ARTICLE I
LE 3riNISTKRR DV TONNERRE W nP
ou-i,r:i-( iii'A JL 9 M (TB)
LES CINQ ESPHITS DU TONNKItHK.
Le ministère du Tonnerre et des Orages se compose de vingt-quatre dignitaires, dont les noms sont énumérés dans le Fong-chen-i/en-i M# M ^. 8* vol. 99 hoei, où on peut lire le canon de Kiang-tse-ya ^ =^ 5f . Mais les cinq principaux, mentionnés dans les légendes, sont les cinq esprits dont nous allons donner les notices, ce sont du reste les plus honorés dans les
pagodes. Le Ministère du Tonnerre a pour président Lei-tsou ^ 11, 'Tancêtre du tonnerre" ; ses assesseurs sont: Lci-kong ^^, "le duc de la foudre"', Tien-mou ^ #, "la mère des éclairs", Fong-pé M, iÙ, "le comte du vent", Yu-che M 0i|î, "le maître de la pluie'.
Ces esprits jouent à peu près le même rôle que les Maruts, dieux des tempêtes et de la foudre du védisme, ce sont les asuras bouddhiques.
LEI-TSOU ® iB.
LE PUÉSIDENT DU MINISTÈRE DU TONXERHE.
Le président du Ministère de la Foudre est Wcn-tcJtong ^ i^ , connu de tous les païens, sous le nom de Wen-tcliong-t'' cache ^ i^ "M î^ '■ Le grand précepteur Weii-tchong. Il a trois yeux dont Tun occupe le milieu du front, et quand il ouvre ce dernier, il en jaillit un faisceau de lumière blanche, long de plus de deux pieds. Il fut ministre de l'empereur Tcheoii ^t, le dernier des Chang ]^, 1154-1122 av. J. C, il avait le titre de grand précepteur. Sa monture était une licorne noire, et dans ses courses à travers le monde, il parcourait des milliers de lys en un clin d'œil.
Pendant les longues guerres entre les Chang fSj et les Tcheoii jn), toujours on le voyait arborant son drapeau jaune, et marchant au combat, armé d'une hache blanche.
Wen-tchong ^ i^ , a la tête de trois cent mille soldats, attaqua les armées des Tcheou j^ dans l'Ouest, mais la fortune lui fut toujours contraire ; après une série de défaites, il fut contraint de s'enfuir vers les montagnes de Yen =i^ llj. Là il rencontra Tch'e-tsing-tse (1) # Ih ^ et lui livra combat, mais
(1) Tch'e-tsing-tse, né dans les régions du Sud, sur la montagne de Tangchan ^ IJJ, ou Che-fang ^ ^, nu temps de P'an-kou ^ "^ : quelques légendes lui attribuent la découverte du feu, qu'il tira du bois de mûrier. Cf. Chen-ftien-t'ong-kien # {[Il îi ^ Hv. 1. art. 1. et suiv. Cf Ministère du Feu.
Fig. 207
Lei-tsou, le président du Ministère du Tonnerre. Lei-tsu, Président of the Ministry of the Thvnderholt
..vl. tli
ce génie dirigea le foyer de son miroir du In-yang ^^ [^ vers la licorne de Wen-tcJwng ^ ffjj, et la lit bondir hors du champ clos. Lei-tchen-tse ^ M "f^ • ^m des maréchaux de Ou-wang ^ 3:, frappa l'animal d'un coup de bâton et le coupa en deux.
Wen-tcJiong ^ fifi se sauvait dans la direction des montagnes de Tsiué-long-ling $§ fï fÂ^ quand un autre maréchal nommé Yun-tchong-tsc ^ r^ ^, lui barra !a route; ses mains avaient la vertu de produire la foudre, huit colonnes d'un feu mystérieux sortirent subitement de terre, tout autour de Wen-tchong ^ i^ , elles avaient trente pieds de hauteur, et un pourtour de dix pieds; quarante-neuf dragons enflammés sortirent de chaque colonne et s'envolèrent dans les airs, le ciel ressemblait à une fournaise, et la terre était ébranlée par d'horribles éclats de tonnerre : Wen-tchong ^ \^ mourut dans sa prison de feu.
Quand la victoire se fut déclarée définitivement en faveur de la nouvelle dynastie, Kiang-tse-ya ^ -? ^ monta sur la tribune de canonisation des esprits, et commanda à Wen-tchong ^ i^ de se présenter pour recevoir son titre de noblesse et son apanage transcendant. Arrivé au bas de l'estrade, il refusa de se mettre à genoux ; Kiang-tse-ya ^ ^ ^ dut faire usage de son fouet pour \'y obliger.
Lorsque Wen-tchong ^ fi|i se fut mis à genoux, Kiang-tseytt ^ "? ^ lui dit: "De par l'autorité du Irès-haut, Yuen-chet'ien-tsuen ït 1ku ^ ^, sache que tu ne t'es pas encore exercé à la pratique de la grande science, dans la solitude d'une montagne célèbre, tu n'es pas encore préparé dûment pour monter au ciel ; cependant comme tu as été revêtu d'une haute dignité, et que tu as loyalement servi ta patrie sous deux empereurs, tu mérites indulgence.
Je te confère donc aujourd'hui l'intendance suprême du Ministère du Tonnerre, la charge de produire les nuages et de distribuer les pluies pour le développement de la végétation universelle; à toi encore de tuer les méchants et de faire disparaître les pervers, de punir le mal et de récompenser le bien. De par autorité supérieure je te canonise : Chef suprême des vingt-
quatre fonctionnaires du Ministère du Tonnerre, prince céleste et plénipotentiaire, protecteur des lois qui régissent la formation des nuées et la distribution des pluies. Ton titre nobiliaire sera: Céleste et très honoré premier principe des neuf orbes des cieux, voix du tonnerre et régulateur de Tunivers". (1)
Les païens écrivent fréquemment sur le Imteau de leurs portes, ce titre canonique de Lei-tsou ^ li, qu'ils considèrent comme un talisman préservateur.
Pratiquement, le président Lei-tsou @ fâ est presque toujours confondu avec Lei-kong ^ ^ Tesprit de la foudre, dont nous donnerons la légende au paragraphe suivant. Seulement dans les pagodes Lei-tsou @ ffl trône sur l'autel central, et les autres officiers remplissent leurs fonctions sous sa présidence. A notre époque encore, dans toutes les provinces de Chine, on fête la naissance de Lei-tsou ^ fâ le 24' jour du sixième mois. Les restaurateurs, les hôteliers, les meuniers, les grainetiers, les marchands de sucreries etc. vont tous ce jour-là brûler de l'encens dans la pagode de Lei-tsou ^ fi, ou du moins, lui offrent de l'encens dans leurs maisons, et brûlent des pétards en son honneur (2). J'ai constaté moi-même l'existence de cette pratique dans les villes et les gros bourgs.
Il y a aussi des "Bulles de pardon", octroyées au nom de Lei-tsou ^ M.. Ces pièces contiennent une liste de péchés qui sont pardonnes par le fait même de la remise de la bulle par la main des bonzes ou des tao-che. Celui qui veut se procurer cette bulle, va l'acheter dans une boutique de superstitions, puis la remet aux bonzes ou aux tao-che, qui y écrivent la date de la concession, et le nom de celui à qui elle est expédiée ; il verse ensuite la somme convenue, et s'en retourne la conscience pure !
(1) Fong-chen-yen-i ât S'!' ÎÉ ft li^- 1- P- ^^ - ^i^'- ^J- P- ^- ^' ^^ : liv. H. p. 6. 12. 16. 17. 18. 19 ; liv. 20. p. 42.
Edition populaire Canonisation : liv. 8, 99 hoei, etc.
(2) Pé-chen-sien-tehan "g" jfiiji 'flll ff . titre Lei-tsou ^ ift.
C'est un moyen assez facile d'effacer ses péchés, il n'en coûte que quelques centaines de sapèques pour payer le savon.
Les païens font une extrême attention de ne pas laisser tomber des grains de riz à terre, et quand cela arrive par mégarde, ils les recueillent minutieusement, afin de ne pas les fouler aux pieds : gaspiller et fouler aux pieds les céréales est un crime qui encourt la peine d'être foudroyé par Lei-tsou. C'est lui en effet qui est chargé de distribuer les pluies pour les faire croître et arriver à maturité, et il punit ceux qui les gaspillent.