SAISONS
La maladie qui nous occupe est beaucoup plus fréquente pendant les mois chauds que pendant la saison froide. Faut-il voir dans cette particularité l'effet des travaux de la récolte ou celui des marches de guerre, lesquelles s'exécutent ordinairement de la fin d'avril au milieu de juillet? Non; car, bien que plus pénibles, les défrichements et les expéditions qui s'accomplissent l'hiver spnt loin de multiplier les exemples de suppuration du foie; en outre, un grand nombre d'individus qui sont exclusivement voués à des professions sédentaires ou légères, un grand nombre de militaires qui n'ont pas été appelés à des campagnes, sont frappés durant la période des chaleurs, après avoir traversé impunément la saison froide. Quant aux excès personnels, ils se répètent sur la même échelle l'hiver el l'été: on ne saurait par conséquent les fainî intervenir.
On a accusé l'habitude de dormir le corps découvert pendant les nuits de cette dernière saison : c'est de là, sans doute, que dérivent une foule de dysenteries graves ; mais si cette cause pouvait être invoquée à propos des abcès du foie, pourquoi n'agirait-elle pas indistinctement sur tous les âges, sur les deux sexes, sur les diverses classes de la société, comme cela a lieu lorsqu'elle détermine des flux abdominaux?
Il faut donc admettre qu'en Algérie la température d'été possède une aptitude spéciale pour développer la suppuration du-' foie chez les individus nés eu Europe.
Actuellement, d'où dérive celte aptitude? Résulte-t-elle des' variations que la chaleur subit chaque jour, ou du degré trop élevé de celle-ci? Pour répondre à cette question, procédons à l'examen analytique des faits qu'elle embrasse.
Les varialions coraprennent une période d'accroissement et line période de décroisseiiient.
Soustraite par la période d'accroissement à des conditions vt mblables à celles auxquelles elle était originellement adaptée, 1 économie lombe durant celte période dans un état marqué de MjiifTiance.
D'un autre côlé, en ramenant à des termes plus ou moins iuofîensifs le milieu ambiant , la période de décroissement tend à laisser l'économie reprendre sa modalité physiologique. La prouve en est que les hypérémies hépatiques contractées par li's Européens sous les hautes températures de l'Algérie guérissent moyennant le seul retour des sujets dans les régions il'où ils sont natifs ; d'ailleurs, ces hypérémies sont d'autant plus communes et dangereuses l'été que les différences nycthé- !iiérales sont moindres. La saison des chaleurs ne puise donc une portée nuisible que dans l'inlensité acquise par celles-ci; et , avec M. Haspel, nous donnerons la qualification d'activés aux hypérémies qui se déclarent à cette époque de l'année.
.Mais en Europe, dira-t-on, il est des localités oii les températures estivales atteignent les mêmes maxima que dans le nord de l'Afrique; et cependant on n'y observe pas de suppurations • ndémiques du foie?
Remarquons d'abord i" que les maxima de ces localités persistent peu chaque jour; 2° qu'ils se réitèrent moins longtemps qu'en Afrique ; 3° que, chez les hommes qui ne sont pas habitués i à les subir, eux aussi développent des accidents vers l'appareil biliaire; 4° enfin, que plus la latitude sous laquelle ils donnent : naissance à ces accidents est australe, plus ceux-ci revêtent de ! gravité; c'est ainsi que sur le littoral du Languedoc, en Pro- ' vence, en Piémont, en Lombardie , on rencontre déjà des hyt pérémies hépatiques lors de la saison des chaleurs ; c'est ainsi qu'à Rome, dans notre armée d'occupation, l'on a signalé des cas d'abcès du foie durant la période que nous venons d'indiquer.
Par inverse, il existe en Algérie des points où les suppurations du viscère se manifestent avec moins de fréquence qu'ail-
leurs; ce sont ceux qui, par leur climat, se rapprochent des régions d'Europe; la différence est même d'autant plus tranchée que ces pays offrent des maxiraa thermomélriques moins élevés • et moins muliipliés. Par exemple, à Médéah et à Milianah, où i les hivers sont longs et où les étés ne comportent que de courts excès de température, les déterrainaiions vers l'appareil biliaire ■ sont rares et tardives. Elles sont plus rares et plus tardives en- ; core à Tiarel, à Teniet-el-Haâd, à Boghar, oii le climat ressemble presque à celui des montagnes centrales de la France. Mais sur la lisière septentrionale de la colonie, les déterminations dont il s'agit commencent à se montrer en grand nombre i dès la fin des chaleurs, c'est-à-dire aussitôt que le thermomètre a a atteint les maxima auxquels on les remarque en Europe; . puis, à mesure que la chaleur réitère plus souvent son influence/ et devient plus forte, ou les voit se traduire par un plus vio-lent degré d'irritation : simple sentiment de souffrance, souf-' frances avec réaction lors de l'apogée ihermomélrique du jour, souffrances accompagnées de réaction continue, telles sont \esi expressions de plus en plus prononcées sous lesquelles elles; répondent aux sollicitations croissantes du dehors, jusqu'à ce* que le mouvement fluxionnaire d'où elles dérivent ail entraînée la fonte pyogénique.
Le décroissement de la température diurne, avons-nous dit, tend à ramener le foie vers des conditions normales. A son tour, . l'accroissement du même modificateur, reproduisant chaque* jour dans l'organe une irritation qui exigera pour disparaître! une période plus longue que celle du décroissement ultérieur/ les congestions liées à ce dernier étal de choses détruiront ,.àj force d'ajouter leurs effets les uns aux autres, le ressort dut lissu viscéral, et rendront ce tissu aple à éprouver des turges-i cences démesurées par rapport à sa modalité physiologique. En pareil cas, lorsqu'un abaissement considérable de la tempérai lure viendra à refouler brusquement les fluides circulatoires vers l'intérieur de Téconomie, ceux-ci s'accumuleront sous des proportions insolites dans le foie, où leur masse, ne pouvanl» être élaborée qu'avec lenteur, ne tardera pas soit à rétablir lé
fond d'irrilation, s'il s'éiait dissipé, soil à l'augmenler, s'il persistait encore. Les hypérémies de celle classe ont été très-heureusement désignées par M. Haspel sous le nom de passives; elles s'observent exclusivement chez les Européens qui ont subi à une époque récente l'action des chaleurs; le retour dans les contrées natales n'amène pas toujours leur guérison , en particulier quand ces contrées sont exposées à des variations rapprochées de température ou sont très-froides. ■ A l'égard des chiffres sous lesquels la fréquence des maladies susceptibles d'entraîner la fonte pyogénique du foie se dessine en Algérie pendant les différentes fractions de l'année , on peut parvenir à la fixer avec assez d'exactitude ; mais, pour cela , quelques précautions sont indispensables. En premier lieu, la population des centres coloniaux ayant été vouée jusqu'ici à des fluctuations et à des échanges continuels, la statistique ne fournira matière à des conclusions légitimes qu'autant qu'elle portera sur plusieurs années successives et sur un grand nombre de localités. Eu second lieu, beaucoup de faits ne sauraient être utilisés au point de vue qui nous occupe ; car les uns se rattachent à des suppurations dont le début ne s'est révélé par aucun symptôme ; d'autres ayant commencé uniquement par des accidents intestinaux , on a regardé ces accidents comme étrangers à l'affection jécorale , et on a négligé de noter l'époque de leur invasion ; pour d'autres , le diagnostic n'a pas été formulé avec des moyens suffisants de certitude , et on a omis de l'appuyer par l'examen nécroscopique ; enfin, chez divers individus, on a rencontré simultanément des abcès proprement dits et des kystes hydaliques au sein du viscère , ce qui jette du doute sur l'origine de la suppuration, il est donc nécessaire d'écarter les faits qui laissent ainsi à désirer ; toutefois , nonobstant ces exclusions , le dépouillement des indications que nous avons recueillies nous permet encore d'embrasser un total de 274 cas , lequel se répartit comme le montrent les tableaux suivants:
RECHEUCHES
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