‹ Recherches sur les superstitions en ChineChapitre 28 sur 47 · LES ESPRITS DES CINQ DIRECTIONS · texte numérisé non relu

LES ESPRITS DES CINQ DIRECTIONS

Sur une sorte de crédence, à côté de l'autel du dieu de la médecine, sont rangées cinq petites statuettes, une sixième plus grande occupe le milieu, et semble présider: Ce sont les cinq esprits des cinq directions, sous la présidence de T'ai-i-tchen-jen 'M Zu ^ A- Lorsque les tao-che sont appelés pour prier auprès d'un malade, ils portent ces statues, qu'ils disposent dans l'appartement, l'une au Nord, l'autre au Sud, la troisième à l'Est, la quatrième à l'Ouest et la cinquième au centre. La biographie de T'ai-i-tchen-jen -jk Zj ^ A a été donnée précédemment. Disons ici quelques mots des esprits des cinq directions.

Les armées des Chcmg ^ étaient aux prises avec les forces de Ou-wang ^^, le fondateur de la dynastie des Tcheou jn), 1125 av. J. C. C'était au fort de l'hiver, la terre était couverte d'une couche de neige épaisse de trois pieds ; cinq hommes vêtus d'habits de cinq couleurs diverses, les uns à cheval, les autres en char, arrivèrent devant la porte du palais, et demandèrent une entrevue avec le roi. Ou-wang ^ ï surpris demanda à son ministre Kiang-tse-ya H ^ 5f qui étaient ces hommes. Le

ministre lui répondit : "J'ai appris que dans le Sud il}' a un esprit nommé Tchoii-yong |5Ï i^, au Nord un autre appelé Hiuen-ming ^ ^, un troisième habite l'Est et se nomme Keou-mang "èj "&, à l'Ouest un quatrième est désigné sous le nom de Jou-cheou ^ Jj^ : Ce sont les quatre grands protecteurs de Votre Majesté. Long II, fils de Kong-kong ^ X, est le protecteur du territoire. Ce sont les esprits des cinq directions ; la différence des couleurs de leurs habits n'}^ fait rien". Ou-wang ^ ï appela les envoyés par ces noms pour les faire introduire, grande fut leur surprise ; ils se présentèrent devant le roi, qui les fit asseoir en sa présence, et leur demanda le but de leur mission.

"Le ciel, dirent-ils, a passé le mandat du pouvoir à la dynastie des Tcheoii jo] , tous les esprits doivent se mettre à leur service ; c'est pourquoi nous venons aujourd'hui prendre vos ordres." Ouivang ^ ï s'excusa, protestant qu'il n'était pas digne d'une faveur si insigne. Kiang-tse-ya H ^ ^ les hébergea dans le palais et les traita avec égards et déférence.

Au cours de leurs longs entretiens, ils firent savoir que les crimes du dernier empereur Tcheou |+ avaient déchaîné sur terre les six rois des démons avec leurs infernales légions, mais Tchen-ou M "K' l'envoyé divin, ceint de sa cuirasse d"or, arborant son drapeau noir, vient de remporter une insigne victoire sur eux. Deux rois infernaux changés en serpent et en tortue ont été écrasés sous ses pieds, et le vainqueur est remonté dans les cieux pour y jouir du glorieux titre d'honneur qui vient de lui être décerné. (1)

Une notion précise des idées chinoises nous aidera à comprendre l'origine de ces esprits des cinq directions. Dès lantiquité

(1) Chen-sien-t'ong-L-ien # # M M liv. '», art. 8, p. 4-5.

Cheou-chen-ki-^ fii}i lE liv. 1, P- •'•1-»12. Ces cinti noms furent primiti\ cnicnt des appellations dt^signant ritii| fomtions officielles remplies pfir les quatre oncles de Chao-hao nommés: Tchnng, Kai, Sieoii. Ifi. et par le petit-fils de Tchnan-hiii, l.i. < >n en lit ensuite des noms d'hommes.

Cf. Tsnun-tchnan-tchnu-chon liv. 5:?, p. 7, 12, liv. 'i8, p. 22.

on se servit des cinq éléments Kin ^, mou ::^, choei ^K- houo ^, t'ou i, pour indiquer les quatre points cardinaux et le centre. (1)

Ces mêmes caractères servirent dans la suite à caractériser cinq catégories de charges gouvernementales, ou cinq Ministères, qui reçurent des noms particuliers, et furent confiés à de hauts fonctionnaires

Ainsi nous lisons que la préfecture du feu s'appela Tchoii-yong Wt MÈ et fut confiée à Kao-sin-che ]^ -^ ^, petit-fils de Tchoanhiu ^% -^. Les quatre oncles de Cliao-hao ^b !5^ se partagèrent les autres ministères.

Celui du bois, appelé Keou-mang "^ t?, échut à Tcliong M. ', celui de l'or, nommé Jou-cheou ^ i|jC. fut géré par Kai |^ ; celui de Teau, appelé Hiuen-ming 3^ ^, fut confié aux deux autres frères Sieou f^ et Hi f^^.

Restait le ministère du centre ou de la terre, (du territoire), et géré par le fils de Kong-kong Jt X.

Il résulte de ces remarques, que ces noms donnés aux esprits des cinq directions, ne furent pas primitivement des noms d'hommes, mais des noms d'administrations, ou des titres officiels donnés aux mandarins chargés de ces fonctions. On commença peu à peu à regarder comme des esprits, les présidents de ces ministères, et dans la suite on en vint à les appeler par le nom de la charge qu'ils avaient exercée. Il ne restait plus qu'à investir ces nouveaux esprits, de la juridiction sur l'un ou l'autre des points cardinaux indiqués par l'un des cinq caractères, c'est ce qu'ont fait les tao-che. (2)

Les visiteurs de pagodes trouveront presque toujours cinq petites statuettes des esprits des cinq directions, soit sur une table, soit dans une armoire vitrée, à côté de l'autel principal du temple. Le président siège en arrière et au centre, il varie selon les pagodes. Les bonzes placent ces statuettes devant celle de

(1) Tsouo-tchoan-tchou-chou :È. W r£ ^ liv. 53, p. 7, 12: liv. 48, p. 22.

(2) Chen-sien-t'ong-kien |i|3 f[Il M 1^ Hv. 2, art. 2, p. 5.

Mi-lai-fou M Wl i^ ou. d'un autre de leurs p'ou-saks. Les tao-che les placent sous la présidence de Lao-tse -^ ^, de T'ai-i-tchenjen i: £i M A etc..

Bonzes et tao-che emportent ces statuettes, chaque fois qu'une famille les demande pour faire leurs cérémonies dans leurs habitations.

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