I. HÉPATrrE AIGUË
a. Première variété.
Dans cette première nuance, les signes d'irritation se dé* clarent tantôt d'emblée, tantôt après une fièvre intermittente passagère. Leur groupement a lieu comme il suit.
Période d'hypérémie. Après quelques jours d'indisposition, les malades se plaignent d'éprouver un vague sentiment d'ardeur au sein de l'abdomen ; en outre, ils accusent une tension douloureuse de l'hypochondre droit et de l'épigaslre. La bouche est sèche, amère, la langue jaunâtre. Il existe de l anorexie, une soif assez vive, des vomissements bilieux et une diarrhée de même nature ; un ictère s'est développé avec rapidité. Bientôt
la respiration se montre accélérée, courte, pénible : le foie contracte un volume plus fort, et on remarque une fièvre rémittente à paroxysmes diurnes. Ce nouvel ordre de choses persiste environ un demi-septenaire; puis la maladie s'engage vers une issue. Ainsi, chez certains sujets, les signes de réaction locale ou générale s'évanouissent peu à peu , et il ne reste que la turgescence subie par le foie : à son tour, cette turgescence s'elface ; mais telle est la difficulté de sa résolution , que l'habitude extérieure dénote pendant plusieurs mois la maigreur et la faiblesse. Dans d'autres circonstances, la langue, frappée d'aridité, acquiert un aspect brunâtre; les paroxysmes de la fièvi'e se rapprochent, celle-ci affecte un type continu ; enfin, aux vomissements succède un hoquet irrégulier, le malade est pris soit de délire , soit de coma , et la mort arrive dix ou douze jours après l'invasion du début. A l'autopsie, on trouve le foie dilaté, ramolli, friable; indépendamment de cela, cet organe est gorgé de sang, de même que l'arbre veineux qui sert à l'alîmenler ; néanmoins , on peut encore le décolorer complètement au moyen de simples injections aqueuses. Chez une troisième catégorie de malades , l'embarras des premières voies et la fièvre se dissipent pour faire place à un flux de dysenterie, durant lequel la phlegmasie parcourt silencieusement ses périodes ultérieures,
La nuance d'hépatite dont nous venons de parler est rare en dehors des régions où la température se maintient très-élevée jour et nuii. A peu près spéciale à la saison chaude, elle se rencontre aussi quelquefois au commencement de l'automne. Pendant l'été , elle revêt d'habitude une hante violence et s'attaque à toutes les constitutions indistinctement; plus tard, elle ne frappe que les natures lymphatiques ou afTaiblies; et sa marche, purement passive, ne comporte qu'une très-médiocre acuité.
p. Deuxième variété. — Hépalile franche.
Période d'hypérémie. Dans la nuance précédente , la période d'hypérémie semblait absorber à elle seule l'entière intensité
du mal ; dans une seconde variété , cette période se montre éphémère et peu saillante ; c'est à peine si , durant son cours, surgit un léger embarras intestinal, Par contre, un fort sentiment de gêne envahit de bonne heure la région hépaiique : bientôt après , le pouls acquiert de l'accélération et de l'ampleur; une chaleur incommode se manifeste, les accidents locaux se prononcent avec énergie.
Période inflammaloire. Du deuxième au troisième jour, le sentiment de géne, perçu dans l'hypochondre droit , s'est transformé en une véritable douleur. Gravaiive, lensive ou poignante; disséminée sur une vaste étendue , ou bien circonscrite à un espace étroit, cette douleur s'accompagne souvent d'une autre qui occupe, suivant les sujets, mais constamment du même côté qu'elle, les chairs supérieures du trapèze, l'épaule, le bras, la région claviculaire. Les ébranlements imprimés à l'hypochondre exaspèrent et font rayonner ces différentes douleurs; on les voit aussi donner passagèrement naissance à la deuxième chez certains sujets qui, auparavant, ne l'éprouvaient point. Le foie se dessine au dehors sous des dimensions exagérées ; aux vomissements et à la diarrhée du début succède une constipation notable; l'urine se présente rare et trouble, un ictère se développe. Enfin, la langue devient brunâtre et se sèche; le malade ne peut quitter le décubitus dorsal; non moins large et dur qu'à l'origine, le pouls augmente de fréquence. Du sixième au huitième jour, une terminaison se prépare. Tantôt, alors, les signes d'acuité se modèrent, et l'affection passe à l'état chronique, pour céder ensuite graduellement. Tantôt, au contraire, le foie se dilate jusqu'à soulever la portion antérieure de l'hypochondre droit ; les douleurs perçues au niveau de celui-ci s'accroissent de manière à gêner et, souvent, à paralyser le jeu des côtes voisines; sans diminuer de dureté ni se -ralentir, le pouls arrive à ne plus opposer au doigt que des battements petits, rapides, saccadés. A ces symptômes viennent se joindre du hoquet, une propension continuelle à la toux, de l'oppression, de l'angoisse; en même temps, l'ictère prend une teinte louche, et le malade succombe du quinzième au vingtième
jour. Ici, encore, l'examen du cadavre ne décèle que des traces de phlegmasie; seulement ces traces sont profondément imprimées au sein du lissu glanduleux, et le lavage n'a aucune action sur elles.
Péi'iode de suppuration. Dans une troisième série de cas, la fièvre tombe par iniervalles pour se réveiller sous forme d'accès quotidiens ou double-quotidiens. Annoncés par une concentration excessive du pouls et par des frissons, ces accès se réduisent d'abord à un état d'inquiétude générale; mais, bientôt, unmouvemeni de chaleur se déclare, la sécheresse de la bouche et de la peau reparaît; le pouls contracte de l'accélération, de la résistance , de l'ampleur, parfois aussi une irrégularité appréciable. Ces signes de réaction persistent plusieurs heures ; ils sont ensuite remplacés par un accablement soporeux. Leur manifestation peut avoir lieu à toutes les époques du jour; néanmoins, c'est ordinairement le soir qu'on les observe. Durant ce nouvel état de choses, les douleurs subissent une exaspération notable; à celles du flanc s'ajoutent des élancements pongiiifs ou de sourdes pulsations : le malade est baigné de sueurs dès qu'il s'endort.
Quelques jours se passent ainsi ; puis, chez certains sujets, les douleurs cessent progressivement, les dents se recouvrent de fuliginosités, il survient de la stupeur ou du délire, et la vie ne tarde pas à s'éteindre; en ce cas, l'autopsie démontre que le foie était frappé de suppuration. Chez une deuxième catégorie d'individus, on voit éclater des signes annonçant qu'un liquide hétérogène s'est épanché dans le sac péritonéal , dans la plèvre ou le péricarde. Chez d'autres, des matièies purulentes sont rejetées par le vomissement ou par les selles. Non moins fréquemment, des symptômes d'inflammation centrale se dessinent à la base du poumon droit ; le malade rejette une vomique, et, à dater de ce moment, l'expectoration se trouve mêlée de pus. Chez un dernier groupe de sujets, une tumeur se développe sur un point de l'hypochondie droit, de l'épigaslre ou du dos, s'acumine, et finit par livrer passage au produit d'un abcès. Si, dans chacun de ces cas, la mort surprend le
malade , on découvre encore au sein du foie une ou plusieurs collections purulentes ; on reconnaît aussi que ces collections étaient la source du pus fourni au dehors, et, de même, celle des épanchements notés vers les cavités voisines du viscère.
La variété d'hépatite dont la description précède, est spéciale au commencement de l'été; elle frappe exclusivement les constitutions robustes, surtout celles qui sont alliées à un tempériiment sanguin. Au reste , elle est peu commune en Algérie, et on ne l'y rencontre guère que dans les régions oij les chaleurs sont très-fortes. Une autre particularité, c'est que son appareil symplomatique se présente rarement complet : ainsi , l'ictère manque chez une foule de malades; la douleur sympathique ne fait pas moins souvent défaut. De leur côté, les accidents locaux peuvent être à peine accusés, ou bien le mal ne se prononce pas avec une égale violence à toutes ses périodes. Mais, en ces différentes conditions, si réduits que soient le nombre et l'intensité des phénomènes morbides, la nuance sous laquelle ceux-ci se montrent associés, décèle constamment à elle seule le caractère véritable de la phlegmasie.