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UN NOUVEAU DIEU MÉDECIN

CHEi\-SIEOL-TCHt; HC ^ ^

On a commencé à l'honorer en 1913, dans l'île de Ts'ongming ^ 0^ et dans les pays au Sud-Est de Hai-men 'M P^-

Voici en quelques mots son histoire.

Il y a environ ving-trois ans, des barques de contrebandiers, contenant une forte provision de sel, abordèrent l'île de Ts'ongming # 0^ pour ravitailler le peuple opprimé sous le régime draconien de la gabelle.

Les officiers du monopole se décidèrent à attaquer les délinquants; un médecin nommé Chcn-sieou-tche Oc ^ ^, audacieux et beau parleur, était à la tète des mécontents et de t<tus les paj^sans ; il s'empara de trois fonctionnaires et de leurs soldats et les fit prisonniers; puis voyant que les pourparlers n'aboutissaient point, il marcha sur le gros bourg de Pou-ts'eng au Sud de l'île et rasa le dépôt officiel du sel.

Les mandarins durent se montrer conciliants ; le succès de cette expédition tourna à la gloire de Chen-sieou-tche i^ ^ i: . qui fut considéré comme le "Sauveur du peuple."

L'an 1912. les paysans de l'île, peu enthousiastes pour le nouveau régime républicain, et daillcurs oppressés par les exigences des gros propriétaires, manifestèrent Unir mécontentement en pillant quelques richards dont ils cniyniciU avoir particulièrement à se plaindre. Les autorités envoyèrent l;i iotcr aimée, cinq individus furent pris et fusillés, mais comme il arrive d'ordinaire en pareil cas, ces hommes n'étaient point les vrais coupables et les vrais

fauteurs des troubles ; c'est pourquoi les notables du pays et les mandarins firent de nouvelles perquisitions et s'emparèrent de quelques hommes plus influents, parmi lesquels se trouva un parent du médecin. De là une nouvelle levée de boucliers pour le délivrer. Le sous-préfet ne se crut pas de force à affronter l'orage et renvoya le prévenu avec tous les honneurs. Chensieou-tche fJt^ :t, en mémoire de cette nouvelle victoire, fit restaurer la pagode de Koan-ti, dieu de la guerre, envers qui il avait une grande dévotion.

L'année suivante, le vieux protecteur du peuple souleva une troisième fois les habitants de l'île contre le nouveau régime ; le prétexte fut l'interdiction de l'opium et la défense d'un membre de sa famille, qui venait d'être frappé d'une amende pour ne s'être pas conformé aux lois défendant de fumer l'opium. Cette dernière tentative causa sa perte. Le 2 Mai, au matin, deux bateaux de guerre étaient en face de Tîle, des compagnies de débarquement prêtèrent main-forte aux troupes, une battue en règle fut organisée et le vieux médecin, abandonné des siens, se réfugia dans la pagode de Koan-ti, son protecteur impuissant, se recommanda à lui, saisit un vieux sabre et résolut de vendre chèrement sa vie, mais une décharge l'abattit mort aux pieds de son p'ou-sah.

Dans les jours qui suivirent, une pétition fut adressée au gouverneur, pour le prier de réhabiliter la mémoire de cet homme considéré comme le "Sauveur du peuple". De nos jours, son image est affichée dans les demeures, on le prie pour les malades, on leur donne à manger la cendre de l'encens brûlé en son honneur, et on mêle aux potions médicales un peu de terre prise sur sa tombe.

J'ai pu constater pendant mon dernier voyage dans ces contrées, que son culte est maintenant en vogue.

Pour l'histoire plus complète de ces événements, on peut lire: Relations de Chme. Octobre 1913. p. 223— 229, l'article composé par le R. P. Robinet. S. J.

Dans les premiers mois de Tannée 1914, des faits importants se sont passés, il n'est pas inutile de les signaler ici ; ils nous montreront l'attachement du peuple à cette nouvelle superstition. Les paysans se rendaient par milliers au lieu de la sépulture de Chen-sieou-tche ; les mandarins essaj^èrent vainement d'arrêter ce concours du peuple ; pour y mettre fin et faire comprendre à tout le monde que le personnage en question n'était qu'un vil rebelle, on déterra son cadavre et on le fit transporter dans le cimetière des condamnés à mort. Les foules continuaient de plus belle à le vénérer, chacun voulut avoir une parcelle de terre prise sur sa tombe, ou une tige d'herbe poussée dans le champ des condamnés; si bien que les autorités durent intervenir et couper par la racine, croyaient-elles, les progrès du nouveau culte. Le cadavre, déterré une seconde fois, fut placé sur une barque, les satellites attachèrent à son cou une grosse pierre; puis on le conduisit en pleine mer, où il fut immergé.

Malgré ces mesures radicales, l'image du divin médecin est affichée dans les maisons païennes, et on continue les pèlerinages au petit pagodin où sa tablette est exposée.. (1)

(1) Le journal chinois Chan-tan-pao. Juin 1914.

APPENDICE. (t)

Les livres taoïstes ne s'accordent pas tous pour les noms des grands dignitaires du Ministère céleste de la Médecine ; voici une autre liste de noms.

Président: (Lou) Pien-ts'io {)M) M h|. Prince de la médecine.

Premier assistant : Suen-tchen-j en ^, ^ A-

Second assistant : Wei-tchen-jen :^ M A-

Les deux intendants des pharmacies: Li ^ et Tchou ^.

Le grand maître du formulaire médical : Tchao ^\

Le grand maître: Hiu ff, la colonne de l'humanité.

l.e grand maître du diagnostic: Kao '^.

Le grand officier du Ministère: T ao ^.

L'infaillible docteur: Ma M;, membre du même Ministère.

Le grand maître de la clinique thérapeutique: Wang iï.

Le docteur céleste des décoctions et de l'acuponcture : Chefan-oxi :^ ^ ^. (1)

(1) Cf. 'J'-ai-chang-ou-ki-tnng-ts'e-tcheu-iluen-fien-sin-pao-tchan : :;fc J: *!;î^ ^ K 7C ■:^ 'C« « « : liv. 30, p. 56.

Fig. 229

Yu-hoa-long. esprit régent de la petite vérole. Yû-hwa-lung. The God who happihj terminâtes small-pox.

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