TERMINAISON
Sur 208 cas d'abcès doni la terminaison a pu être suivie, nous comptons 162 cas de mort, 2 de gucrison imparfaite et 39 de guérison absolue: c'est, en centièmes, 20 guérisons pour 80 décès.
Dans 96 des cas mortels la suppuration n'avait pas franchi la périphérie du viscère ;
Dans 17, où elle était disséminée sur plusieurs places dislinctes, un certain nombre seulement des abcès avaient franchi cette périphérie ;
Enfin, dans 50, les collections pouvaient toutes épancher leur produit hors du foie. Ici, le nombre de ces dernières se réduisait à une par sujet, si ce n'est chez un individu qui présentait l'exemple bien rare de deux abcès communiquant l'un avec la cavité péritonéale et l'autre avec l'intérieur de la plèvre droite (voy. Haspel, loc. cit., p. 182).
a. Au nombre des abcès qui se trouvaient avoir franchi la circonscription du viscère, six avaient simplement débouché contre les organes adjacents à celui-ci ou ne commençaient qu'à les intéresser. Ainsi, au-dessus de l'un d'eux, lequel tendait à traverser la moitié droite du diaphragme, l'aponévrose phrénique avait subi un amincissement notable (Calteloup, loc. cit., p. 435). Chez un second sujet, un abcès, cheminant d'une manière analogue , s'était creusé un énorme réservoir aveugle dans la base
as RECHERCHES
du poumon droit (obs. XXXI). Chez un troisième sujet, cité par M. Chevassu {Thèse inaug., Paris 1851, p. 25), le pus était arrivé au contact du péricarde; quelques jours encore, et il eût pénétré dans le sac séreux. Un quatrième individu offrait un loyer qui, intéressant une partie du lobe gauche, avait débouché largement contre la face postérieure de l'eslomac et contre le pancréas (obs. XIV). Dans une cinquième autopsie, la vésicule biliaire transformée en une lame fibreuse, et le conduit hépatique dilaté jusqu'à reproduire le volume de. l'aorte, complétaient inférieuremeni la paroi d'im vaste abcès du lobe droit (Éon, loc. cit., p. 14). Chez un dernier sujet, dont parle M. Blondeau [loc. cit. , p. 27) , l'abcès , situé au niveau du colon iransverse, avait détruit les parois intestinales jusqu'à la muqueuse.
p. 26 autres abcès s'étaient ouverts dans une cavité close du voisinage , savoir :
dans le péritoine 14
dans la plèvre droite 11
dans le péricarde 1
Ces nombres comprennent les deux abcès qui , appartenant au lobe droit d'un même foie, avaient débouché, l'un dans la plèvre, l'autre dans le sac péritonéal. Ils comprennent aussi un troisième abcès dont le pus, après avoir fusé dans la racine du grand épiploon, y avait été arrêté par des adhérences, et s'était ouvert ensuite un passage jusqu'à 1 epigasire (obs. XV).
Y. 30 abcès s'étaient frayé naturellement une issue hors de l'économie, savoir :
par .l'un des points de là région iiépatique extérieure i
I après avoir clieminé directement du foie dans le
poumon ' 0
après s'être. ouverts dans la plèvre --i
par l'estomac ^
par le duodénum '
par le colon Iransverse 3
par les canaux biliaires t
par la vésicule biliaire '
Deux de ces abcès ouverts, l'un dans l'eslomac, l'aulie dans le colon, appartenaient à un seul foie, lequel était creusé de sept cavités purulentes (voy. Chevassu, loc. cit., p. 25).
0. Une quatrième série renferme 17 cas dans lesquels l'abcès, ou, s'il y en avait plusieurs, l'un des abcès avait été mis en communication avec le dehors par une ouverture artificielle.
Dans ce total de i6!2 cas mortels, l'issue fatale a été déter-
minée :
par la gravité intrinsèque du mal ou par la dysenterie liée à
ce dernier 125 fois
par la gangrène des parois de l'abcès 3 —
par une péritonite liée à l'engorgement du viscère 3 —
par l'ouverture de l'abcès dans le péritoine 12 —
par la rupture d'adhérences qui, autour d'une ouverture artificielle, unissaient le viscère ii la paroi abdominale. . . 2 —
par l'arrivée du pus dans la plèvre 11 —
par l'arrivée du pus dans le péricarde 1 —
par une pneumonie intercurrente 2 —
par la seule étendue de la pneumonie liée à l'acheminement
du pus vers les bronches 3 —
Deux des cas de mort occasionnés par la gangrène offrent cela de spécial que, avant d'être atteints par celle-ci, les abcès communiquaient déjà depuis quelque temps avec le dehors. Dans l'un d'eux, recueilli par M. Éon, une tumeur s'était formée à l'hypochondre droit, sous le rebord des cartilages costaux. D'abord peu sensible, cette tumeur envahit rapidement tout Thypochondre jusqu'au mamelon. Les téguments devinrent rouges à son niveau; et, indépendamment d'une fluctuation évidente, on crut distinguer la présence de gaz dans son intérieur, ainsi que dans le tissu cellulaire sous-cutané. La peau dont elle était recouverte s'amincissanl, on pratiqua une incision qui livra passage non-seulement à un flot de pus sanicux, mais encore à des gaz, le tout possédant une odeur gangreneuse et stercorale. Le malade mourut six jours après. A l'autopsie, on reconnut que l'ouverture avait donne issue au contenu d'un vaste abcès creusé dans le lobe droit du foie. En haut, cet abcès était irré-
150 RECHEUCHES
gulièremeni anfractueux et, outre cela, dépourvu de membrane pyogénique; en bas il communiquait avec le colon par une perforation large d'un demi-cenlimètre ; en dehors son vide remplaçait l'exlrémiié externe du lobe, laquelle avait entièrement disparu. A l'égard des matières qu'il i-enfermait, c'était un détritus rougeàtre qui, composé de tissu hépatique ramolli et de matières purulentes, dégageait la même odeur que les fluides primitivement épanchés à travers l'incision (Éon, loc. cit., p. 11). Chez le deuxième malade, dont l'historique est dû à M. Cabaud , l'abcès avait distendu la paroi de l'hypochondre droit au point d'en effacer les espaces intercostaux , et de déjeter en dehors le rebord inférieur du thorax ; bientôt il arriva à former entre la huitième côte et la. neuvième une tumeur qui fut ponctionnée avec un irois-quarts. Au bout de quelques jours, et, malgré les précautions que l'on prit pour empêcher l'air de s'y introduire, le pus, de louable qu'il était d'abord, devint fétide, ichoreux, rougeàtre et, en dernier lieu, rouge brun. Enfin l'ouverture s'agrandit considérablement; ses lèvres se firent douloureuses, fongueuses, noirâtres; une odeur insupportable s'exhala des profondeurs de l'hypochondre, et le malade succomba dans l'adynamie trente-trois jours après la ponction. Lors de l'examen du cadavre on trouva que l'abcès avait détruit toute l'extrémité droite du viscère jusqu'au diaphi'agme; à ses parois se voyaient appendus des lambeaux grisâtres, réduits en un magma piitrilagineux ; la huitième côte et la neuvième étaient largement dénudées (Gabaud, Thèse inaiig., p. 24, Montpellier 1851). Nous avons relaté ces deux observations avec détail, à cause de la rareté des lésions qui en sont le sujet.
A côté des cas mortels , deux autres nous sont des exemples de guérison imparfaite. Le premier d'entre eux concerne un abcès qui, trois ans après s'être ouvert dans le flanc droit, continuait encore à sécréter une petite quantité de matière séro-
puriilenie, et la laissait échapper à ceriaines époques (Morel, Thèse inaug., p. 38, Paris iSSl).
Le deuxième cas se rapporte à un abcès qui, ayant débouché dans la moitié droite de l'échancrure sous-sternale, n'avait pas tardé à se fermer. Depuis lors, tous les deux mois environ, mais plus fréquemment en été qu'en hiver, cet abcès nécessitait l'emploi d'une ponction, donnait un verre de pus épais, et, ensuite, "se refermait au bout de quelques jours ; en 1840, M. Martenot l'avait rouvert pour la vingt-quatrième fois en moins de quatre ans (Cas. Broussais, Recueil desmém. deméd., chirurg. etpharm. milii., \" série, t. LV, p. d55).
Ces sécrétions rebelles étaient fournies sans doute par des coques inodulaires dont l'organisation n'avait pas atteint son terme définitif. Compatibles avec l'exercice régulier de toutes les fonctions , elles semblaient devenues une sorte d'habitude pour l'économie. Cependant il y aurait imprudence à ne pas se méfier des reliquats de ce genre, car ils peuvent dépendre de ce qu'un fond d'engorgement s'est conservé au sein du tissu adjacent à la coque. C'est ainsi que nous avons vu un malade résister quinze mois au suintement d'un trajet fistuleux ouvert à l'épigastre, puis dépérir lentement et succomber; l'autopsie montra que le trajet fistuleux émanait d'une coque autour de laquelle le tissu du viscère présentait une forte augmentation de cohérence et une teinte brun violet indélébile.
Les 39 cas de guérison absolue se rapportent tous à des abcès qui s'étaient frayé un passage jusqu'aux téguments extérieurs ou jusqu'à une surface muqueuse. De ces 39 abcès :
17 s'étaient fait jour à travers la paroi thoraco-abdomiiiale ;
15 avaient rlébouclié dans les bronches ;
3 avaient débouché dans l'estomac ;
A avaient débouché dans le colon transversc.
Les abcès de la première catégorie avaient leur issue :
152 UECHERCHES
dans l'un des derniers espaces intercostaux du flanc droit ou
du dos 3 fois,
dans l'un des points de l'échancrure sous-slernale 18 —
à l'ombilic 1 —
Chez l'un des malades doni l'abcès avait débouché dans les bronches , nous trouvons l'exemple d'une rechute occasionnée sans doute par l'abus des alcooliques et par le mal de mer ; encore cette rechute n'a-t-elle pas eu de terminaison fâcheuse ,malgré l'épanchement prolongé d'une énorme quantité de bile dans le foyer (obs. XXXIV).
Un exemple de récidive a été offert par l'un des malades dont l'abcès avait débouché à travers les parois du colon iransverse. En effet, après que cet abcès se fut cicatrisé, quatorze autres se développèrent dans le resie du tissu glanduleux (obs. XXIVj.
La récapitulation des détails qui précèdent conduit au lablea» dont voici la teneur :
NOMURE AUSOLi:
DKS CAS OBSEItVÉS.
NOMllIlE POUR 100 CAS.