‹ Recherches sur Molière et sur sa familleChapitre 80 sur 165 · Idem, page gly · texte numérisé non relu

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ques décourageantes , il suffit de citer ce qu'écrivait récemment M. Sainte-Beuve * :

< Avec les Anciens, on n'a pas les moyens suffisants d'observation. Revenir à l'homme, l'œuvre à la main, est impossible dans la plupart des cas avec les véritables Anciens, avec ceux dont nous n'avons la statue qu'à demi brisée. On est donc réduit à commenter l'œuvre, à l'admirer, à rêver l'auteur et le poète à travers. On peut refaire ainsi des figures de poètes ou de philosophes, des bustes de Platon, de Sophocle ou de Virgile, avec un sentiment d'idéal élevé; c'est tout ce que permet l'état des connaissances incomplètes, la disette des sources, et le manque de moyens d'information et de retour. Un grand fleuve, et non guéable dans la plupart des cas, nous sépare des grands hommes de l'Antiquité. Saluonsles d'un rivage à l'autre.

« Avec les modernes, c'est tout différent ; et la critique qui règle sa méthode sur les moyens, a ici d'autres devoirs. Connaître et bien connaître un homme de plus, surtout si cet homme est un individu marquant et célèbre, c'est une grande chose et qui ne saurait être à dédaigner.

« S'agit-il d'étudier un homme supérieur ou simplement distingué par ses productions, un écrivain dont on a lu les ouvrages et qui vaille la peine d'un examen approfondi? Comment s'y prendre, si l'on veut ne rien omettre d'important et d'essentiel à son sujet, si Ton veut sortir des jugements de l'ancienne rhétorique, être le moins dupe possible des phrases, des mots , des beaux sentiments convenus, et atteindre au vrai comme dans une étude naturelle?

« Il est très- utile d'abord de commencer par le commencement, et, quand on eil a les moyens, de prendre l'écrivain supérieur ou distingué, dans son pays natal, dans sa race. Si l'on connaissait bien la race physiologiquement, les ascen-

1. Dans le Constitutionml du 22 juillet 1862. — Chateaubriand jugé par un ami intime en 1803.

RECHERCHES SDR MOLIÈRE. 121

dants et ancêtres, on aurait un grand jour sur la qualité secrète et essentielle des esprits; mais le plus souvent cette racine profonde reste obscure et se dérobe. Dans les cas où elle ne se dérobe pas tout entière, on gagne beaucoup à l'observer.

« On reconnaît, on retrouve à coup sûr l'homme supérieur, au moins en partie, dans ses parents, dans sa mère surtout, cette parente la plus directe et la plus certaine; dans ses sœurs aussi, dans ses frères, dans ses enfants mêmes. Il s'y rencontre des linéaments essentiels qui sont souvent masqués, pour être trop condensés ou trop joints ensemble dans le grand individu ; le fond se retrouve , chez les autres de son sang, plus à nu et à Tétat simple : la nature toute seule a fait les frais de l'analyse. Cela est très-délicat et demanderait à être éclairci par des noms propres, par quantité de faits particuliers. »

Tel est l'enseignement, tels sont les conseils que nous recevons aujourd'hui de nos maîtres, de nos amis, conseils que nous sommes fiers de suivre en étudiant Molière dans sa race, dans sa mère, dans ses parenls, dans ses sœurs, dans sa fille, et en apportant, pour aider à préciser la vérité des faits, non pas des mots ou des sentiments convenus, mais des preuves matérielles d'un caractère incontestable.

On doit à M. J. Taschereau, aujourd'hui directeur et administrateur général de la Bibliothèque impériale, d'avoir adopté, dès le principe et sans aucune restriction, les découvertes de BefTara, et d'avoir soutenu leur authenticité contre les attaques réitérées du marquis de Fortia. Dans les trois éditions de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière sont entrés successivement les nouveaux documents ajoutés par Beffara à ses premières recherches, et quelques années après la mort de cet investigateur passionné pour la mémoire de Molière , M. Taschereau lui a rendu un juste et dernier témoignage de reconnaissance : Les notes que Beffara nous a léguées, dit M. Taschereau dans la préface de sa troisième édition donnée en 1844, « nous ont servi à bien déterminer

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plus d'un point indécis, à compléter plus d'un renseignement imparfait, à éviter, à relever plus d'une erreur. La mort a pu frapper ce travailleur infatigable etconsciencieux^ mais elle n'a pu l'empêcher d'être, encore après elle, utile à l'histoire littéraire. »

Les Notes historiques sur la vie de Molière^ par M. Bazin, publiées d*abord dans la Revue des Deux Mondes j puis par M. Paulin Paris, qui avait hérité, en 1850, du manuscrit corrigé et augmenté par l'auteur, ont, depuis leur apparition, exercé une profonde influence sur tous les écrivains qui se sont occupés de Molière. Le travail de M. Bazin a eu surtout pour résultat de condamner à jamais certaines allégations que l'on avait continué à adopter avec trop de crédulité; mais en prenant pour base de la vie de Molière la préface de l'édition de 1682 attribuée à la Grange et Vinot, qu'il considère comme des biographes < en quelque sorte testamentaires, » M. Bazin a conclu d'une manière trop absolue en disant de cette préface : « Là et presque nulle part ailleurs se trouvent encore aujourd'hui les seuls renseignements certains que l'on puisse accepter, les seuls peut-être, et cette conjecture est sérieuse, que Molière ait voulu laisser au public. »

La brochure de M. Péricaud, Molière à Lyon^ les découvertes faites à Vienne, à Narbonne, etc., l'Histoire des pérégrinations de Molière dans le Languedoc, ^ par M. Emmanuel Raymond, ont prouvé qu'il n'était pas impossible de retrotiver lea traces laissées par Molière dans les anciennes provinces delaJVance.

hd Leœique comparé de la langue de Molière^ par M. Génin, les travaux de MM. Truinet et Paringault sur Molière avocat, et sur la langue du droit dans son théâtre, le livre de M. Maurice Raynaud, les Médecins au temps de Molière, ont apporté des éclaircissements spéciaux pour comprendre et pour annoter les œuvres du poète.

L'histoire de la troupe de Molière s'est augmenté de beaucoup de faits intéressants , grâce aux travaux publiés par MM. Taschereau, Paul Lacroix et SoleiroL

D'autres publications relatives à Molière et à ses œuvres sont sur le point de voir le jour : M. Edouard Poumier annonce qu'il réunira et qu'il complétera bientôt sous le titre de Molière au Maire et chez lui les articles pleins d'ingénieux aperçus et de piquantes révélations qu'il a disséminés depuis plusieurs années dans les journaux et dans les revues. L'intelligent administrateur général du Théâtre-Français, M. Edouard Thierry, nous fait espérer l'impression prochaine des manuscrits de la Grange et de la Thorillière, conservés dans les archives de la comédie française. Plusieurs éditions de Molière vont suivre celles qui ont été données récemment par MM. Charles Louandre, Philarète Ghasles, Félix Lemaistre et Brière. Les recherches dont se compose le présent volume ont le même but; elles ne sont que le commencement d'un travail approfondi destiné à^figurer dans Les Grands Ecrivains de la France , cette sérieuse et correcte collection de nos classiques, publiée sous la savante et paternelle direction de M. Adolphe Régnier, membre de l'Institut. Tout fait donc espérer que, grâce au mouvement d'émulation qui se fait de plus en plus autour du nom de Molière, il sera enfin possible, moins de deux siècles après la mort de notre grand poëte comique, de résumer en quelques pages ou d'apprécier dans toute son étendue l'histoire de sa vie et de ses œuvres, en ne s'appuyant que sur des faits positifs et soumis au contrôle de la plus scrupuleuse critique.

1621. — 22 février.

COHTRAT DE HARIAGE ENTRE JEAN POQUELIN ET HABIE CRESSë.

Minutes de M* Chapeilier.

Par devant Nicolas JoUy et Vincent Collé, notaires gardenotes du Roi notre sire en son Ghâtelet de Paris , soussignés , furent présents et comparurent personnellement : honorable homme JeanPoquelin *, marchantL tapissier à Paris, y demeurant, rae Saint-Honoré , paroisse Saint-Ëustache, assisté de Jean Poquelin, son père, aussi marchand tapissier, bourgeois de Paris , et Agnès Mazuel ■, sa femme , demeurant rue de la Lingerie, dite paroisse, pour lui et en son nom, d'une part ; et honorable homme Louis de Grosse , aussi marchand tapissier, bourgeois de Paris , et Marie Asselin , sa femme , de lui autorisée pour l'efTet qui ensuit, demeurant au marché aux Poirées, dite paroisse Saint-Eustache , stipulant en cette partie pour Marie de Cressé*, leur fille, à ce présente de son vouloir et consentement d'autre part. Lesquelles parties, volontairement, en la présence et par l'avis de leurs parents et amis ci-après nommés , pour ce assemblés de part et d'autre, savoir: de la part dudit Jean Poquelin fils, de sesdits père et mère , Daniel Grespj, marchand plumassier, bourgeois

1. n était né en 1595, suivant la Généalogie de Molière , publiée par M. Àuger, d'après Beffara.

2. Suivant Beffara, ils avaient été fiancés et mariés les 19 juin et 11 juillet 1594; le grand-père de Molière mourut le 14 avril 1626.

3. Elle avait été baptisée à la paroisse de Saint-Eustache, le 2 mai 1601, dit Beffara, p. 6, de sa Dissertation.

de Paris, oncle maternel; Toussaint Périer, marchand linger à Paris, beau-frère à cause de sa femme'; honorable homme Marin Gamard, maître tailleur d'habits à Paris, aussi beau-frère à cause de sa femme * ; et de hoilorable femme Claude le Vasseur, veuve de feu Jean Mazuel, vivant violon ordinaire du Roi *, tante à cause dudit Mazuel, son mari; et de la part de ladite damoiselle fille : de honorable homme Jean Autissier, juré du Roi en œuvres de maçonnerie, oncle maternel à cause de sa femme ; Noôl Mestayer, marchand bonnetier à Paris ; honorable homme Sébastien Asselin, marchand tapissier à Paris, oncles paternels à cause de leurs femmes ; Denise Lescacheux, aïeule maternelle * ; Louise Asselin, veuve de feu Simon Lescacheux , tante; Denis Tosteré, marchand lapidaire, bourgeois de Paris; et de Thomas Dupont, marchand de fer, cousins; reconnurent, confessèrent et confessent avoir fait , firent et font entre elles de bonne foi , les actes de mariage , dons , douaires , conventions , promesses et obligations qui ensuivent : c'est à savoir ledit Louis de Cressé et sadite femme avoir promis et promettent bailler et donner ladite Marie de Cressé, leur fille, audit Jean Poquelin fils, par nom et loi de mariage, et icelui faire et solenniser en face de notre mère sainte Église, le plus tôt que faire se pourra, avisé et délibéré sera entre eux, si Dieu et notre mère sainte Église s'y consentent et accordent, etc. Seront les futurs époux communs en tous biens, meubles et conquéts immeubles, au désir de la coutume de Paris; toutefois ne seront tenus des dettes l'un de l'autre, faites et créées auparavant la consommation dudit futur mariage, ains si aucunes y a se payeront par celui qui les aura faites et sur son bien; en faveur duquel mariage lesdits Louis de Cressé et Marie Asselin, sa femme, de lui autorisée comme dit est, ont promis, seront tenus, promettenf et s'obligent Tun pour l'autre et chacun d'eux seul pour ce faire, sans division ne discussion, renonçants, etc., bailler et donner auxdits futurs époux, dedans la veille de leurs épousailles, la somme de deux mille deux cents livres tournois, savoir dix-huit cents livres en deniers comptants et le surplus en meubles, habits et linge à l'usage de leurdite fille , et ce en avancement d'hoirie venant par elle à leurs successions futures; de laquelle somme en entrera en leur future communauté la moitié, et le surplus demeurera propre à ladite future épouse et aux siens de son côté et ligne; comme aussi lesdits Jean

1. Il avait épousé en 1615 Jeanne Poquelin, fille de Jean et d'Agnès Mazuel. {Généalogie de Molière, publiée par M. Auger, d'après Beffara.)

2. Il avait épousé en 1618 Marie Poquelin, autre fille de Jean et d'Agnès Mazuel. (Ibid.)

3. Son fils, Jean Mazuel, était aussi violon ordinaire de la chambre du Roi, en 1624. (Minutes de M* Turquet,)

4. Elle fut la marraine de Molière. {Dissertation sur Molière, par Befl'ara, page 6.)

Poquelin et Agnès Mazuel, sa femme, de lui autorisée pour Teffet des présentes, père et mère dudit futur époux, ont certifié et certifient appartenir audit futur époux la somme de deux mille deux cents livres, desquelles il y a deux mille livres dont ils ont fait don audit futur époux en avancement d^hoirie de leurs successions futures et deux cents livres provenant du gain fait par ledit futur époux, lesquelles deux mille deux cents livres consistent à présent en la marchandise et meubles qu'il a en sa boutique, et dont sera fait état et inventaire auparavant la célébration dudit mariage, en la présence et si bon semble audit de Grosse et sadite femme; de laquelle somme de deux mille deux cents livres pareillement en entrera en ladite communauté la moitié, et l'autre demeurera propre audit futur époux. Et partant a ledit futur époux doué et doue ladite fille sa future épouse de la somme de sept cent cinquante livres tournois en douaire préfix pour, une fois payée, ou du douaire CQutumier à son choix et option, à ravoir et prendre etc., sur tous et chacuns les biens dudit futur époux qu'il en a chargés, affectés, obligés et hypothéqués à fournir et faire valoir ledit douaire préfix, etc., duquel elle jouira à ses cautions juratoires, sans qu'elle soit tenue bailler autres cautions, encore qu'elle convolât en secondes ou autres noces. Le survivant desdits futurs époux aura et prendra par préciput, et avant aucun partage être fait avec les héritiers du premier décédé, des biens de leur communauté qu'ils font réciproquement, jusques à la somme de trois cents livres, selon la prisée de l'inventaire et sans crue, ou ladite somme en deniers au choix dudit sui*viyant. S'il est vendu, aliéné ou racheté quelques héritages ou rentes propres auxdits futurs époux ou [à] l'un d'eux, les deniers en provenant seront remployés en autres héritages ou rentes, pour sortir pareille nature de propre à celui duquel ils seront procédés; et si, au jour de la dissolution dudit mariage, il ne se trouvoit fait, les deniers seront repris sur les biens de ladite communauté, et, s'ils ne suffisent, pour le regard de ladite future épouse seront repris sur le propre dudit futur époux. Sera loisible et permis à ladite future épouse d'accepter ou renoncer à ladite communauté, et, en cas de renonciation, reprendre par elle franchement et quittement tout ce qui se trouvera avoir été par elle apporté à sondit futur époux, sondit douaire et préciput et propre ci-desssus, et tout ce qui lui sera advenu et échu par succession, donation ou autrement, sans être tenue d'aucunes dettes ou hypo* thèques, encore qu'elle y eût parlé et s'y fût obligée, dont les héritiers dudit futur époux seront tenus l'acquitter et garantir ; et de plus a été ledit futur époux par sesdits père et mère certifié et déclaré franc et quitte de toutes dettes et hypothèques jusques au jour de ses épousailles. Car ainsi a été accordé entre lesdites parties, promettant, etc.

Faitet passé en la maison desdits de Gressô et sa femme,* dessus

déclarée, après midi, l'an mil six cent yingt-oii, le vingt-detixième

jour de février, et ont signé :

LoutsdeCressé*.

Jehan Poquelin.

Marie Asselin.

Agnes Mazuet.

Crbspy.

Jehan Poquelin*.

Marie Gressé.

M. Gamard.

T. Perier.

Denise Lescachkux.

AUTISSIER.

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