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Recherches sur les urines à la deuxième période de la paralysie générale

En entreprenant ce travail, en l'intitulant : « Recherdies sur les urines à la deuxième période de la paralysie ^/cw'm/e », nous avons eu pour i3ut de connaître avec autant d'exactitude que possible (nous donnons plus loin notre modus faciendi) la constitution habituelle de l'urine des paralytiques généraux. Cette recherche semblait fort légitime. Bien qu'elle ait été déjà poursuivie plusieurs fois et par des auteurs fort compétents, les résultats quelque peu variables, obtenus jusqu'ici, permettaient un nouveau travail sur le même sujet. Mais notre désir d'arriver à constituer la formule urinaire du paralytique général était surtout justifié par l'espoir de dégager ensuite, et à l'aide de cette donnée, quelque notion qui, en se rattachant de bien plus près à la maladie qui nous occupe, nous permît d'arriver à une connaissance plus profonde d'une affection si fréquente de nos jours et sur laquelle s'est fixée l'attention des auteurs avec un i-edoublement d'activité dans ces dernières années.

A toutes les époques, les médecins se sont crus autorisés à tirer de l'examen des excréta de précieux renseignements sur la nature même des processus morbides. Est-il besoin pour justifier cette manière de voir de faire plus que citer tant de résultats obtenus dans la connaissance des états morbides diathésiques, en particulier par les savantes recherches du professeur Bouchard ?

Connaître la chimie des déchets de l'organisme fonctionnant normalement c'est savoir en (|uoi consiste la nutrition; connaître ses variations dans un état morbide, c'est savoir comment la cellule malade élabore la matière.

En possession de cette donnée appliquée à la paralysie générale, nous aurons peut-être acquis quelque lumière sur l'action du système nerveux lésé dans son ensemble sur le reste des tissus de l'économie, sur l'enchaînement des phénomènes dont le premier stade est un trouble général d'origine nerveuse, dont le dernier terme est cette altération profonde de la nutrition qui se manifeste par les lésions graves que cause le moindre traumatisme, la moindre pression exercée sur les tissus, comme l'othématomc survenant souvent sous l'influence d'une action presque insignifiante, comme les eschares qu'on voit se produire au siège ou aux talons, du seul fait du décubitus un peu prolongé. Ce que la clinique nous montre chaque jour c'est que le paralytique général , avec son amaigrissement considérable et progressif, est un malade totius substantige, c'est que la paralysie générale est une cachexie aboutissant à une sorte de marasme et à une mort rapide, ouvrant les portes à toutes les infections secondaires et tuant très souvent dans les mêmes délais que la phtisie chronique ou le cancer de l'estomac, c'est-à-dire en deux ou trois ans. Dans ces deux dernières cachexies l'examen des urines a déjà pu révéler des faits importants sur la manière dont se fait la dénutrition. Nous aurons à comparer ces résultats déjà acquis avec ce que l'on constate par la même investigation dans la paralysie générale.

Nous avons tenu-aussi à connaître les résultats obtenus par nos devanciers dans la voie que nous suivons et nous indiquerons les résultats auxquels ils sont arrivés. Dans ce but, la succession des chapitres de noire travail sera la suivante ;

iNotre pi-emicr chapitre contiendra l'iiistorique de la pathologie urinaire de la paralysie générale. xNous y joindrons accessoirement les recherches faites dans le même sens pour éclairer la question des maladies générales et des maladies nerveuses.

Le second chapitre sera destiné à établir d'après nos recherches personnelles la formule urinaire habituellement constatée en indiquant quel procédé nous avons suivi.

Dans un troisième chapitre, nous tenterons d'établir la nature des troubles que nous aurons constatés et de dégager leur pathogénie .

Enfin nous formulerons nos conclusions.

Avant d'entrer dans le détail de notre sujet, nous sommes heureux de pouvoir adresser ici tous nos remerciements à nos maîtres. En ce faisant, nous obéissons moins à un devoir étroit qu'à un sentiment bien sincère de reconnaissance.

Nous avons un pieux hommage à rendre à la mémoire des maîtres que nous avons eu le chagrin de perdre au cours de nos études, Blachez,- Féréol, le professeur Charcot.

Nous considérons comme un rare privilège d'avoir vécupendant plus d'un an dans l'intimité de cette grande intelligence, et nous avons gardé un souvenir reconnaissant de l'intérêt que le Maître témoignait au moindre de ses élèves.

Que M. Magnan, dont nous avons eu l'honneur d'être l'interne, veuille bien accepter l'hommage de notre respectueuse gratitude pour les précieuses leçons que nous avons puisées dans son enseignement et pour la bienveillance qu'il n'a cessé de nous témoigner.

Nous ne manquerons pas de dire à notre maître, M. le Paul Garnier, combien nous sommes touché du bienveillant accueil que nous avons toujours rencontré chez lui,

Nous n'aurons garde d'oublier nos autres maîti-es dans les hôpitaux, MM. Charles Monod, Brissaud, Ballet, Jiabinski, dont les précieux conseils ne nous ont jamais fait défaut, MM. Chambard et Briand qui ont été nos premiers maîtres dans les asiles, et le D'' Legras, médecin-adjoint de l'Infirmerie spéciale.

Nous remercions vivement M. le professeur Joffroy de la bienveillance avec laquelle il nous a accueilli dans son service. En nous ouvrant largement les portes de son laboratoire et de ses salles, il nous a permis de réunir les éléments de ce travail.

Il nous fait un grand honneur en voulant bien accepter la présidence de notre thèse.

CfTMMÏRE PREMIER

Historique.

L'urologie chimique est devenue un chapitre important dans l'histoire d'un très grand nombre de maladies. Nous allons voir que les écrits sur ce sujet, touchant la paralysie générale, n'ont pas manqué de se produire dans ces quinze dernières années. Avant d'en aborder l'énumération et l'analyse, jetons un rapide coup d'œil sur les résultats déjà acquis dans un certain nombre d'alTections, d'abord dans les maladies générales, puis dans les maladies du système nerveux. Cette revue, qui sei'a d'ailleurs et nécessairement fort rapide et même incomplète, nous permettra de nous faire une idée plus exacte des constatations faites dans la paralysie générale elle-même. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir plus loin sur les analogies et les différences qui existent entre cette dernière affection et les maladies générales à dénutrition rapide, en parlant delà pathogénie des modifications de l'urine que nous avons constatées et en essayant de dégager les notions qu'elles comportent pour la nutrition du paralytique général. D'après ce qui a été dit plus haut de l'évolution rapide et de la dénutrition considérable accusées par la diminution du poids des malades et leur amaigrissement, on a déjà pressenti que des analogies se montreraient plus particulièrement avec ce qu'on observe dans les cachexies, où les constatations de (i,'iM-tig, de Muller, de Klcmpercr, de Jaccoud, de Rommelaëre,

de Bouverot etc., ont établi les modificalions de l'excrétion de Purée, des chlorures, de l'eau etc.

Pour ne pas faire double emploi, c'est au chapitre où nous tenterons un essai d'explication des modifications de l'urine des paralytiques que nous indiquerons les particularités qui distinguent l'urine des cachectiques.

Deux fonctions primordiales sont dévolues à la cellule vivante, l'assimilation et la désassimilation. Elle puise dans les milieux liquides de l'organisme les substances qui lui sont nécessaires, elle les élabore et s'assimile les principes qui peuvent servir à son entretien, puis elle rejette les produits qui sont devenus impropres à la nutrition. Ces produits à l'état normal sont éliminés par les dilférents émonctoires , au premier rang desquels il convient de placer le rein. C'est par lui en effet que le sang se débarrasse de la plus grande partie des déchets provenant des échanges nutritifs. L'analyse de l'urine, au double point de vue quantitatif et qualitatif, est par suite un des meilleurs moyens d'investigation dont nous disposions pour nous rendre compte dans une certaine mesure des phénomènes qui s'accomplissent dans l'intimité des tissus.

Les variations quantitatives de ses pi-incipes fixes et la présence d'éléments qui n'entrent pas habituellement dans sa composition chimique, nous renseignent sur le travail d'élaboration accompU dans l'organisme.

Les progrès de la chimie biologique et la découverte récente de corps tels que les ptomaïnes et les leucomaïnes, en même temps qu'ils jetaient une vive lumière sur un certain domaine de la pathologie, et établissaient sur une base positive la théorie des auto-intoxications, fournissaient des données nouvelles pour résoudre les difficiles problèmes de la nutrition. Un point aujour-

d'hui hors do conteste, c'est le pouvoir tox'uiue que possèdent à l'état normal certains produits de désassimilation.

L'expérimentation physiologique, en révélant le degré de toxicité urinaire, permet de voir comment s'accomplit l'élimination des poisons fabriqués dans l'organisme.

L'expérimentation physiologique vient donc en aide à l'analyse chimique et ce sont là les deux procédés que l'on utilise d'une façon générale pour les recherches concernant l'état do la nutrition.

Tous les états pathologiques ont un retentissement sur la cellule vivante et apportent une perturbation plus ou moins profonde à son fonctionnement physiologique; en d'autres termes, la maladie s'accompagne de troubles de la nutrition.

11 est donc intéressant, en présence d'une affection d'un ordre quelconque, de chercher à découvrir le trouble nutritif qui Taccompagne. Le professeur Bouchard, l'un des premiers, s'est engagé dans cette voie et ses recherches ont été riches en aperçus nouveaux pour la pathologie générale.

Ses travaux sont trop connus pour que nous nous y arrêtions longuement. Nous nous contenterons d'en donner un rapide aperçu. Par l'étude des substances rejetées hors de l'organisme par les différents émonctoires, il est arrivé à grouper dans une même famille des maladies différentes, en reconnaissant qu'elles avaient entre elles un lien de parenté, à savoir un trouble général qui est un ralentissement de la nutrition. Ce qui le caractérise essentiellement, c'est que l'élaboration des matières alimentaires ne se fait pas comme à l'état normal ; au lieu de subir des transformations successives dont l'aboutissant ultime est la formation d'eau, d'acide carbonique et d'urée, elles demeurent à un état de combustion moins parfait et n'arrivent qu'à des degrés inférieurs ou in-

termcdiaircs de niétaraorphosc. Los cmoncloircs révèlent cet état particulier en rejetant non plus seulement de l'eau, de l'acide carbonique et de l'urée, mais aussi des matières extractives et des acides organiques fixes ou volatils.

Cette nutrition retardante est la condition pathogénique des aiïections telles que le rachitisme, l'ostéomalacie, la dyscrasie acide, le diabète, la lithiase biliaire, l'obésité, la gravelle et la goutte.

Dans le rachitisme et l'ostéomalacie, le défaut d'oxydation des acides et leur accumulation dans l'organisme empêche dans un cas la fixation du phosphate de chaux par les éléments anatomiques et dans l'autre, par un procédé analogue, amène la décalcification et par suite le ramollissement du tissu osseux. Cet excès d'acidité se manifeste par la présence dans les urines de l'acide lactique et par l'excès des phosphates.

Dans la dyscrasie acide, c'est l'acide oxalique qui se retrouve dans les urines, éliminé parfois en quantité considérable.

Dans l'obésité, la diminution des oxydations portant à la fois sur la graisse et les matières azotées amène une diminution de l'urée et un excès d'acide u ri que.

Dans la lithiase biliaire, c'est encore l'augmentation des acides dans l'organisme qui s'oppose cà la dissolution de la cholestérine et contribue ainsi à la formation des calculs.

Dans le diabète, c'est l'élaboration du sucre qui est viciée ; il en résulte des troubles nutritifs secondaires qui amènent l'albuminurie, l'azoturie et la phosphaturie.

Dans la gravelle, l'insuffisance des mutations nutritives se traduit par l'augmentation de l'acide uriquc, une exagération corrélative de l'acidité des urines et la présence dans ce liquide d'un excès de phosphates acides.

Enfin dans la goutluqui fcsulte, elle aussi, d'un état dyscfasi- ({uc à prédominance acide, l'acide urique précipite souvent dans les urines en même temps que des urates acides ; il y a de plus o.xalurie et déperdition des phosphates.

Nous voyons ainsi de quelle utilité peut être l'examen chimique des liquides de l'organisme pour se rendre compte des modifications nutritives qui accompagnent les maladies dites diathésiques.

Il était donc naturel, en présence de ces résultats, qui ont permis une systématisation plus parfaite des maladies diathésiques, de s'engager dans la même voie pour les autres branches de la médecine. La pathologie nerveuse et la psychiatrie ont suivi l'impulsion donnée.

Pour ce qui est de la neurologie, nous nous contenterons de mentionner les travaux de Gilles de laTourette, Gathelineau, Féré, Poels, relatifs aux modifications de la composition urinaire dans l'hystérie, ceux de Féré, Deny et Chouppe, J. Voisin et A. Pérou à propos de la toxicité des urines dans l'épilepsie, les études de Livon et Alezais qui ont donné la formule urinaire des tabétiques.

De nombreuses recherches ont été faites dans le domaine de la pathologie mentale. Elles ont révélé que dans les affections de cet ordre, la composition de l'urine, aussi bien que son pouvoir toxique, présentait de notables modifications. Il est bon de noter que les résultats sont encore trop contradictoires pour édifier une théorie analogue à celle du ralentissement de la nutrition. Nous ferons cependant une revue rapide des principaux travaux parus sur cette question.

Le professeur Mairet (1), reprenant des travaux récents parus tant en France qu'à l'étranger, est arrivé aux résultats suivants

(1) A. Mairet, Recherches sur l'éliminalion de Vacide phosphoriijue chez l'homme sain, l'aliéné, V épilep tique el l'hystérique. Paris, 1884, G. Massoii.

pour diiïércntes formes mentales. Dans la manie, d'après les variations de l'acide phosphoriquc et de l'azote dans les urines des maniaques, il conclut que l'agilalion maniaque suractive la nutrition en général, et que celle-ci se trouve au contraire ralentie dans les moments de dépression. La manie, dans les périodes d'agitation et de dépression, entraîne donc une suractivité nutritive au sein de la substance nerveuse.

Dans la lypémanie^ les échanges nutritifs qui s'accomplissent au sein de la substance cérébrale sont augmentés, tandis qu'il y a au contraire un ralentissement de la nutrition générale.

L'idiotie et la démence entraîneraient, elles aussi, une diminution dans l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique.

Le D'' Johnson Smith (1) s'est occupé de la quantité d'urine excrétée dans quelques affections mentales. Il en a étudié aussi la composition et il a trouvé une exagération du taux de l'urée dans les psychoses, de l'acide urique et de la créatinine dans la paralysie et la démence, et un léger excès d'acide phosphorique dans l'épilepsie.

M. Lailler (2), pharmacien de l'Asile de Quatre-Mares, fait de nombreuses analyses d'uiine des aliénés, et nous aurons l'occasion de revenir dans un instant sur les résultats de ses travaux qui sont surtout relatifs à la paralysie générale.

MM. Mabille et Lallemant (3), dans leur mémoire sur les folies diathésiqucs, lesquelles se traduisent d'après eux quelquefois par la manie, presque toujours par la mélancolie avec conscience, di-

(1) Johnson Smith, An inquiry into the Blood and Urine of the Insane {T/te Journal of mental Science, octobre 1890).

(2) Lailler, Considérations sur l'urine des aliénés atteints de paralysie générale progressive [Congrès de médecine mentale, Rouen, 1890).

(3) Mabille et Lallemant, Des folies dialhésiques. Mémoire couronné par l'Académie de médecine. Prix Falret, 1890 (Masson, 1891).

sent que chez ces malades, les urines sont denses et qu'il y a de rhypoazoturie et de l'hypophosphaturie; le chiffi-e de l'acide uriquc est tantôt normal, tantôt au contraire très élevé ; il semble que l'organisme procède par décharges.

Masocchi (1) a étudié plus spécialement l'excrétion de l'acide urique dans les formes de dépression mentale. Les résultats se rapprochent de ceux de MM. Mabille et Lallemant. Dans certaines formes de mélancolie il existe une augmentation absolue ou relative de l'acide urique dans l'urine et dans le sang, il n'est pas probable que cette augmentation soit un simple elTet de la dépression mentale ; mais il la considère comme une cause aggravante du processus morbide.

On peut aussi rencontrer dans l'urine des aliénés des éléments anormaux, en particulier l'albumine et le sucre. De nombreux auteurs ont traité cette question ; nous citerons parmi les auteurs dont les traités sont récents : Mabille (2) (1885) qui a publié une observation de lypémanie avec albuminurie; Turner (3), Campbell Clark {!\) qui, sur àS cas de folie puerpérale, a trouvé de l'albumine chez les deux tiers des malades, Koppen (5) qui a trouvé l'albumine surtout dans les délires liés à l'artério-sclérose, les néphrites chroniques, dans le délire aigu, la paralysie générale, l'épilepsie, Dieulafoy (6), Raymond (7) qui ont vu, dans

(1) Masocchi, L'acide urique dans les formes de dépression mentale, Rivisla sperimentale cli freniatria e di medicina légale, vol. 18, fasc. 2, 1892.

(2) Mabille, Observation de lypémanie avec albumine, Ann. môd. psxjch., 1885, n» 2.

(3) TuRNÉR, Albuminurie chez les aliénés. Brilisli med. Journ., 1885.

(4) Campbell Clark, Folie puerpérale, The Journ. of mental Science, 188G-

(5) Koppen, Albuminurie dans les psychoses, Archiv. fur Psych., 1888.

(6) Dieulafoy, Pathologie interne (urémie) et Folie brightique. Société' méd. des hôpitaux, 1883-1885.

(7) Raymond, Délire survenu dans le cours des néphrites chroniques, ArcJiives générales de médecine, 1880-1881.

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certains cas, les paroxysmes de l'étal mental coïncider avec l'augmentation de l'albumine.

A côté de l'albumine et du sucre, on a encore trouvé d'autres éléments morbides.

Adler (1) a signalé l'oxalurie, Marro (2), Rivano (3) l'acétonurie, Pouchet (/i) a isolé des alcaloïdes dans l'urine des aliénés à délire apyrétique.

Enfin M. Ballet (5) a rapporté l'observation d'un cas de délire vésanique avec hypertoxicité de l'urine et présence dans ce liquide d'une ptomaïne spéciale.

En passant en revue les travaux qui ont eu plus spécialement pour objet l'urine dans la paralysie générale, nous voyons que l'urine des paralytiques généraux a été très étudié sans grands résultats, si nous en croyons MM. Paul Blocq et Ballet (6) qui disent que dans la paralysie générale « Les modifications des sécrétions : salivation, hyperhydrose n'ont rien de caractéristique. Il en est de même des variations de la quantité et de la quaUté de l'urine : les analyses qui en ont été faites sont presque toutes contradictoires ».

Les conclusions de ces auteurs sont quelque peu pessimistes, nous allons chercher rapidement si l'on doit se faire une opinion aussi peu certaine sur l'urologie de la paralysie générale en examinant les opinions des différents auteurs qui s'en sont occupés.

(1) Adler, De l'oxalurie dans ses rapports avec certaines formes nerveuses, New. neurolog. soc, 3 janvier 1893.

(2) Marro, L'acétonémie comme cause fréquente de mort chez les aliénés, Annal, di Freniatria, 1889.

(3) RivANO, Acétonurie chez les aliénés, Annal, di Freniatria, 1888, I.

(4) Pouchet, Alcaloïdes de Vurine, Th. de Paris, 1883.

(5) Ballet, Délire vésanique dans les troubles de nutrition, Soc. méd, hôp., 9 juin 1893.

(6) Gilbert Ballet et Paul Blocq, Traité de méd. Charcot-Bouchard, t. VI,

Dès 1855 Sutherland et Beale (1) s'occupent en eiïet de la question et annoncent que la quantité des phosphates augmente dans le paroxysme de la manie aiguë consécutive à la paralysie générale, et qu'elle diminue dans son déclin. Mais en 1865 A. Addison (2) arrive à une conclusion tout inverse et donne comme étant la règle dans l'excitation, la diminution dans les quantités d'acide phosphorique d'urée et de chlorure de sodium par rapport aux périodes de calme.

Merson (3) accepte ces conclusions en ce qui concerne les chlorures et l'acide phosphorique quisont, dit-il, en quantité moindre ; mais il étend ces données et signale une augmentation de l'urée ; il ajoute que l'urine a un poids spécifique qui varie à peine, que son volume est un peu diminué si on le compare à l'état physiologique, mais qu'au contraire il est augmenté si on l'évalue comparativement avec le poids du corps ; en outre, d'après ce même auteur, l'excrétion de l'acide sulfuriquc serait normale.

Quelques années après, Rabow (li) considère également la quantité d'urine comme augmentée, mais il constate de plus l'augmentation des chlorures. M. Lailler (5) en France avait décrit un peu avant les caractères de l'urine des paralytiques généraux comme se rapprochant de celles des fébricitants.

Aussi bien, dit-il, dans les phases d'excitation que de dépression, la densité de l'urine est toujours plus ou moins augmentée au-dessus de la normale, et on note une augmentation presque constante dans la somme des produits éliminés. Ces modifications

(1) Sutherland et Beale, Medic.-chirurgic. Transactions, 1855.

(2) A. Addison, Medic. chir. Beview., avril 1865.

(3) Merson, The Urinology of gênerai Paralysis, West Riding lunatic Asylum Reports, 1874.

(4) Rabow, Archiv. fur Psych., 1877.

(5) Lailler, Ann. médic. psych., 1876.

qui se produisent dès la première période sont surtout marquées à la troisième et lorsque la maladie est traversée par des crises épiléptiformes.

Pendant cette troisième période, ajoute M. Voisin (1) qui cite M. Lailler, l'urine est souvent létide et trouble et contient quelquefois de la bile ou des cristaux d'urate de soude, d'acide urique, parfois des globules sanguins, des cellules rénales et de l'albumine.

Evidemment, d'après ces données, on ne peut avoir d'autre opinion que celle de M. Foville (2) et de MM. Christian et Ritti (3) qui pensent qu'il paraît ressortir de ces analyses contradictoires que la sécrétion urinaire ne présente aucune altération spécifique dans la paralysie générale.

Cela est vrai, jusqu'ici au moins, en ce qui concerne l'excrétion des éléments normaux, mais peut-être trouve-t-on une caractéristique de l'urine des paralytiques généraux dans les substances anornàales.

. Dès 187/1, Rabenau (/i) signale la présence fréquente de l'albumine (20 cas ;sur 36 soit 55,5 0/0), mais M. A. Yoisin (5) prétend, au contraire, que l'albumine ne se rencontre qu'exceptionnellement dans la paralysie générale et J. Turner (6) ne trouve également que 7, 6 0/0 d'albuminuriques dans les paralytiques généraux.

(1) A. Voisin, Traité de la par. gén., des aliénés. Paris, 1879.

(2) A. Foville (fils), Nouv. dict. de méd. et de chir. pratiq., art. Parai, générale, 1878.

(a) J. Christian et Rnir, Dict. encycl. des sciences méd., art. Parai., générale, 1884.

(4) Rabenau, Analyse des urines des aliénés paralytiques, Arcinv. fur Psych., 1874.

(5) A. Voisin, loc. cit.

(6) J. Turner, Brilish med. Joicrn., 1887.

En 1885, Maccabruni (1) signale la présence clespcptones chez les aliénés, surtout, à l'occasion des maladies intercurrentes, et attribue ce fait à une affection latente ou à une altération de la nutrition résultant de l'agitation (il trouve en eiïet les peptones beaucoup plus fréquemment chez les agités).

Un peu plus tard, Marro (2) analysant les urines de 22 paralytiques généraux trouve constamment des peptones, et la peptonurie lui paraît même proportionnelle à l'acuité de la maladie et à la rapidité de l'évolution; aussi se croit-il endroit de conclure que dans les cas de diagnostic douteux l'absence de peptone dans l'urine permettrait d'écarter l'hypothèse de paralysie générale.

C'est aussi l'opinion de Fonda (3), qui assure comme Marro, que la peptonurie se rencontre chez tous les paralytiques ; cependant, il admet que cette présence n'est pas constante, aussi pour lui l'absence de peptonurie n'exclut-elle la phrénose paralytique que si elle est constatée par des examens répétés.

M. Lailler (k) pense que cette restriction n'est même pas suffisante, et il croit que la peptonurie n'est pas un symptôme de la paralysie générale, car elle se rencontre, dit-il, dans un grand nombre de maladies ou même dans des indispositions passagères, on l'observe dans différentes formes d'aliénation mentale et si elle est plus fréquente dans la paralysie générale à la période d'état, elle fait le plus souvent défaut au début de l'affection, alors que le diagnostic est incertain. Impossible donc de trouver un critérium dans une constatation positive ou négative relative à la peptone.

(1) Maccabruni, Archiv. ital. per le malalle nervose, 1885.

(2) Marro, Giornale délia R. Acad. di Med. di Torino, janv. 1888.

(3) Fonda, Archiv. ilal. de biologie, XVIII, 1893.

(4) Lailler, Ann, médic. psyc/t,, XIX, p. 17, 1894.

Mais on a étudié une autre substance anormale, l'acétone et Marro (1) avait signalé en 1889 la relation de l'acétone avec la peur. Mais M. Lailler (2), apj'ès Eœch et Slosse (3), a montré que l'acétone pas plus que lapcptone ne fournissait un signe pathologique en rapport avec l'état psychique, il a constaté qu'on pouvait trouver cette substance à l'état de santé comme de maladie et qu'elle n'avait aucune valeur chez les aliénés.

Enfln M. Régis (/i) signale la présence de la glycose dans les urines de paralytiques généraux.

Si nous nous en tenions à tous ces faits, à toutes ces assertions, évidemment nous serions obligé de nous tenir à une réserve prudente et cà conclure avec MM. Ballet et Blocq que les analyses publiées sont presque toutes contradictoires, mais fort heureusement nous trouvons dans ces dernières années des analyses plus récentes qui, sans être absolument identiques, sont néanmoins assez rapprochées pour permettre de connaître la composition de l'urine dans la paralysie générale à la seconde période.

Johnson Smith (5), en 4890, résume ainsi la composition moyenne de l'urine des paralytiques généraux :

Yolume des 24 heures 1 k. 578 gr.

Matières solides des 24 heures . . /|7 »

Urée 26 »

Acide urique 3,1

Créatinine 3,3

Acide phosphorique 1,6

(1) Marro, Giornale délia B. Acad. di Medic. di Torino, -1889.

(2) Lailler, Ann. médic. psych., mars 1892,

(3) De Bœch et Slosse, Bull, de la Soc. de méd. ment, de Belgique, 1892.

(4) Régis, Ann. médic. phijsiol., 1879.

(5) Johnson Smith, An inquiry into the Blood and Urine of the insane, The Journ. of Ment. Sic, oct. 1890.

ce qu'on peut ti'aduife en disant que : la quanlitu d'ufine excrétée est supérieure à la normale, que le total des solides est très augmenté également, que l'acide urique est aussi notablement audessus du chiffre moyen, qu'il en est de même de la créatinine, enfin que l'acide phosphorique est très diminué.

MM. Habille ctLallemant(l) signalent également « que dans la manie on note plutôt l'hypophosphaturic, et que dans la mélancolie il y a aussi le plus souvent diminution de l'acide phosphorique total, tandis que l'urée, d'habitude aussi, descend au-dessous de la moyenne physiologique.

Ici il n'est pas question il est vrai de la paralysie générale, mais outre que le diagnostic peut être dans bien des cas fort difficile à poser,il est intéressant devoir les conclusions que nous poserons pour les paralytiques généraux très voisines sinon identiques à celles que d'autres auteurs ont données pour des états voisins (2).

De même Mazocchi (3) a trouvé constamment que dans les périodes mélancoUques l'acide urique était excrété beaucoup plus abondamment que pendant les périodes de calme relatif.

En ce qui concerne les éléments anormaux signalés dans la paralysie générale, Koppen signale la fréquence de l'albuminurie et Gadziatki (5) arrive à la même conclusion, ajoutant de plus que le sucre ne s'y trouve qu'exceptionnellement.

Nous voyons déjà les opinions converger vers des résultats qui se précisent sans se contredire comme tout à l'heure dans les an-

(1) Madille et Lallemant, Des folies dialhe'siques, Prix Falref, 1890.

(2) Voir également à ce sujet plus loin la composition moyenne des urines dans l'ataxie locomotrice.

(3) Mazocchi, loco citalo.

(4) KoppEN, Albuminurie dans les psychoses, Archiv. fur Psych., 1888.

(5) Gadziatki, d'après Targowla, Tribune médicale, 6 avril 1893.

ciens travaux. Il nous reste encore à examiner deux mémoires récents qui vont tout à fait fixer nos idées.

M. Lailler (1), qui s'occupe depuis 25 ans de cette question, arrive aux conclusions suivantes :

« Dans la période de dépression de la paralysie générale si les malades mangent peu, ils éliminent peu ; dans la période d'anxiété, ils éliminent beaucoup, bien qu'ils se nourrissent insuffisamment, dans la période d'exaltation si la dépense est encore exagérée, elle est largement compensée par les recettes ; dans la période ultime la somme des déchets est considérablement accrue.

En outre les paralytiques généraux dont les facultés intellectuelles semblent être portées au paroxysme de l'activité, n'émettent pas une quantité d'acide phosphorique au-dessus de la normale. Enfin le diabète proprement dit ne s'est jamais rencontré dans la paralysie générale.

Quant aux autres éléments anormaux, ils n'ont pour M. Lailler rien de caractéristique. Pour établir ces résultats il donne comme composition moyenne de l'urine et par litre les chifiFres suivants :

1° Dans les cas à délire dépressif :

Eléments fixes 34 gr. 71

Acide phosphorique total 1 70

Chlore combine' 3 47

Ufée 15 62

Acide urique combiné 0 — 35

Densité, 1,015.

2° Si le délire dépressif devient mélancolique avec anxiété et que le malade refuse les aliments on a :

Eléments fixes . . . . 60 gr. 17

(1) Lailler, Considérations sur l'urine des aliénés atteints de paralysie générale, Congrès français de méd. mentale, Eouen, 1890.

Acide phosphorique 3 gr. 05

Chlore combiné 4 — 40

Urée • 30- - 10

Acide urique combiné 0 — 62

Densité, 1,029.

3" Si le malade est en proie h l'exaltation :

Eléments fixes 45 — 90

Acrde phosphorique total 2 — »

Chlore combiné , . . . 4 — 05

Urée 20 — 78

Acide urique combiné 0 — 44

Densité, 1,020.

h° Enfin dans les cas d'épuisement rapide on trouve :

Eléments fixes 84 gr. «

Acide phosphorique total 3 — 75

Chlore combiné 4 — 90

Urée 37 — 02

Acide urique combiné 0 — 83

Densité, 1,036.

Ces chiffres sont évidemment pleins d'intérêt, mais pourtant nous ne pouvons guère les comparer complètement à ceux que nous avons trouvés dans nos observations, car il nous manque un élément précieux pour nous rendre un compte exact de l'excrétion, c'est le volume des 24 heures.

Par exemple dans le second cas on a une urine de densité 1,029 et l'acide phosphorique total s'élève à 3 gr. 05 par litre ; il est certain, et les assertions de M. Lailler lui-même pour l'acide phosphorique le prouvent, que la quantité d'urine éliminée en 24 heures a dù être très faible et inférieure à un litre, mais de combien? c'est ce que nous aurions été très aise de savoir pour nous faire une opinion exacte de l'excrétion dans ces cas.

Arrivons enfin au dernier mémoire paru sur l'urine de la paralysie générale, celui de MM. Klippel et Serveaux (1).

Ces auteurs n'ont étudié que les urines des paralytiques généraux à la seconde période de la maladie, c'est-à-dire à la période d'état et voici d'après eux quelle est la constitution moyenne de l'urine à cette période.'

L'urine est généralement de couleur pâle, les substances colorantes sont donc sensiblement diminuées et il en est de même des chromogènés^ mais l'indican s'y trouve souvent en proportion notable. Elle est presque toujours trouble et reste louche même après un repos prolongé, après avoir laissé déposer soit des urates, soit des phosphates suivant les cas.

On y trouve toujours ou presque toujours du mucus en quantité très appréciable, il y a mucinurie, aussi l'urine mousse-t-elle facilement en donnant une mousse persistante.

La réaction est fort variable, elle est assez souvent acide mais toujours alors faiblement acide, elle peut être neutre à peu près dans un sixième des cas, et même alcaline environ dans les mêmes proportions.

La densité est quelquefois normale, quelquefois augmentée, mais presque toujours elle est diminuée souvent même dans des proportions notables.

En même temps il y a une certaine polyurie, qui est légère, il est vrai, mais qui en même temps paraît bien constante.

L'urée est diminuée d'une façon sensible, tandis que l'acide urique dont l'excrétion reste normale est même parfois un peu

(1) Klippel et Serveaux, Contribution à l'étude de l'urine dans la paralysie générale, Congrèn français de méd. mentale, Glermont-Ferrand, 1894, &\. Archiv. de neurologie, n° 93, -1894.

augmente, aussi le rapport de l'acide urique h l'urée est-il toujours bien au-dessus du rapport normal.

L'acide phosphorique total est lui aussi réduit et dans des proportions beaucoup plus grandes que l'urée ; mais il n'y a pas de rapports fixes entre la quantité de l'acide phosphorique uni aux terres et l'acide phosphorique uni aux alcalis. Ce rapport paraît non seulement très variable entre les dilTérents malades mais môme chez le même malade.

La désassimilation des matériaux azotés est donc faible dans la paralysie générale, mais la désassimilation du phosphore est encore plus réduite.

Les chlorures sont au contraire non seulement augmentés mais même très augmentés, et cette hyperchlorurie marquée subit, incomparablement plus que l'excrétion de l'urée ou des phosphates, l'action due aux fluctuations du volume d'urine émis dans les 2/i heures.

Pour ce qui est des substances anormales, MM. KHppel et Serveaux ont trouvé une albuminurie légère 18 fois sur 52 urines, soit 3/i,6 0/0, mais jamais ils n'ont vu une grande albuminurie. Jamais non plus ils n'ont constaté de glycosurie.

Enfin ils signalent la présence fréquente des peptones et celle presque constante de l'acétone.

Comme nous le disions plus haut on voit donc qu'après bien des contradictions émises sur l'urine des paralytiques généraux il semble que dans ces dernières années les dilférents auteurs semblent aiTiver à des conclusions qui, sans être absolument idcnti-ques, sont au moins comparables et se rapprochent de plus en pl us les unes des autres.

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