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Nous avons également recherché l’alcaloïde par une autre méthode.
6 kilogrammes d'Ulex europæus L. cueillis le 15 décembre 1907, préalablement coupés au hache-ajoncs furent soumis à deux macérations de huit jours dans de l’eau chlorhydrique, en quantité suffisante pour recouvrir le tout. La teneur en acide chlorhydrique chimiquement pur était de 300 grammes. Le liquide obtenu filtré fut divisé en deux parts À et B.
A) Ce premier liquide, alcalinisé par l’ammoniaque, agité à plusieurs reprises avec du chloroforme donne, après évaporation dans le vide de ce dernier, 0 gr. 283 d’un résidu qui n'a pas l'odeur agréable de celui obtenu par l’alcool citrique.
Dissous dans du chloroforme, puis additionné de 500 C3 d'eau distllée + 25C3 d'acide chlorhydrique chimiquement pur la solution acide d’alcaloïde est à nouveau traitée par l’ammoniaque et le chloroforme; en répétant plusieurs fois ce traitement nous avons obtenu un résidu pour ainsi dire nul qui, dissous dans de l’eau distillée accuse Ja présence d’alcaloïde; mais ayant opéré sur 3 kilogrammes d'U. europæus L., nous ne pouvons qu'en affirmer la présence, sans toutefois avoir une idée exacte sur la teneur de la plante, le dosage rigoureux étant extrêmement délicat étant donné la faible teneur de la plante à cette époque.
Le rendement serait d'environ 0,01 à 0,015 par kilogramme d’ajonc vert.
B) L'autre parue du liquide acide, concentré au bainmarie à 500 C3 donne une liqueur brune avec un dépôt de résine. La filtration au papier suffit pour séparer cette dernière, il n'y a pas d’émulsion qui empêche la filtration.
Le rendement en résine est de 13 gr. 25 seulement pour 3 kilogrammes.
Le liquide filtré a une coloration brune; agité plusieurs fois avec du chloroforme, après alcalinisation à l’ammo-
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niaque, et en renouvellant celui-ci comme nous avons fait précédemment, le chloroforme prend une couleur jaune et donne après évaporation dans le vide 0 gr. 292 d’un résidu d'odeur agréable.
Ce résidu dissous dans du chloroforme, agité avec 500 C3 d'eau distillée + 25 C3 d'acide chlorhydrique chimiquement pur donne une liqueur qui, décantée, alcanisée par l'ammoniaque, agitée de nouveau avec du chloroforme et après plusieurs traitements, donne un résidu à peine sensible après évaporation du chloroforme. Ce résidu dissous dans l’eau donne également la réaction des alcaloïdes.
De tous ces essais, il résulte donc bien qu’un alcaloïde existe constamment dans l'appareil végétatit de l’ajonc; on ne peut qu'en déceler les traces sur 3 kilogrammes d'Ulex europæus L., au moment où celui-ci riche en piquants et à peine fleuri est mangé avidement par les bestiaux après destruction des piquants par un moyen mécanique.
Il était important de renouveler nos essais chimiques à diverses époques de l’année et c'est pourquoi, au commencement de la grande floraison (fin avril), nous avons, en employant la méthode précédente à l'acide chlorhydrique, opéré à nouveau sur 3 kilogrammes d'Ulex europæus L.
Si au point de vue de la teneur en résine le résultat est identique à ce que nous avons trouvé dans les précédents essais, il n'en est plus de même pour l'alcaloïde. Après concentration et refroidissernent, le liquide est débarrassé de la résine; traité comme précédemment par l'ammoniaque, le chloroforme et l’eau chlorhydrique, il donne cette fois un abondant précipité par les réachils de BoucHARDAT et de MEYER.
. La teneur en alcaloïde est donc variable avec la floraison,
aussi nous nous sommes adressés l’année suivante aux fleurs (fin décembre) pour déterminer dans quel organe floral cet alcaloïde se trouve principalement localisé.
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Nous n'avons pu déceler dans 50 grammes de pétales d'ajonc aucune trace d’alcaloïde, la résine seule a pu être extraite. En revanche le produit de 30 grammes de gousses jeunes a donné nettement les réactions des alcaloïdes.
Traitement de la graine. — 500 grammes de graines d'Ulex europæus L. cultivés, traités par l'alcool citrique, fournissent au bout de quelques heures une liqueur rouge pâle qui, par simple addition d'eau, laisse un précipité de résine soluble dans l'alcool. Au bout de huit jours de macération, le liquide filtré donne, par concentration en consistance de sirop à 60° dans le vide, un liquide noir.
L'addition d’un grand excès d'alcool à 95° en précipite les matières albuminoïdes et trois traitements successifs sont nécessaires à l'élimination de celles-ci.
Dans le liquide de consistance sirupeuse obtenu en dernier lieu, on précipite par addition d’eau distillée en grand excès la résine, dont le rendement est de 3 gr. 60 pour 500 grammes de graine, ce qui fait 7 gr. 20 par kilogramme.
Le soluté aqueux contenant l’alcaloïde, de couleur rouge pâle, concentré dans le vide à 60° en consistance sirupeuse, contient encore quelques centigrammes de résine (la précipitation de la résine par un très grand excès d’eau en ayant encore laissé malgré tout une certaine quantité en solution dans l'alcool).
Le soluté obtenu, d'un volume de 300 C3, de couleur jaune d'or donne par le réactif de BoucHarDaT un précipité abondant, brun kermès, soluble dans l'hyposulfite de soude. La réaction alcaloïdique est également très nette par les réactifs de Mayer et de Dracenporrr et l'acide silicotanystique.
Préparation de l’alcaloide. — Cinq kilogrammes de graines concassées furent épuisés par de l'alcool à 95°, additionné de 10 grammes d'acide chlorhydrique pur, à la température de 40°.
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Il a fallu 10 litres d'alcool chaque fois et cinq macéraons. Le liquide de la cinquième macération ne donnait plus de réaction alcaloïdique.
Les liquides de macération furent ensuite distillés dans le vide, en commençant par les dernières obtenues, sans dépasser 40°, et jusqu'à disparition complète de l'alcool. Le résidu étant repris par l'eau Uüiède, on laisse refroidir et on filtre sur un filtre mouillé de façon à séparer une matière visqueuse et huileuse jaune verdâtre.
Le liquide jaune brun épuisé à l’éther de façon à enlever un peu de matière colorante, puis concentré dans le vide en consistance de sirop est repris par l'alcool à 80° et filtré. Le liquide obtenu, séparé de l'alcool par distillation dans le vide, laisse un résidu brun clair franchement acide, que l'on additionne de potasse pure jusqu'à ce que le précipité qui se forme se redissolve (ce résidu brun clair est la résine dont nous avons longuement parlé); en même temps la liqueur rougit fortement par suite de la formation du savon de résine et reste opalescente; on l’épuise au chloroforme.
Ce chloroforme décanté, séché et distillé à basse température laisse un liquide huileux jaune qui ne tarde pas à cristalliser.
On essore les cristaux et on les fait recristalliser dans du toluène additionné du 1/3 de son volume d'alcool absolu. Par refroidissement on obtient des cristaux que l’on purifie de la même facon plusieurs fois successives et qui fondent à 152-153°.
Les 5 kilogrammes de graines ont donné en tout 12 gr. 75 d'alcaloïde soit 2 gr. 55 par kilogramme.
Caractérisation de l’alcaloide. — GErraRD ® avait déjà signalé ce fait et désigné l’alcaloïde du nom d’ULEXINE.
En possession d'une quantité assez considérable d’alcaloïde nous avons tenu à étudier cette question.
(1) A.-W. GERRARD, Pharmaceut. Journal [3], XVII, pp. 101 et 229 (1888).
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La combustion du corps nous a donné :
tr ee — 69.41 A et ne RS) NE ein = 14.76 OR ER RAR — 8.44 (par différence).
Ce qui nous conduit à la formule C1 H14 N2 O.
Cette formule rapprochée du point de fusion nous laisse supposer que le corps en question est bien la cylisine.
Les réactions suivantes que nous avons faites ont confirmé celte opinion. Un poids déterminé, en solution alcoolique sature deux molécules d'acide chlorhydrique normal, c'est donc une base d'acide comme la cytisine.
Nora. — La cylisine qui a pour formule CH Hi N20 est une base diacide Îcrmant des sels neutres et des sels acides.
Elle fond à 1520. Chauffée modérément, elle se sublime et se dépose en fines aiguilles. Elle est très soluble dans l’eau, l'alcool, peu soluble dans la benzine, le chloroforme, le sulfure de carbone et l’éther.
Elle est lévogyre &«, = — 11% (en solution à 2 % à 1
Les sels sont très solubles dans l’eau et hygroscopique.
Le chlorhydrate de cylisine CH HHN20, Hci+H20 est amorphe el incofore, le dichlorhydrate C1 HH N20, 2 Hcl+3 H20 se présente sous forme de gros cristaux stables à l'air, efllorescents dans une atmosphère desséchée. L'azolale de cytisine CH HH#N20, 2 Az O2 H2 O cristallise en gros prismes monocliniques, solubles dans son poids d’eau bouillante beaucoup moins solubles dans l’eau froide.
Le chloraurate &onne de fines aiguilles fusibles à 212-2130.
La cytisine donne avec l'iodure de méthyle un iodhydrate de méthylcytisine C1 HB N20 (CB) HI cristallisé en aiguilles incolores, fusibles à 2700 d'où l’on peut retirer la méthylcytisine fusible, elle, à 1340 et se combinant à une nouvelle molécule d'iodure de méthyle pour donner un iodhydrate de diméthylcytisine, base très alcaline donnant par l’iodure de méthyle un iodure d’ammonium composé.
Traitée par l’anhydride acétique, la cylisine donne un dérivé monoacétylé fusible à 207-2080. î
La cylisine a élé rencontrée dans la plupart des Cylisus, sauf le Cylisus nigricans L., dans plusieurs Sophora, dans toutes les espèces de Thermopsis, ainsi que dans le Baplisia lincloria R. Br., Anagyris fœtida L., Lotus suaveolens Pers., Colulea orientalis Lam., Euchresla Iorsfieldi Benn., elle existerait peut-être dans les semences de Coronilla varia L. et fœtida L.
La solution aqueuse dévie à gauche la lumière polarisée comme la cytisine.
Le chlorhydrate traité par le chlorure d'or donne un chloraurate brun rouge, peu soluble dans l’eau, qui recristallisé dans l’eau chaude fond à 212-213°; c'est également le point de fusion du chloraurate de cytisine.
La base acétylée par anhydride acétique donne un produit fusible à 207-208° qui est le dérivé monoacétylé de la cylisine.
Le chlorhydrate en solution se colore en rouge vif par addition de perchlorure de fer, cette coloration disparaît par addition d’eau oxygénée mais si on chauffe au bainmarie on voit apparaître une coloration bleue.
L'iodure de potassium iodé, même en solution très étendue donne un précipité rouge brun granuleux, soluble dans l'hyposufilte de soude.
Le perchlorure de fer donne une coloration jaune orangé.
L'iodure de bismuth et de potassium donne un précipité blanc jaunâtre.
L'acide picrique produit un précipité jaunâtre. Ce réactif donne après un bref délai, ainsi que l'indique Rossor, des groupes de cristaux écailleux et foliacés (mais non en forme d’aiguilles) de couleur jaune d’or.
L'acide phosphomolybdique donne un précipité blanc jaunâire.
L'eau de brôme, qui donne une coloration orangée, est peu sensible. |
Toutes ces réactions sont identiques à celles que donne la cytisine.
En analysant celte variation de la teneur alcaloïdique de l'ajonc à différents états de croissance, nous nous sommes demandé si le même fait ne se présentait pas chez les
Tous:
plantes -voisines commensales des Ulex : le Genista anglica L. et le Sarothamnus scoparius Koch.
D y avait là un point à élucider d'autant plus intéressant que les animaux ne touchaient jamais à ces deux dernières plantes et nous dirons plus loin ce qu'il en faut penser (voir le nota ci-dessous).
Propriétés physiologiques de l'Ulexine ou Cylisine. — La cylisine déposée sur la langue des grenouilles, détermine des spasmes analogues à ceux que produit la cocaïne.
Peu de moments après l'injection sous-cutanée de 4 mülligrammes de chlorhydrale de cylisine on observe chez les grenouilles une période d'inquiétude suivie de convulsions ressemblant à celles que cause la nicotine. Cinq minutes après, l'animal éprouve de la difficulté à se mouvoir; les mouvements reflexes cessent ainsi que les mouvements
Nota. — Nous avons traité 333 grammes de genêt épineux (10 avril 1908) préalablement coupés en morceaux, par la méthode à l'alcool citrique précédemment indiquée ; dans ce cas on obtient une résine pure dans la proportion de 10 grammes 40 par kilogramme de plante. Le liquide débarrassé de la résine et soumis aux traitements déjà indiqués pour l'extraction des alcaloïdes donne une réaction faible mais nettement positive. [1 semblerait donc que le Genista anglica L. est plus riche en principe alcaloïdique que l'Ulex europæus L. puisque dans ce dernier cas il a fallu employer trois kilogrammes de plante pour avoir une réaction faiblement positive.
Une seconde opération faite (le 23 juin 1908) sur 666 grammes de produit, alors que la plante est en pleine floraison, nous a montré cette fois une proportion notable d’alcaloïdes sans que toutefois il nous fut possible d'isoler ces derniers. Il aurait fallu pour cela opérer comme dans le cas de l'Ulex europæus L. sur les graines, mais nous n'avons pu nous procurer ces dernières en assez grande abondance.
En traitant le Sarolhamnus scoparius Koch (exempt de fleurs), par la même méthode (10 avril 1908) nous avons pu nous rendre compte que la proportion d'alcaloïdes est très forte si on la compare à celle des deux plantes précédentes.
Il y existe également une résine dans la proportion de 4 grammes % par kilogramme.
On a prétendu que dans cette dernière plante à côté de la spartéine existait une certaine quantité de cylisine et de scoparine; la présence de ces deux dernières substances dont la toxicité est plus élevée que celle de la spartéine expliquerait la répugnance des animaux pour cette plante ().
(1) Jahrb. Pharmacie, 1851, 68 et 1866, 155,
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respiratoires, les battements du cœur persistent; après cinq nouvelles minutes, on n'obtient aucune réponse à l'irritation électrique des terminaisons périphériques ou nerfs ishiatiques. Le cœur bat faiblement. Après 24 heures, 1l n'existe plus de mouvements d'aucune sorte. Les battements du cœur sont petits et faibles. L'excitabilité des muscles à l'électricité persiste encore, et 26 heures après l'injection survient la mort. En étudiant l'excitabilité électrique PINET a constaté que c’est tout d'abord l’excito-moteur des nerfs centraux et des nerfs eux-mêmes qui est paralysé.
La cylisine iniluence donc le système nerveux, et non le système musculaire qui se contracte encore sous l’action électrique 24 heures après l'administration de cet alcaloïde.
Nous constatons des faits analogues après l'injection de cylisine, lorsque la corde spinale à été sectionnée audessous de la moëlle allongée. Les petites doses de 4 milligrammes provoquent les mêmes phénomènes, mais à un moindre degré; les exlrémités postérieures sont affaiblies. La narcose apparaît enfin et après 26 heures l'animal est parfaitement bien. À la dose de 1/130 de grain, les phénomènes sont les mêmes, mais les convulsions manquent.
Chez les grenouilles dont les hémisphères cérébraux ont été enlevés, la perte de conscience survient après 40 à 50 minutes d'absorption du poison; chez les cochons d'Inde, une injection de 3/40 de grain est sans effet, avec 1/16 de grain et au bout de 10 minutes somnolence, avec 3/40 de grain en injection dans la cavité abdominale la mort survient par péritonite.
À la suite de l'expérience suivante l'Ulexine ou Cylisine parait être en quelque. sorte un antidote de la Strychnine : si on donne à une grenouille 1/300 de grain de Strychnine, puis au bout de quelques minutes 9/20 à 3/4 de grains de
(1) PINET, Aistoire des médicaments nouveaux, 1884, cité in. Nouveaux Remèdes, 1888, IV, 498.
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cylisme, celle-ci empêche la convulsion et arrête l'action de la strychnine. Cet antagonisie n'est du reste qu'apparent, car, si l'animal survit on voit survenir, en peu de Jours des convulsions et l’insensibilité complète. Si la cylisine ne fait que masquer pour un temps l'action de la strychnine, cest qu'elle agit plus rapidement que cette dernière.