I.a convcrsîoi» «les lloii tïl
(Le Hoa hou king -f^ tH $|).
On désigne sous ce nom de Hou -^^ les peuples de l'Asie centrale, et sous le nom de Fan ^ les Hindous.
Sous le règne de Hoei-ti ^ '^ (290-806). le tao-che Wang Fou 2 ^ {alias Wang Feou 1^ i^) écrivit un libelle connu sous le nom de Hoa hou king f^ ^ |îg ou encore Lao-tse hoa hou king ^ ^ it '^H M^ Clie Lao-tse hoa hou tch'oan # ^ ^ ft 1^^
f^, OU voyage de Lao-tse au pays des Hou pour y jeter les premières semences du Bouddhisme. Ce libelle tend à prouver que Çakyamouni, le fondateur du Bouddhisme, n'était qu'un avatar de Lao-tse. ou du moins son disciple. Cet ouvrage, en un kiuen d'abord, fut ensuite complété, illustré et devint un brandon de discorde pendant mille ans. Entre les Taoïstes et les Bouddhistes s'élevèrent des disputes séculaires et des recours au bras séculier. Nous ne pouvons donner ici qu'un court résumé de ces débats. Wang Feou 3Î ï^ eut pour adversaire le bonze Pé Fa-tsou ^ f^ f[§^, traducteur sous le règne de Hoei-ti ^ ^. Les bonzes prétendirent que Wang Feou ^ j^, après sa mort en 304, avait été condammé aux supplices de l'enfer. Li T'ong ^ j^ le vit en songe, enchaîné dans son cachot de supplicié, tandis que Pé Fa-tsou ^ j^ )!§, au milieu des devas des Cieux, expliquait un des livres canoniques; le Sùtramgamrsamadhisûtra. Bien plus, l'auteur du pamphlet devait rester en enfer jusqu'à la complète disparition de son ouvrage calomniateur. Malgré les réfutations, le livre augmenta en popularité: de savoureuses illustrations, accompagnant le texte, alléchèrent les lecteurs, et chacun voulait lire la légende de Lao-tse. grand-père du Bouddhisme.
Les bonzes eurent recours aux autorités judiciaires. En 520, ils bénéficièrent des bonnes dispositions de Liang Ou-ti '^. ^ ^' l'empereur bonze, pour obtenir de lui un verdict contre les tao-che. La sanction impériale ne détruisit point la popularité de la légende illustrée; aussi, en 668. les bonzes firentils appel à T'ang Kao-tsong )§ 'j^ '^, indignés qu'ils étaient de voir les tao-che affirmer que Lao-tse ne s'était pas arrêté au pays de Khoten. mais avait encore converti le roi du Cachemire, et s'était avancé jusqu'en Chaldée. T'ang Kao-tsong convocjua une réunion de 300 bonzes et tao-che. (|ui exposèrent leurs raisons dans une discussion publi(|uc en présence de l'empereur. Malgré les tendances du souverain i)our le taoïsme, il donna gain de cause aux bonzes. Le lloa-hou-king f^ ii^ |^ fut condamné au feu. après la plaidoierie victorieuse du bonze Fa-ming j^ [pj.
Comme il arrive bien souvent en Chine, la sentence fut exécutée mollement ; le livre continuait à circuler, et l'Impératrice Ou heou ^ /p'. en G9(j. lui donna i)lus de crédit encore par son édit de tolérance. Un comité avait été constitué sous son règne pour examiner la question; parmi les huit memlires de la Commission siégeait Lieou Jou-siuen fij -^w ï^. qui prouva que le voyage de Lao-tse chez les Hou était mentionné dans les Histoires des Han j^ et des Soei [î^. Sur ce témoignage on passa outre, et le Hoa-hou-king ne fut pas condamné.
En 70;"), l'empereur Tchong-tsong 4» ^ fut moins tolérant. Le libelle fut condamné au feu; les planches qui avaient servi à Timpression devaient être brisées et jetées au feu, ainsi que tous les ouvrages qui contenaient des extraits de ce pamphlet. Il fut également défendu de conserver ou de reproduire les illustrations (jui avaient trait à la conversion des Hou i^.
Au XII l"^' siècle, l'ouvrage avait changé de titre, mais le fond lestait le même; il circulait en Chine sous le nom de Laokiun boa Hou tch'eng fou-king ^ ^ f t i^ j^ f^j; |?^ Des gra\ ures succulentes accompagnaient le texte; il y était question des 80 royaumes convertis, des succès de Lao-tse au Cachemire, en Chaldée et même dans l'Inde, où son disciple le roi du Cachemire s'éta.it réincarné sous le nom de Che-kia-fou |p ^ {^f. Enfin d'autres légendes allaient jusqu'à dire c{ue Çak}amouni lui-même n'était (lu'un axatar de Lao-tse, et que ce dernier était l)el et I)ien le premier ancêtre du Bouddhisme. Les bonzes étaient au paroxisme de la colère, et multipliaient les réfutations. Le Fou-tsou t'ong-ki f,)|; ;!§ ,^ |ti nous mentionne les neuf chefs de réfutation que Tche-p'an r^, ^ essayait de faire parvenir à la connaissance de tous.
En 1258, le litige fut déféré au tribunal souverain de l'empereur Hien-tsong ,^ '^ (Meng-ko-khan, le Mongol Mangou). Le lama Tibétain Pa-se-pa A ,S E (Phag"s-pa) démontra l'anachronisme manifeste que cette légende mensongère tendait à faire prévaloir, en reculant Tépoque de Lao-tse d'une façon
invraisemblal)le, contre toutes les données de l'histoire; il montra (|ue la légende de la conversion des Hou ^^ par Lao-tse ne reposait sur aucune base solide. ''Mangou se réjouit de la victoire des bouddhistes," nous dit le Fou tsou fong-tsai fijj; jij£ M M.- Qi-ielle lut la décision impériale? Nous le savons par l'édit de Koubilaï daté de 1281. L'eni])ereur Mangou avait condamné au feu la légende pamphlétaire et les planches d'imprimerie, mais l'ordre fulminé n'avait pas été obéi pleinement; la légende continuait à circuler, et on fit savoir à Koubilai que les planches d'impression, dans bien des endroits, n'avaient point été détruites. Koubilaï, fatigué de ces incessantes récrinnnations, résolut d'en finir. Il lança un édit dans lequel, après avoir ra])pelé le jugement porté par Mangou en 12r)<S, il ordonnait de brûler tous les écrits taoïstes et tous les livres du Canon taoïste, et de jeter au feu les planches d'impression.
Pour rendre encore plus efficace cette mesure radicale, il donna ordre d'ériger une stèle en pierre, sur laquelle fut gravé le texte de l'édit impérial. L'article sui\ant nous montrera que le Hoa-hou-king f(^ '^^ $^ a survécu aux Inichers et aux édits. Cf. B.E.F.E.O.. T. III, p. 325-827; — T. VI, p. 879-387.
Wieger : Textes Historiques, p. 186''.
Fou tsou t'ong-ki. K. 36, p. 8, 7, ô].
Fou tsou t'ong-tsai, K. 82. 38, 84, 8,6, passim.
ARTICLE X
Koliilioi) <lii \ o.'» a^,c (le |>i'0|>nu,'aii<l<' <•<' lao-lsc siii < :i4*h<'ii)ii'o.
Le Canon taoïste, nouvelle édition de la Commercial Press, dans les volnmes 5.")!, 552, 553, N° 785 (762 du Canon taoïste, Wieger) conlient l'ouvrage Hoen-yucn-chcng-ki j^ j£ ^ ^^ en 9 Kiucn, (|ui est une imitation, sinon une (■omi)ilation des ])arties
restantes du Hoa-hou-king ft ^ ^^ (!)• ^n y relate les divers voyages de Lao-tse et de In-Hi au Tarim. au Cachemire, en Chaldée, la con\ersion des rajahs de l'Inde, et finalement la naissance de Çakyamouni, l'avatar d'un disciple de Lao-tse.
Conversion du roi du Cachemire (Ki-pin ^ ^').
Lao-tse, après avoir, avec son compagnon Li-Hi, traversé le Kan-sou. le Tarim, le Tibet, le Pahlava, comme nous l'avons vu. résolut d'aborder le Cachemire. Il se fixa dans une vallée près de Caboul, et commença à propager sa doctrine.
Le roi du Cachemire, nommé Fan t'o li-che j"^ [i'^ -fj J^, guerrier, grand amateur de chasse, se livrait uu jour à ce plaisir, quand il aperçut soudain une lumière prodigieuse irradier le sommet de la montagne. Il alla aussitôt reconnaître la cause de ce phénomène anormal, et trouva Lao-tse. Il lui demanda son nom, sa profession, son lieu d'origine. "Je suis, répondit Lao-tse, le prédicateur de la vraie doctrine, le Très-\'énérable, descendu du Ciel pour enseigner les souverains terrestres. Après avoir prêché ma religion dans l'empire des Tcheou j§j, je viens maintenant ici pour nous instruire et vous enseigner la voie du salut. Ouicon(|ue a foi en ma doctrine ne tarde pas à en éprouver les plus heureux effets. Les hommes en la ])rati(|uant acquièrent l'immortalité; les oiseaux deviennent des phénix; les animaux sont changés en licornes. — De fait, c'est une admirable doctrine, répondit le roi ; mais ne pourriez-vous pas la propager dans mes Etats? —Vos mœurs s«nt encore barbares; souA'erain et peuple tous vous avez des habitudes sanguinaires, vous commettez beaucoup de fautes et de cruautés en tuant les êtres vivants, en vous livrant à la chasse avec passion; si vous ne faites disparaître ces obstacles, ma doctrine ne pourra vous être prêchée."
(1 ) TVauteur est le tao-che Sié Cheou-hao (Hoai-ing) if *f fl (iS 5Ç), bachelier de Wen-tcheou-fou, au Tché-kiang, puis supérieur du temple Wan cheou-kong || ^ "g, à Si-chan ^ |Jj, au Kiang-si. Il écrivit la préface pour l'impression de son ouvrage, en 1101.
Lao-tse expliqua alors le Fou-tou-king" j^ ^ ^^. exhortant les hommes à la miséricorde envers les êtres vivants, et établissant l'obligation de ne plus les tuer. Le roi, en entendant l'exposé de ces théories subversives des coutumes nationales, protesta énergiquement. "Depuis la fondation de notre royaume, ajouta t-il, la chasse a toujours été en honneur; le bonheur et la longévité n'en souffrirent jamais. Bien plus, mon peuple se livre à la chasse pour se procurer des aliments; la chasse est [)r)ur nous une question vitale ; vous ne pouvez interdire cette coutume. Si vous désirez des secours pour le vivre et le couvert, je vous les accorderai avec plaisir, mais je vous défends absolument de prêcher votre doctrine dans mes Etats."
Le roi rentra au ])alais. et, quelques jours après cette première entrevue, il i)artit pour une partie de chasse dans les montagnes de Kiu-chan ^ |JL|. Il y rencontra encore Lao-tse, et aussitôt il l'apostropha en disant: ^'Quelle faute y a-t-il à chasser? Pourquoi voulez-vous m'en empêcher? A la mort tout est fini, il n'y a ni peine ni récompense, nulle rétribution!"
Lao-tse lui expliqua que de cette poursuite pendant toute l'année des animaux et des oiseaux, il résulte fatalement que beaucoup sont tués avant de mettre bas, ou de pondre, ou de faire éclore leurs œufs. Or le Ciel a en horreur l'effusion du sang, surtout en ces circonstances. Il ptniit les meurtriers en ^es privant de leurs dignités, et en abrégeant la durée de leur vie. Au ciel, un Esprit note tous les meurtres, et à la mort du coupa1)le il s'empare de son âme et la précipite dans l'enfer. "Outre la chasse, demanda le roi, ya-t-il encore d'autres ])échés à éviter? — Le crime du meurtre, tuer un être vivant, est le crime le ])lus exécrable; cependant il \- a encore d'antres fautes (|u'il est nécessaire d'éviter, par exemi)le: l'orgueil, le nnin(|ne de piété filiale, rinsul)or(lination à l'égard (\q> su])érieurs, l'ivrognerie, la luxure. l'aNarice. la calomnie, la cro\ance aux doctrines erronées, etc.. Ce sont là de.- péchés (|ui conduisent à l'enfer. Si \'otre Majesté ajoute foi à ma doctrine, vous aurez gloire et prospérité pendant la vie présente, et après votre mort vous éviterez les
peines de l'enfer. — Cette doctrine au premier abord me parait profitable; veuillez nous l'expliquer plus en détail et avec précision." Lao-tse en explitjua les points importants. Le roi demanda alors à Lao-tse ce qu'il devrait faire. '.'Vous raser la tête, répondit Lao-tse, coujjcr votre barbe, revêtir un habit d'étoffe commune, le porter en sautoir, laissant une de vos épaules nue. et marcher nu-i)ieds, pour faire pénitence et mater le corps. De plus il vous faudra observer les commandements, éviter les péchés et assister à un festin d'amende honorable (1). Si vous embrassez ce genre de vie, la prospérité du royaume et votre salut sont assurés."
Le roi reprit : "Bien, c'est bien ! Mais je ne me sens ni le courage ni la force d'embrasser un tel genre de vie. Quant au festin dont vous me parlez, je consens à y assister, et même je veux bien renoncer à la chasse. Mais pour la conversion de mon peuple, quel moyen prendre?"
Lao-tse dit : ''Je vais préparer un repas pour ce rite expiatoire. Venez-y avec toute votre Cour, tous vos fonctionnaires et tout votre peuple. — Bah! ri])osta le roi, tous mes sujets? Tout saint que vous êtes, comment préparerez-vous des aliments pour tous mes sujets? — Venez toujours", répondit Lao-tse. Le jour fixé, Lao-tse, en vertu de son pouvoir surnaturel, couvrit les montagnes de Kiu-chan d'une multitude de palais, où d'innombrables génies firent l'ofiice de serviteurs et d'échansons. Les délégués envoyés pour examiner les préparatifs racontèrent ces prodiges au roi, qui n'en revenait pas. La fête dura 7 jcnirs, et Lao-tse fit des présents magnifiques en pierreries, bijoux, soieries, au roi et à ses officiers. Le roi à son tour invita Lao-tse avec ses disciples à un banquet. - "Nous sommes trop nombreux, répondit Lao-tse ; le roi ne peut se charger de nous héberger tous. ~ Comment ! Est-ce que i)ar hasard dans tout mon royaume
(1) IjBs païens invitent les tao-che à venir prier dans leur demeure, et leur servent un repas de fête ; après quoi le chef de famille lit une amende honorable, demandant pardon des fautes commises.
je ne trouverai pas assez d'aliments pour vous et vos disciples? Fixez un jour et venez sans crainte. " Lao-tse dit alors à In-Hi : "Ce roi n'est pas encore converti; pendant le banquet nous devrons essayer de le convertir." Ceci dit, Lao-tse donna ordre à tous les Génies de se rendre au Cachemire; et, pendant un mois entier, défilés, routes et sentiers lurent couverts d'une infinité de Génies se rendant à l'invitation du roi. Déjà les greniers publics étaient vidés, et la moitié des convives n'avaient encore reçu aucun aliment.
Le roi prit peur; il rassembla son Conseil. "Ou cet homme est un magicien en\-o\é par un de nos ennemis, ou c'est un démon ; dans les deux cas nous marchon.s à la ruine. Il faut à tout i)rix nous débarrasser de cet ennemi de notre pays.'' On résolut de le Inmler vif. Les officiers du roi firent i)réparer un bûcher aux portes de ia \ ilie, les soldats s'emparèrent de Lao-tse et le lièrent sur le bûcher. Au milieu des flammes il apparut rayonnant de gloire, calme et impassible. A^aincment on essaya de le noyer; de même il apparut joyeux et souriant dans une chaudière d'eau boni Mante ou on l'avait plongé. L'épouvante du roi fut à son comi)le : après ces tentatives infructueuses, il pouvait s'attendre à une vengeance terrible; aussi se hâta-t-il d'envoyer un message aux rois ses voisins, les informant (|u'un Yao-koai ^ '[^ (méchant diable), était entré dans son royaume, qu'il se métamorphosait à son gré, se rendant invulnérable, et qu'après avoir ruiné son royaume il pourrait causer le même dommage dans les royaumes voisins. 11 les priait d'envover leurs soldats pour s'emj^arer de lui et le tuer. Des royaumes limitrophes arrivèrent des officiers avec leurs troupes, qui entourèrent la résidence de Lao-tse. Celui-ci les attendait calme, majestueux. ^Soudain le \cnt mugit, les tonnerres éclatent, la terre tremble, les flèches décochées contre Lao-tse ou se changent en fleurs ou se retournent contre les archers: bref, les armes tombent des mains de tous ces soldats, cpii, ])ris de ])ani(|ue, se sauvent dans toutes les directions.
Le roi, à la vue du prodige,, s'écrie: "Lao-tse est un grand saint: honorons-le; nous ne pouvons rien contre lui. Comme nous avons attenté à sa vie. j'irai en personne lui demander pardon." De fait, il alla se prosterner devant lui. frappant la terre du front et implorant son pardon.
Lao-tse lui dit: "Je suis T'ai-chang Lao-k'iun "ic h ^ ^^ le Très-No])le et Très- Vénérable des Cieux ; j'ai pouvoir absolu sur tous les êtres de l'univers; je puis à ma volonté punir ou récoinpenser. Or. j"ai eu pitié de toi. je suis venu pour te convertir, pour ton bien ; et toi, tu as abusé de ta puissance pour tenter de me mettre à mort; tu as répondu à mes avances par une noire ingratitude. \'oici l'heure venue où les armées célestes vont anéantir ton royaume et exterminer tes sujets." Lao-tse n'avait pas achevé ces paroles que les Cieux se remplirent de guerriers célestes, montant des dragons, équipés pour le combat, et d'un aspect terrifiant.
L^épouvante n'eut plus de bornes: roi, ministres, fonctionnaires, sujets, tous se jettent à terre, s'ensanglantant le front et criant pardon et miséricorde, promettant d'obéir à la vie et ù la mort! Lao-tse leur dit: "Ce sont là de belles résolutions inspirées ])ar la crainte; il est bien à craindre qu'elles ne soient point sincères. Vous devrez faire le serment, jurer de m'obéir.'' Alors le roi et tous ses fonctionnaires jurèrent d'être fidèles aux injonctions de Lao-tse, et les armées célestes se retirèrent.
Le roi dit alors que sa résolution était prise, qu'il renonçait à la couronne, et abdiquait en faveur de son fils, à qui il remettait les rênes du gouvernement. Quant à lui, il se faisait raser la tête et se retirait dans la solitude des montagnes. "Bien! reprit Lao-tse. Si vous y allez vous-même, je laisse la liberté à vos femmes, à vos fonctionnaires et à vos sujets de vous imiter ou non; à leur gré! Ceux (|ui ne vous suivront pas dans la retraite devront observer les Cinc] Préceptes et pratiquer les Dix CLuvres pies (Che Chan -\- ^.), à savoir: 1" Hiao Jf^ : la piété filiale; 2" Tchong }^^: la fidélité au prince; 3° Jen ^> : l'humanité; 4" Che hoei ji^ "^ : les œuvres de bienfaisance;
5° Tse ^: la miséricorde: 6° Tsing king ^^)}: la diligence; 7" Kong rang §t ^ l 'aumône aux tao-che ; S" Sin hing '(= [fij : la foi au taoïsme; 9^^ Kiuen hoa ~^j \^: le zèle; 10" Tsing ting fp^ 5e : la maîtrise de soi (1). Ceux c|ui voudront aller mener la vie érémitique dans les montagnes devront observer les Six Préceptes."
Le roi acce])ta les conditions posées ])ar T^ao-tse ; il renonça à la royauté, passa le pouvoir à son fils et se fit ermite. 12500 personnes, fonctionnaires et plébéiens, bommes et femmes, vinrent se prosterner devant Lao-tse, cjui leur donna In-Hi pour maître instructeur.
In-Hi les exorta à faire amende bonorable pour toutes leurs fautes passées, à s'en repentir sincèrement, en prenant une ferme résolution de ne plus les commettre, et à déraciner les San Yé ^ ^ (trois convt)itises) (2). les Lou Keng V^ ;j§| (six racines des fautes), les Cbe Ngo -y ^, (dix mauvaises actions) (3), les Ou Ni 7l ^ (alias Lou-Ni -^ jt^) (cinq — ou six— rébellions) . In-Hi expliqua ensuite les Cinq Préceptes, les Dix Œuvres pies, et dit: "Si vous observez fidèlement ces préceptes, les Génies du Ciel vous protégeront."
Il commenta encore les 10 préceptes, les 18 prescriptions, les 24 règles et les 250 recommandations concernant la conduite à tenir par le roi et par ceux qui s'étaient engagés à suivre la vie parfaite. Finalement il donna lecture des .)0() prescriptions cpii regardent les femmes.
Sur les instances des babitants du Cachemire. Lao-tse et In-Hi restèrent un mois entier à les instruire. Le roi se fit solitaire dans les montagnes. Lao-tse et In- Mi passèrent dans la Chaldée. au pays de Tiao-tche -Ji^ ^ (4).
(1) Tao-tsong-, Vol. r,r,2, Kiuen IV, p. 4-12.
(2) Les San V(' H^: pi'fhés de Li chair, péchés du cœur, péchés de la langue.
(3) I..es Che Ngo -f- Jg : Uniis.siun du culte du Ciel et de la terre, manque de piété filiale, jalousie, luxure, vanité, fautes à l'endroit du prochain, meurtre des êtres vivants, ivrognerie, désobéissance î\ ses maîtres, croyance aux fausses doctrines.
(4) Hoen-yuen cheng-ki, K. IV, p. 15 et seq.
ARTICLE XL I»i'é<li<*a(ioii «le l,ao-lsc en Chaldéc (Tiao tche (i^ ^).
Après la conversion du roi dn Cachemire. Lao-tse et Li- Hi se rendirent en Chaldée. Le roi de cette contrée avait adhéré à kl doctrine d'un maître Mo-che ^ I^jf} (1), (|ui enseignait une fausse religion et avait plus de 3.000 adhérents. Depuis douze ans le roi subvenait libéralement à leur nourriture et à leur entretien. Le chef hétérodoxe était un magicien fort habile, et le roi avait foi en lui. Un jour le roi lui dit: "Dans mon royaume, il V a une haute montagne qui s'élève juste au milieu de la route ; elle Ijarre le chemin; en temps de pluie elle empêche l'écoulement des eaux, et cause une infinité de désagréments aux voyageurs: pourriez-vous la changer de place et la transporter ailleurs? — Parfaitement, répondit le Maître; demain nous viendrons exécuter les ordres du roi." Le lendemain, Lao-tse. assis au pied d'un arbre, examinait les incantations et les gestes rituels des maîtres héréticjues. La montagne commençait déjà à se déplacer. Laotse dit alors à In-Hi : "Si l'hérétique parvient à déplacer la montagne, le roi croira cà ses sortilèges, et nous ne le convertirons pas." Ausitût il envoya Li-Hi derrière la montagne, avec ordre d'user de son pouvoir pour la rendre immobile. Le maître héréti(|ue se dit en lui-même: "La montagne commençait à se déplacer, et voici (|u'elle ne bouge plus: sûrement ([uehju'un par ses sortilèges a enrayé son déplacement." Sur ce, on examina
(1) Dans le Bulletin de l'E.F.E.O., Tome 3, p. 318, on parle de cette religion de Mo ni ^ fé ^^ M fû- T-'^s uns pensent que ce mot désigne exclusivement les Manichéens, Mo-ni étant la transcription de Mâni. D'autres, avec M. Ciiavannes, croient pliit(3t que sous ce nom les Chinois désignent aussi l'Islamisme.
Le Mo-chc jfi |f!i]î dont il est question ici pourrait bien être un maître de la religion Moni, ou simplement un maître hétérodoxe.
attentivement les abords de la montagne, et on trouva In-Hi, qui fut pris et conduit devant le roi. Celui-ci l'interrogea sur son nom, son pays, sa profession. Il répondit qu'il était disciple du Saint des Cieux, qu'il venait du Cachemire dans le dessein de convertir le pays, et que son maître était au bas de la montagne. Le roi commanda qu'on le fît venir en sa présence; il le fit asseoir, puis lui adressa la parole en ces termes: "On dit que vous êtes un saint ; il y a dans mon royaume une haute montagne qui obstrue la route et cause mille ennuis rux voyageurs; le maître Mo che J^ Éïp n'arrive pas à la déplacer; le pourriezvous? — Très -facilement — Coml^ien vous faudra-t-il d'hommes pour vous aider? — Pour cette bagatelle, reprit Lao-tse, il est inutile d'appeler des aides." — Le ]\Io-che, entendant ces propos, et craignant de voir Lao-tse faire ce prodige, pria le roi de le laisser encore essayer lui-même. Le roi y consentit. Le Mo-che amena ses trois mille disciples; tous mirent en (cu\'re leurs moyens d'action : la montagne resta en place. Le roi. constatant leur impuissance, s'adressa à Lao-tse. Lao-tse prit son bâton à neuf noeuds, et l'agita pour faire signe à la montagne: immédiatement elle s'ébranla avec la même facilité qu'une motte de terre; le terrain se trouva nivelé, et l'eau put s'écouler. Le roi se prosterna devant Lao-tse, se déclara son disciple et ne crut plus au Mo-che. Parmi les fonctionnaires et le peuple, personne (|ui ne vénérât Lao-tse et ne crût à sa ])arole. Lao-tse retourna s'asseoir au pied de son arbre. Le roi l'inxita à un bancjuet, les fêtes durèrent sept jours.
Lao-tse leur donna pour maître In-Hi. Celui-ci expliqua au roi les dix-huit préceptes, à toute.s les personnes du palais et au peuple, les trois commandements et les cin(| défenses. Puis il commenta le Fou-fou-king •/'f^ j^- |Ç^, jjour exhorter ses auditeurs à la mansuétude, et les convaincre de la nécessité de cesser absolument de tuer les êtres \i\ants.
Le roi demanda à Lao-tse c|uelles conxersions il avait opérées depuis sa descente sur terre. Lao-tse lui raconta comment il .s'était constitué l'éducateur des premiers souverains chinois.
et comment la Chine avait produit des génies. Le roi demanda ensuite quelle différence existait entre sa doctrine et la doctrine bouddhique, entre les génies du Bouddhisme et les surhommes (tchen-jen ^ A) (^w Taoïsme.
Lao-tse répondit que les bouddhistes visent à supprimer tout acte de \olonté et toutes les racines des sensations, pour arriver à l'illumination, et finalement à l'annihilation pratique :' le Nirvana. Les taoïstes au contraire, par la pratique de la perfection, engendrent, nourrissent et perfectionnent le génie, qui, arrivé à maturité parfaite, s'envole, quitte la gaine du corps mortel et vit éternellement. Le roi dit: "Comment ne pas embrasser une si profitable doctrine?" Il fit ériger un temple, où il plaça la statue de Lao-tse.
Après la conversion de la Chaldée, Lao-tse et Li-Hî revinrent dans le royaume de Yu-tien J- f^ ou Khotan. (Yutien-hien -^ [^ l|| actuel, dans la nou\elle province du Sin-kiang
ARTICLE XII