Document n"* VI, à la^ate du 6 novembre
aussi la veuve de Molière se vit-elle refuser par Tarchevèque la permission qui avait été accordée un an auparavant pour sa sœur Madeleine. Le corps de Molière ne put entrer dans l'église où il avait reçu le baptême; il fut seulement permis au curé de Saint-Eustache < de donner la sépulture ecclésiastique au corps du défunt Molière, dans le cimetière de la paroisse, > à condition néanmoins que ce serait sans aucune pompe, et avec deux prêtres seulement, et hors des heures du jour et qu'il ne se ferait aucun service solennel pour lui « ni dans ladite paroisse Saint-Eustache , ni ailleurs. » Quatre jours après la mort de Molière, le mardi 21 février 1673, Ton fît sur les neuf heures du soir, dit une relation du temps, % le convoi de Jean-Baptiste Poquelin Molière, tapissier valet de chambre, illustre comédien, sans autre pompe, sinon de trois ecclésiastiques; quatre prêtres ont porté le corps dans une bière de bois, couverte du poêle des tapissiers, six enfants bleus portant six cierges dans six chandeliers d'argent, plusieurs laquais portant des flambeaux de cire blanche allumés. Le corps pris rue de Richelieu, devant l'hôtel de Crussol, a été porté au cimetière de Saint-Joseph, et enterré au pied de la croix. Il y avoit grande foule de peuple et Ton a fait distribution de mille à douze cents livres aux pauvres qui s'y sont trouvés, à chacun cinq sols*. » ■ •
Des trois enfants de Molière, il ne restait qu'une fille âgée de sept ans et demi au moment de la mort de son père. Par acte du Châtelet, en date du 4 mars 1673, Armande Béjard avait été nommée tutrice de sa fîUe, et André Boudet, oncle paternel de l'enfant, subrogé tuteur. Le 13 mars suivant, fut commencé en leur présence l'inventaire fait à la conservation des droits de la veuve et de la fille mineure par les notaires Levasseur et Beaufort, et par l'huissier-priseur Jacques
1. Cette relation sans signature, faite Pour monsieur Boyvtn, prêtre^ docteur en théologie à Saint-Joseph a été publiée par M. Benjamin Fillon dans ses Considérations historiques et artistiques sur les monnaies de France 1851, in-8, page 193. • '
Taconnet*. Il ne fallut pas moins de six journées pour répertorier « tous les biens meubles, ustensiles d'hôlel, or et argent monnoyé, lettres, papiers et enseignements, » délaissés après le décès de Molière. Trois séances sont remplies par la description et l'estimation des objets « trouvés et étant es lieux que lesdits sieur et damoiselle occupoient, » rue Richelieu ; une quatrième vacation est employée à inventorier « les meubles étant en une maison > sise au village d'Auteuil, appartenant au sieur deBeaufort « et en laquelle ledit feu sieur Molière occupoit un appartement; » les deux dernières journées sont consacrées à analyser les papiers et à constater les créances et les dettes de la communauté. Dans cet inventaire, les titres et papiers ne sont pas les seuls « enseignements, » et le moindre ustensile peut avoir son utilité pour les biographes de Molière. On éprouve, en lisant cette longue énumération, le même sentiment de curiosité et de tristesse à la fois qui vous saisit, lorsque, un catalogue de vente à la main, on entre dans une maison où sont mis à l'encan, dans un désordre pénible à voir, les meubles, les objets de Joute sorte à Tusage intime de celui qu'on aimait ou qu'on admirait. Dès les premiers pas qu'on fait chez Molière, on rencontre la servante populaire, Renée Vannier, dite Laforêt, qui demeure avec la veuve « comme elle faisoit avant le décès dudit défunt; > elle et une autre fille de chambre, Catherine Lemoyne, sont chargées de montrer et de mettre en évidence tout ce qui passe sous les yeux de l'huissier-priseur; les pauvres servantes ne savent, bien entendu, ni écrire, ni signer. L'inventaire de Molière n'apprend pas, il est vrai, si le poète était aussi malheureux dans son intérieur que le veut la tradition, mais que d'aperçus nouveaux résultent de cette visite familière et même indiscrète; quelques pages de plus dans l'inventaire, une analyse moins rapide de certains articles, des livres surtout, et l'enseignement serait complet. Depuis la cuisine jusqu'au grenier on regarde