‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 10 sur 89 · CONFIGURATION DES ABCÈS · texte numérisé non relu

CONFIGURATION DES ABCÈS

Certains abcès n'ont qu'exceplionnellement une forme définie : ce sont ceux qui, par l'absence d'une membrane pyogénique et par le défaut d'élaboration de leur pus, annoncent que la sécrétion morbide en est à peine à son origine ; ce sont aussi les excavations dans lesquelles l'élément cellulo-vasculaire. ayant survécu en grande pariie à la fonte des lobules, se présente tendu entre les parois. Les premiers de ces abcès ne consistent guère qu'en de petites cavernes imparfaitement arrondies, et dont la surface est souvent lobée par des fissures. Dans les seconds , les parois sont inégales , mamelonnées , sinueuses ; il est commun d'y rencontrer des anfracluosiiés profondes.

Mais, quand une membrane pyogénique s'est produite dans les abcès de la première espèce , et que Téléraenl cellulovascuiaire a cessé d'encombrer ceux de la seconde , les cavités purulentes contractent peu à peu une forme sphéroïdale régulière. En effet, toutes choses égales d'ailleurs, cette forme est d'autant mieux dessinée que la sécrétion du pus dure depuis une époque plus ancienne. La configuration caractérisée de la sorte peut être rigoureusement celle de la sphère. Constamment modifiée après que l'abcès est entré en communication avec le deliors, elle l'est aussi dans les cas où le pus , bien que n'ayant pas atteint la périphérie de l'organe , semble être en voie de résorption graduelle. Très-probablement elle doit dépendre de l'accumulation croissante du liquide au sein d'un parenchyme élastique ; du moins y a-t-il lieu de le croire dans les circonstances où , autour de collections avancées , la convexité du viscère , les parties planes de celui-ci, ses dépressions même , ont été repoussées vers l'extérieur sous le degré de courbure propre à la surface de l'abcès. Chez quelques individus cependant , les faits conduisent à admettre que la fonte du tissu glanduleux est susceptible à elle seule de creuser des cavités nettement sphé-

Sun LES SUPPURATIONS ENDÉMIQURS DU FOIE. If)

roidales. Ainsi, dans l'obs. VIII , le foie offrait des diamètres ei une forme physiologiques ; on n'apercevait aucun indice de tassement dans sa substance, et son poids avait simplement diminué de celui du pus. Ici donc, il n'existait que les traces d'une fonte purulente; pourtant, au sein de l'organe, un certain nombre d'abcès, comprenant chacun plusieurs centimètres d'étendue en leurs divers sens, possédaient une configuration sphéroïdale aussi régulière que si elle eût été le résultat d'une action mécanique.

INFLUENCE EXERCÉE SUR LES PAROIS DES ABCÈS PAR L'ACCUMULATION CROISSANTE DU PUS.

Lorsque les abcès ont cessé de s'agrandir aux dépens du tissu glanduleux, et que du pus continue d'être sécrété dans leur intérieur , l'accumulation croissante de ce liquide développe un effort non interrompu de pression contre leurs parois. D'un autre côté, le foie, par son extrême porosité, par sa constitution en agglomérat de corpuscules distincts , enfin , par les modifications physiques ou anatomiques auxquelles ses éléments sont accessibles, le foie, disons-nous, est rendu apte à déployer une élasticité considérable. Par suite, il prêtera devant l'effort que l'accumulation du pus fera peser sur les parois de l'abcès, et ces dernières se trouveront refoulées de plus en plus vers l'extérieur.

Le refoulement dont nous parlons s'opère au même degré sur toute la périphérie des cavités qui en sont le siège. L'étendue extrême qu'il est susceptible de donner aux abcès se montre en raison directe de l'épaisseur sous laquelle le tissu jécoral s'est conservé autour de ceux-ci après la cessation de la fonte morbide. Or, ce tissu peut prêter assez pour descendre d'une épaisseur de plusieurs centimètres à une autre qui ne serait que de quelques millimètres. Ces deux particularités se vérifient aisément dans les cas où le viscère, étant exempt d'hypertrophie , et n'ayant d'ailleurs perdu qu'une faible portion de sa masse, a été dilaté on une poche purulente aussi

vaste que mince. Quant aux modifications de slruciure qui se produisent alors dans les parois , elles vai'ient avec les périodes selon lesquelles la marche du refoulement s'accomplii.

i° Pendant une première période, ces modifications se limitent à un tassement pur et simple des éléments du viscère. Toutefois, ce tassement ne va jamais jusqu'à effacer l'apparence lobulaire des couches qu'il a intéressées. D'autant moins prononcé que le point où on l'examine est plus éloigné de la cavité purulente, il s'arrête d'une manière confuse au sein du tissu glanduleux lorsqu'il n'a pu se propager jusqu'à la périphérie de ce tissu. L'étendue dans laquelle on le remarque est proportionnelle à l'excès de pus sécrété depuis la cessation de la fonie morbide; mais, en aucune circonstance, elle n'embrasse au delà de 15 millimètres, quand bien même la couche glanduleuse sur laquelle il porte dépasserait cette limite.

2° Après avoir éprouvé aussi complètement que possible le tassement auquel ils sont voués, les éléments constitutifs de l'organe cèdent suivant une proportion nouvelle, qui résulte à kl fois de leur élasticité et d'une modification dans leurs rapports anatomiques. Les lobules perdent encore de leur volume; devenu plus distinct, le tissu cellulaire interstitiel se dessine sous l'aspect de longues cloisons: les branches vasculaires se redressent, s'incurvent ou s'étalent, pour s'adapter aux dimensions croissantes et à la sphéricité de l'abcès.

Durant celte deuxième période, le tassement envahit les couches qui lui ont échappé jusqu'ici: il se caractérise en même temps davantage dans celles qui ne l'ont éprouvé que d'une manière imparfaite. Enfin , le foie commence à se dilater aussitôt que les modifications permises par l'élasticité de son tissu atteignent les couches superficielles.

3" A leur tour, ces modifications ont lui terme. Cependant l'abcès ne cesse pas de s'agrandir; mais l'augmentation actuelle de son étendue s'opère moyennant des phénomènes ultimes , lesquels se manifestent progressivement des couches internes aux couches périphériques, et consistent, d'un côté, dans la disparition des lobules; de l'autre, dans l'hyper

irophieet, par suite, dans rallongement du tissu cellulo-vasculaire interposé à ceux-ci. Ces phénomènes s'accomplissent d'emblée sur le pourtour entier de l'abcès. Telle est leur marche qu'en chacun des points situés à une égale distance de la cavité morbide, la métamorphose qui leur est inhérente se prononce il un degré identique. Bien qu'ils se réalisent parfois sur un champ très-large , leur durée n'est pas indéfinie. En effet, à cause de la circonscription irrégulière de l'organe, l'abcès, quel que soit son siège, ne saurait être entouré par une couche uniformément épaisse de substance glanduleuse; une époque arrive donc à laquelle le refoulement a fait disparaître tout vestige de lobules là où cette substance revêt le moins d'épaisseur. Or , (a) là où elle s'est conservée en une plus forte couche , la substance qui nous occupe n'est jamais complètement modifiée de part en part ; (P) à dater de l'époque ci-dessus indiquée , et relativement à l'étendue sous laquelle ces portions massives des parois sont dépouillées de lobules , les couches auxquelles une moindre épaisseur a permis de se métamorphoser intégralement, offrent un amincissement croissant de la circonférence au centre , et en rapport avec le diamètre des cavités morbides ; (y) les expansions propres à la surface purulente de ces couches moins épaisses, ont subi une altération et un écartement appréciables , choses qu'en aucun cas on n'observe sur le reste des parois de l'abcès, et qui sont d'autant plus marquées que les couches où elles existent sont plus minces. Des deux premières circonstances on doit conclure qu'à l'époque dont il s'est déjà agi , la disparition des lobules et l'hypertrophie du tissu interstitiel se suspendent dans les parois des abcès : de la dernière, il résulte qu'après s'être métamorphosées, les couches les moins épaisses se laissent distendre et, simultanément, réduire par l'accumulation croissante du pus ; d'où , tôt ou tard , la solution de continuité de ces couches, d'où une voie ouverte à l'acheminement du liquide vers le dehors.

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