‹ Recherches sur Molière et sur sa familleChapitre 40 sur 165 · Documents n" XVII, XXVIII et XLV, cote treize · texte numérisé non relu

Documents n" XVII, XXVIII et XLV, cote treize

13 mai 1659, Molière prend le titre de « comédien de la troupe de Monsieur, frère unique du Roi , et ci-devant valet de chambre du Roi; » l'obligation de 1645 lui donnait ce dernier titre qui depuis avait passé à son frère. Joseph Béjard, Talné des comédiens de cette famille, demeurait aussi sur le quai de l'École lors de sa mort, arrivée dans le même mois de mai 1659^ L'année suivante, Molière put reprendre son titre de tapissier valet de chambre du Roi, qui devenait précieux pour lui, en le rapprochant de la personne de Louis XIV; Jean Poquelin le jeune, mourut le 6 avril 1660 à l'âge de trente-cinq ans ".

Le contrat de mariage de Molière avec Armande Béjard précède d'un mois l'acte inscrit sur les registres de l'église Saint-Germain l'Auxerrois à la date du lundi 20 février 1662 et publié par Befifara '. L'hôtel du Petit-Bourbon ayant été démoli pour faire place à la colonnade de Claude Perrault et la troupe de Monsieur occupant alors la salle de spectacle construite au Palais-Royal sous le cardinal de Richelieu, Molière était venu loger rue Saint-Thomas du Louvre. Marie Hervé, mère d'Armande Béjard , demeurait sur la place du . Palais-Royal. La future, < âgée de vingt ans ou environ, » étant encore mineure, c'est Marie Hervé, « veuve de feu Joseph Béjard, vivant écuyer, sieur de Belleville, » qui stipule pour « Armande-Grésinde-Glaire-Élisabeth Béjard, safiU^, etdudit défunt sieur de Belleville. » C'est la première et la seule fois qu'on donne à Béjard père ce litre de sieur de Belleville qui rappelle le nom de théâtre d'un des anciens acteurs de l'hôtel de Bourgogne , Henri le Grand. Les témoins sont les mêmes que dans l'acte religieux; du côté de Molière, son

1. M. Â. Jal a bien voulu me communiquer un eitrait de l'acte d'inhumation de Joseph Béjard; il porte que le lundi 26 mai 1659 fut fait le convoi de «Joseph Beygar, comédien, pris sur le quay de TEscholle et porté en carrosse à Saint- Paul. »

2. Généalogie de Molière , par Beffara, dans l'édition de M. Âuger.

3. Documents n<>* XXX et XLV, cote une, et page 7 de la Dimrtation de Beffara.

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père Jean Poquelin, tapissier et valet de chambre du Roi, et son beau-frère André Bondet , marchand, bourgeois de Paris ; du côté d'Armande Béjard , sa soeur Madeleine « fille usante et jouissante de ses biens et droits, » et son frère Louis Béjard , qui n'est point nommé dans le contrat , mais qui le signe. La dot apportée par la future est de dix mille livres et son douaire est fixé à quatre mille ; le Kurvivant des deux époux doit prendre , « par préciput, des biens de leur communauté, tels qu'il voudra choisir réciproquement jusques à la somme de mille livres, suivant la prisée de Finventaire et sans crue, ou ladite somme en deniers, à son choix. » A la suite du contrat est mentionnée la quittance de la dot remise le 24 juin suivant à Molière par Marie Hervé. Il est à remarquer que Geneviève Béjard ne figure ni dans ce contrat de mariage, ni dans la cérémonie religieuse célébrée un mois après à Saint-Germain TAuxerrois, et que, restée fille jusqu'à l'âge de quarante ans, elle ne se maria que deux ans après sa sœur cadette. Bien qu'on n'ait jamais parlé de relations entre Molière et la seconde fille de Marie Hervé, ces circonstances donneraient lieu de penser que l'opposition faite, suivant Grimarest, au mariage de Molière, pût venir de Geneviève et non de Madeleine. Peut-être même la liaison de Molière avec Geneviève remontait-elle jusqu'à son parti pris de se faire comédien, et ne fut-il jamais l'amant de Madeleine? Geneviève Béjard, désignée au théâtre sous le nom de Mlle Hervé, était à peine connue avant les découvertes de Beflara, et les biographes de Mo* lière ont pu la confondre avec sa sœur aînée; mais c'est là une hypothèse dont il serait bien difficile de trouver des preuves.

Les comédiens de Thôtelde Bourgogne voyaient avec envie les succès de la troupe de Molière et les feveurs dont elle était Tobjcft; leur haine ne tarda pas à éclater. Boursault avait commencé l'attaque par le Portrait du Pdnm oukbContrecritique de V École des femnrn, « comédie reprësenl^ée sur le théâtre royal de l'hôtel de Bourgogne » et dédiée au duc

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d'Enghien. Molière répliqua vertement par FImpromptu de Versailles; de Villiers et Montfleury fils répondirent par la Vengeance des Marquis et flmpromptu de Chélel de Condé. Avant la représentation de cette dernière comédie, Montfleury père ne craignit pas d'adresser au Roi une requête, dans laquelle, écrit Racine en novembre 1663, « il accuse Molière d'avoir épousé sa propre fille; mais, ajoute Racine, Montfleury n'est point écouté à la Cour. » En effet, Montfleury ne fut point écouté à la Cour, puisque Louis XIV et Madame, duchesse d'Orléans, firent tenir sur les fonts de baptême le premier enfant de Molière et d'Armande Béjard*, mais il fut écouté par les ennemis de Molière et de sa femme , et cette calomnie, perpétuée jusqu'à nos jours, ne devait tomber que devant les preuves les plus convaincantes.

A la même époque, l'hôtel de Bourgogne enlevât à Molière le comédien Brécourt, marié à Étiennette des Urlis, sœur de cette Catherine des Urlis qu'on a vue figurer au début de l'Illustre Théâtre. On retrouve dans le contrat de société signé par Brécourt • Josias de Soûlas, dit Floridor, le compère de Gédéon Tallemant, frère de Taïlemant des Réaux', et que Molière avait épargné dans l'Impromptu de Versailles; puis ceux dont il avait ridiculisé le jeu, Montfleury, Beauchâteau et sa femme, Hauteroche, de Tilliers, puis tous ceux dont

1. Le fils aîné de Molière, né le 19 janvier 1664, fut baptisé à Saint-Germain TAraerrois le 28 février suivant, tenu par Charles, duc de Créquy, premier gentilhomme de la chambre du Roi , « tenant pour Louis quatoroc zième, roi de France et de Navarre », et par Colombe le Charron, maréchale du Plessis-Praslin, dame d'honneur de Madame, a tenante pour Madame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. » {Dûtertation aur Moliàrey par Beffara, page 14.)

Le Jl novembre suivant, fut fait à Saint-Germain TAuxerrois, le convoi de «Louys, fils de Jean-Baptiste Molière, comédien de S. A. R., pris rue Saint- « Honoré. » Je dois à Tobligeance de M. Parent de Rosan, la communication de ce dernier acte, qui avait échappé aux recherches de Beffara. Ardent et érudit investigateur des Archives de Paris et du département de Seine-et* Oise, M. Parent de Rosan, comme M. A. Jal, a bien touIu aeitesaaiBir en ma faveur de quelques-unes de ses découvertes.

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