Document n» XL. — 3. Document n"' Vin
32 RECHERCHES SDR MOLIÈRE.
Béjard se composait donc, à la fin de l'année 1643, de la mère, Marie Hervé, veuve Béjard, et de cinq enfants.
Marie Hervé, mariée en 1615, devait avoir alors plus de quarante-cinq ans; elle ne figure pas parmi les associés de l'Illustre Théâtre et paraîtra seulement à la fin de 1644, comme caution de ses filles et de Molière ; la veuve Béjard ne dut jamais jouer la comédie, et cependant ne pas quitter ses enfants, avec lesquels on la retrouve jusqu'aux derniers moments de sa vie.
Joseph Béjard fils, qui est certainement l'atné des enfants de Marie Hervé, puisqu'il est nommé le premier dans l'acte de comparution devant le lieutenant civil et qu'il porte, suivant l'usage, le prénom de son père, était probablement né en 1616 ou 1617, un ou deux ans avant sa sœur Madeleine; ni BefTara, ni M. Jal n'ont trouvé son acte de baptême. On a toujours donné à l'afné des comédiens de cette famille le prénom de Jacques, mais tous les documents qui le concernent, y compris son acte de décès, le nomment Joseph. Béjard l'atné parait avoir quitté momentanément les associés de riUuslre Théâtre pendant l'année 1644, mais il s'était de nouveau réuni à eux l'année suivante, peu de temps avant leur départ pour la province.
Madeleine Béjard, baptisée à la paroisse de Saint-Paul, le 8 janvier 1618*, avait vingt-cinq ans lors de son entrée dans la troupe de l'Illustre Théâtre, mais elle avait commencé beaucoup plus tôt sa carrière aventureuse. En 1636, à l'âge de dix-huit ans, elle était déjà « fille émancipée d'âge, procédant sous l'autorité de Simon Courtin, bourgeois de Paris, » et achetait dans le quartier du Temple « une petite maison sise au cul-de-sac de Thorigny'. » Deux ans après elle donnait le jour à une fille naturelle née d'elle et d'Esprit de fiaimond, comte de Modène, « chambellan des affaires de Monseigneur, frère unique du Roi*. » Enfin tous les bio-
1. Notes de Beffara et de M. A. Jal. —2. Note du document n* VIII. 3. Dissertation sur Molière^ par Beffara, page 13. On verra la suite des
graphes de Molière assurent que c'est par amour pour elle que le jeune Poquelin se fit comédien.
Geneviève Béjard, baptisée à la même paroisse de Saint- Paul , le 2 juillet 1624 \ n'avait pas vingt ans à la fin de 1643 ; vingt-neuf ans après les débuts de Tlllustre Théâtre, elle devait épouser le fils de ce Léonard Aubry, paveur des bâtiments du Roi qui s'était chargé de rendre accessibles les abords du jeu de paume des Métayers.
Louis Béjard, baptisé le 4 décembre 1630 à Saint-Merry*, avait à peine treize ans au moment de la mort de son père, et ce n'est que plus tard qu'on doit le comprendre parmi les comédiens qui suivirent la fortune de Molière.
Le dernier enfant de l'huissier ou procureur Joseph Béjard et de Marie Hervé est cette « petite non baptisée » qui figure à la suite de ses quatre frères et sœurs dans l'acte de comparution devant le lieutenant civil Ferrand. L'extrait de baptême de cette fille a jusqu'à présent échappé à toutes les recherches, mais on ne doit plus douter désormais que ce ne soit la même qu'Armande-Grésinde-Claire-Élîsabeth Béjard, désignée dans le contrat de mariage de Molière comme fille de feu Joseph Béjard et de Marie Hervé, âgée en 1662 de « vingt ans ou environ'. » Si cette dernière fille était née après la mort de son père, elle serait très-probablemenv indiquée dans l'acte émanant du lieutenant civil comme enfant posthume, mais sa naissance dut précéder de bien peu le décès de Joseph Béjard, et c'est sans doute cette circonstance qui, contre Tusage, fit retarder son baptême*.
relations de M. de Modène avec Madeleine Béjard, au moment de la mort de cette dernière.