‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 54 sur 89 · S 4. COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

S 4. COMPLICATIONS

En mettant ù part les faits dans lesquels la phlegmasie se propage du viscère à l'enveloppe séreuse de celui-ci , nous remarquons encore que la péritonite se manifeste chez un dixième des individus atteints d'abcès du foie. Les traces qui la caractérisent varient depuis un léger épaississement , depuis une faible coloration rougeâtre jusqu'à une très-vive injection sanguine. Tantôt ses produits ne consistent qu'en une petite quantité de liquide séro-albumineux; tantôt elle donne aussi naissance à des exsudations plastiques , entre lesquelles il arrive à l'épanchement de s'enkyster (obs. XII) ; chez quelques malades elle possède assez d'intensité pour occasionner une sécrétion puru-

lenle. Chacun des points de la membrane lui est accessible ; mais d'Iiabitude elle est circonscrite à une plus ou moins grande étendue des épiploons. L'obs. XII nous montre que , localisée dans la moitié droite du ligament coronaire, elle y a déterminé l'organisation d'une poche dont le contenu a fortement refoulé, en haut, la moitié correspondante du diaphragme, en bas, le lobe sous-jacent du foie.

La péritonite qui survient ainsi comme complication affecte indistinctement une marche aiguë, subaiguë on chronique; elle peut se développer sans soulever de symptômes. Sa fréquence doit-elle s'expliquer par celle de la dysenterie qui accompagne le travail de suppuration? On ne saurait l'admettre; car dans la dysenterie simple l'apparition d'une péritonite intercurrente est beaucoup plus rare que dans les cas où le flux abdominal s'ajoute à une phlegmasie du foie; d'ailleurs, chez certains sujets elle a lieu durant le cours de cette dernière , sans que le moindre accident ail surgi vers l'intestin (voy. une obs. de Catteloup, loc. cit., p. d43 et 144).

Dans un petit nombre d'autopsies l'estomac a offert des traces de phlegmasie chronique ou d'ulcères, les unes et les autres liées évidemment à l'abus des alcooliques ou à l'influence d'une mauvaise alimentation ; ces lésions étaient restées latentes pendant la vie des malades.

Du côté de l'intestin grêle aucune altération spéciale , si ce n'est , lors des cas de dysenterie lente , une atrophie de la muqueuse et des villosités. Un appétit insatiable et une émaciation rapide nous ont toujours semblé annoncer l'existence de cette lésion.

Nous avons déjà exposé que la dysenterie complique trèssouvent la suppuration du foie ; les détails dont elle a été précédemment l'objet nous dispensent d'aborder de nouvelles considérations à son égard.

Chez un individu sur d58, nos relevés mentionnent un cas d'inflammation aiguë du poumon gauche, l'abcès étant situé dans le lobe hépatique droit. Cette complication, observée en octobre, s'était développée 40 jours après l'invasion des acci-^

dents issiis vers le foie ; elle persista jusqu'au 82"^ jour, époque de la mort du malade. A l'autopsie le tiers inférieur du poumon envahi fui trouvé dense, friable et de teinte rouge foncé; il était imperméable ù l'air et plus pesant que l'eau ; des brides celluleuses anciennes le maintenaient adhérent au thorax. Quant au poumon droit, il n'offrait pas d'altérations, bien qu'il ne fût séparé de l'abcès que par une faible épaisseur de tissus (Catteloup, loc. cit., p. i42etd44).

Sur le même total de 4S8 trois sujets portaient au sein de leurs poumons des noyaux noirâtres ou rouge brun. Imperméables à l'air, compactes et plus ou moins cohérents, ces noyaux étaient indubitablement les reliquats d'hémorrhagies apoplectiques ; une infiltration séreuse pénétrait les organes qui les renfermaient (Catteloup, loc. cit., p. H4; Morel, loc. cit., p. 38; Chevassu, loc. cit., p. 21).

Chez quatre autres individus l'appareil pulmonaire était le siège d'une tuberculisation.

S'il est commun que la fièvre d'accès légitime se mêle aux accidents d'invasion de l'hépatite, il est rare qu'elle apparaisse une fois que le travail pyogénique s'est déclaré. Outre cela, si, à l'époque à laquelle l'hépatite a débuté, les malades étaient atteints d'une fièvre intermittente rebelle , cette fièvre change de caractère à l'arrivée de la suppuration. Ainsi , les accès deviennent irréguliers, puis s'atténuent jusqu'à ne plus consister qu'en d'obscurs mouvements de diaphorèse ; parfois encore ils ne sont mis en relief que par un endolorissement passager qui frappe les branches nerveuses de la face, du dos ou des membres. A leur tour ces divers phénomènes morbides se dissipent , non sans laisser après eux un état d'anémie cachectique. Ces manifestations fébriles ont été signalées chez un cinquième des sujets.

Dans les quatre cinquièmes des cas où une fièvre intermittente légitime avait immédiatement précédé le travail de suppuration , la rate avait plus ou moins augmenté de densité et de volume. Cette proportion des quatre cinquièmes est incontestablement trop élevée pour ne dépendre que do l'influence

de la fièvre ; à nos yeux les alléraiions subies par le foie doivent entrer pour beaucoup dans la production de l'engorgemenl dont il s'agit. La preuve en est que quinze individus qui n'avaient jamais souflert de fièvres périodiques ou de cachexie palustre, ont présenté cet engorgement, bien que chez presque tous il eût coexisté avec une dysenterie, c'est-à-dire avec une maladie qui, par elle-même, semble l'exclure. En somme 39 individus sur 119, soit un tiers, ont fourni l'exemple d'un engorgement de la rate.

M. Cambay dit avoir rencontré les lésions propres à l'albuminurie dans les reins d'un sujet dont le foie recélait deux énormes abcès (loc. cit., p. 313).

Regarderons-nous comme complication la diaihèse grave- > leuse qui , depuis plusieurs années, tourmenlaii un autre indi-

En 1849 un de nos malades fut atteint par le choléra épidémique. Bien que se compliquant mutuellement, cette affection et celle du foie n'en arrivèrent pas nioins-à une heureuse terminaison , la première , moyennant une réaction qui s'accompagna de parotides; la deuxième, après que l'abcès se fut ouvert au creux de l'estomac (obs. XIX).

Le pronostic des abcès du foie ne saurait être que très-grave; différentes particularités donnent la raison de ce fait. 1° La plus importante est que les abcès ont leur siège à l'intérieur d'un viscère ; 2° une autre consiste dans les suites qu'éveillerait le mouvement lluxionnaire s'il se propageait jusqu'à l'une des séreuses du voisinage; 3" il peut survenir une rupture soit des adhérences au centre desquelles le pus s'est frayé un trajet , soit des parois qui circonscrivent les abcès , rupture qui amènerait l'épanchement du produit de ceux-ci dans l'abdomen; 4° il l)cut s'être développé plusieurs foyers séparés; et alors, le péril , contre lequel on croyait avoir prémuni le malade en ou-

vidu?

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