‹ Recherches sur les urines à la deuxième période de la paralysie généraleChapitre 3 sur 8 · SO · texte numérisé non relu

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LO corps est couvert de sueurs par moments. On constate un tremblement très accentué des mains et de la langue.

11 est dilTicilc de faire la part qui revient, dans co tremblement, au délire alcoolique et à la paralysie générale. Car indépendamment du syudrème alcoolique, (|ui constitue le fond du tableau clinique, on peut noter un certain nombre de symptômes ([ui permettent de soupçonner l'existence de la paralysie générale. Tels sont en particulier l'inégalité pupillairc, très manifeste, l'embarras de la parole qui est moins marqué et constitué surtout par des accrocs, des temps d'arrêt au milieu de pbrases ou de mots prononcés avec volubilité. Enfin l'exaltation même des propos de la malade, leur tendance ambitieuse est également suspecte. Elle a les plus belles robes, les plus jolies dentelles, son mari gagne 1000 francs par jour, etc.

Au bout d'une huitaine de jours, alors que les symptômes d'alcoolisme, sous l'influence du repos et d'un traitement approprié, se sont considérablement amendés, et que l'excitation a fait place à un calme relatif, les signes de !a paralysie générale jusque-là masqués par le tableau bruyant du syndrôme alcoolique se font jour.

Voici quel est l'état de la malade à ce moment : c'est une femme assez grande, forte, bien conformée. La physionomie est hébétée, apathique, inerte, on constate un léger tremblement des lèvres qui s'accentue au moment où on fait parler la malade. La parole est embarrassée, scandée, "entrecoupée par des temps d'arrêt au milieu des phrases et des mots. La langue est aussi le siège de tremblement fibrillaires. Les pupilles sont inégales, la pupille gauche est plus large. Elles réagissent peu h la lumière et à l'accommodation. La malade est atteinte d'un léger degré de strabisme, congénital.

Les réflexes rotuliens sont exagérés.

La force musculaire paraît amoindrie en général. Au dynamomètre la malade donne 26 à droite, 23 à gauche.

Au point de vue psychique, la malade présente un aiïaihlissemcnt considérable des facultés intellectuelles. I^a mémoire est diminu('e. La malade ne peut dire en quelle année nous sommes, ni le jour, ni le mois. Elle ne se souvient pas du moment où elle est (îutréc à l'asile, et ne se soucie pas autrement d'ailleurs de sa situation acluelle., I^lle est

très satislaile et présente un délire de grandeur des plus caractérisés. Elle a 200 robes de soie, de velours, bleues, biancbes, garnies de fourrures, de dentelles. Elle a de jolis bijoux, de magnifiques brillants. Elle possède des cliàteauxà Passy, à Alger, à Tours. Le parc Monceaux est à elle ainsi que les buttes Ghaumont.

Elle est marquise de Rodez, et c'est des grands princes, des ducs. Son mari est comte, et exerce la prol'ossion de cuisinier. Elle-même est lingère, « car il faut bien travailler » dit-elle.

Nous avons des landaus, des victorias, des coupés, blancs, bleus et mauves, 200 chevaux à Clichy et de grands vélocipèdes.

Nous sommes très riches, nous avons des billions et des trillions. Je vous donnerai à chacun un million, mais c'est moi qui tiendrai la caisse.

Je suis belle, bien portante, j'ai de beaux yeux, de belles dents, de beaux cheveux.

Je fais de la peinture, c'est moi qui ai fait les tableaux de cette salle. Chez moi, j'ai fait les Gobelins.

La malade, en se promenant dans la cour, ramasse des cailloux, ce sont des topazes, des émeraudes, des diamants.

Elle ordonne aux infirmières de dire à Jean, son cocher, d'atteler le coupé bleu.

Deux mois environ après l'entrée de la malade à l'asile, à cette phase de délire ambitieux succède une période de dépression assez accentuée, avec quelques idées hypochondriaques et de persécution.

Son attitude s'est complètement modifiée. Elle reste assise, pleure, gémit. Elle marche difficilement. On est obligé de la soutenir.

Elle est devenue gâteuse.

Elle s'imagine avoir dans le ventre un enfant, son fils Maurice. Il y est depuis 20 ans, il y a été mis par les infirmières.

Elle dit qu'elle a du chagrin à cause de ses parents qui sont morts depuis longtemps.

Cette phase de dépression a duré de trois à quatre semaines.

Depuis ce moment on constate une certaine amélioration chez la malade. Le délire a disparu, mais elle a une conscience très imparfaite de sa situation et un état de satisfaction qui ne laisse aucun doule à

l'égard de son aU'aiblissement intellectuel. La mémoire reste très iuconiplùtc. Elle demande par exemple aux personnes qui viennent la voir des nouvelles d'un parent, à l'enterrement duquel elle a assisté avant son entrée à l'asile. Les signes physiques n'ont pas subi de modification.

L'état général est assez bon, la malade a gardé son embonpoint ; elle pèse 69 kilogrammes, sa taille est de 1 m. 52. Elle mange bien et ses fonctions digestives sont régulières,

Analyse des urines :

Pas de polyurie ; la malade urine exactement en moyenne la quantité d'urine considérée comme normale ; la densité est également normale, de môme la quantité d'urée et d'acide urique. L'acide phosphorique est diminué et les chlorures légèrement diminués.

Il y a aussi un peu d'albumine, des peptoncs, de l'acétone.

Avant d'établir la constitution moyenne de l'urine de nos paralytiques généraux par 2/i heures, nous publions dans le tableau suivant la composition moyenne de l'urine normale d'après les auteurs classiques. Nous ferons nos comparaisons d'après les nombres donnés par MM. Yvon et BerUoz qui ont analysé une quantité énorme d'urines normales et pathologiques.

Yvon et Berlioz A. Gautier, Cours 4- éd., 1893. de chimie, m'î.

Volume des 24 beures 1300 12S0

Densité moyenne 1022 1020

Urée 26,50 33

Acide urique 0,55 0,52

Rapport de l'acide urique à l'urée ^

(1) Le nombre publié par M.M. Yvon et Berlioz est 1/40. Nous le modifions car il ressort évidemment du nombre qu'ils donnent pour l'urée et l'acide urique (26,50 et 0,55) que cette valeur du rapport ne peut convenir à l'urine qu'ils considèrent eux-mêmes comme normale.

Yvon et Berlioz A. Gautier, Cours i- éd., im. de chimU, 1892.

Acide phosphorique total 3,20 2,84

Rapport de l'acide phosphoi'ique des phosphates terreux aux pliosphates alcalins. ... 1/3 1/2 Rapport de l'acide phosphorique à l'urée. . 1/8

Chlorure de sodium . . . . , H 13,65

Rapport de NaCl à l'urée 1/2,4

Si nous essayons maintenant de résumer nos résultats, ce que nous avons fait dans le tableau suivant, nous voyons qu'il y a une complète uniformité dans toutes nos analyses, et qu'elles concordent en outre absolument avec les résultats publiés précédemment par MM. Klippel et Serveaux, comme il est facile de s'en convaincre.

Nous avons trouvé partout de la polyurie, sauf dans le cas de Guer. .. où la quantité d'urine excrétée était normale, mais jamais nous n'avons eu d'oligurie. Nous pouvons donc affirmer que d'une façon généi'ale il y a une polyurie bien nette chez les paralytiques généraux à la période d'état, et cette polyurie peut atteindre une valeur assez notable chez certains paralytiques généraux, comme chezDep...

Cette urine, émise abondamment, a une densité quelquefois mais rarement normale, presque constamment la densité est diminuée, et cela assez souvent dans de fortes proportions.

La quantité d'urée a toujours été au-dessous de la moyenne, sauf dans deux cas, une fois elle a été normale et une fois un peu supérieure cà la normale. Pour l'urée par conséquent, la conclusion est moins générale cl tout en notant souvent la diminution de l'urée, on ne peut pas dire qu'elle est absolue.

L'acide urique est au contraire un peu augmenté, très peu, il

est vrai, mais comparé au chilTre de l'urée, l'acide uriquc est augmenté proportionnellement d'une façon assez notable.

Quant à l'acide phosphorique, il est très intéressant de le voir d'une façon absolument constante diminué, et diminué dans d'assez grandes proportions.

Nous verrons l'importance de cette donnée qui au premier abord paraît contradictoire avec l'affection nerveuse dont il s'agit.

Le rapport de l'acide phosphorique des phosphates alcalins à l'acide phosphorique des phosphates terreux, qui a été étudié dans les maladies nerveuses et dont l'importance a été très discutée (Cathelineau et Gilles de la Tourette, Féré) et paraît très discutable, au moins d'après ce qui ressort de nos analyses, a été dans les cas que nous avons examinés très variable, et cela sans qu'on ait jamais noté de particularités dans le cours naturel de l'affection, et en dehors de toute attaque convulsive ou de phénomène clinique digne d'intérêt. Cherr... qui par exemple avait le 26 et le 25 novembre une augmentation légère des phosphates terreux par rapport aux phosphates alcalins, a le 27 une diminution de ces mêmes phosphates sans que rien d'anormal se soit passé.

Chauv., le 27 novembre, a une augmentation notable des phosphates terreux et rien ne s'est produit cliniquement ni les jours précédents, ni les jours suivants.

Les phosphates terreux sont également exagérés chez Dep..., chez Chall... ils le sont très peu ; chez Guer... ils sont au contraire extrêmement diminués et nous le répétons, rien n'explique cliniquement ces variations, qui sont , aussi très nettes dans les nombres publiés par MM. Klippel et Serveaux (Tableau lY, p. 90) et au sujet desquels on pourrait faire les mêmes rédexions.

Le rapport de l'acide phosphorique excrété à l'urée, a été beau-

coup plus constant, il est très rarement normal, et cela seulement lorsque l'urée est très réduite, il est presque partout diminué souvent même d'une façon assez accusée.

Cela ne doit point nous surprendre puisque nous avons vu que l'acide phosphorique était toujours très réduit.

Enfin les chlorures ont toujours été, sauf dans un cas, augmentés suffisamment pour que nous puissions poser en règle l'hyperchlorurie.

Constitution moyenne de l'Urine des paralytiques généraux

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