I. ALIMENTATION
Dans les premiers temps de l'occupation , alors que les denrées apportées par le commerce étaient loin do réunir toujours des qualités convenables, et que, serrées do près par l'ennemi, les garnisons avaient peu de vivres frais , les phlegmasies du
foie , les fièvres graves ei les dysenteries se muitipliaieiu à l'infini sans qu'on pût accuser aucun genre d'excès personnels, ni aucun surcroît de service. Cette coïncidence ressoi lait encoi e mieux durant les expéditions qui , sans entraîner de niarclies pénibles, s'accomplissaient au milieu de pays nus et désert^. Mais aujourd'hui , que les colonnes actives et les garnisons se trouvent constamment pourvues de ressources alimentaires aussi abondantes que variées, les affections endémiques, quelles qu'elles soient, se montrent rares tant que leur développement ne se rattache point à l'intoxication palustre, à des fatigues excessives ou à l'influence des hautes températures. Or, en, temps de guerre et en garnison, les charges du soldat n'ont pas diminué; outre cela , par la force des choses, ses moyens d'abri et de repos ont continué pendant plusieurs années après, et même continuent dans beaucoup de lieux de séjour, tels que les places récemment installées ou les camps, d'être ce qu'ils étaient à l'époque à laquelle les différentes affections endémiques sévissaient avec violence sur lui.
La population civile a fourni matière à des remarques analogues toutes les fois que son hygiène alimentaire a laissé à désirer pendant de longues périodes.
J. LOCALnÉS.
Avant que les travaux de M. Haspel eussent éveillé l'attention des praticiens, on regardait la suppuration du parenchyme hépatique comme une maladie à peu près spéciale à la province d'Oran. Celle opinion était ii'Op exclusive; en effet, depuis lors , des observations nombreuses ont démontré que les abcès du foie appai'aissent avec la même fréquence partout où se trouvent réunis les modificateurs au milieu desquels on les voit surgir dans la province que nous venons de mentionner. Or, en ce qui concerne ces modificateurs, les trois provinces ont offert jusqu'à ce jour une ressemblance absolue entre elles. L'égalité de fréquence dont nous parlons a été i-endue plus sensible encore par ce fait , que celle-ci s'est atténuée d'une manière iden-
SUH LES SUPPUUATIONS ENDÉMIQUES DU FOIE. 203
liqiie dans chacune des loculilés où l'hygiène a apporté la même soiDine de bien-être.
Mais si, au point de vue général, il n'y a pas de distinction à établir entre les trois provinces, on ne saurait méconnaître que certaines situations ou certaines zones exposent davantage à ces maladies que d'autres : ce sont celles où l'été détermine les plus hautes températures. Comme exemple des situations de ce genre nous citerons la lisière nord -ouest du petit Atlas, laquelle, de d849 à 1851, a fourni dans l'unique circonscription de Blidah 24 cas d'abcès ; nous citerons aussi les plaines arides et basses de Maskara et Lalla-Maghrnia , les basfonds qui avoisinent Pliilippeville. Quant aux zones, l'une d'elles, étendue depuis le littoral jusqu'à trente lieues de ce dernier, ne fournit qu'un nombre restreint des maladies qui nous occupent. En revanche, dans une seconde zone située au sud de la précédente, sur les hauts plateaux limitrophes du Sahara , les suppurations du parenchyme jécoral s'improvisent avec une inconcevable facilité. Or, dans la première zone , la température d'été, seul modificateur qu'on soit assuré de pouvoir mettre en cause sur les différents points de l'Algérie, excède à peine celle des pays méridionaux de l'Europe, tandis que, dans la deuxième zone, elle acquiert une violence presque lorride.
Les abcès du foie sont inconnus ou fort rares dans les localités dont l'altitude atteint ou dépasse 1000 mètres, telles que Médéah , Milianah , Tiaret , Séiif , etc. Hors de là , aucune région ne se dérobe aux causes qui les produisent, quelle que soit son exposition, quelle qu'y soit la nature du sol et des eaux , qu'elle appartienne au littoral ou à l'intérieur des terres.