ART. VI. — APPARITIONS DE LAO-TSE SOUS LES HAN
Ho-chang-kong battit des mains en ricanant et s'éleva dans l'air à une hauteur de plusieurs dizaines de pieds, puis il apostropha l'empereur en ces termes: "J^ ^^^ suis pas dans le ciel, je ne fais plus partie du commun des mortels, je n'appartiens plus à la terre: en (|uoi suis-je votre sujet? Quel pouvoir avez-vous pour m"anoblir ou m"appau\rir ?"" L'empereur comprit qu'il avait at^'aire à un saint ; il descendit de son char et se prosterna. Alors Ho-chang-kong consentit à lui commenter le Tao-té-king. La maison cju'il habitait fut convertie en pagode, sous le vocable de Ho-chang miao ; elle se trouve au Nord de Chen-tcheou [^ j\\, près du "Pavillon de l'entrevue de Wen-ti avec l'Immortel": Wen-ti-wang sien-t'ai ^ ^ Wl i\ii M' (!)•
IL Hiao Ou-ti (140-87 av. J.-C).
L'empereur Hiao Ou-ti ^ ^ ^ fut un fervent sectateur du taoïsme. Ce fut en récompense de sa foi en cette doctrine que Lao-tse lui envoya Tong-fang Cho j^ /;" ^')] pour l'aider de ses conseils. Il députa encore -«'ers lui Si- Wang-mou M 3: "^ et Chang-yuen-fou-jen Jn 7C ^ A (2), qui lui offrirent cinq statues d'argent. "Ce sont, dirent-elles, des statues de Lao-tse." Elles lui donnèrent encore les deux ouvrages: Chang-ts'eng-king t '^ f?g et Ou-yo-tchen-hing-t'ou ^ ta m M M-
L'empereur reçut ces présents, puis alla au pic sacré du centre, pour lui conférer une dignité. Ce fut pendant son séjour au mont central, c|u'une voix se fit entendre du haut des cieux pour acclamer l'empereur à trois reprises: "Wan soei "^ ;^" "Dix mille années!"
En souvenir de ce prodige, Ou-ti donna à son palais du pic central le no.m de: "Temple des dix mille années", Wan-soeikoan '^, M W.- Une trentaine de pa\illons impériaux, (|ui se trouvaient dans les alentours, furent aussi transf(»rmés en temples taoïstes, et sept tar)-che furent désignés pour rem])lir les fonctions du culte dans chacune de ces nouvelles pagodes.
(1) Hoen yuen cheng-ki, K. T, p. 34; K. VIT, p. 3-.'').
(2) r^a mère des T'ien-hoans 5Ç ^, SouvfMains célestes.
La déesse Wang-mou avait expliqué à Han Ou-ti la manière de devenir génie.
L'air primordial Kou k'i "é" ^ se change en sang, le sang se change en tsing ^, le tsing ^•^ se transforme en chcn ftp, le chen f^ se transforme en yè J'^ (humeur, salive) les humeurs se transforment en soei ^ (moelle), la moelle se change en muscles et en nerfs, puis, après sept ans, les os se forment, ainsi que les cheveux. Après un laps de neuf ans, le nouvel homme, le génie, est arrivé à la pleine maturité, à la perfection. (1).
1° année on change le K'i ^, on fortifie i'air vital.
2° — on change le Tsing
3° — on change le Mei
4° — on change la chair Jou
5° — on change le Soei
6° — on change les Kin
7° — on change les T'eou fa ^]
8^ — on change les Kou
9° — on change l'aspect Hing ^^, on devient génie parfait.
Si-Wang-mou et Chang-yuen-fou-jen avaient exhorté l'empereur Han Ou-ti à se corriger de graves défauts, surtout de son orgueil cpii le rendait hautain et dédaigneux, de son caractère irascible et violent, de sa tendance à la luxure. Pendant quelque temps il s'était surveillé, mais la nature reprit le dessus, et les malheurs dont il avait été menacé en cas de récidive étaient imminents. Lao-tse députa vers lui le génie Wei Chou-k'ing •î^ M ^iP- 1^ '-^'' année de T'ien-han, lan 99 av. J.-C. Il montait un char traîné par un cerf blanc. L'empereur lui demanda cpii l'avait envoyé et d'oii il venait. "Je viens de Tchong-chan; Lao-tse m'envoie pour \ous communiquer un message. — Voiis venez de Tchong-chan; vtnis êtes par conséquent mon sujet; venez: qu'avez-vous à me dire?" A peine eut-il prononcé ces mots, que le génie, ofïensé par ces propos orgueilleux, disparut.
(1) Hoen yuen cheng ki, Kiuen VII, p, 5. 6.
Cf. Canon taoïste Tao tsang, vol. 342, No 660 (538).
les forces vitales.
le pouls (le sang).
les chairs.
la moelle des os.
muscles et nerfs.
les cheveux.
les os.
Art. IV. — APPARITIONS DE LAO-TSE SOUS LES HAN. 69
L'empereur eut regret de son procédé, et envoya Liang-Pé ^ ^^ à Tchong-chan pour retrouver le génie et lui faire ses excuses. Liang-Pé ne trouva que sou fils Wei Tou-che ^ J^ -^. Tous deux allèrent se présenter devant Han Ou-ti ; Wei Tou-che lui dit que son père était à Hoa-chan. au mont sacré de l'Ouest. Le souverain leur commanda de s'y rendre sans retard et de trouver Wei Chou-k'ing. Les deux en\oyés se mirent en route; arrisés au bas du pic. ils aperçurent le génie qui s'entretenait avec plusieurs personnages célestes: ils étaient étendus sur des lits de jade; des porte-insignes les assistaient.
Wei Tou-che se prosterna devant son i:>ère. lui exposa la requête de l'empereur, et l'invita à les accompagner à la capitale. Le génie répondit : ''Je suis allé de la part de Lao-tse avertir l'empereur des malheurs ((ui menacent son royaume; il s'est redressé avec hauteur et m'a traité comme son sujet: je ne paraîtrai plus devant lui. Du reste mes occupations actuelles ne me permettent pas ce voyage." Liang-Pé et son compagnon rentrèrent à la capitale. L'empereur fut attristé de la réponse.
Pendant la période Ho-p-ing -/pj ^, de Han Tch'eng-ti M fk ^ (-8-24 av. J.-C), Lao-tse apparut à K'iu-yang-ts'iuen É l# |]<, dans le pays de Lang-ya iEj| %, et donna à Yu Ki -^ ^, de Pé-hai ^b f@, les 170 Chapitres du T'ai-p'ing-king -jl^ ^ f^ (2), N° (1087) du Canon taoïste, volumes 746 à 755 (N" 1117 de la nouvelle édition).
La seconde année de Yuen-ho j£ ^p (Hy) ap. J.-C), sous
(1) Iloen yuen cheng-tsi, p. 5-9.
(2) Cet ouvrage est un traité pratique sur l'art d'arriver à l'immortalité. L'homme rt-çoit du ciel une âme, de la terre sa substance spermatique, de l'air la matière. Qui connaît la méthode de nourrir et de développer ces trois composants, forme et perfectionne en lui-même un être nouveau, l'Immortel. Le Lao-tse-nei-tchoan ^ -^ ^ W tiit que cet ouvrage fut trouvé flottant sui- l'tau, ou que Yu Ki ^ V,- en fut l'auteur 40 chapitres maufiuent actuellement dans le Canon taoïste.
le règne de Han Tchang-ti -/^ ^ ^. Lao-kiun apparut de nouveau à Lang-ya, et donna à Yu Ki les 180 recettes pour développer le germe de l'immortalité, puis il ajouta ces paroles: "Les anciens Immortels ont tous suivi cette méthode pour arriver au grand secret. Cette doctrine ne peut être transmise sous forme sensible; il faut un maître pour l'enseigner." Yu Ki se prosterna et écouta avec respect les instructions de Lao-tse.
Kong Tsong '§ 9^, de Lang-ya. fit présent du T"ai-p'ingking -jk ^ i^ 'i l'empereur Han Choen-ti )^ jl|| ^ (126-145 ap^ J.-C). Sur la carte de présentation il écrivit les lignes suivantes: "Cet ouvrage m'a été remis par Yu Ki. qui l'avait lui-même reçu de la main de T'ai-chang Lao-kiun."
Il existe encore trois autres ouvrages du même genre; ce sont :
1° Le Fou-Wen ^ ^. qui comprend 2123 caractères d'une forme très spéciale, accompagnés d'une préface fort obscure.
2° Le T'ai-p'ing-tcbao -jx, ^ §^, composé de deux sections, dont la première se nomme T"ai-p'ing-pi-tche -j^ ^ ^» ^•
'-1° Le Tsong-che tchoan ^-' ^fti '^.. compilation des écrits de Wang kiun 3E ;§■, Pé Houo ^ fp et Yu Ki -^ ^'.
Le principal commentateur du T'ai-p"ing-king -j^ ^ l^ est Liu-kieou Fang-yuen f^ ^|3 ^ :Jg, natif de Sou-song ^ ;j^, qui vécut à la fin des T'ang ^. Ce fut un savant très versé dans la connaissance des livres taoïstes ; il eut pour maître Tsouo Yuen-tché ^ -^ i|^. de Hiang-ling ^ ^. Son maître lui dit un jour: "Ne connaissez-vous pas la maxime de Lao-tse: "Mon corps est mon supplice: ce corps est venu du néant et il retourne au néant." C'est ce qu'on appelle Ou Wei ^ ^, le non-être le vide. Yeou ^, c'est l'être; rentrer dans le néant, voilà le grand secret. Les bonzes nomment cet état l'abstraction; les Confucéistes, l'oubli. Le I-king ^ |?g dit : "Plus de pensée, plus de volition : le calme sans mouvement. C'est une seule et même doctrine: inutile d'apprendre autre chose. Seuls, ceux qui ont compris ce grand secret pourront éviter les suites interminables