‹ Recherches sur Molière et sur sa familleChapitre 59 sur 165 · II. Cotes quatorze et vingt · texte numérisé non relu

II. Cotes quatorze et vingt

que Grimarest lui attribuait. C'était sans douté ce qu'il gagnait par année, mais il était loin d'en avoir le capital.

Les dettes de la comunauté déclarées par Armande Béjard à la fin de l'inventaire, s'élèvent à près de trois mille livres; mais parmi ces dépenses une grande partie doit être attribuée à la veuve de Molière, qui avait dû manquer d'argent après la mort de son mari, puisqu'elle déclare devoir à sa sœur une centaine de livres et à Boudet « ce qu'il justifiera par ses mémoires. » Il y a d'abord les frais du deuil, puis une longue suite de fournisseurs et de marchands : épicier, pâtissier, rôtisseur, franger, lingère, tailleurs, brodeur, couturière , perruquière , serrurier, ébéniste, etc. Parmi ces créanciers nous distinguerons seulement, « la damoiselle Laforèt, tapissière » dont le nom rappelle le sobriquet don- * né à la servante de Molière, et les sieurs « Frapin et Dupré, I apothicaires » que Molière avait dû appeler souvent chez lui, ^ malgré le rôle que jusqu'au dernier moment il faisait jouer |. à leur corporation siir son théâtre. Il est dû aussi « à Catherine et Laforêt, les servantes, le reste de leurs gages. »

Si l'on cherche à résumer cet inventaire en s'en tenant aux chiffres qu'il renferme, on trouve que Molière laisse en meubles, linge, habits, livres, argenterie, deniers comptants, etc., une valeur d'environ ..• 18 000*

Il est dû à la succession, en y comprenant les dix mille livres réclamées par la veuve aux héritiers Poquelin, un peu plus de 25 000

Total 43000

Les dettes s'élèvent à près de 3000

L'actif de la succession est donc de 40 000 '*

ou deux cent mille francs d'aujourd'hui et, si l'on tient compte de la dépréciation, cette somme peut s'élever à trois cent mille francs.

L'inventaire de Molière est terminé le 20 mars et tout le contenu en est confié à « ladite damoiselle veuve Molière qui

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s'en est chargée pour le tout représenter à qui et quand besoin sera. » Il nous reste maintenant à connaître le sort de cette succession, mais les documents qui vont nous servir à la suivre pendant plus de soixante ans n'offriront guère que des affaires d'intérêt où le nom de Molière ne figurera qu'incidemment. Néanmoins, ces documents apporteront encore des rectifications et des renseignements utiles à connaître, et sans eux le hasard seul aurait pu révéler les pièces beaucoup plus importantes que nous avons examinées jusqu'à présent. Lulli avait profité de la mort de Molière pour obtenir de Louis XIV la salle du Palais Royal afin d'y établir l'Opéra ; les comédiens privés de leur chef n'avaient pu résister et Lulli rendit alors à la veuve de Molière, les onze mille livres qui lui avaient été prêtées trois ans auparavant*. Le lendemain de cette restitution, le 23 mai 1673, Armande Béjard et ses camarades louaient une salle construite c dans le jeu de paume situé dans la rue de Seine, au faubourg Saint-Germain, ayant issue dans ladite rue et dans celle des Fossés de Nesle (rue Mazarine), vis-à-vis la rue Guénégaud^. » L'illustre Théâtre avait débuté non loin de là trente ans auparavant et des premiers associés de Molière il ne restait plus que Geneviève Béjard ; la troupe dont elle continuait à faire partie, réunie par ordre du Roi à celle du Marais, allait désormais s'appeler « troupe de Thôtel Guénégaud. » Le 26 juillet, Armande Béjard cède l'appartement dans lequel Molière était mort, en transportant le bail fait à Baudellet pour une partie de sa maison, au comte de la Marck, maréchaVde camp et colonel du régiment de Picardie*. Le 16 août suivant la veuve de Molière, Jean-Baptiste Aubry et Geneviève Béjard, louent pour y demeurer ensemble une maison « sise rue de Seine, appelée YMtel d'Arras » en se réservant le

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