3î purent se sauver. La fille de Tch'en Je-cheng H 0 ^ avait été promise à Liang-yu & 3£» mais le ministre Lou K'i jgf fà la réclama pour le harem impérial; on la conduisit par force, mais cette jeune fille, nommée Hing-yuen ^ je entra dans une pagode célèbre, et implora le secours de Niang-niang ^ i$L ( Pi-liia-yuenîciun 3f ft 7C M), qui la souleva sur une nuée du ciel et la transporta dans le jardin à fleurs du mandarin Tseou t$>. Tseou Yun-ing Uft j| H, sa fille, effrayée de cette subite apparition, la prit pour un renard-diable, Hou-li-tsing % ^1 ^f, et courut en informer sa mère. Pourquoi Niang-niang 1$ ^ avait-elle transporté la jeune Tch'en Hing-yuen Rfî ïfc 7C dans ce lieu inconnu pour elle? C'est que son fiancé Mei Liang-yu #| S. ï, après maintes aventures, était entré au service du mandarin Tseou |jft, et ainsi les deux fiancés se trouvaient réunis sans le savoir. Une circonstance fortuite mit les deux fiancés en présence. Il arriva en effet qu'une servante de la jeune Tseou Yun-ing $$ K H vola une épingle de tête à Liang-yu & X; c'était un présent que lui avait fait sa fiancée, or cette dernière la vit un jour dans la cassette de Yun-ing H ifë parmi ses autres bijoux ; elle reconnut l'épinglette précieuse, en demanda la provenance, et apprit ainsi
(J) Le titre du roman est basé sur cet épisode. Le I.a-mei-lwa jjg fè fè "Belle fleur de la lune La" (la 12e lune chinoise) fleurit pendant cette lune, au cœur de l'hiver, ces fleurs ont une odeur très suave, et les feuilles ne poussent qu'après la disparition des fleurs.
que Liang-yu & ï se trouvait dans ce même tribunal. Le mariage se fit en grande pompe.
Qu'était devenu son ami Tch'en Tctioen-cheng S ^ ^ ? D'abord sa mère avait réussi à se sauver chez son frère nommé li'ieou J$, grand mandarin, et ce fut là que son fils la retrouva, un jour qu'il venait accuser le fils du préfet de Tsi-nan-fou 0| j|f $f, de lui avoir enlevé sa fiancée née Tcheou f$. Tch'oen-cheng ^ £fe avait promis d'épouser cette jeune fille qui lui avait sauvé la vie, un jour où pris de désespoir il voulait se noyer. Liangyu H. 3£ devint premier académicien et Tch'oen-cheng § £ fut le second académicien de la même promotion. Le grand ministre Lo.u K'i JèJ ^B voulut donner sa fille en mariage à Tch'oen-cheng ?Éf £fe> mais celui-ci la refusa, voulant garder la parole donnée à sa jeune fiancée. Le ministre irrité de ce refus, le fit jeter en prison et ourdit contre lui une trame de calomnies pour le perdre.
Tous les candidats réunis à la capitale pour les examens académiques, résolurent d'en finir avec ce monstre ; battu par eux, et accusé à l'empereur, la vérité se fit jour, toutes ses exactions apparurent aux yeux de tous, l'empereur lui-même dut bien se rendre à l'évidence, et Lou K'i 0. +B fut étranglé par ordre impérial ainsi que son fils adoptif Hoang ï|r.
Mei Liang-yu # Ê ï et Tch'en Tch'oen-cheng ($ ^ ëc. devinrent tous deux ministres d'Etat.
Le méchant mandarin Heou $|, père de la première fiancée de Liang-yu Jà. 3£, reçut la juste punition de sa conduite, et paya de sa tête l'attentat contre la vie de son futur gendre.
Cet ouvrage a été illustré par les artistes chinois, les images rappelant ces aventures romanesques sont vendues sur les foires et marchés, surtout à l'époque du nouvel an; même les paysans connaissent ces légendes illustrées et aiment à les afficher dans leurs demeures. L'image ci-jointe représente Mei Liang-yu # & 5E et son ami Tch'en Tch'oen-cheng fM M ± après ieUr élévation à la dignité de ministres.
Le Journal.
Personne n'ignore la campagne bruyante menée par la presse pendant la fin de Tannée 1913, en faveur du Confucéisme. Les dissertations succèdent aux dissertations dans le but d'obtenir que le Confucéisme soit proclamé comme religion d'Etat. Les arguments invoqués sont très pauvres, mais la passion des lutteurs décuple leur audace, il s'agit en effet de concentrer dans les mains des lettrés toutes les forces universitaires pour opprimer à leur guise toute idée contraire à la leur; c'est avant tout un combat acharné contre l'influence des étrangers en Chine. Ces gens-là ressemblent à leurs aînés, ils veulent la liberté mais pour eux seuls, le Confucéisme est pour eux un moyen d'exclure des charges publiques et de l'enseignement quiconque refusera de plier le genou devant l'idole. Le Confucéisme n'est pas une religion, ce n'est qu'une école en littérature, une secte des partisans à outrance de l'antiquité et des traditions des anciennes dynasties chinoises.
En janvier 1917, par neuf voix de majorité, l'Assemblée nationale vient de décréter que le Confucéisme ne sera point établi comme religion d'Etat. La liberté des cultes est sanctionnée. Cette décision, si elle est maintenue, serait un gage de paix et de concorde. Sommes-nous à l'abri d'un retour offensif? Ce qu'il y a de certain c'est que le bloc des Lettrés n'a pas désarme'.