‹ Recherches sur les superstitions en ChineChapitre 6 sur 47 · LEI-KOXG Ç ^ L'ESPRIT DU TONNERRE · texte numérisé non relu

LEI-KOXG Ç ^ L'ESPRIT DU TONNERRE

Cette divinité est un pendant du Thor-Donar de la mj^thologie Scandinave, dieu de l'orage et du tonnerre, armé d'un marteau merveilleux.

Une des plus originales figures de Lei-kong p'ou-sah ^ ^, que je me rappelle avoir vues, est bien certainement celle d'une pagode du tonnerre au Sud de T'ai-p'ing-fou -jk ^ }^' au Nganhoei ^ ^, et située sur le versant d'une petite montagne qui domine la ville. Dans cette pagode figurent les cinq statues réglementaires, au milieu Lei-tsou f| fft avec ses trois yeux ; il est assis sur l'autel central, puis devant sa statue, à droite et à gauche, rangés sur deux lignes, Lei-kong '^ ^, Tien-mou ^#, Fong-pé M fâ, Yu-che M f^.

La statue de Lei-kong ^ i^, de grandeur naturelle, pourrait servir de type à toutes les productions analogues. Buste humain surmonté d'un crâne de singe au bec d'aigle, il a deux cornes, deux ailes de chauve-souris, des jambes et des serres d'oiseau do proie. D'une main il brandit un maillet, de l'autre il tient un poinçon d'acier, et porte en écharpe un chapelet de tambours. Grâce à un mode de suspension assez ingénieux, les deux yeux

peuvent se mouvoir dans leur orbite, il suffit de toucher légèrement la statue, pour les faire osciller au fond de leurs cavités. Bref, c'est un petit chef d'œuvre de laideur repoussante, qui justifie le proverbe populaire : "Laid comme Lei-kong p'ou-sah."

Pour bien comprendre ce qui a été écrit sur Lei-kong fg ^, il importe de connaître les principales opinions émises pour expliquer la nature du tonnerre.

1° Théories chinoises sur le toiniei're.

A Croyances populaires.

a) Le tonnerre est le bruit produit par le roulement d'un objet en mouvement. (1)

h) Le tonnerre est le tambour du ciel. (2)

c) Le tonnerre est le tambour du ciel et de la terre. (3)

d) Un tambour de pierre roule dans le désert des cieux, le choc des objets qu'il heurte pendant les milliers de lys de son parcours, produit le tonnerre, qui est la manifestation de la majesté du ciel. (4)

e) Les peintres représentent le tonnerre sous le symbole d'un chapelet de tambours, pour rendre sensible le bruit'prolongé de la foudre. Un homme vigoureux, appelé Lei-kong ^ ^, tient les tambours de sa main gauche, et s'apprête à les frapper avec le maillet qu'il brandit de sa main droite. Ces artistes ont pour but de rendre le roulement du tonnerre par cette enfilade de tambours qui se heurtent, et ils figurent le choc des tambours par les coups de maillet. Ce qui tue les hommes, c'est le bruit des tambours qui s'entrechoquent : tout le monde en est universellement convaincu- (5)

(1) Cf. Yuen-kien-lei-hun. -ff^ m. %Â W\ liv. 8, p. 1,

(2) T'ai-p'ing-yu-lan i^ ^ M W liv. 1.3, p. 4.

(3) Yuen-kien-Iei-han M ^ M ® Hv. 8, p. 2.

(4) Chou-i'ki iiî ^ |E Hv. i"', p. 12.

(5) Luen heng fi| ^j liv. G, p. 23.

Yuen-kien-leHmn ffl ^ M jlf liv. 8, p. 2.

Lesprit du Tonnerre.

The Spirit of Thunder.

f) D'aucuns ont prétendu avoir trouvé les instruments dont se sert Lei-kong ^ ^ pour produire le tonnerre, voici comment un auteur consigne cette tradition, [i)

"On a trouvé plusieurs fois, dit-il, la hache et les coins de Lei-kong ff -2^ ; la plupart du temps ces objets sont tombés des mains de Tesprit de la foudre au-dessous du lieu d'où est parti le coup de tonnerre. Pour moi, je ne les ai jamais vus, mais sous le règne de Song-chen-tsong ^ f(| ^, pendant la période Yuen-fong yt W^ 1078-1086 ap. J. C, je me trouvais à Soeitcheou ^ j'H, sous-préfecture du département de Té-ngan-fou ^ ■^ i^ au Hou-pé rîM 4h ; pendant Tété la foudre brisa un arbre, et au pied de Tarbre on trouva un coin ; ce fait mérite créance''.

Les haches de Lei-kong ^ ^ sont presque toutes en fer ou en cuivre, les coins au contraire sont en pierre, et ressemblent assez à une hache dans laquelle on n'aurait pas perforé de trou pour 3' ajuster un manche. (2)

g) La pierre à aiguiser de Lei-kong m '^- — ^ Ho-hien % H, dans la préfecture de P'ing-lô-fou ¥1^/^, au Koang-si ^ H, une pierre de vingt pieds carrés est connue sous le nom de "Pierre à aiguiser la hache de Lei-kong \ Au printemps et en été, on y voit des raies lisses et fraîchement produites par le frottement de la hache sur cette pierre, en automne et pendant l'hiver, elles se couvrent de mousse. (3)

h) D'après le proverbe cité par Hoai-nan-tse f^ \^ -f (3) : "La pluie arrose les chemins, le vent balaie la poussière, l'éclair c'est le sillage du fouet, le tonnerre est le bruit des roues du

(1) Che-wcyi-lei-tsiu (ts'ien-tsi) ^]i. X M M im M) l'^- ''. P- -■ Mong-k'i-pi-tan '^ ii ifE % Hv. 20, p. J.

(2) r,es haches chinoises servent de hache et de marteau, et ressemblent en effet à un coin de fer au milieu duquel 'on aurait percé un trou pour y adapter un manche. I.a chute des aérolithes pourrait avoir donné fondement à ces légendes.

(3j T'ai-p'ing-iiu-laii M t U ^ liv 1^^. P- '^^ Yuen-k'ienlei-han M M. M M l>v- 8, p. 8.

char", le bruit du tonnerre serait produit par les roues du char de Lei-kong . ^ ^ (1)

i) Le tonnerre est un messager que le ciel envoie pour amener le dragon. — Quand, au temps de Tété, la foudre brise les arbres, endommage les maisons et même tue les hommes, voici comment raisonnent les gens du peuple. Le dragon est caché dans les arbres et dans les maisons, le tonnerre fend Jes arbres et démolit les habitations, alors le dragon n'a^^ant plus où se cacher se montre à découvert, et le tonnerre le prend pour le conduire au ciel. Dans ce cas, le tonnerre vient chercher le dragon ; si quelquefois il tue les hommes, c'est pour les punir de leurs péchés. (2)

j) A Lei-tcheou ff j'\], au Konng-tong M >k, le tonnerre gronde continuellement pendant le printemps et Tété ; Lei-kong ^ â se cache en terre pendant l'automne et l'hiver et il prend la forme d'un porc que les habitants emmènent et mangent.

La pagode de Lei-kong ^ -ï^ est située à huit lys S. O. de la ville; les habitants du pa3^s fabriquent avec de la toile des tambours et des chars pour Lei-kong @ ^ , ils les placent dans sa pagode où ils se réunissent pour manger du poisson et de la viande de porc. (3)

k) L'esprit du tonnerre a une tête d'homme ajustée sur un corps de dragon, son ventre lui sert de tambour, il se promène par le monde, les sages peuvent seuls le voir. (4)

B Théories des écrivains et des pliilosoplies.

a) Le tonnerre est une divinité stellaire. — L'étoile Bienyuen $f ^ est l'esprit qui régit le tonnerre et la pluie. (5)

(1) Hoai-nan-tse-yiien-tan-pien iÛ f^ ^ M M M liv. 1, p 3.

(2) Luen-heng %^ f|j liv. (i. p. 17.

(3) Lei-chnu-tsoan-yao M ~^ M ^ 'iv. 1. p. 22 Tse-che-tsing-hoa -^ .$. ^ ^ liv. 5. p. 12. 'J'chong-tseyig-cheou-cben-ki g if # ^iji |g ( p ^) (Hia-kiuenI p. 62

(4) Chan-liai-king (tchou) jii -^ ^f ^ liv. 13 p. 2.

(5) T'ai-p-ing-i/u-Ian iK -^ M W Hv. 13 p. 3.

b) Le tonnerre est le fils aîné du ciel et de la terre.

Le tonnerre est le fils aîné du ciel et de la terre, le chef et la tête de tous les êtres qui raccompagnent partout où il va. Le tonnerre sort de terre pendant 183 jours, les êtres sortent avec lui, et quand il y rentre pour d88 jours, tous les autres êtres v rentrent avec lui. (Allusion à la végétation qui renaît avec le printemps et meurt avec Tautomme). (1)

c) Le tonnerre jaillit du choc entre le in et yang.

Le tonnerre est produit par le choc du m et du yang. Le bruit du tonnerre tue quelquefois les gens, est-ce parce que se sentant coupables, et n'ayant jamais le cœur en paix, ils meurent de fra\^eur en entendant gronder le tonnerre? — Non, mais c'est le tonnerre qui les foudroie. — Alors, qui envoie le tonnerre? — Ceux qui font des actions mauvaises sont dominés par la quintessence du mal, ce qui les foudroie c'est la quintessence de la colère du ciel et de la terre, ces deux quintessences se rencontrent, entrent en collision et l'effet est produit. (2)

d) Le tonnerre est un phénomène produit par le in et le yang.

Qu'est-ce que le bruit du tonnerre, est-ce une chose qui peut être perçue par les sens ou non ?

Hou-tche-t' ang ^ ^^ ""È. (3) répond : Les anciens philosophes et les grands lettrés ont expliqué ce point avec lucidité. Tous les phénomènes de l'univers sont produits par les deux principes in et yang, qui se réunissent ou se séparent, qui ferment ou ouvrent ; l'esprit le comprend, la parole ne peut l'exprimer. Donc, ces chars de dragons, ces haches de pierre, ces tambours de Koei, ces fouets de feu. et autres racontars romanesques ne méritent aucune créance. Les deux principes m et yang étant comprimés ensemble, le principe actif enfermé à l'intérieur ne

(1) Yueu-h-ien-lc'i-han ^ M. -M W\ Hv. 8. p. 1. 'I''ai-p'i)rgi/u-l(in isi -'f- M ït ''^ • ^'•^- P- 2.

(2) Sing-li-ta-ts-iuen t% îS :A: ^ liv. 27. p. 1 1 .

(3) Hou-tche-fang t]\ ^ "M. est un lettré du Fou-h-ien jjii M, reçu au doctorat sous le règne de Song-hnei-tsnng Jjî Hi ^ et mort à ,5'.» ans sous Songkao-Uong ^ % ^., l"an 1151 ap. J. C. 88

peut plus en sortir, alors il s'agite et frappe, c'est de là que vient le craquement du tonnerre; y eùt-il un saint à ressusciter, il ne pourrait en disconvenir, tout ce qui est bruit, tout ce qui est lumière vient du yang. Le bruit suit l'éclair, c'est la force développée par la quintessence du yang\ qui veut renverser l'obstacle qui s'oppose à sa libre expansion-

Que sont donc les haches de Lei-hong @ ^ qu'on a trouvées? — Ce sont des étoiles qui en tombant se transforment en pierres, ce sont là des phénomènes du ciel. L'air n'a pas de forme sensible, quand il tombe sur la terre, alors il revêt une forme sensible, il y a là un mystère. — Qu'est-ce que le tonnerre qui fend les montagnes, frappe les pagodes, casse les arbres et tue les hommes? — Les anciens lettrés nous ont dit que c'est la colère du in et du yang ; quand l'air est comprimé, il se fâche, fait de violentes poussées, de là naît la commotion du tonnerre : c'est un phénomène en partie inconnu. (1)

2°. Lei-koii^-p'ou-sah.

Qu'est-ce que Lei-kon(j-p'ou-sah?

Le Pé-chen-sien-tchoan '^ t^ \^ % fait remarquer que dans toute l'antiquité, jamais il n'a été fait mention d'un personnage nommé Lei-Jwng ^ ^, regardé comme l'esprit de la foudre. Pas trace de cet homme dans les livres historiques, dit-il, c'est une divinité qui a été imaginée purement et simplement par les tao-che et les bonzes. 11 déplore la crédulité du peuple qui s'est laissé tromper par ces fables (2). Voici quelques-uns des avatars de ce personnage mythique.

a) A Fou-fong ^ M- clans la sous-préfecture de King yang-hien iS p§ %, au Chen-si ^ W- nn homme, nommé Yangtao-houo i^ M. ^, était occupé à moissonner dans son champ pendant l'été ; la pluie et le tonnerre l'obligèrent à se mettre à

(1) Sing-li-ta-ts'iuen t* m -k ^ Hv. 27, p. Jl.

(2) Au titre I.ei-tso^i -g- ïl 1" vol.

l'abri sous un mûrier. La foudre tombe, Tao-Jioiio M. fp assène un coup de bêche sur Tavant-bras de Lei-kong ^ ^, qui tombe à terre et ne peut plus fuir. 11 était d'un rouge vif, ses deux yeux ressemblaient à deux miroirs, son poil et ses cornes avaient trois grands pieds de long, il avait l'aspect d'une bête et une tête de singe. [\]

h) Une diablesse lui sert ds cocher.

Dans la ville de J-làng ti- H, sous-préfecture de Tch'angtcheou-foii 'ffi" ^'H i^, au Kiang-sou yX M:- vivait un homme nommé Tcheou-yong-houo Jp) tK ^- q^ii sortit pour un voyage; c'était au temps de l'empereur Mou-tl des Tsin orientaux M W, 345-362 ap. J.C. A la tombée de la nuit, il arriva près d'une paillotte nouvellement bâtie; une jeune fille de seize ou dix-sept ans sortit à la porte pour regarder, sa tenue était modeste, ses habits étaient neufs et propres. Voyant Tcheou-yong-houo fn\ ^ %| passer, elle lui dit: "Il se fait tard, jusqu'au village le plus proche la route est encore longue, pourquoi ne vous arrêtez-vous pas ici?" Tchcou jh] lui demanda l'hospitalité pour la nuit. La jeune fille alluma du feu et prépara le repas. Vers la première veille de la nuit, un enfant vint la héler à la porte: "'Ngo hiang!" — "Aie!" — "Le maître te demande pour conduire son char". La jeune fille sortit aussitôt. La nuit suivante il v eut une forte pluie et de continuels roulements de tonnerre. Dès l'aube, la jeune fille revint; Tcheou ^ monta à cheval; alors il remarqua qu'il n'y avait qu'un tumulus récemment élevé à l'endroit où il venait de passer la nuit. (2;

(1) Yuen-lden-lei-han m m. M \H 'i^'- 8, p. 8.

Chan hai-kinç) (tchou) lU 'M M (rti) 'i^'- '''• P- •'• 'raip'inçj-iiu-Uai :k 'P M fl ''V- l^^, p. '■ Lei-dum-isaan-yao. %^ i^ ^ m. l>v. 1. p. 2:-5.

(2) Yenii-hio-ku'on-iiucn. ^ % ï|< lî 'i^- '. P- '' • Yuen-kieu-lci-han -l] !£ M |*î liv. 8, p. 5. 'rai-p'inci-iiu-lan. in >F ^3^! ït liv. 1.'^, p. :^. Che-wen-lci-tsiu (ts'ien-tse) m- % :|fl IK ("ri ^) liv. '», p. I

c) Fong-long ^ ^ considéré comme maître du tonnerre.

L'empereur Hoang-ti "M ^ avait bâti un palais sur la montagne Koen-luen g ^ ; Fong-long M H son grand exorciste consulta l'achillée, et tira ce sort: "Monté sur les nuées il a une grande puissance"; or d'après le I-king , dans les cieux c'est le tonnerre qui a cette grande puissance. De ce fait Fong-long fut regardé comme le maître du tonnerre.

Le prince Mou S monta sur le Koen-liœn % ^ pour 3^ visiter le palais de Hoang-ti % 0, et il conféra un titre d'honneur à Fong-long ^ |^.

Un autre auteur le donne comme le maître des nuées, (1) il sort vers le troisième mois, au printemps, pour amener les pluies et les orages.

d) Le fils du tonnerre. —Voici comment on raconte l'origine de la célèbre pagode du tonnerre de Lei-tcheou ^ jl'H, au Koangtong M M- Sous le règne de l'empereur Hiuen-tsong m. ^ des Tell en P^, 569-583 ap. J. C, un habitant de Lei-teheou ^ ^'H, nommé Teh'en P^, étant allé à la chasse, trouva un œuf de plus d'un pied de circonférence; il l'emporta chez lui. Un jour, un coup de tonnerre retentit, l'œuf s'était ouvert et il en était sorti un enfant. Dans sa main étaient écrits les deux caractères: Lei-tcheou ^ '}\\. On l'éleva et quand il fut devenu grand, les gens du paj^s l'appelaient tous Lei-tchong @ # : le "Fils du tonnerre". Il devint mandarin de la ville, se fit remarquer par ses bonnes œ>uvres et fit des prodiges après sa mort. Les habitants lui élevèrent une pagode. Les Song ^jc et les Yuen yt lui accordèrent le titre de roi; sa pagode s'appela: "Temple du tonnerre éclatant". Pendant la période Té-yeou ^, jjîè du règne de Songkong-tsong ^ ^ ^, 1275-1276, on la nomma "Pagode de la majesté bienfaisante". (2)

(1) Mou-t'ien-tse-tchoan-tchnu-chou # ^ ^ # hÈ ^ Hv. 2, p. 2.

(2) Ming-i-t'ong-tche B^ — ^ TÈ"^ Hv. 82, p. 13.

Tchong-tseng Cheou-chen-ki (hia-kiuen) M if ^ l'I' lE (T- #) P. 61. Cheou-chen-ki ^ ^4 fE tître. Ou lei chen. p. 61.

e) Lei-kong ^ ^ pris dans la fente d'un arbre. — Yé-ts'ientchao ^MfB de Sin-tcheou '(g fl], dans son jeune âge, gravissait la montagne de Kien-tchang-chan ^ ^ iJj pour couper du bois de chauffage et cueillir des plantes médicinales. Un jour qu'il s'était réfugié sous un arbre pendant la pluie, le tonnerre éclata avec fracas ; il vit alors un être au visage bleu, à large bouche, aux serres d'aigle et aux ailes charnues, qui était pris entre les deux morceaux d'un arbre fendu, et ne pouvait s'envoler. Ce génie s'adressa à Yé-ts'iey\-tchao ^ M IB : "'Je suis Lei-kong f| ^, lui dit-il ; en fendant cet arbre je me suis laissé prendre par mégarde, délivre-moi et je te promets une récompense." Le bûcheron s'avança sans crainte, enfonça des pierres en guise de coin dans la fente de l'arbre, qui s'entr'ouvrit et laissa son prisonnier libre. "Reviens demain sous cet arbre, lui dit-il, et je te récompenserai." Le lendemain le bûcheron était de retour ; Lei-kong @ ^ lui remit un livre en lui disant: "Avec ces recettes tu pourras à ton gré appeler le tonnerre et la pluie, enrayer les maladies et les douleurs. Nous sommes cinq frères, je suis le plus jeune. Quand tu voudras faire tomber la pluie, appelle l'un ou l'autre de mes quatre frères aînés ; à moins d'une pressante nécessité, ne m'appelle pas, parce que j'ai mauvais caractère ; si cependant c'était nécessaire je viendrais." A ces mots, il s'envola.

Yé-tsUen-tcliao ^ jS fS se mit à dessiner les talismans et à réciter les incantations contenues dans son livre merveilleux ; toutes les maladies disparaissaient comme la rosée devant le soleil. Un jour, il s'était couché ivre dans la pagode de Ki-tcheouche ^ jl'H ^, le préfet le fit saisir et voulait le punir. Arrivé au bas de l'escalier de pierre du prétoire, Ts'ien-tchao jê fS appelle Lei-kong ^ -^ à son secours dans ce danger extrême. Un horrible coup de tonnerre répond à son invocation ; le préfet, comme demi-mort de frayeur, vint au-devant de lui, et, comme bien l'on pense, il ne fut plus question de le châtier. Dans toutes les occasions qui se présentèrent, il ne pria jamais inutilement les frères de Lei-kong; sa prière à peine formulée, il était exaucé; il

sauva ainsi plusieurs contrées de la ruine: à sa voix les pluies venaient répandre leur bienfaisante action sur les campagnes désolées par la sécheresse. (1)

f) Dans une ville du Kiang-si ^L W, une vieille femme atteinte de la foudre eut le bras cassé ; du haut des airs on entendit une voix qui disait ! "Je me suis trompé". Une bouteille tomba de la nue, elle contenait un médicament, et la voix ajouta : "Appliquez ce remède et la guérison sera instantanée." C'est ce qui arriva en effet. Ce remède est divin, se dirent les villageois, emportons-le et cachons-le. Mais plusieurs hommes réunissant leurs forces n'arrivèrent pas à soulever la bouteille. Soudain la nue vint la reprendre. D'autres personnes du village ayant été foudroyées, on entendit ces paroles : "C'est par erreur! prenez des achées, appliquez-les sur leur poitrine, ils reviendront à la vie". On le fit, et tous ressuscitèrent. (2)

g) L'immortel Sic. — L'immortel Sic ^ est un diable du Ministère du tonnerre ; lui et sa femme sont des nains hauts de trois pieds, ils sont de couleur de jade ; il est préposé à la production du feu dans le monde. (3)

On appelle encore Lci-hong |a -ï^ du nom de Kiang-lio-tch'ong iX M ^ ou Kiang-t'ien-kiun fL ^ ^ , et on le peint avec une figure masculine, parce que le tonnerre sort du ciel, principe i/cing ou masculin.

3°. Culte (le Lei-koiig.

Le culte de Lei-kong est très ancien ; la cinquième année de la période Yuen-che 7C ia, l'an 5 ap. J.C., sous Han-p'ing-ti i^ ^ ^, Wang-mang !ï ^ fît un mémorial pour demander une pagode spécialement dédiée à Lei-kong fg ^, et distincte de

(1) Chen-sien-fong-kien jî/^ f|I] M M li^'- H- art. 4 p. 8.

(2) Ki-chen-Iou ^ # B Hv. 18. p. 04.

(3) Yuen-kien-lei-han m ^ M Wl Hv. 8. p. 7.

celle consacrée à l'esprit du vent Fong-pc M iÙ clans le faubourg à l'Est de la capitale. (1)

Les sacrifices réguliers en Fhonneur de Lei-kong ^ ^ datent du règne de T'ang-hiuen-tsong Ji" ;£ ^, la cinquième année de la période Tien-pao 3R tf , 74G a p. J. C. Voici la teneur de redit impérial. "Le tonnerre donne le signal du réveil à tous les êtres. Les esprits de la pluie et du vent ont déjà des sacrifices réguliers, tandis que le tonnerre n'en a pas encore ; désormais chaque fois qu'on fera des offrandes à l'esprit de la pluie et du vent, on en fera aussi à l'esprit du tonnerre sur le même autel." (2) Ce fut vraiment à partir de cette époque qu'on commença à faire des sacrifices d'une manière permanente à l'esprit du tonnerre. (8)

i,ei-tche\-tsï; m m ~v ( i'iî)

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