‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 80 sur 89 · SE DÉVELOPPENT · texte numérisé non relu

SE DÉVELOPPENT

De l'analyse à laquelle nous venons de soumettre les données de l'observation il résulte qu'en Algérie les hautes lempératurés estivales prédisposent à la suppuration du foie, et souvent la déterminent sans le concours d'aucune autre cause; recherchons de quelle manière elles développent leurs effets.

Les hautes températures agissent sur l'économie :

i" En adressant des sollicitations excessives à la surface cutanée, au système nerveux el aux sens;

2" En raréfiant les éléments nécessaires à l'acte respiratoire.

I. La sollicitation excessive que les fortes chaleurs adressent à l'enveloppe tégumenlaire du corps, a pour effet d'imprimer aux fonctions sécréioires de celle-ci une activité anormale; néanmoins le surcroît de dépense organique qui s'ensuit n'a pas de portée, attendu que les sécrétions internes se ralentissent d'autant.

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De même l'excès de sollicitation que reçoivent le système nerveux et ses dépendances, se trouve compensé par un élnt desédaiion dans lequel tombent les rayonnemenis viscéraux de ce système. Les sujets acclimatés en fournissent la preuve, car un épuisement prolongé s'empare d'eux, lorsqu'ils conduisent l'acte de la digestion à franchir des limites restreintes.

II. Plus graves sonl les conséquences de la raréfaction subie par l'atmosphère.

L'air se raréfiant de l/267« de son volume pour chaque degré dont sa température augmente, il semble au premier abord que cette atténuation doive être compensée si les mouvements respiratoires se multiplient sous une fréquence proportionnelle. Mais* une accélération de ce genre ne saurait se continuer durant un temps suffisant, quelque faible qu'elle soit ; on voit alors se développer d'autres phénomènes.

a. Si le défaut d'oxygène est minime, l'économie refuse proportionnellement les dépenses qui ne contribuent que secondairement à son maintien, c'est-à-dire celles qui sont occasionnées par la sécrétion graisseuse.

p. Si le défaut d'oxygène est plus considérable, un mouvement fluxionnaire a lieu vers les parties qui servent d'une manière active et immédiate au maintien de l'économie. Ces parties sont : le système nerveux, les vaisseaux destinés à la vivification du chyle et à la formation de la fibrine, les glandes annexées au tube digestif, la rate, le poumon. Chez beaucoup de sujets elles cèdent toutes dans le cours d'une seule et même détermination morbide; mais, en ce cas, l'irritation réalise son maximum d'effet vers les glandes salivairos, vers les follicufes intestinaux ou vers les ganglions mésentériques, selon les circonstances. Chez les sujets, au contraire, dont l'organisme a déjà été transformé par ce premier ordre d'atteintes, ou lui a échappé, une des parties qui nous occupent se conserve accessible à l'action de la température. Cette partie, c'est le foie; par quel mécanisme la raréfaction que les fortes chaleurs impriment aux couches atmosphériques arrive-l-elle à l'affecter? Quelques mots vont nous permettre une explication.

Du moraenl où la raréfaction de l'air cesse d'êire compensée, il n'existe plus à la disposition de l'économie qu'une quantité de gaz insuffisante pour alimenter au point de vue de l'activité physiologique, d'un côté, les organes qui empruntent ces gaz uniquement au sang artériel; d'un autre côté, celui qui les puise simultanément dans ce dernier et dans le sang veineux. En un pareil état de choses , si l'incitation subie par les organes de la première catégorie les conduit à déployer toute l'activité dont ils sont capables à l'état normal, ces organes devront consommer la quaniiic de matériaux que ce degré nécessitera. Or, les éléments supplémentaires dont ils ont besoin alors, ils ne pourront les puiser qu'au sein des matériaux qui sont destinés ù rester dans le sang veineux pour continuer la vie propre de ce fluide jusqu'au moment où un nouveau contact avec l'air viendra combler les pertes subies. Par suite, si la constitution du sang veineux se trouve tellement modifiée qu'elle soit hors de proportion avec les fonctions sécréloires du foie, c'est-à-dire avec les conditions de vitalité de cet organe, celui-ci léagira, et comme il aura été le seul sur lequel le défaut d'éléments ait pu s'exagérer, car seul il est voué à emprunter des éléments de vitalité au sang veineux, il sera aussi le seul à réagir.

Quant à spécifier d'une manière absolue quels sont les matériaux dont l'insuffisance ultime se révèle de la sorte, nous répondrons : d" que l'atténuation subie par l'air est fréquemment •sans effet marqué, au moins pendant une certaine période, sur la proportion de ceux d'entre ces matériaux qui sont composés, fibrine, albumine, etc. ; 2° que beaucoup de sujets sont pris de I suppuration jécorale sans que ces matériaux composés aient varié en quantité; 3» que beaucoup d'autres individus lui échappent, tandis que les matériaux dont il s'agit se sont altérés ou ont dij minué de proportion. En conséquence on arrive par voie d'ex- 1 clusion à ne pouvoir accuser que le défaut d'éléments gazeux. Or, si l'incitation organique entraîne une plus grande consommation d'éléments, elle fera appel aussi bien à l'acide carbonique qu'à l'oxygène, puisque les recherches de Magnus nous montrent

qu'une certaine quantité de cet acide disparait durant le cours de la nutrition intime.

Néanmoins , quelles que soient les exigences de celle-ci, le sang artériel n'est jamais dépouillé complètement par elle ni de l'acide carbonique ni de l'oxygène qu'il possède; dès lors, sem* bleraii-il, le foie peut encore puiser dans ce que le sang veineux renferme de ces gaz. Mais une telle ressource serait des pluï précaires ; car le surcroît d'emprunt adressé au sang veineux n'étant pas susceptible de compensation , la quantité des gaz dont nous parlons épiouverait en un temps très-court une réduction incompatible avec la prolongation de l'existence.

Une seconde objection serait que la raréfaction opérée par les seuls effets de l'altitude devrait conduire de même à une détermination fluxionnaire vers le foie. Mais ici il y a à tenir compte de circonstances particulières; car, tandis que la raréfaction produite par les températures les plus élevées modifie peu la pression barométrique à laquelle l'économie était déjà pliée, la raréfaction inhérente à de grandes altitudes s'accompagne toujours d'une diminution considérable dans le poids de la colonne d'air. Or, cette diminution de poids permet aux fluides circulatoires d'abandonner les régions profondes de l'organisme pour affluer à la périphérie du corps, ce qui abaisse d'autant l'incitabilité viscérale et prévient toute chance d'engorgement congestif interne.

En résumé, l'irritation qui envahit le foie durant la saison des chaleurs nous paraît dépendre de ce que cet organe est celup auquel le sang, sous l'influence de la raréfaction imprimée à l'air par le haut degré de la température , apporte le moins d'éléments gazeux. Des conditions secondaires l'accroissentchez la plupart des malades.

Ce sont d'abord celles qui font affluer une quantité sura-. boudante de sang vers l'intestin et par conséquent vers le foie, où déjà, en développant un état d'hypérémie, cette quantité disproportionnée a créé une gêne dans la marche des fluides circulatoires. Ainsi agit la susceptibilité que l'intestin contracte si souvent à l'époque des chaleurs, et qui se réveille plus ou

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moins vivemeni lors de chaque digestion ; ainsi agit l'iri iiation occasionnée vers ce tube membraneux par les excès de nour- I iture ou de boisson, par les aliments de mauvaise qualité.

C'est ensuite la congesiion pulmonaire liée aux fatigues physiques, à l'usage des spiritueux ou seulement à la raréfaction démesurée de l'air, laquelle congestion, entravant le retour du sLing veineux vers le cœur, grossit encore l'accumulation de ce sang dans le parenchyme jécoral.

- Devant un semblable faisceau de causes pathogéniques on conçoit que le mouvement fluxionnaire survenu au sein du foie puisse s'élever au point de déterminer soit une extravasion capillaire lente, porniettant à un dépôt plastique de s'opérer en même temps qu'elle; soil une extravasion capillaire assez rapide pour devancer la formation de ce dépôt; soit une rupture du tissu lâche ei délicat des lobules. Or, de ces lésions à celles qui caractérisent la fonte pyogénique il n'y a plus qu'un degré à franchir, et ce degré l'est infailliblement pour peu que l'éco-^ nomie continue à subir l'action de hautes températures.

Pendant que ces phénomènes s'accomplissent dans le foie, l'irritation en soulève de non moins saillants vers les premières voies intestinales et vers le gros intestin : ù quoi faut- il rapporter celte particularité?

L'attribuer à des efifets de réflexion nerveuse ou de sympathie, ce serait alléguer une cause dont l'impression devrait se faire sentir dans tous les cas, et persister aussi longtemps que l'irritation jécorale, ce qui n'est pas.

L'attribuer à l'impression de substances alimentaires? Mais très-souvent le malade s'est abstenu de nourriture depuis le début du mal.

L'attribuer à un état congeslionnel du système veineux porte (Mouix't, Thèse, p. 22, Paris 1853)? Sans doute cet état joue le rôle de cause prédisposante ; mais il resterait à dire pourquoi aucun phénomène morbide ne se développe jamais ni vers

jéjunum, ni vers l'iléon, qui, comme les autres sections du tube digestif, envoient tout leur sang au système veineux dont il esi question.

A notre sens la parlicularité qui nous occupe se rallaclie à ce que la bile arrive sous une proportion et avec des propriétés anormales dans l'intestin ; donnons quelques explications à cet égard.

1° Pendant tout le cours des déterminations qui, lors de l'hépatite, surgissent vers les premières voies, il existe une hypersécrétion biliaire, révélée par des vomissements verls, verdâtres ou jaunes, et, simultanément, par des selles possédant une couleur analogue à celle des matières vomies. A en juger encore par la nature des selles, la même hypersécrétion existe toutes les fois qu'une dysenterie s'ajoute à la phlegmasie hépatique.

2" Durant cette phlegmasie, il n'y a pas simple coïncidence fortuite entre l'hypersécrétion de bile et les signes de complication intestinale; car, que ceux-ci se localisent vers le gros intestin ou vers les premières voies , ils se montrent toujours réunis à l'hypersécrétion, et réciproquement. Par contre, l'aptitude fonctionnelle des premières voies ainsi que celle du gros intestin diminuent dès que la sécrétion biliaire se réduit ou cesse.

3° Dans le cours de l'hépatite, l'hypersécrétion biliaire n'est pas l'effet d'une irritation des premières voies, du moins exclusivement; car elle accompagne d'une manière constante cette irritation; elle est fort active; elle affecte une persistance spéciale, toutes choses qu'à beaucoup près on n'observe pas lorsque le mal se limite à la seule irritation dont nous parlons. Ici, d'ailleurs, le fait d'une hypersécrétion biliaire s'explique inflniment mieux par les conditions matérielles survenues au sein du tissu jécoral que ppr les traces phlegmasiques , généralement très- minimes alors, des premières voies. Quant à en rechercher la cause dans l'irritation du gros intestin, nous répondrons que très-souvent elle se déclare avant celle-ci, témoin les sujets chez lesquels son début s'annonce uniquement par des phénomènes issus vers les portions supérieures du tube digestif.

L'hypersécrétion biliaire doit donc être considérée comme un effet de l'irritation du foie. Maintenant, remarquons le rapprochement suivant :

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Du côlé des premières voies, persistance peu prolongée de l'épancheraent de bile, surexcilation fonciionnelle peu prolongée de ces voies inteslinales ;

Du côté des voies inférieures, persistance prolongée de l'épanchement biliaire , surexcitation fonctionnelle prolongée du gros intestin.

Or, la surexcitation fonctionnelle des diverses parties du tube digestif se traduit par deux faits inséparables , savoir : par des contractions réitérées outre mesure et par une sécrétion muqueuse répétée aussi souvent que les contractions.

D'autre part , la sécrétion muqueuse , que son produit soit normal ou altéré, s'accomplit aux dépens de la muqueuse ellemême.

En conséquence, si la sollicitation adressée à l'organe par l'arrivée d'une surabondance de bile est éphémère, la dépense matérielle qui s'y rattachera n'excédera pas notiiblement les .limites prévues pour la nutrition physiologique, et il n'en résultera que des lésions faciles ù réparer. C'est ce qui a lieu dans les premières voies, où l'on ne trouve jamais que des traces ■d'hypérémie après la mort.

Si, au contraire, cette sollicitation ajoute pendant longtemps ses effets les uns aux autres, la dépense matérielle s'exagèfera de plus en plus, il y aura déperdition croissante de substance, et, finalement, ulcération.

Ceci posé, le rapport qui existe entre la vitalité de l'intestin et la sécrétion biliaire n'esl-il que l'expression d'une sympathie viscérale, ou bien dépend-il d'une influence exercée directement par le produit de ladite sécrétion?

Pour admettre le fait de sympathie, il faudrait que ce dernier fût constant dans chacun des cas où l'hypersécrétion s'est déclarée. Or, 1» du côté du gros intestin, il manque quand l'excès de bile est rejeté en entier par le vomissement, comme on le voit dans un grand nombre d'afl'ections organiques du foie ou de l'estomac, dans beaucoup d'embarras gastriques, d'états bilieux, de péritonites, etc. Ici encore le fait de sympathie manque durant la période d'état de ces hypérémies jécorales qui, en

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même temps qu'elles n'enlraîneni aucune altération du côié des selles, s'accompagnent d'un ictère annonçant que la sécrétion de bile est exagérée. Eu revanche, lors de ces cas d'hypérémie, il survient presque toujours un flux de dysenterie bilieuse à la période où le mal débute, c'est-à-dire avant que l'irritation, déjà assez forte pour occasionner la sécrétion d'un excès de bile, le soit trop pour empêcher ce fluide d'arriver en quantité surabondante dans l'intestin ; une particularité analogue s'observe après que l'irritation a décru suffisamment pour permettre le retour de toute la sécrétion biliaire dans l'intestin, * mais pas assez pour que cette sécrétion se soit réduite à des proportions normales. 2° Du côté des voies supérieures le fait de sympathie manque dans les cas oii l'excès de la sécrétion biliaire est rejeté par les selles; la dysenterie bilieuse fournil des exemples péremptoires à cet égard.

La produotion des accidents intestinaux semble donc se rattacher à ce que, sous l'influence du mouvement fluxionnaire inhérent à la formation ou à la marche des abcès , la bile est versée en quantité trop grande dans les portions extrêmes du tube digestif, lesquelles, d'ailleurs, se trouvant déjà congestionnées et irritées par la gêne qu'éprouve leur circulation veineuse, doivent être d'autant moins aptes à supporter l'impression de ce fluide.

Ajoutons qu'on ne rencontre jamais de désordres ni vers le jéjunum, ni vers l'iléon, dont les fonctions ne paraissent point modifiées par la présence d'un excès de bile.

Mais, dans les cas où la surabondance de celle-ci résulte d'une simple hypertrophie du foie, ou bien se rattache à un mouvement fluxionnaire peu prononcé, il ne se produit pas de troubles intestinaux: il faut, en conséquence, admettre que l'activité exceptionnelle sous laquelle le mouvement dont il s'agit se développe et persiste chez les individus atteints d'hépatite, donne à la bile la propriété d'occasionner une irritation sur les points extrêmes du tube digestif.

Mainlenanl, à l'époque où la phlegmasie du foie soulève ses plus forts symptômes, une constipation opiniâtre, coïncidant

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avec une suspension de la sécrélion biliaire, remplace constamment soit les signes issus vers les premières voies, soit le flux abdominal ;

Et, lorsque celte phlegmasie s'est dissipée, les accidents intestinaux qui avaient pu surgir s'effacent à leur lour, non sans qu'au moment où la détente est arrivée à un certain degré, un flux abdominal ail succédé à la constipation.

Il s'ensuit que la nature des signes offerts par le tube digestif exprime fidèlement la marche et l'intensité du mouvement fluxionnaire qui a envahi le foie.

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