‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 5)Chapitre 57 sur 100 · Les préceptes taoïstes · texte numérisé non relu

Les préceptes taoïstes

Voici les 10 préceptes donnés par Ynen-che T'ien-tsuen 7C ia ^ #^ à T'ai-chang tao-kiun ic ± tI :ë^- 1° Ne pas être dominé par la jalousie. 2" Ne pas tuer les êtres vivants.

8" Ne pas s'emparer par violence du bien d'autrui. 4° Ne pas s'adonner à la luxure.

5" Ne pas maudire ou invectiver le prochain. i\'^ Ne pas boire de NÏn.

1" S'adonner à la prati(iue de l'humilité.

(1) Tao tsang, Tome .'')53, No 785, Kiuen IX, p. 48.

8° Ne pas critiquer la doctrine et les livres taoïstes.

9° Ne pas dire de paroles injurieuses aux saints du Ciel. 10" Etre juste dans toutes ses actions (1).

Le manuel des novices taoïstes contient 36 règles ou conseils directeurs qu'ils doivent observer pour s'avancer dans le chemin de la perfection (2).

ARTICLE VL

Les dieux et les génies du l'aoïsnie moderne. Evolution de cette doctrine.

Le Taoïsme se distingue du Confucéisme en un point essentiel. Le Confucéisme, en cultivant les facultés supérieures de l'homme, en réglant sa conduite et ses aspirations, se confine dans les limites de la vie présente. Le Confucéime, d'après les enseignements de Confucius, fut comme le plan incliné sur lequel les anciennes traditions glissèrent peu à peu à peu vers l'athéisme pratique. S'occuper du présent, des afïaires de la vie présente, ne se préoccuper en rien d'une autre vie: tel fut son adage. Le Taoïsme, lui, regarde au-delà de la vie présente; il cherche à perfectionner la nature matérielle de l'homme, k la transformer, à la spiritualiser pour la rendre immortelle; de l'homme charnel et grossier, il veut faire un génie : un être subtil, agile, invulnérable et glorieux. Sans doute, au début, ni Confucius ni Lao-tse ne conçurent le projet de fonder une religion ; tous deux furent des philosophes politiciens; la religion n'eut primitivement aucune place dans le Tao-té-king de Lao-tse ni dans les quatre livres confucéistes: les idées religieuses qu'on y ajouta vinrent d'autres sources. Elles se mêlèrent au Confucéisme par le fait même qu'il fut le canal des anciennes traditions relatives au

(1) Tao t.sang, Tome 77, No 176 (174).

(2) Ibia., ,, NO 177 (175).

culte des dieux du Ciel, de la terre, des montagnes, ainsi qu'au culte des dieux lares et surtout des ancêtres. Le culte des défunts prit une importance exagérée; il amena les sacrifices et les rites superstitieux du fong-choei. De même, sur le Taoïsme philosophique du Tao-té-king se greffèrent toutes les anciennes légendes du Taoïsme primitif, toute la vieille mythologie taoïste.

A. A l'époque des Ts'in ^ et des Han j^.

Sous les Ts'in ^ et sous les Han î^, ces légendes se multiplièrent. Les faits et gestes de l'empereur Ts'in Che hoangti à la recherche de l'herbe de l'immortalité, et surtuut la conduite de l'empereur Han Ou-ti, transformèrent radicalement le Taoïsme classique.

Ce fut sous les Han que parurent les récits légendaires du Chan-hai-king |lj f§ ^^, légendes de Koen-luen-chan ^ -^ |lj, de Si-wang-mou H 3E # et de tant d'autres personnages fantastiques: dieu du foyer, Souverains des Cinq Directions... Dans le poème de Pan Kou ^ ~^, on trouve la description du palais de Han Ou-ti à Tchang-ngan, et des peintures -qui décoraient les salles du palais- Un lac artificiel, T'ai-yé-tche -j^ j(^ -J-tJI. avait été creusé dans les jardins du palais; on y voyait plusieurs ilôts des Immortels: Ing-tcheou •/;j^ )'}\\, P'ong-lai ^ ^, où croissait l'herbe des Immortels: Ling-tche-ts'ao M. '& M-

Sur les bords du lac, deux colonnes de cuivre avaient été érigées; de l'une s'étendait la main d'un Immortel: Sien tchang fllj ^, destinée à capter la rosée qui se déversait dans un bassin. Cette rosée, mêlée à des parcelles de jade, devenait l'élixir de longue vie.

Sur une des rives de ce lac enchanté avait été construit le palais Kan-ts'iuen-kong it ^ Ta* • "Palais de la Source douce", surmonté d'une terrasse préparée pour la réception des Immortels, qui, à leur descente du Ciel, y recevaient toutes sortes d'honneurs. Là étaient de l)elles peintures représentant les Esprits du Ciel, de la terre, des astres, le génie T'ai-i -j^: ^ et autres.

Un autre poème du I'' siècle après J.-C. (de Wang Yen chen) décrit le palais de Lieou Kongwang ^Ij ^ 3^, fils de l'empereur Wen-ti, et frère de l'empereur Han Ou-ti (un siècle avant l'ère chrétienne). Ce palais avait été bâti à Kiu fou-hien au Chan-tong. Des fresques représentaient les dieux, les Immortels, des fées célestes, toutes sortes de plantes aquatiques, des animaux de toute espèce, ainsi que des tableaux figurant les dieux des montagnes et des mers, et cinq dragons volants. L'Empereur Humain, Jen hoang \ ^, y était représenté avec neuf têtes (1) ; Fou Hi, avec un corps de poisson; Niu A\'a ^ ^|^, avec un corps de limace. Hoang-ti, Yao, Choen et les souverains des 3 premières dynasties, y étaient peints avec des robes ornées de figures de dragons. Des lettrés célèbres et des femmes vertueuses paraissaient également dans les galeries.

B. Vers le F® siècle, et dans les siècles suivants.

Vers 510, Jen Fang -^ W/j, dans son ouvrage Chou-i-ki ^ M lE- raconte comment le mythe de Pan Kou ^H '^ prit naissance sous les Ts'in ^ et les Han f^. Sa tête était à T'aichan ^ lij. son ventre à Song-chan -^ lil, sa main droite à Heng-chan j'g \i\ au Chan-si, son épaule gauche à Heng-chan ^ [il au Hou-nan. ses pieds à Hoa-chan ^ |ij au Chen- si. Ses pleurs avaient formé les fleuves et les rivières, sa respiration avait produit les vents, sa voix le tonnerre, et l'éclat de ses yeux la lumière; sa joie créait le beau temps; sa tristesse ou sa colère, le pluie ou les tempêtes. Dans les pays du Sud, au Koang-tong ^ ^, on montrait un plateau de 300 li de tour, où, disait-on. les descendants de Pan Kou avaient inhumé son corps. Il avait un temple à Koei-lin 4É # ^u Koang-si.

Ce fut vers le V^ siècle que les Taoïstes imaginèrent leur Triade, sur le nK)dè]e de la Triade bouddhique (2).

(1) Chinese Recorder, Tome XV (18S4), p. 335-343: Taoïsm in Ts'in and Han Dynasties. J. Edkins.

(2) Cf. Chinese Recorder, ibid., p. 344 seq.

La 1ère personne est Vuen-che t'ien-tsuen TÏ; jlu ^ #. le premier des dieux, le Maitre de l'univers, la source de la lumière et de l'intelligence, le dieu de la 1ère origine, avant le chaos.

2-' personne : Ling-pao fien-tsuen S ^ ?^ #• 'e créateur, qui manifeste son action dans les détails de la formation de l'univers, qui créa les 99.000 formes de K'i ^ et présida à l'évolution des 9 cieux; le producteur de tous les êtres de la nature.

û*^ personne: Lao-tse Chen-pao :^ -^ tjî^ ^. le maître et le précepteur des anciens souverains, le sau\eur des hommes. Comme il est absorbé dans la contemplation, il se décharge du soin de gouverner les choses humaines sur son intendant le dieu Yu-ti 3i it-

Yu-ti 3i ^. aliàs Yu-hoang ^ ^. est le grand dieu du Taoïsme: le gouverneur du monde présent, le Président des iSIinistères divins des forces de la nature.

Au-dessous de ces divinités taoïstes de 1*^^" ordre viennent:

1. San Koan ^ 'g', aliàs San Yuen H ït '■ ^es Trois agents ou Principes: T'ien koan ^ 'g", l'agent du Ciel, le distributeur du bonheur: Ti-koan fji 'g*, l'agent terrestre, qui remet les péchés; Choei-koan 7}; 'g', l'agent de l'eau, qui délivre du malheur (1).

2. Les dieux des cinq éléments, figurés par les cinq planètes :

Kin-sing ^ ^ (Vénus) Kin Or, métal.

]\lou-sing 7^ ^ • (Jupiter) ]\Iou Bois.

Choei-sing 7)^ ^ (]\Iercure) Choei Eau.

Houo-sing ^ ^ (Mars) Houo Feu.

T'ou-sing j± ,^ (Saturne) T'ou Terre.

3. Les dieux stellaircs des cinq astérismes, Ou teou Ji i|- : six du pôle Sud. 9 du pôle Xord. 4 du pôle Est. cinq du pôle Ouest. ■') du pôle central (2).

(1) Cf. Recherches. T. VI, p. 19-20; p. 7-11.

(2) Recherches, Tome XII, p. 1211 seq. ; p.l224 seq.

4. Les dieux du soleil, de la lune et des 28 constellations (1).

5. Les dieux des palais stellaires de la G''" Ourse, où régnent la déesse T'eou mou J\- ^]^ et Koei-sing ^" ^.

6. Les dieux du tonnerre et des orages, sous la présidence de Lei-tsou f^ Jii|. Il a sous ses ordres le dieu des vents, le maître de la pluie, Lei kong fl ^ (le dieu de la foudre), T*ien-mou ^ -§ (la mère des éclairs), et 36 généraux transcendants (2).

7. Les Rois-Dragons, Long-wang f| 3E,. intendants des mers et des fleuves, distributeurs des pluies.

8. Aux lettrés, les tao-che ont donné Wen-tchang "^ ^, le dieu de la littérature. Kin-kia ^ Ep et Tchou-i ^ :^. ses deux acolytes, sont les protecteurs des candidats aux examens.

9. Aux militaires, les tao-che ont donné Koan-ti ^^ -f^, le dieu de la guerre. Ces derniers temps, depuis le passage de Yuen Che-k'ai ^ "ti: §/[ à la Présidence de la République, on a élevé Yo-Fei -^ fj|, son collègue, aux honneurs divins. Les 24 militaires modèles ont leur statues dans les pagodes Koan-timiao H ^ )^?i (3).

10. A toutes les souffrances de l'humanité, les tao-che ont offert des consolateurs et des médecins : Suen Se-miao ^ ,gL ^, Hoa T'ouo ^ p*^, et tous les médecins divinisés (4).

11. Les dieux des richesses, les plus honorés en Chine, ont été magnifiquement installés dans les pagodes taoïstes. Ce sont: Tchao Kong-ming ^ ^ B^, Siao Cheng ^ ^, Ts'ao Pao W 9' Tch'en Kieou-kong Pp ;^ ^. Yao Chao-se ^^ aJ;* ïj]. Les tao-che, dans le dispositif de leurs temples, ont fait preuve

(1) Recherches, Tome XII, p. 1181 seq.; p. 1190 seq.

(2) Recherches, Tome X,''p. 682-707.

(3) Recherches, Tome XII, p. 1168-1179.

(4) Recherches, Tome X, p. 724 seq.

d'une véritable habileté, pour exploiter à leur profit les croyances populaires (1).

12. Peu de génies sont plus populaires que le légendaire Kiang Tse-ya ^ -^ ^, le grand protecteur des habitations. Partout on trouve son image avec l'exergue classique : Kiang fai-kong tsai tse, pé ou king ki. ^ -j^ ^ ^. Ût 'U M ^ ^- (2)- "Kiang Tse-ya est ici, rien à craindre!"

ARTICLE VII

Le Taoïsme à ses diverses périodes.

Plusieurs auteurs ont essayé, nous l'avons vu. de classer les théories taoïstes; ils ont donné des noms aux diverses écoles qu'ils ont cru pouvoir délimiter dans le fouillis des livres taoïstes ; la tâche est ingrate et le résultat douteux. Ces écrits sont si vagues, qu'on pourrait en tirer à peu près tous les systèmes qu'on voudrait. On ne s'entend pas même sur le mot fondamental de la secte, le mystérieux "Tao". Qu'ils seraient étonnés, ceux cju'on nomme les Pères du Taoïsme, s'il leur était donné de lire les savantes théories philosophiques que les Européens ont édifiées sur le vague de leur sentences et le vide de leurs expressions ! Sans nous attarder aux discussions d'écoles, voyons les grandes transformations du Taoïsme de l'origine jusqu'à nos jours.

1° Le Prétaoïsme. ■ -

Sorte de philosophie chinoise, mêlée peut-être d'exotisme, et dont on trouve les formules initiales dès les premiers temps. Les prétaoïstes, avant et depuis Fou-hi jusqu'à l'avènement de Lao-tse, furent des sages, retirés dans la solitude. Ces ascètes solitaires, mettant au-dessus des préoccupations terrestres la

(1) Recherches, Tome XI, p. 956-965.

(2) Recherches, T. IX, p. CGG, fig-. 19!).

grave question de l'immortalité, s'ingénièrent à trouver les moyens de conserver la vie.

2" Le Taoïsme doctrinal.

Ce sont les premières idées taoïstes, condensées, codifiées et réunies en un corps de doctrine par Lao-tse dans le Tao-téking. Suivant d'autres, c'est son disciple In-hi qui aurait résumé dans cet ouvrage les enseignements de son maître. La collection Lié-tse ^Ij ^, élaborée par les disciples de Lao-tse; les écrits de Tchoang-tse ^ -^ ; plus tard les ouvrages collectionnés par Lieou-Ngan, roi du Hoai-nan, (vers 120 av. J.C.) et connus sous le titre général de Hoai-nan-tse */|l ]|l -f ; le T'ong hiuen tchen king ji^ ]£ M ^ï? '^^^ Wen-tse ^ -^ ; enfin le Tongling tchen king -(^ ^ M $^ de Kang Tsang-tse % '^ ^, forment comme la patrologie du Taoïsme (1).

3° Le Taoïsme décadent ou cJiarlatanesque (Néo-Taoïsme).

En grande partie fondé, mais surtout activement propagé par Tchang Tao-ling îj^ ^ [^, le premier grand Alaitre (^ Bifi T'ien-che) de cette nouvelle secte. (P'' siècle de l'ère chrétienne) (2).

Ceux qui figurent en première ligne sur la liste des fauteurs de cette doctrine sont : Ko-sien-wong, Tcheng Se-yuen, Pao-pou-tse, Keou Kien-tche, Ko Hong...

La doctrine est reléguée au second plan ; le Néo-Taoïsme est surtout utilitaire et même mercantile, en quête de tous les moyens de succès et surtout de lucre. La grande affaire est de composer la drogue conférant l'immortalité, d'étudier la genèse et la maturité de l'enfançon, de guérir les maladies, d'écarter les

(1) Cf. Recherches, Tome IX: Lié-tse, Tchoang-tse, Hoai-nan-tsc.

(2) Tchang Tao-ling (34-156), né au Tchê-kiang, fut le principal chef du Néo-Taoïsme. La résidence des Maîtres Tao-che est à Long-houchan, au Klang-si.

Page 1