ART OISE
éléments. La forme normale prédomine, mais on trouve des diplocoques à gros grains, des diplocoques à grains minuscules ; certains sont formés d’un gros grain et d’un petit. On note des diplocoques en voie d’accroissement dont les deux grains sont presque bacillaires ; dans des diplocoques à grains ainsi allongés, On peut souvent constater un trait de séparation au milieu de chaque grain allongé, ce qui est, sans doute, une transition aux chaînettes de deux diplocoques.
Toutes ces variations de dimensions respectant l'aspect général de l'élément pneumonique, ou le déformant de façon à lui donner une apparence de microbacille, se retrouvent dans les examens de pneumocoques faits directement par prises sur le malade.
Voici l’examen du pus d’un abcès de la région du genou de notre Cas 4.
* 12 avril. — Coques isolées, diplocoques, chaînettes de trois à quatre éléments, à capsules très nettes. Grandes variations dans la coloration, les dimensions et la forme même des éléments. Diplocoques formés d’un grain gros et d’un petit, diplocoques . capsulés formés de grains allongés, presque bacillaires. Quelques-uns présentent un trait de séparation au milieu.
A comparer la note suivante portant sur l’examen du pus de la péritonite de notre cas 2, que la culture montra ne contenir que le pneumocoque :
« Coques, diplocoques, chaîinettes de deux diplocoques parfaitement capsulés. Éléments de forme très variée, à gros grains, à petits grains, à grains inégaux. »
Si nous avons tenu à appeler l’attention sur ces variations de forme qui peuvent au début induire en erreur, et faire supposer qu’un microbe spécial n’a pas été isolé, c'est parce qu’il nous a sembié que les auteurs classiques n’appelaient pas sur ces faits suffisamment l'attention de leurs lecteurs.
Voici comment s'exprime notre maître, le D' Thoïnot:
.« Le pneumocoque provenant de l’organisme, dit-il, se présente sous la forme arrondie ou ovalaire ; légèrement effilé à ses
extrémités, lancéolé ou en forme de grains d'orge; il affecte ordinairement la disposition en diplocoques et parfois en chaînettes de 3 à 4 diplocoques. Sa longueur est de o & 50 à om 75; il est moins large que long ; il est entouré d’une auréole claire ou capsule, que la coloration met bien en évidence. »
Il est donc important de montrer que les microbes à formes de coccus, de même que les microbes à formes allongées, tendent aisément à prendre des formes involutives, de sorte qu’il est presque impossible de leur assigner une configuration absolue.
De plus, et ce point me paraît de nature à appeler l'attention, certains cocci peuvent affecter des formes bacillaires, de même que certains bacilles peuvent à un moment donné affecter des formes de coccus.
Ces faits, qui au premier abord étonnent, trouvent leur confirmation dans des travaux de nombreux auteurs connus; ils appuient ce que nous décrivons pour le pneumocoque et nous amènent à concevoir la possibilité de ce que Roux, Tissier et Pition ont décrit dans leurs recherches sur la grippe.
C’est ainsi que Chauveau a montré que dans quelques cas le bacille du charbon se présentait en microcoques.
Lesage, dans sa monographie clinique sur la pathogénie et l’étiologie de la gastro-entérite aiguë des nourrissons, s'exprime ainsi :
« Sur lamelles, tous les microbes se décolorent par la méthode de Gram. Leur forme est variable (cocco-bacillaire, bacillaire, strepto-bacillaire): on peut rencontrer toutes ces formes chez un enfant.
« On peut observer, d'autre part, des gastro-entérites où les microbes coliformes affectent tous tantôt /a forme coccienne, tantôt la forme bacillaire. Cette variabilité morphologique wa que peu de valeur. La culture démontre tous les caractères de la race dite bactérium coli ou microbes coliformes. Quel que soit le milieu, aérobie ou anaérobie, et quel que soit le point de l’intestin, on n’isole absolument que ces microbes. »
Et plus loin :
« Si on examine sur lamelles, on est frappé de ce fait que la polymorphie du microbe, décoloré au Gram, est variée (microcoque, bacille). »
Cantacuzène, dans son intéressante thèse sur la défense de l'organisme contreles vibrions cholériques, a parlé d’une manière analogue (v. p. 25):
« Le vibrion de Massaouah, dit-il, se présente souvent sous forme de longs spirilles mesurant jusqu’à 15 et 20 & de longueur; son polymorphisme est remarquable. Dans les cultures âgées il revêt l’aspect de bacilles droits, de cocco-bacilles et de coccus ; il nous est arrivé deux fois, dans des cultures sur gélose vieilles de six à dix jours, de le rencontrer sous forme de masses sphériques de 4 à 5 « de diamètre... »
Quant à la variabilité des microbes à formes de coccus, nous trouvons un appui de nos recherches dans quelques travaux dont nous allons parler maintenant.
Ce sont les recherches de Bosc et Galavielle sur le micrococcus tetragenes à l’occasion d’un tétragène virulent recueilli chez l’homme (Archives de médecine expérimentale,;janvier 1899); las travaux de Thiercelin sur l’entérocoque, et enfin le mémoire déjà signalé de Roux, Tissier et Pitionsur la grippe.
Il faudrait reproduire ici tout le chapitre de Bosc et Galavielle intitulé « B. Morphologie, et développement » pour montrer qu’à côté des tétrades régulières ou irrégulières on trouve des formes en triade, des formes diplococciques et de gros cocci isolés, qui constituent des formes de passage du microorganisme, formes étudiées par Boutron et Tessier.
En voici un extrait.
« Dans la partie superficielle du dépôt, on trouve des triades nombreuses formées par trois éléments égaux ou par deux petits et un volumineux; ces éléments sont arrondis sur leur face externe et aplatis sur les faces contiguës.
Dans la partie inférieure du bouillon, dans la couche située audessus du dépôt on trouve en dehors des triades des formes diplococciques de volume très inégal: les unes,très volumi-
neuses, ont l'aspect d’un grain de café, d’autres présentent une dépression sur leur bord externe ou une petite encoche sur leur face plane indiquant un début de bipartition.
Il en est qui sont 4 à 5 fois plus petites que les précédentes, formées par 2 éléments séparés par une ligne claire et disposés en chaînettes. À la surface du bouillon on trouve surtout ces formes diplococciques et des formes cocciques. Ces dernières sont constituées par une boule ronde ou irrégulièrement ronde, présentant un point central brillant dont on peut suivre la transformation en une ligne claire ou en un triangle lumineux aboutissant à une division en diplocoques ou en triade. »
Les auteurs parlent aussi des processus de division, qui dans les cultures âgées, amènent la formation de zooglées formées de microcoques de très petite taille appendus à deux ou trois gros tétragènes.
En somme, la plus grande fantaisie préside à ces variations de forme.
Thiercelin a constaté des phénomènes tout aussi intéressants sur l’entérocoque. Il nous est indispensable de reproduire ici le paragraphe « Morphologie » de son intéressante communication sur là morphologie et les modes de reproduction de l’entérocoque (Soc. de Biologie, 24 juin 1899). Elle démontre combien il faut se défier de la morphologie, et qu’elle valeur minime a toute classification des microorganismes reposant sur elle.
Voici le paragraphe:
« I. — Morphologie. Ce microbe (| Entérocoque) est doué d’un polymorphisme des plus remarquables et dans les cultures et dans l'organisme.
a) Dans les cultures. — Si on examine plusieurs cultures d’entérocoques faites dans les milieux différents, on est frappé de la diversité des formes que l’on rencontre. Tantôt, en effet, le microbe se présente sous la forme de coques, de taille variable, les uns très petits, les autres plus gros, de forme également variable, les uns arrondis, les autres allongés en grains de blé, auréolés
ou non; tantôt on voit surtout des diplocoques dont les grains ont une forme et un volume variables, arrondis ou allongés et lancéolés, entourés ou non d’une auréole; on peut même rencontrer toutes ces formes dans une même préparation. On peut voir aussi des tétragènes, des formes strepto-diplococciques, et même des formes staphylococciques. Dans certaines conditions, les éléments s’allongent et l’on a des diplobacilles ou des bâtonnets plus ou moins allongés et plus ou moins trapus. Quelques-uns de ces bâtonnets présentent à leur partie moyenne un étranglement; dans certains cas, un des grains du diplocoque s’est allongé en bâtonnet, l’autre ayant gardé sa forme de coccus. Nous avons purencontrer aussi de très gros éléments ovalaires.
Ce polymorphisme se rencontre également dans l'organisme, CtCr. n CF):
Enfin nous trouvonsles résultats obtenus par les auteurs lyonnais (Arch. de Méd. exp., 1892) dont les résultats sont consignés dans les traités classiques de bactériologie.
Ces auteurs ont étudié au cours d’une épidémie de grippe un microbe qui tantôt se présente en diplocoques, tantôt en diplobacilles. Cette variabilité des formes cocciennes et bacillaires est à rapprocher des variations de l'Entérocoque, que nous étudierons plus loin. 4
Dès maintenant, nous pouvons conclure que les microbes à type de coccus ont une morphologie aussi variable que les bacilles (2).
‘ (x) Pour la clarté de l’exposition, nous analysons cette communication au premier paragraphe du 4° chapitre de notre monographie de l’Entérocoque.
(2) Pour les broncho-pneumonies à bacille de Friedländer, dont nous n’avons aucun cas, lire :
Tripor. Thèse Toulouse, 1896-07.
ETienne. Archives Médecine exp., 1895. Revue générale.
Bezançcon. Médecine moderne, 1895. Revue générale.
Nerrer. Société médicale des hôpitaux, février 1897.