‹ Recherches sur les superstitions en Chine (volume 5)Chapitre 91 sur 100 · VI. Les pèlerinages · texte numérisé non relu

VI. Les pèlerinages

De tout temps et dans tous les pays, les pèlerinages à des divinités ou à des temples célèbres ont attiré des foules. Les pèlerinages consolident les croyances, et ravivent la ferveur quelquefois jusqu'à l'enthousiasme. C'est ce qu'il est possible de constater dans les immenses assemblées païennes réunies autour de certaines pagodes à des époques déterminées.

Le Taoïsme a de grands centres de pèlerinages très populaires : par exemple les Cinq montagnes sacrées du Nord, du Sud. de l'Est, de l'Ouest et du Centre. Sur ces cinq pics, nombre de sanctuaires taoïstes ont une réputation séculaire: ils ont été visités par les empereurs : là ont séjourné des hommes honorés comme génies et Immortels; d'innombrables légendes racontent de prétendues faveurs obtenues par leur intercession.

Le grand pèlerinage taoïste de Ou-tang-chan ^ "^ [[} au Hou-pé, dans le Siang-yang-fou, est Tun des plus célèbres et des plus fréquentés de Chine. A certaines dates on y a compté jusqu'à 520 temples, où résidaient des tao-che par centaines. On y honore le dieu taoïste Tchen-ou ^ ^, Au sommet du ]nc T'ien-tchou-chan 3'^ 4i lij» i' ^ son temple de cuivre, que l'empereur Yong lô, des Ming, fit complètement recouvrir d'or en 1416. Le site montagneux, les souvenirs légendaires, les prétendus prodiges accueillis sans contrôle par la crédulité du peuple, les faveurs impériales souvent accordées à ces lieux. la multiplicité et la variété des temples et des génies qui y sont honorés: telles sont les princii)ales causes delà célébrité de ce pèlerinage.

Au Kiang-sou, à Kiu-yong-hien, les temples de Mao chan ^ llj, dédiés aux San Alao, attirent aussi des foules de païens

pendant deux ou trois mois de l'année. Et il en est de même pour quantité d'autres centres taoïstes.

ARTICLE V

Les céi'éinoiiie.s taoïstes à <luiiiicile (Tao teliaiig' M ^)-

Une des plus grandes, sinon la plus grande cause de succès des tao-clie, est l'ingéniosité avec laquelle ils ont su accommoder leurs cérémonies rituelles au goût de toutes les classes de la société, et les adapter à'tous le.> besoins de la vie humaine: bonheur, richesses, secours [en cas d'infortune, de maladie, de procès, de calomnie, d'injustice, de mort. Et le soulagement des défunts! En cela surtout ils sont passés maîtres. Des décors, des symboles, des cérémonies qui témoignent d'une invention géniale, représentent comme sur un théâtre les secours en espèces et en nature envoyés aux âmes des morts, les démarches multiples et fructueuses faites auprès des fonctionnaires de l'autre monde, soit pour délivrer les âmes des supplices, soit pour franchir le pont de l'enfer, soit pour retirer les femmes de l'étang de sang, ou pour négocier une bonne réincarnation, et iinalcment introduire les défunts dans le paradis de délices des génies et des Immortels.

Dans le recueil du Canon taoïste, on trouve par dizaines les ouvrages où sont longuement et minutieusement expliqués tous ces procédés. On y décrit par le menu la façon de construire les estrades sur*les([uelles doivent être accomplies les cérémonies rituelles, [les drapeaux et inscriptions qui doivent orner l'appartement où se célèbre l'office taoïste, le mode de construction du pont à franchir pour sortir des .souterrains de l'enfer, etc. Ici nous ne [pouvons qu'indiquer très brièvement quelques-unes de ces inventions, très'goùtées dans les milieux populaires. Les gens'y assistent comme à une représentation théâtrale, où les tao-che jouent la comédie en s'accompagnant de flûtes, de clochettes, de tambours et de castagnettes.

Page 1