‹ Récherches sur plusieurs points de l'astronomie egyptienne appliquees aux monumens astronomiques trouves en Egypte:Chapitre 1 sur 16 · I.IBRAIRES, RUE JACOB, N° a · texte numérisé non relu

I.IBRAIRES, RUE JACOB, N° a

AVANT-PROPOS

Eh bien! je me suis tu, malgré ce que je voi,

Et j’ai laissé parler tout le monde avant moi.

Molikbe.

Lorsque le zodiaque de Denderah, depuis long-temps 1 objet de tant de discussions et de systèmes parmi les savans, fut tout à coup apporté en France par une entreprise aussi hardie qu’imprévue, la curiosité publique fut au comble. Chacun ambitionnait de voir par ses propres yeux ce vieux monument échappé aux ravages des siècles, ouvrage mystérieux d’une science que quelques personnes faisaient remonter aux premiers âges du monde, et qui du moins devait, sans aucun doute, appartenir à une très-haute antiquité. Outre les connaissances astronomiques qu’il pouvait révéler, bien d’autres genres d’intérêt s’y attachaient encore; la multitude des hiéroglyphes qui le cou-

v re nt, leur état de conservation parfaite, l’espoir

vi aisemblable que l’interprétation en serait facilitée par la connaissance, ainsi que par la spé-

AVANT-PROPOS

cialité du sujet auquel le très-grand nombre d’entre eux se rapporte avec évidence ; enfin la nature meme toute extraordinaire du monument qui n’a point de pareil dans aucun Musée de l’Europe, et que l’on peut supposer unique meme en Égypte; sans doute aussi quelque souvenir de gloire nationale attachée au pays où il fut découvert, tout se réunissait pour faire souhaiter qu’il ne nous quittât plus. Les lumières personnelles du Roi, et la respectueuse confiance que sa bonté inspire, me persuadèrent qu’il accueillerait favorablement ce vœu public, s’il était porté jusqu’à lui. Sans autre titre que le pur amour des sciences, et de toute gloire française, j’osai le faire; et j’eus le bonheur d’éprouver que, près du Roi, ces sentimens suffisent pour être écouté. La libéralité du Roi conserva le zodiaque de Denderali à la France (i). L’empressement général put alors se satisfaire ; et, tandis que les moins savans y contemplaient avec surprise les memes figures des constellations zodiacales aujourd’hui en usage, transmises ainsi jusqu’à nous presque sans chàn-

(i) Une commission choisie dans les académies avait fixé le prix du monument à cent cinquante mille francs. Le roi donna sur sa cassette, la moitié de cette somme ; le reste fut fourni par le ministère de l’intérieur. Je puis rapporter ces détails avec certitude, ayant été chargé de signer l’acte d’acquisition au nom du gouvernement,

AVANT-PROPOS. VII

gement, comme le ciel auquel on les avait attachées , les plus habiles scrutant curieusement les détails moins apparens, mais plus caractéristiques, dont ces figures sont accompagnées, cherchaient, dans leur disposition ou leur forme, à retrouver quelque indice du but pour lequel on les avait réunies, et quelque trace de la pensée qui avait dirigé leur arrangement. La circonstance heureuse dont j’ai parlé plus haut, me donna l’avantage de pouvoir étudier ainsi le monument autant que je le voulus, même avant qu’il fût publiquement exposé. J’en comparai les diverses parties par des mesures précises. Après quelques essais généraux, qui me semblaient y montrer des rapports plus géométriques qu’on n’avait paru jusqu’alors le présumer, je remarquai, dans l’intérieur de la courbe formée par les douze signes du zodiaque, quelques astérismes peu nombreux, accompagnés chacun d’une étoile sculptée, et que leur rareté, ainsi que le choix évidemment volontaire de leur place pouvait faire soupçonner être des indications nominatives de constellations ou d’étoiles, remarquables soit par leur éclat, soit par les usages religieux qui s’y appliquaient. La discussion des figures zodiacales qui avoisinaient ces astérismes, me fit bientôt connaître avec vraisemblance quelle étoile pouvait

AV A NT-PROPOS

avoir été ainsi spécialement désignée par chacun d’eux ; et le calcul des distances célestes que je parvins à déduire de leurs positions relatives sur le monument, se trouva si conforme à ces interprétations, que j’en fus très-étonné moi-même; car l’accord n’était pas inférieur à celui que l’on aurait pu obtenir avec des observations d’Hipparque. Le développement de cette première idée devint pour moi l’objet d’un travail auquel je pris un intérêt extrême; j’avouerai même que, peut-être, je me laissai aller à y donner trop de temps. Mais comment se défendre d’un vif sentiment de curiosité, lorsqu’on espère pouvoir ainsi retrouver, et faire en quelque façon renaître une ancienne pensée, cachée peut-être depuis trente ou quarante siècles dans le mystère d’un temple égyptien ?

1 outefois, en proposant une interprétation nouvelle et purement astronomique du Zodiaque de Denderah, j’aurais vivement souhaité qu’il me fût permis de me borner à exposer mes idées sans être obligé de dire mon sentiment sur celles des autres : cette liberté ne m’a pas été accordée. Vainement, dans les deux mémoires que j’ai lus sur ce sujet à l’Académie des sciences, avais-je évité de froisser, de toucher les opinions précédemment émises. Je n’avais pas achevé de lire rues recherches, que déjà elles étaient l’objet de

AVANT-PROPOS

réfutations publiques ou de critiques imprimées, de la part d’adversaires qui ne les connaissaient qu’imparfaitement, et qui même avouaient sincèrement n’en avoir été informés que par oui-dire. Ici, on supposait que j’avais dû ignorer les données précieuses qu’un savant distingué avait déjà reconnues dans l’écriture symbolique des anciens Égyptiens,- tandis que ces données m’avaient été intliquées par un de nos antiquaires les plus habiles, et que j’avais, dès le commencement de mes recherches, parfaitement compris l’importance de semblables indices pour établir une première discussion critique du monument, pour en deviner le but vraisemblable, et pouvoir découvrir, dans sa construction présumée, quelques élémens géométriques auxquels on put appliquer des mesures. Ailleurs on ne m’attaquait point relativement aux données qui pouvaient être obtenues par l’observation comparée des antiquités égyptiennes; au contraire, on affectait de les dédaigner : mais, en les écartant, on se procurait, par cela même, une entière liberté pour confondre les unes avec les autres toutes les particularités qu’elles servaient à reconnaître. On faisait ainsi disparaître toutes les distinctions délicates que j avais pris tant de soin d’établir, et qui, après ni avoir fourni les premiers objets d’épreuves géo-

AVANT- PROPOS

métriques, m’avaient graduellement conduit à pouvoir appliquer les vérifications les plus sévères de l’astronomie. Ayant ainsi mêlé toutes mes traces, on se refusait aisément à reconnaître la route que je prétendais avoir parcourue; ou, si l’on consentait à m’y suivre, on niait, d’après des aperçus nécessairement aussi incomplets que précipités, les résultats numériques que j’avais obtenus par un travail de plusieurs mois. Enfin, un savant académicien, qui a dû profondément s’occuper des zodiaques d’Égypte, puisqu’il en fait espérer, depuis prés de vingt ans, une explication complète et démontrée, voulut bien s’ouvrir aussi sur ce sujet dans une société savante dont nous faisons tous deux partie. Mais, dans une discussion qui dura fort long-temps, il ne me donna guère d autres raisons décisives contre mon travail, sinon qu’il fallait envisager les zodiaques égyptiens d’une manière toute différente, qui était celle que luimême avait laissé depuis long-temps entrevoir. Et lorsque, pressé d exposer les motifs scientifiques sur lesquels il fondait cette préférence, il voulut bien condescendre à exposer sa doctrine, d me sembla, et, je crois, non pas à moi seulement, mais à beaucoup d’autres personnes présentes, il me sembla, dis-je, qu’il ne l’appuyait réellement d aucune preuve, mais qu’elle consistait

AVANT-PROPOS, simplement dans un système de significations allégoriques , qu’il attribuait aux figures dont ces monumens sont couverts, et d’après lesquelles il interprétait l’intention de ceux qui les avaient construits. Ce même académicien ajouta que deux habiles ingénieurs, MM. Jollois et Devilliers, membres de 1 expédition d’Égypte, qui ont aussi publié un travail sur le zodiaque circulaire, avaient d abord cru, comme moi, qu’il pouvait être construit sur des principes géométriques, et même selon le mode de projection que je croyais y avoir reconnu ; mais que bientôt ils avaient renoncé à cette opinion, comme je le ferais sans doute moimême , étant averti de son peu de certitude. Deux jours après, M. Devilliers écrivit à l’Académie des sciences, pour réclamer, au nom de M. Jollois et au sien, l’idée que le monument égyptien était construit géométriquement selon cette méthode, ajoutant que lui-même et son collaborateur avaient expliqué et adopté ce système de projection dans leur travail imprimé ; d’où l’on pouvait clairement inférer qu’ils ne l’avaient pas voulu abandonner pour les opinions que M. Fourier supposait si incontestablement victorieuses. Je me voyais ainsi placé dans cette position singulière, que les idées que j’avais émises étaient contestées comme fausses quand on me les attribuait,

Xf 1 AVANT-PROPOS.

et réclamées comme justes quand on ne me les attribuait pas; de sorte que, si elles étaient fausses elles étaient miennes, et j’avais tort de les avancer : ou, si elles étaient exactes, elles étaient à d’autres, et j’avais encore tort de m’en emparer. De quelque côté que je me tournasse, il fallait toujours que j’eusse tort.

Sans me laisser le temps de prendre haleine, un autre membre de l’Institut et de la commission d’Égypte lut à l’Académie des inscriptions et à l’Académie des sciences un mémoire qu’il présenta aussi comme un examen de mon travail. J’ignore comment il pouvait faire alors cet examen, n’ayant eu aucune communication de mes recherches, ne pouvant ainsi en apprécier, en connaître même entièrement les détails numériques , toujours impossibles à saisir complètement d’après une simple exposition orale ; j’ignore tout cela d’autant plus que cet académicien a considéré sa réfutation de mon travail comme assez urgente , pour la faire paraître dans le court intervalle d’une absence que mes fonctions m’imposent tous les ans à pareille époque, de sorte que je ne pouvais l’entendre, ni par conséquent répondre. J’ai lu depuis ce qu’il a publié à ce sujet ; et il m’a paru que je répondais assez en publiant mon mémoire.

AVANT-PROPOS

Quelques vives que soient en général les rivalités littéraires, l’amour-propre seul ne s’emporte pas ordinairement à ce point. Avant de combattre les opinions qui le blessent, ou les travaux qui lui déplaisent, il a presque toujours la patience d’attendre que l’impression les ait fait complètement connaître, et ait fourni, pour les çombattre, les armes que l’imperfection humaiue laisse toujours à la critique, même dans les plus beaux ouvrages. Cet empressement d’un certain nombre de personnes à prévenir le public contre un travail purement astronomique où personne n était attaqué ; cette ardeur à le décréditer d’avance, par des motifs divers, et même contradictoires, avant qu’il eût été, je ne dis pas imprimé, mais seulement annoncé par extrait dans aucun recueil scientifique; tout cela devait venir de quelque intérêt plus cher et plus énergique que le simple amour individuel de la vérité. Je compris que j’avais blessé au vif quelque opinion de corps, dont les partisans se coalisaient pour prévenir la propagation des sentimens qui leur étaient contraires.

Cette opinion, ou plutôt ce dogme, car je ne saurais autrement l’appeler en voyant la ferveur qu ü excite, c’est celui de l’immense antiquité des monumens astronomiques trouvés en Égypte.

AV A N T - PROPOS

Lors de la dernière expédition des Français dans cette contrée, le traité de Dupuis sur les mythologies astronomiques venait de paraître, et avait produit une grande sensation. Partant de l’idée que le zodiaque a été inventé en Égypte, qu’il a été créé d’un seul jet, et que les douze signes qui le composent ont du offrir, à cette première époque, la représentation convenue des travaux agricoles propres aux douze mois de l’année, trois suppositions qui ne sont fondées sur aucune autorité historique quelconque, Dupuis trouvait qu’un tel accord aurait eu lieu assez exactement pour le climat de l’Égypte, en concevant le solstice d’été placé dans la constellation du capricorne , ce qui met l’équinoxe d’automne dans le bélier, le solstice d’hiver dans le cancer, et l’équinoxe du printemps dans la balance (i). Or, à l’époque actuelle, ces quatre divisions de l’année solaire se trouvent dans les constellations des gémeaux, de la vierge, du sagittaire et des poissons. Ainsi le temps nécessaire pour ce déplacement étant calculé d’après la loi connue de la rétrogradation des équinoxes, donnera la distance hypothétique des deux époques. A la vérité, pour faire ce calcul avec quelque exactitude , il aurait

(i) Origine des cultes, tom. ni, p. 35o. Paris, an m.

AVANT-P lt O PO S.

fallu savoir au juste quelles étoiles composaient alors les quatre constellations; si elles étaient les mêmes que nous y plaçons aujourd’hui où si elles étaient différentes ; et enfin, à quelle étoile de chaque constellation les quatre points de division répondaient. Or, indépendamment de l’incertitude illimitée où nous sommes sur les deux premières questions, la seule indétermination qui naît de la troisième n’est pas peu considérable ; car, en plaçant le solstice d’hiver au commencement oriental de la constellation du capricorne telle qu’elle est composée aujourd’hui, on trouve à peu près i5ooo ans avant l’ère chrétienne pour lepoque que le système de Dupuis assignerait à l’invention du zodiaque; tandis qu’en plaçant le même point à la limite occidentale, on ne trouve guères plus que i3ooo ans; ce qui ne fait pas moins de vingt siècles de variation sur un calcul déjà si problématique. Au reste, se trouvant sans doute embarrassé pour remplir des intervalles de 1 3ooo ou de i5ooo années avec des évènemens historiques qu’aucune histoire ne lui fournissait, Dupuis suggéra lui-même la possibilité d’en raccourcir la durée de toute une demi-révolution des équinoxes, c’est-à-dire de i3oooans; et cela, en convenant que les inventeurs du zodiaque auraient appliqué les noms propres de chaque

XVI A.V4 N T - P rJo P O S.

signe, non pas aux constellations de l’écliptique dans lesquelles le soleil se trouvait effectivement à chaque mois de l’année, mais aux constellations qui étaient diamétralement opposées à cet astre ; et qui se montraient les premières à l’horizon oriental à l’entrée de la nuit (i). Cette supposition qui ne donne plus que 4ooo ans d’antiquité à l’invention du zodiaque, est peut-être historiquement moins embarrassante à soutenir que la première; mais il faut convenir que , comme spéculation hypothétique, elle semble beaucoup moins spécieuse ; car il serait bien bizarre que l’on eût imaginé de caractériser les diverses constellations situées sur la route annuelle du soleil, par des dénominations propres aux époques de l’année où cet astre en était le plus éloigné. Telles étaient les opinions dominantes parmi les savans attachés à l’expédition d’Égypte, lorsque les monumens astronomiques furent découverts. En voyant de grands zodiaques sculptés sous les portiques et dans l’intérieur des temples Égyptiens, les ingénieurs et les géomètres que la guerre avait transportés sur cette terre célèbre, crurent avoir retrouvé les traces d’une science antérieure à tous les temps connus. Ils y virent la confirmation

(i) Dupuis, origine des cultes , tom. ni, pag. 34o et 3/»i* Paris, an in.

AVANT-PROPOS. XVII

éclatante des idées de Dupuis, et ce fut ainsi que “ tte découverte fut annoncée en Europe d’après eur correspondance. Toutefois, à leur retour, °rsqu ils se furent soustraits à l’imposant aspect e ces vieux monumens, ils parurent abandonner lidée d’une antiquité aussi difficile à défendre, et se rapprochèrent du second système de Du- Püis, fondé sur les levers du soir. C’est à cela du moins que s’est fixé le plus célèbre de ces sa vans, M. Fourier; et, d’après cette manière de voir, d ne fait remonter la date des zodiaques de Latopolis, les plus anciens de tous, qu’environ à vingt-cinq siècles avant lere chrétienne; ce qui, a ce qu’il assure, se trouve conforme à l’histoire de 1 Égypte, aux opinions de la Grèce, et aux annales des Hébreux. Tous les autres membres de la commission d’Égypte qui pouvaient émettre une opinion en pareille matière, s’étant ostensiblement ralliés à ce savant géomètre, ont partout cité, loué, adopté comme indubitable la décision quil avait portée, sans toutefois en connaître beaucoup plus que le public les preuves positives, demeurées jusqu’ici dans la possession de 1 auteur (iJ. La haute antiquité des monumens

(O M. Fourier a donne seulement l’énujnération des ouvrages sur lesquels il s’appuie. On la trouve à la page 8 de ses recherches sur les sciences et le gouvernement de l’Égypte,

XVIII AVANT-PROPOS

astronomiques trouvés en Égypte, a pris ainsi parmi ces savans le caractère d’un fait, d’un fait matériel, consacré par un consentement unanime, et par une sorte de droit des gens que l’on ne pouvait légitimement contester.

Personne plus que moi ne reconnaît et ne respecte l’autorité des grandes sociétés savantes de l’Europe. Le nombre des membres qui les composent, et dont la plupart ont un rang élevé dans le genre de travaux dont ils s’occupent, la diversité de ces travaux, l’adoption même qu’elles font toutes de savans étrangers qu’elles s’associent, sont autant de circonstances qui doivent généralement concourir à y maintenir l’indépendance des opinions scientifiques, indépendance qui,

sous le titre « d’ouvrages qui traitent delà sphère égyptienne.» Si cette indication ne suffit pas pour prévoir tout le parti que M. Fonder a su tirer des auteurs qu’il désigne , elle fait du moins connaître tous les élémens historiques desquels il s’est autorisé ; et, comme les passages où ces élémens se trouvent sont tous connus depuis long-temps , et ont été souvent cités, il ne reste qu’à tirer les conséquences logiques qu’ils comportent , ce que chacun peut aisément faire. Quant aux considérations astronomiques et géométriques, leur énoncé, qui se trouve dans l’ouvrage de M. Fourier cité plus haut, suffit pour qu’on puisse les apprécier. Le système de M. Fourier sur les monumens astronomiques d’Égypte étant ainsi complètement connu dans ses bdses et dans ses résultats, par les énoncés mêmes que l’auteur en donne, peut, à ce qu’il nous semble, être discuté sans témérité.

avant-propos. xi\

dans 1 état de diffusion actuel des lumières est la plus importante condition, et peut-être la seule, des progrès futurs des connaissances humaines. Mais tous ces avantages disparaissent lorsqu’une reunion savante peu nombreuse, composée de personnes dont les occupations sont à peu près pareilles, se soumet, dans des matières contestables, à l’influence d’une opinion unique qu’elle adopte, qu’elle embrasse, qu’elle professe pendant un grand nombre d’années dans tous les ouvrages quelle publie. Car alors, si un individu étranger au même système d’idées vient proposer au public des vues contraires, ou seulement différentes , il est dans la nature des choses que 1 association tout entière se soulève, et repousse le novateur avec toute l’énergie d’une ancienne possession.

Vodà ce qu’ont éprouvé avant moi, totis ceux qui ont essayé de considérer les zodiaques égyptiens sous un point de vue différent de celui qu’a embrassé la commission d’Égypte, et qui ont cru pouvoir révoquer en doute l’antiquité presque fabuleuse attribuée par elle à ces monumens.

Naturalistes, antiquaires, astronomes, tous ont été repoussés presque comme des agresseurs injustes, qyand ils ne faisaient qu’user du droit de discussion commun à tous les savans. Et ce-

AVANT-PROPOS

pendant ce droit était alors d’autant plus légitimement exercé qu’il l’étaitd’une manière unanime. Car, dans le nombre des écrivains distingués qui ont pris part à cette lutte, la très-grande majorité a été, par des raisons diverses, contraire à l’excessive antiquité des monumens ; ou plutôt la commission n’a eu réellement personne de son avis, si ce n’est elle-même, et un petit nombre d’amis qui ont répété ses assertions sans y ajouter aucune autorité nouvelle. J’aurais mauvaise grâce à me plaindre d’avoir partagé le sort de tant d’autres, ayant eu le même genre de tort; aussi je suis bien éloigné de vouloir le faire. Partisan sincère, et constant, de toute liberté juste et raisonnable , je fais surtout profession de croire que le libre examen des opinions scientifiques est l’unique moyen d’en constater la vérité. Mais cette liberté que j’accepte entière dans l’attaque, je la réclame entière pour la défense. Ici elle m’a paru exiger que le public connût au vrai la situation respective des deux partis opposés, afin qu’il pût apprécier les insinuations par lesquelles on a cherché à le prévenir. Car enfin, il est temps que l’on sache que ceux qui nient la prodigieuse antiquité attribuée aux monumens égyptiens, peuvent être d’aussi bonne foi que ceux qui la soutiennent; et qu’ils peuvent en outre avoir d’aussi bonnes raison à donner, si l’on veut bien les entendre.

Page 1