DE LA CHEF-VILLE
A touts et chascuDs qui ces nostrcs lettres verront et liront faisons foy et attestons comme dans les livres de Tillustre peuple romain, gardé dans Tbostel du Gapitole et reposants soubs le greffier du sacré sénat (auxquels anciennement estoient et encore à présent sont annotées et enregistrées les décretz que le sacré sénat est aecoustumé de donner aussy bien que les noms et surnoms de ceux qui estants très affectionnés au nom romain et très dignes à cause de la réputation et splendeur de leur famille par les
(1^ Cette pièce n'a été encore, que je sacbe, mentionnée que par Haenel dans son Catalogue des manuscrits qui se trouvent dans les principales bibliothèques d'Europe. L'article qui la concerne est ainsi conçu : a Lettres « patentes du sénat et peuple romain par lesquelles Michel de Montaigne « est créé citoyen noble et patricien romain. » Cette rédaction avoit fait croire à quelques personnes que cette pièce étoit l'original de la bulle de bourgeoisie ; il n'en est rien : c'est tout simplement la traduction d'une expâition délivrée un siècle plus tard à quelque collatéral.
Ce qui porte à penser que c'est un neveu qui a dû commander cette traduction, c'est l'interprétation donnée au mot unique qui, dans le latin, désignoit la descendance de Montaigne ; en effet, l'acte original porte ipsum posterosque^ la versioi\ françoise paraphrase et dit : ensemble avec toits ses enfants, neveu-x, descendants^ et successeurs en perpétuité et en infini. Cette expédition, d'ailleurs, n'a. été faite qu'un siècle après l'obtention du titre par Montaigne : ce qui explique la différence de noms des fonctionnaires ; enfin, le traducteur, après avoir donné à ce qui se rapporte k la descendance une extension que le texte ne comportoit pas, supprime les phrases les plus honorables ppur Montaigne , celles que l'héritier du sang auroit respectées par-dessus tout : « In quo censere senatum P. Q. R. se « non tam illi jus civitatis largiri quam debitum tribuere, neque magis be- « neficium dare quam ab ipso accipere, qui hoc civitatis munere accipiendo " singulari civitatem ipsam omamento atque honore aftecerit. »
Tout ce qui précède semble donc bien désigner un neveu qui aura voulu s'adjuger le bénéfice de la bourgeoisie, et j'ai fait remarquer que les armes qui sont en tête de ce petit in-/^" portent les mêmes pièces que celles de Montaigne, mais disposées d'une manière différente ; la devise même quj fait allusion au nom de Montagne est autre (la vertu veult monter). Il y a donc en ce point un petit mystère de famille à éclaircir.
Cette pièce se trouve à la bibliothèque de l'Arsonal*.
mériies de leur propre vertu et excellents en vertu et noblesse, on açavoit et sçait avoir rendu, ou estre capable de rendre un Jour des grands services et servir d'ornement à nostre république par le haut jugement et bonne affection du sénat et peuple romain à Texemple et appuyé par l'autorité de ces ancêtres par une coustume digne d'estre imitée, et observée, estoient, et le temps présent sont, crées citoyens romains reçues en la ville de Rome et donnés et honorés des droits et privilèges de la même ville). On trouve que le idii" jour du mois de mars de Tan de la fondation de la ville ijm iij" trent et un, de la nativité de Nostre Seigneur nv*" quatre-vingt et un, entre les devants dits citoyens romains excellents en vertu et noblesse en semblable manière at esté admis, associé, annoté et reçeu par la munificence de la ville comme citoyen romain, le très-illustre homme seigneur Michel du Montagne, chevalier de Saint-Michel et gentiihôe de la chambre du roi très-chrétien, très-affectionné au nom romain, très-digne par la réputation et splendeur de sa famille, par les mérites de ses propres vertuz et très-cher à cest illustre peuple, etc., ensemble avecq touls ses enfants, nepveux, descendants et successeurs en perpétuité de manière que lui et tous ses devant dits successeurs en infiny, sont et doivent estre ornés et donnés de tous privilèges, grâces, inmiunitez, rémunération, honneurs et prérogatives accoustumés dont usent, jouissent et lesquels ont ou possèdent tous ceux qui sont nés ou crées de très bon droit citoyens, nobles et patriciens romains, comme il appert plus amplement es dits livres auxquels, etc. En foy et tesmoi^age desquelles choses avons fait depescher ces présentes, nos lettres testimoniales, les sééller du séel accoustumé de la ville et signer par le greffier du sacré sénat et peuple romain, du Capitole> l'an de la fondation de la ville iji° iiij* quarant et un et de la rédemption du monde xvi* quatre vingt et noeuf, le vij* jour du mois de may et estoient les dittes lettres soubsignées Sanctis Randaninus, sacri senatus populique romani scriba et sécllées du séel de la ditte chef-ville de Rome y imprimé en hostie vermeille couvert de papier.
Au dos estoient escrites côe s'ensuit :
Au nom de Notre Seigneur, amen. Par ce présent instrument publicq de reconnoissanpe, demain apparoisse partout à un chascun évidemment et soit notoire que Tan de la nativité salutaire du mesme Ntre seigneur Jésus-Christ xv!*" quatre-vingt et noeuf, Tindiction xij, le xiiij jour du mois de may et du pontificat du très sainct Père en Dieu (*t Notre seigneur seign*^ Innocent par la providence divine, pape onziesme, l'an xiij«, en présence de moy, etc., et des témoings, etc., présent et personnellement comparant, le cy derrière soubsigné très illustre seign' Sanctis Randaninus, greffier du sacré sénat et peuple romain, à mo^, etc., bien cognu, at sans constrainte, etc., et entoutte meilleure manière, etc., par serment ayant touché, etc.,recognu comme il recognoit,elc., sa maim, lettres, caractère, soubscriptiori , cy derrière soubscrits avecq le seel respectivement en forme et at par semblable serment affirmé touttes et chascunes choses contenues dans les cy derrière escrites lettres testimoniales avoir esté et estre vrayes et ainsy, etc., non-seulement, etc., mais en toutte, etc., sur quelles choses devant dittes at esté requis de moy notaire publicq soubsigné que je metteray en forme ce présent instrument publicq de recognoissance de main comme je l'ay mise en forme et baillé à ce ayant esté requis et prié. Fait à Rome dans rhostel du Capitole, en présence, etc., des sieurs Antoine Maria Franceschetto, fils de feu Jean-Baptiste, et Ambroise Ursino, fils de Jean- Francois Ambedeux. Romains, comme tesmoings à touttes et chascunes choses devant dittes appeliez et spécialement requiz, etc.
Embas estoient escrit et soubsigné côe s'en suit :
Pour le s' Jean Maria Antonetto Sabino, notaire publicq, des causes de rhostel du Capitole ay je Bartholomé Antonettus admis en son office de notaire par l'autorité apostolique soubsigné et publié ce présent instrument ^ ce ayant esté requis* en foy, etc., et estoient cachette en la mai-ge du
cachet du susdit s' Jean Maria Antonettus, notaire publicq des causes de l'hostel du Capitoley imprimé.
Plus bas estoit escrit comme .s*en suit :
Nous, à présent conservateurs de la chambre de la chef-ville, à tous faisons foy et attestons que le susdit sieur Jean Maria Antonettus, aux choses devant dittes requis at esté et est notaire publicq, authentique, leal et digne de foy, et que le susdit s' Bartholomé Antonettus qui pour luy s'at soubsigné et publié Tinstrument cy devant mis et le respectif cy derrière soubsigné sieur Santis Randaninus sont tels qu'ils se qualifient et qu'à leurs escrits publicqft aussy bien que privés et à ceux semblables at tous jours esté donné et se donne encore entière et indubitable foy, etc. , en foy des(|uelle8 choses, etc. Donné à Rome de noatre hostel du Gapitole ce quatomesme Jour du mois de may de Tan xvi" quatre-vingt et noeuf.
Embas estoit escrit pour le s' secrétaire. S' S' le notaire du collège de l'hostel du Gapitole soubsigné iEmilius Zettus ejusdx curiœ N. etc., et seellé en la marge du seil de la sus ditte chef-ville de Rome y imprimé en hostie vermeille couvert de papier.
Geste copie translatée de son originel couché en langue latine, escrit en parchemin, daté, signé, seellé et cacheté conuneldessus est trouvée avecq icelluy accorder en substance et selon le sens par moy Matthias Vander Spict, notaire et tabellion publicq, admis par le souverain conseil de sa Majesté Gatholique ordonné en son pays et duché de Brabant, résident à Bruxelles, ce dix-hufctième Jour du mois de Januier de Tan xvi* nouant et deux
Quod attester.
M. Vander Spict, nota.
Nous bourgemaistreseschevins et conseil de la ville de Bruxelles, certifions et attestons par cestes à tous ceux qu'il appartiendrat, que M^^Mathias Vander Spict ayant translaté, autenticqué et signé l'instrument cy diwant escrit est notaire publicq lealet fidel et qu'aux escrits par luy ainsy signés l'on donne entière foy et créance tant en Jugement que dehors. En foy de quov avons fait signer ceste par un de nos secrétaires et seeller du seel de la d* ville. Fait le dix noeufiesme Jour du mois de Janvier de l'an xvi* nouant et deux.
(Signature masquée par le timbre de la Bibliothèque.)
On trouve le texte de la bulle romaine dans toutes les éditions des Essais (liv. m, ch. ix), mais il est assez surprenant que les éditeurs qui ont donné la traduction des citations en langues étrangères n'aient pas eu ridée de traduire cette pièce ; M. GrOn ne le fait pas non plus ; seul, M. Leclerc a comblé cette lacune, et Je ne crois pouvoir mieux faire <)ue de reproduire ici sa traduction qui fera d'autant mieux ressortir Vinfidelité de l amplification qu'on vient dé lire.
« Sur le rapport fait au sénat par Orazio Massimi, Marzo Gecio, Alessandro Muti , conservateurs de la ville de Rome, touchant le droit de cité romaine à accorder à l'illustrissime Michel de Montaigne, chevalier de l'ordre de Saint-Michel et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi très-chrétien , le sénat et le peuple romain a décrété :
« Gonsidérant que par un antique usage ceux-là ont toujoum été adoptés parmi nous avec ardeur et empressement qui , distingués en vertu et en
noblesse, avoient servi et honoré notre république ou pouvoient le faire un Jour : nous, pleins de respect pour l'exemple et Tautorité de nos ancêtres, nous croyons devoir imiter et conserver cette louable coutume. A ces causes riUustrissime Michel de Montaigne, chevalier de Tordre de Saint-Michel et gentilhomme ordinaire de la chambre du roi très-chrétien, fort zélé pour le nom romain, étant par le rang et Téclat de sa famille et par ses qualités personnelles, très-digne d'être admis au droit de cité romaine par le suprême jugement et les suffrages du sénat et du peuple romain; il a plu au sénat et au peuple romain que l'illustrissime Michel de Montaigne, orné de tous les genres de mérite et très cher à ce noble peuple, fût inscrit comme citoyen romain, tant pour lui que pour sa postérité , et appelé à jouir de tous les honneurs et avantages réservés k ceux qui sont nés citoyens et patriciens de Rome, on le sont devenus au meilleur titre. En quoi le sénat et le peuple romain piense qu'il accorde moins un droit qu'il ne paye une dette, et que c'est moins un service qu'il rend qu'un service qu'il reçoit de celui qui, en acceptant ce droit de cité, honore et illustre la cité môme. Les conservateurs ont fait transcrire ce sénatus-consulte par les secrétaires du sénat et du peuple romain, pour être déposé dans les archives du Gapitole, et en ont fait dresser cet acte muni du sceau ordinaire de la ville, l'an de la fondation de Rome 2331, et de la naissance de J.-G. 1581, le 13 de mars. »
Orazio Fosco, Secrétaire du sacré sénat et du peuple romain ;
VlNCElfTB MARTOLI,
Secrétaire du sacré sénat ntdu peuple romain.
Emptaetmmt de rhabitaUon de Montaigne , à BoniMuc , tUflartdu Hd.
Imprimerie Mauldb et Renou , rue de Rivoli , 144.
M. Grûn , qui a enduré patiemment vingt articles insérés dans les journaux politiques ou les Revues les plus répandus, articles qui ont passé sous les yeux de plus d'un million de lecteurs, articles dans lesquels la louange a dépassé les limites du possU)leet de Thyperbole, M. Grûn n'a pu supporter avec la même résignation l'examen assurément fort modéré ({ue j'ai fait de son livre, examen que j'ai confié à un recueil qm s'adresse à quelques centaines d'amateurs, et dans lequel j'avois fait abandon complet de mes griefs personnels, ce qui ne veut pas dire que je n'en eusse pas à produire.
M. Grûn acru devoir adresser au Bulletin du Bibliophile une lettre trop caractéristique pour que je ne lui donne pas la plus grande publicité. Il s'agissoit de son ouvrage, il parle de mes publications, de ses erreurs, il parle des miennes, j'ai regretté l'emploi qu'il a fait d'un incontestable talent , il me dit jaloux, et tout cela après m'avoir écrit peu de jours auparavant au sujet de ce môme article : « Je suis moins flatté de vos éloges que satisfait a de vos critiques, on m'a parlé avec plus de bienveillance, on u ne m* a rien dit d'aussi utile..., vous avez signalé des erreurs
« de fait et comblé des lacunes importantes^ Enfin, ce qui
<ç achève de me prouver yue j'ai eu raison^ (d'écrire la vie de « Montaigne) c'est que si je n'avois pas fait mon livre vous n'au' « riez pas fait votre article. > Evidemment quelqu'ami malveillant de M. Grûn a jeté & son insçu du fiel dans son écritoire !
Voici la lettre en question :
Monsieur,
Vous avez publié , dans le dernier numéro du Bulletin du Bibliophile, un article où M. le docteur Payen décharge toute une année de mauvaise humeur contre l'ouvrage que j'ai eu la témérité de publier sur Montaigne, et qui a eu le tort de réus^ sir. Je réfuterai en temps et lieu celles de ses critiques qui méritent une réponse; mais je dois protester immédiatement contre un de ses reproches, que ne me feront certes pas ceux qui auront lu mon livre. Pour ceux seulement qui ne me connois^ sent pas, j'ai besoin de déclarer que j'ai rendu pleine justice aux auteurs qui se sont occupés de Montaigne avant moi. J'ai
Eroclamé et je répète que , sans leurs travaux, je n'aurois eu ni I liberté ni même la pensée de faire mon ouvrage; j'ai cité tous les écrits de quelque valeur dont j'ai eu connoissance. U est vrai que j'ai eu l'occasion de relever de nombreuses erreurs ; au lieu de s'en plaindre, M. Payen devroit m'en remercier. Son amour pour Montaigne et pour la vérité me fait regretter de n'avoir pas signalé tous les endroits où il s'est trompé (1) ; c'est un service que, le moment venu, je lui rendrai complètement.
Veuillez agréer l'expression de mes sentiments distingués,
A. Grun.
(1) n faut avoir une foi bien robuste dans Vindéfférence de son lecteur pour l'entretenir des erreurs des autres, quand soi-mâme on lui en a pré-
J'ai adressé aa Bulletin les lignes suivantes :
Le dernier numéro du Bulletin contient deux lettres relatives à Tarticle que j'ai récemment publié sur Montaigne. L'une est de M. Philarëte Ghasles, et l'ingénieux professeur du Collège de France a cm devoir répondre à une critique qui, dans ma pensée, et'adressoit exclusivement à H. Grûn ; mais M. Ghasles porte dans ses relations privées les habitudes du haut enseignement dont il est chargé, et il m'apprend ce que j'ignprois en des termes où la plus exguise courtoisie le dispute à réî\idition. Je l'ai déjà remercié directement, je suis heureux de trouver Toécasion de le faire en public.
Quant à la lettre de H. GrQn, le Bulletin s'est chargé d'y répondre. En plaçant en regard deux pièces d'un ton si différent, rétives au même article, il a fait de cette dernière la critique la plus sanglante. Tout ce que je puis faire pour la lettre de M. Grûn, c'est de la répandre ; je la publierai, et elle formera le complément de mon article.
M. Grfln me reproche d*avoir « déchargé dans le Bulletin ti toute une année de mauvaise humeum. De la mauvaise humeur! Mais c'est dans la lettre de M. GrQn qu'on en trouve et non pas dans mon article f Et si j'avois pu en éprouver en cette occasion, j'aurois dû commencer dès le premier jour de nosrelation8,etje me serois évité les reproches ouïes railleries de mes amis.
H. Grûn me menace de me rendre un service de signaler
tous les endroits où je me suis trompé; d'abord tout le monde est sujet à l'erreur, et le livre de M. Grûn le prouve surabondamment; ensuite, je pourrois m'étre trompé encore plus que je ne l*ai fait, que cela n*ôteroit pas une erreur à M. GrCrn; enfin, cé^ service qu'il me fait si délicatement entrevoir ne sera pas tout-à*fait çratùit, car pendant les dix-huit mois que je lui ai donné mon nospitalité, à lui, qui m'étoit (je le confesse ) complètement inconnu, qui ne se réclamoit de personne, je lui ai signalé moi-métné bon nombre de rectifications que le temps m'a fait connottre, et il ne sera pas sans agrément pour moi de me voir, tin jour ou l'autre, écrasé par l'érudition de H. Grûn, après lui avoir communiqué à peu près sans réserve les notes que j'ai recueillies, les travaux préparatoires que j'ai rédigés, les pièces authentiques que j'ai péniblement rassemblées depuis trente ans.
SIT Mim TERRA LEVIS!
Ami 1856. D' J. F. Païen.
sente comme ceUes de Tancienneté de la nobtoase des Montaigne, d'un d*£lbène, ambassadeur à Rome, quand on en a créé de toutes pièces au sujet des fonctions, de la mort, de Fignorance de Pierre Eyquem, de la visite du roi de Navarre, des prétendues discussions sur la lettre de M»* de CasteUane, de Jacques Montaigne, secrétaire de la reine, de la mort d'Arnaud, etc., etc.!!!