I. — Indice opsonique
Bien qu'elle n'ait point été conçue dans le même esprit que notre travail, la recherche de l'indice opsonique n’en a pas moins été une méthode qui permet d'apprécier et de suivre la part prise par les globules blancs dans la défense de l'organisme. Aussi n'avons-nous pas cru pouvoir la passer sous silence. L'intérêt qu’elle a suscité nous en fait un devoir.
Postérieur en date à la série des recherches qui, comme nous le verrons, a mené à l’évalualion de la résistance leucocytaire, l'indice opsonique va être dès le début l’objet d’un rapide exposé. Placé ainsi à côté de la résistance leucocytaire, il s'en détachera avec plus de netteté et il sera permis d'en apprécier plus facilement les divergences.
E. Wright a décrit sous le nom d’opsonines des substances qui, dans le sérum sanguin, rendent les microbes plus aptes à subir la phagocytose. Les opsonines agissent non en stimulant les leucocytes, mais en sensibilisant les microbes. Neufeld et Rimpau l'ont bien prouvé par une expérience. Ils soumirent des leucocytes normaux à l’action d'un sérum opsonisant antistreplococcique, puis les lavèrent pour enlever toute trace de sérum. Ils ne phagocytaient pas mieux le streptocoque que des leucocytes en présence d’un sérum normal. Au contraire, si les mêmes microbes sont mis en contact avec le sérum opsonisant, puis lavés, ils sont mieux phagocytés que ceux qui ont été au contact d'un
Secousse ?
ES Fr sérum normal. Nous voyons donc d'ores el déjà que, dans cette facon d'apprécier la phagocytose, le leucocyte a un rôle tout secondaire, l'importance étant attribuée à un mordant qui prédispose les microbes à être plus facilement détruits. IL est vrai toutefois que pour Metchnikoîf les opsonines seraient produites par les leucocytes; on jugerait donc ainsi de leur valeur d’une facon indirecte. Cetle opinion a d’ailleurs été contestée.
L'indice opsonique qui sert à évaluer le pouvoir opsonisant d'un sérum s’évalue en mettant le même microbe et les mêmes leucocytes normaux en contact avec : d'une part, du sérum normal et, d'autre part, du sérum pathologique. L'évaluation se fait par le rapport entre les deux pouvoirs phagocytaires. Nous n'entrerons pas à dessein dans les détails de technique; nous nous bornons à en indiquer le principe. Ce ne sont point les phagocytes du malade qui servent de base, ce sont les phagocyles normaux.
On s’est appuyé sur l'étude des variations pathologiques de l'indice opsonique pour tirer des conclusions pronostiques et thérapeutiques. Voyons ce qu'a donné celte étude.
Dans les infections aiguës, on observe en général un abaissement initial de l'indice; à cet abaissement de courte durée succède une élévation. Cependant, dans les méningites cérébrospinales, Taylor (Lancet, 1909) a trouvé un indice élevé avec des cultures de sept à huit heures. Dans la diphtérie, pas de résultats nets; dans la staphylococcie, Wright lui-même à constaté un abaissement de l'indice durant la période d'état.
Les varialions les plus schématiques se trouvent dans la fièvre typhoïde : au début, il y a une phase négative très courte; puis l'indice s'élève jusqu'à la période d'apyrexie; ensuite il revient à la normale.
Mais pour la pneumonie, cette affection dont l’évolution si mathématique, une des plus régulières qui soit, tente tous les biologistes, les résullats en diverses mains n’ont abouti qu’à des contradictions.
D'autre part, Lew (Thèse de Paris 1909) a constaté que dans l'appendicite aiguë l'indice opsonique ne subissait point de variation.
Nous ne multiplions pas davantage les exemples. Nous renvoyons pour plus de détails à l’article qu'Achard a publié dans le Journal médical français d'octobre 1910, où la question est merveilleusement mise au point.
Nous avons suffisamment cité de cas pour ètre quelque peu surpris de la fluctuation dans les résultats. L'explicalion peut en être trouvée dans les difficultés techniques et surtout dans la numération des microbes phagocylés qui sont répartis de façon tout à fait inégale, gènant le pourcentage. La méthode nous parail surtout pécher par la base. Pour Wright, tous les leucocytes ont le même pouvoir phagocytaire, la même ardeur dans la lutte.
IL faudrait pour cela que leur protoplasma et leur noyau aient toujours la même énergie vilale; or, comme nous le verrons par la suite, il n’en est rien. À quoi sert alors de doser la substance qui sollicite la phagocytose si les leucocytes n'ont plus la vigueur de répondre à cette sollicitation. Les résultats oblenus avec des leucocytes normaux ne peuvent donc nullement être comparés avec ce qui se produit dans l'organisme du malade.
La recherche de l'indice opsonique n’est donc point, tout au moins à elle seule, une méthode clinique qui suffise à juger des réactions de défense du milieu sanguin vis-à-vis de l'infection. Le leucocyte lui-même, soumis aux forces contraires qui l'ont choisi comme champ de bataille, paraît le mieux placé pour subir l'influence de la lutte. Aussi, pour en apprécier toutes les péripéties, est-ce son étude qui nous semble devoir être la plus féconde.