La Vie de M. de Molière, page
faits de nature à faire supposer que d'autres circonstances contribuèrent à développer chez Molière ce goût naissant. La boutique et le logement de Jean Poquelin étaient au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue des Vieilles-Étuves ; non loin de là, et près de la niéme paroisse de Saint-Eustache, se trouvait rue Mauconseil, à l'endroit occupé aujourd'hui par la halle aux cuirs, l'hôtel de Bourgogne construit en 1548 par l'ancienne confrérie de la Passion, sur un terrain provenant de la démolition des anciens hôtele d'Artois, de Bourgogne et de Flandre, ordonnée quelques années avant par François I***. Immédiatement après la construction de cette salle de spectacle, le parlement avait interdit aux membres de la confrérie de continuer à jouer des mystères sacrés et, en .ne leur permettant de représenter que des « jeux profanes, honnêtes et licites, » il leur avait accordé un privilège exclusif, défendant à tous autres comédiens déjouer ou représenter tant à Paris que dans les faubourgs et banlieue de cette ville , « sinon au profit de ladite confrérie et sous le nom d'icelle. » Après avoir continué pendant les années suivantes à représenter des pièces profanes, les confrères de la Passion avaient renoncé à jouer eux-mêmes et étaient devenus peu à peu de véritables entrepreneurs exploitant leur privilège et la pro- ' priété de leur salle. Ils avaient commencé par engager des acteurs à leur compte*, puis ils avaient loué successivement à des comédiens français et étrangers. A l'époque de la jeunesse de Molière les membres de cette confrérie appartenaient à la bourgeoisie de Paris et, en 1639 leur doyen ou président était un collègue de Jean Poquelin, Pierre Dubout, tapissier ordinaire du Roi*. En louant leur salle les confrères de la Passion se réservaient une loge et le « lieu étant audessus de ladite loge appelé le paradis » qui devait demeurer
î. Document n*» VI, à la date du Î2 juillet 1578.
2. Vingt -trois ans plus tard parmi les témoins de Geneviève Béjard lors de son premier mariage, on trouve une Marguerite Batelet, femme de Pierre Dubout, bourgeois de Paris. (Document n*" XXXIIl.) Cette circonstance est à noter dès à présent. On prononçait et on écrivait Dubourg, au lieu de Dubout.
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« aux maîtres de ladite confrérie, tant pour eux que pour leurs parents et amis, sans qu'ils en puissent abuser, ni en prendre argent*. » C'est dans cette loge ou au paradis que Molière put être conduit d'abord par son grand-père Louis de Cressé, puis par le collègue de son père, Pierre Dubout, et surtout, tenté par le voisinage, suivre de lui-môme et avec assiduité les représentations données par la Fleur dit Gros- Guillaume, Fléchelles dit Gautier Garguille, Belleville dit Turlupin, Bellerose, Saint-Martin, Saint- Jacques dit Guillol-Gorju, d'Orgemont, Monlfleury, etc. Il dut s'y lier avec quelques auteurs dramatiques et quelques comédiens, et se trouver entraîné peu à peu à son penchant naturel pour le théâtre. L'inventaire des titres et papiers de Thôtel de Bourgogne* dressé peu d'années avant le parti pris par Molière de se faire comédien, et l'état des recettes et dépenses de la confrérie de la Passion', qui donne sur cette corporation les détails les plus curieux, se rattachent ainsi à l'histoire des premières années de Molière et complètent en outre sur beaucoup de points YHistoire du Théâtre français par les frères Parfaict.
C'est à l'âge de vingt et un ans, qui n'était pas alors celui de la majorité, que Molière, déjà lié sans doute avec les « enfants de famille » qui allaient être ses camarades de théâtre, renonce à la profession et à la charge de son père. Le 6 janvier 1643, il reconnaît par une lettre et par une quittance avoir reçu de son père « pour l'employer à l'effet y mentionné, » la somme de six cent trente livres en avance « tant de ce qui lui pouvoit appartenir de la succession de sa mère qu'en avancement d'hoirie future de sondit père, qu'il auroit prié et requis de faire pourvoir de ladite charge de tapissier du Roi dont' il avoit la survivance, tel autre de ses enfants qu'il lui plairoit, et se seroit démis de tout droit qu'il y pourroit prétendre, pour en disposer par sondit père ainsi qu'il verroil bon être*. » A la fin de la même année Jean-