ART. VII. — LA TAQÏSME À SES DIVERSES PÉRIODES
maléfices par la confection clés talismans. Cette dernière industrie devint même si prospc;e, que les bonzes se virent obligés de dessiner des talismans bouddhiques, pour conserver leur clientèle.
Les tao-che se posèrent liardiment comme pourchasseurs des diables malfaisants.
4" Le Taoïsme éclectique ou contemporain.
Sélection judicieuse de toutes les praticpies les mieux adaptées à l'esprit chinois et aux moeurs populaires, même si ces pratiques sont de provenance bouddhique ou confucéiste. C'est le dernier cri du Taoïsme, la dernière retouche de cette religion d'évolution et d'opportunisme. "San-kiao-wei-i". dit l'adage. "Les trois religions n'en font qu'une".
Les tao-che ont eu l'hal^ileté de modeler leur code religieux sur le système gouvernemental chinois. Yu-hoang est le Chef d'Etat, les grands rois du Ciel sont ses maréchaux, les Tcheng-hoang j^ [^ sont ses mandarins. Moyennant quelques pourboires, quelques cadeaux habilement distribués aux employés subalternes, il y a toujours chance de faire réussir une affaire au tribunal du grand Surhomme de l'autre monde.
Gengis-khan se montra favoral^le au Taoïsme; le tao-che K'ieou Tch'ang-tchoen ^ -^ M ^^ ses contemporains furent comblés de ses bienfaits.
Le coup droit porté au Taoïsme par la condamnation définitive des livres taoïstes, en 1281. fut le point de départ de l'éclectisme complet. Le Code de la secte, amalgamée au Bouddhisme et au Confucéisme, fut composé par le célèbre tao-che Tchao Yeou kiiig jj^ ;$ ^jf (1). Cet ouvrage est intitulé: ^'Sieii fou tong-yuen f|I| f^j', ffi] f]^,." Ce qui veut dire : "Les génies
(1) Tchao Yeou-king se fit tao-che en 1309, au Kiang-sl. Il fut le maître du tao-che Tch'en Tchc-hiu P$ l^f |^ du Kiang-si, qui eut plus de cent disciples et mourut en 1343,
taoïstes, les lettrés et les Bouddhas ont la même orig"ine ; les trois religions n'en font qu'une." Désormais, le vieux Taoïsme, et tout ce qui tenait encore au Taoïsme moyen-âge, tout a disparu. Toutes les pratiques émanées de l'une ou de l'autre des trois sectes sont désormais accueillies et regardées du même œil, pourvu qu'elles fassent arriver l'eau au moulin.
Il ne faudrait pas croire cependant que toute influence taoïste cessa à cette époque ; loin de là. Koubilaï toléra toutes les religions, et si ses préférences furent plus marquées pour, les bonzes, en raison de ses rapports plus intimes avec son conseiller le bonze tibétain Phags'pa, il gardait quand même autour de lui tous ses devins, magiciens, astrologues, et les consultait à l'occasion.
L'impératrice étant tombée malade, le Khan eut recours aux tao-che, leur recommanda d'ofifrir leurs prières pour la souveraine et de célébrer leurs cérémonies rituelles pour sa guérison.
Quand il l'eut obtenue, il récompensa les officiants et leur conféra des dignités honorifiques. .Vu jour anniversaire de sa naissance, Koubilaï acceptait les prières de tous les cultes, même celles des tao-che. Le jour de la fête du dieu des enfers, ils avaient allumé un grand bûcher d'environ vingt pieds de diamètre, et s'étaient engagés à le traverser nu-pieds, se confiant dans la protection de leurs dieux qu'ils portaient dans leurs mains en traversant le foyer. Beaucoup trouvèrent la mort au milieu des flammes (1).
5° Le Taoïsme sous les Ming et sous les Ts'ing.
Le fondateur de la dynastie des Ming, l'empereur Hong-ou fit ;^, ancien bonze de Fong-yang fou, au Ngan-hoei, se montra bienveillant pour ses anciens confrères les bonzes; sous son règne, le Bouddhisme fut très-florissant, et les tao-che perdirent de leur crédit. Tout tao-che désireux d'être reconnu officiellement dut
(1) Cf. R. K. Douglas, Confucianism and Taoïsm, p. 253.