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I. — ETUDE DU MÉNINGOCOQUE

Cette étude est extraite des articles que nous avons publiés avec Thiercelin dans la Médecine moderne du 25 février 1899 et du 12 juillet 1890.

Dans notre article du 25 février 1899, nous montrons que nous sommes d'accord avec les maîtres comme Bonome, et Chantemesse, avec nos excellents collègues le Dr Bezançonet Griffon, mais, comme on le verra, nous posons les premiers la conception du type microbien intermédiaire.

Voici notre étude. Elle comprend une partie de bactériologie et une partie d’expérimentation.

a) Érune BACTÉRIOLOGIQUE. — Pendant la vie de notre malade vingt-six heures avant la mort, nous avons recueilli d’une façon aseptique au moyen d’une seringue stérile cinq centimètres cubes de sang, que nous avons examiné sur lamelles et mis en cultures aérobies et anaérobies sur différents milieux, bouillon, gélose, sérum liquide (liquide pleurétique).

A l’autopsie nous avons ensemencé de la même façon le pus méningé qui nous a servi à préparer de nombreuses lamelles. Des inoculations sous-cutanées ont été faites à deux souris avec ce pus délayé dans du bouillon.

» (1) Lire dans la Société médicale des hôpitaux, les communications de NETTER, CHANTEMESSE €6t MiLLET, BEZANÇON et GRIFFON,

. Presse médicale, 1899. Revue générale par Sixora. Clinique de l’Hôtel- Dieu du Pr Dieulafoy.

Voici les résultats obtenus :

Le pus coloré au violet simple, ou Ziehl dilué et par la méthode de Gram, montre qu’il existe entre les leucocytes une quantité considérable de microbes se présentant sous la forme de coques isolés, de chaînettes de deux éléments, mais surtout de diplocoques. Tous ces éléments sont entourés d’une capsule très apparente. Les grains qui les constituent sont, les uns arron- ‘dis, quelques-uns irréguliers, mais la majorité est formée de diplocoques nettement lancéolés et dont l'aspect rappelle de tous points celui du pneumocoque de Talamon. Ces microbes sont en dehors des cellules et gardent le Gram. A côté d’eux, on voit en dehors des cellules des microbes présentant exactement le même aspect et qui ont été décolorés par le Gram : ce sont les mêmes microbes, à l’état de cadavre. Enfin à l’intérieur de nombreux leucocytes on trouve des microbes, quelquefois en grand nombre, se présentant sous la forme de grains isolés et de diplocoques, avec ou sans capsules : de ces formes microbiennes, les unes ont gardé la coloration violette, d’autres ont été décolorées par le Gram.

Le sang examiné sur lamelles nous a montré quelques rares diplocoques lancéolés, encapsulés.

1° Cultures aérobies.

Bouillon. — Le bouillon au bout de vingt-quatre heures est très foncé, même trouble. Au bout de quarante-huit heures, la masse s’est éclaircie, mais au fond du tube on voit un dépôt formé, non par un fin dépôt comme le pneumocoque, ni par un gros grain comme le streptocoque, mais par des flocons.

Par,agitation, on ne peut les redissoudre dans le bouillon et ils retombent au fond du tube.

Dans les cultures de trois à quatre jours, les flocons deviennent de plus en plus volumineux.

Au microscope, la culture de vingt-quatre heures se présente sous l’aspect de diplocoques lancéolés, prenant le Gram, avec quelques coccus isolés et quelques chaînettes de deux à trois diplocoques.

Après quarante-huit heures, on trouve surtout des chaînettes formées de deux à six diplocoques. Le bouillon est pauvre en microbes, mais les flocons sont formés de chaînettes qui commencent à se grouper en amas. Au bout de quelques jours, on trouve des chaînettes très longues, où le groupement par paires n’est plus aussi bien marqué et des amas de chaînettes rappelant les amas de bacilles d’Eberth agglutinés. Dans les premières cultures sur bouillon, ainsi du reste que dans les premières sur agar, le microbe gardait sa capsule. Elle disparut dans les cultures suivantes faites sur ces milieux.

Gélatine. — En strie et en piqûre, nous avons obtenu des eultures à la température de notre laboratoire (15°). Ces cultures ont présenté l’aspect des cultures sur agar, que nous allons décrire.

Gélose. — Ensemencé dans le liquide de condensation du fond du tube, que l'on incline ensuite pour qu'elle recouvre toute la surface, le tube d’agar montre en vingt-quatre heures sa surface recouverte d’une multitude de petits points transparents, en gouttelettes de rosée, donnant l'apparence d’une culture très riche de pneumocoques. Les jours suivants, les petits points deviennent plus apparents, légèrement opaques, et on obtient un aspect de culture de streptocoques. Dans les cultures faites avec le sang du bras, le tube de gélose présentait déjà au bout de vingt-quatre heures ce dernier aspect.

L'ensemencement en strie donne un ruban couvert de cultures ayant l’aspect que nous venons de décrire.

Sérum humain liquide. — Dans les premiers ensemencements le sérum donne de belles cultures légèrement troubles en vingtquatre heures, avec formation de flocons le deuxième jour. L'examen sur lamelles montre des coques, diplocoques et des chaînettes de diplocoques nettement capsulés. Mais les réensemencements se sont montrés pauvres, et le sérum humain liquide (liquide pleurétique et ascitique) nous a paru être un milieu inférieur au bouillon ordinaire.

Sérum de lapin jeune. — Ce sérum est légèrement trouble au

bout de vingt-quatre heures. Les jours suivants il ne se forme pas de flocons. A l'examen, on voit des coques, diplocoques. Tous les microbes sont nettement capsulés.

Lait. — Le lait n’est pas coagulé, la culture reste pauvre.

Pomme de terre. — A l’œil nu, on croirait la culture négative, c’est à peine si la surface de la pomme de terre a un aspect légèrement vernissé, mais par raclage on obtient des chaînettes superbes formées d’un à quinze diplocoques lancéolés. Le groupement par paires est évident.

Les cultures sur ces différents milieux ont donné au bout d’une semaine des réensemencements positifs. Mais l’examen sur lamelles montre qu’à cette époque le microbe se présente surtout sous la forme de chaînettes à grains irréguliers et inégaux.

2° Des cultures anaérobies ont été faites sur les différents milieux, liquide, lait, bouillon, sérum, d’après la méthode de la trompe à eau et sur gélosesucrée d’après la méthode que Veillon a décrite récemment. . ,

Dans aucune culture anaérobie nous n'avons trouvé d’autre espèce microbienne que le méningocoque.

Toutes les cultures anaérobies sont restées pauvres et les examens sur lamelles nous ont montré au microscope des formes microbiennes inégales, irrégulières, prenant mal les réactifs colorants. Les tubes de bouillon et de sérum se troublent en vingt-quatre heures ; il ne s’y forme pas de flocons au bout de quarante-huit heures comme dans les cultures aérobies. Dans le tube de Veillon, les colonies, nombreuses à la partie supérieure du tube, deviennent plus rares dès qu’on atteint la partie moyenne.

Cependant, après rentrée de l’air dans les tubes, nous avons vu les cultures reprendre les caractères des cultures aérobies et les réensemencements, même après une semaine, ont été nettement positifs. Donc il végète mal en culture anaérobie.

b) ÉTupe exPÉRIMENTALE. — 3° Nous avons pratiqué des inoculations au cobaye, à la souris et au lapin. Nous avons obtenu des résultats positifs dans tous nos cas chez ces dernières espèces animales par injections sous-cutanées.

Deux cobayes ont été inoculés le 2 février avec un mélange de deux tubes de culture sur bouillon de vingt-quatre heures et de quarante-huit heures. L’un a reçu dans le péritoine un centimètre cube de ce mélange et n’a pas paru en souffrir. Une inoculation d’un centimètre cube dans le poumon a amené chez le deuxième cobaye, une paralysie persistante du train postérieur.

Aussitôt après l’autopsie du malade, nous avons inoculé, par injection sous-cutanée, deux souris avec une dilution du pus méningien dans du bouillon. L'une est morte en quarante-huit heures ; l’autre, qui paraissait guérie en ce moment, est morte le 2 février, soit en six jours, et, à l’autopsie, nous avons trouvé le méningocoque dans le sang du cœur de ces deux souris, dans les frottis sur lamelles faits avec le foie et la rate.

Une troisième souris, inoculée avec le sang du cœur du lapin n° 3, est morte de septicémie en vingt-quatre heures.

Une quatrième souris, inoculée avec le sang du lapin n° 2, le 5 février, à 5 heures de l'après-midi, meurt le 6, à 11 heures du matin, c'est-à-dire en dix heures. C’est la mort la plus rapide que nous ayons obtenue; elle démontre l’augmentation de la virulence du méningocoque dans les passages successifs d’un animal à un autre.

Enfin, une souris qui avait reçu en injection sous-cutanée trois centimètres cubes de culture bouillie est morte, et nous n'avons trouvé dans les -cultures faites avec les organes que le bactérium coli. L'examen sur lamelles, fait au moment de l’autopsie, ne nous avait pas montré de diplocoques. La mort semble due aux toxines. |

Cependant, nous gardons dans notre laboratoire une souris qui a reçu des doses progressives de cultures bouillies et qui a très bien résisté. Elle nous servira à des expériences ultérieures.

Un lapin n° 1, inoculé le 1<' février, après trépanation, dans le liquide céphalo-rachidien, est mort en vingt-quatre heures. L’autopsie nous a révélé des lésions du cerveau ; nous considérdns cette expérience comme sans valeur.

Un lapin n° 2 adulte a reçu dans la veine de l'oreille, le

1er février, un centimètre cube d'un mélange de deux tubes de culture sur bouillon, l’un de vingt-quatre heures, l’autre de quarante-huit heures. Il ne présente aucun accident. Le 4 février, il reçoit dans la veine de l'oreille deux centimètres cubes de culture sur bouillon de vingt-quatre heures. Le 5, il est atteint de parésie du train antérieur et du train postérieur. Bientôt surviennent de la dyspnée, des attaques convulsives, et il meurt dans l’après-midi. L'examen du sang sur lamelles nous montre, ainsi que les cultures, qu'il est mort de septicémie.

Un lapin n° 3, jeune, a reçu dansle tissu cellulaire de l'oreille, le 1°" février, une injection de deux centimètres cubes d’un mélange de cultures dans le bouillon de vingt-quatre heures et de quarante-huit heures. Il est mort de septicémie en quarantehuit heures.

Un lapin n° 4 a reçu dans les narines, Le 5 février, deux centimètres cubes d’une culture dans le bouillon ensemencé avec le sang du cœur de notre deuxième souris. Il ne présentait aucun accident.

Deux autres lapins adultes ont été inoculés à plusieurs reprises avec des cultures virulentes.

Chez l’un, nous avons, quelques jours avant la mort, déterminé un traumatisme sur le crâne, en frappant violemment avec une clef; il mourut de septicémie, et, au point où avait porté le traumatisme, nous avons observé un abcès sous-cutané formé par un pus épais de couleur blanc laiteux, bien lié, et dans lequel nous avons trouvé des microbes en grand nombre se présentant sous forme de streptocoques ; il y avait, en effet, dans ce pus de nombreux coques et diplocoques, mais ce qui dominait c'étaient des chaînettes ; s’il n’y avait pas eu de capsules nettement apparentes, On aurait cru être en présence du streptocoque. Ce pus, inoculé sous la peau d’une souris, la fit mourir en vingt-quatre heures, et dans le sang du cœur de celle-ci il fut facile de mettre

en évidence des diplocoques capsulés,

L'autre lapin adulte dut aussi être inoculé à plusieurs reprises pour mourir de septicémie. La dernière inoculation fut pratiquée,

quarante-huit heures avant la mort, sous la peau qui recouvre le crâne : en ce point à l’autopsie, nous trouvâmes un abcès formé de pus crémeux non collecté dans lequel il existait un grand nombre de diplocoques capsulés.

Ce microbe est donc particulièrement virulent pour le lapin jeune, il l’est moins pour le lapin adulte, chez lequel il faut répéter les inoculations pour produire la septicémie.

Nous n’insisterons pas sur la pauvreté en microbes des préparations faites avec le sang du cœur immédiatement après la mort et sur abondance des microorganismes sur les lamelles préparées quelques heures plus tard ; c’est là un fait bien connu. Mais nous voulons faire remarquer d’une part, que le microbe retrouve sa capsule en passant par les animaux, d’autre part que nos résultats sont comparables, quelle que soit l’origine du microbe expérimenté. C’est ainsi que le lapin n° 2 est mort à la suite d’une injection d’une culture obtenue en repiquant sur bouillon la culture sur agar du pus méningien, tandis que le lapin n°3 est mort par injection d’une culture obtenue en repiquant la culture primitive sur bouillon du sang du bras.

Les cultures anaérobies nous ont paru avoir conservé leur virulence ; deux souris inoculées l’une avec une culture anaérobie et l’autre avec une culture aérobie, de même provenance et de même âge, sont mortes à peu près en même temps. La souris inoculée avec la culture anaérobie est morte quelques heures avant l’autre, et, dans le sang du cœur nous avons trouvé le microbe ayant revêtu une forme très nettement streptococcique, tandis que dans le sang de l’autre nous avons trouvé des diplocoques.

Pour nous résumer, nous dirons que les microbes que nous avons isolés du sang de notre malade pendant la vie et du pus méningien après la mort, présentent tous les caractères morphologiques et biologiques attribués par les auteurs (Bonome, Netter, Chantemesse, Bezançonet Griffon) au méningocoque.

€) REMARQUES GÉNÉRALES. — Nos recherches nous ont montré de plus quelques points intéressants que nous résumons ici :

Tout d’abord, dans le pus méningien, les microbes existaient surtout en dehors des leucocytes ; mais d’autres étaient manifestement intracellulaires.

Le diplocoque que nous avons trouvé en dehors des cellules blanches est bien celui que Bonome a décrit sous le nom de «streptococcus meningitis capsulatus» et que différents auteurs, et en particulier M. Netter, ont étudié. Quant à celui qui existait dans l’intérieur des leucocytes, nous croyons pouvoir affirmer que c’est le même microbe qui a pénétré dans la cellule et qui, dans certains cas, y a subi des altérations qui ont modifié sa forme et sa réaction en présence des matières colorantes.

Parmi les microbes vus dans les leucocytes, certains, en effet, avaient l’aspectet la coloration des microbes intracellulaires, c’est-à-dire qu’ils se présentaient avec l'aspect de diplocoques lancéolés et capsulés et prenaient le Gram ; d’autres,au contraire, se présentaient sous la forme de grains isolés, ou de diplocoques arrondis et même réniformes ne prenant pas le Gram, sans capsule ou avec une capsule peu apparente. Ces derniers aspects correspondent-ils aux formes que Weichselbaum a décrites sous le nom de « micrococcus intra-cellularis meningitidis » ? Nous ne le croyons pas. Les microbes qui sont dans les cellules sont ceux qui ontété vaincus dans leur lutte avec la cellule (voir ACHALME, thèse Paris); on conçoit dès lors que dans les cas où les germes sont peu virulents, ils peuvent tous être absorbés par les leucocytes, périr et dès lors être décolorés parle Gram. Dans un cas que l’un de nous a pu observer à l’hospice des Enfants-Assistès, chez son maître, M. Hutinel, tous les microbes étaient intracellulaires et étaient décolorés par la méthode de Gram; dans ce cas la maladie avait duré plus de quatre semaines. En l'absence de culture il est difficile de conclure (1).

En second lieu, les cultures que nous avons obtenues présententles caractères de celles du méningocoque et que les expéri-

(1) L'existence indépendante du méningocoque de Weichselbaum a depuis été prouvée par les travaux de Netter et l'observation de V. Griffon.

mentateurs ont bien mis en lumière. Pourtant la culture du sang du bras montrait au bout de vingt-quatre heures des colonies plus apparentes que ne le sont ordinairement celles du méningocoque, qui sont transparentes comme les colonies de paeumocoque : ceci est dû à la grande vitalité que possédait ce microbe dans le sang, supérieure à celle qu’il possédait dans le pus.

Sur pomme deterre, nousavons obtenu une culture non apparente, mais très riche.

En anaérobie, le microbeque nous étudions a poussé difficilement, beaucoup moins bien que ne pousse le pneumocoque, mais il y conserve sa virulence.

Enfin les inoculations aux animaux nous ont montré que dans notre cas le méningocoque était particulièrement virulent, puisqu’il a tué avec septicémie, et cela après injection sous-cutanée, la souris en quarante-huit et le lapin jeune en vingt-quatre heures.

Le passage par ces animaux a exalté sa virulence et nous sommes arrivé à tuer les souris en moins de dix-huit heures. Le lapin adulte est plus résistant ; il faut faire des inoculations répétées pour avoir la mort. Chez deux d’entre eux, nous avons constaté la formation d’abcès sous-cutanés dus au méningocoque.

Toutes nos tentatives faites pour produire, avec le sérum de notre malade, un phénomène semblable à la séro-réaction de Widal, ont échoué.

Il est difficile d’assigner une place au méningocoque dans la classification des microbes. Cette difficulté vient ici, comme chaque fois qu’on la rencontre en bactériologie, de l'absence des règles de la classification. Les auteurs qui l’ont étudié veulent, soit en faire une variété de pneumocoque, soit en faire un organisme spécial ; nous notons cependant, entre le pneumocoque et le méningocoque, des différences importantes. La végétabilité considérable sur les milieux usuels, sa culture sur gélatine à la température ordinaire, la vitalité prolongée dans les tubes de

culture, son agglutination dans le sérum de lapin jeune(Bezançon et Griffon) font au méningocoque une place à part; sans compter que celui que nous avons étudié poussait mieux en bouillon qu'en sérum liquide, en aérobie qu’en anaérobie, et donna, dans un cas, un abcès au lapin avec formes streptococciques, et, après culture en anaérobie, la septicémie à une souris en revêtant les mêmes formes dans le sang.

D'autre part, dans certaines cultures datant de quelques jours, le microbe se présentait sous forme de chaînette, et le groupement par paires disparaissait. Cette apparence, jointe à l'aspect que présente la culture sur les tubes de gélose, la chute de l'oreille de nos lapins inoculés dans le tissu cellulaire, éveillaient en nous l’idée du streptocoque ; mais le passage par les animaux rend au microbe son aspect primitif.

Nous ne voulons pas établir de rapprochemenl entre le streptocoque et le méningocoque, nous voulons simplement insister sur ce fait que si, dans l’organisme vivant, il ressemble le plus souvent au pneumocoque, il prend souvent, dans les cultures et même dans le pus, les aspects du streptocoque. Pour ces raisons, ne peut-on,. au moins provisoirement, faire entre ces deux microbes une place indépendante au diplocoque de la méningite cérébro-spinale épidémique ?

d) En étudiant un deuxième cas, notre conception du diplostreptocoque (entérocoque de Thiercelin) se dessine.

Dans notre deuxième article nous montrons de nouveau que le méningocoque possède des propriétés mixtes du pneumocoque et du streptocoque, ainsi que le montre l'extrait suivant :

Étude bactériologique et expérimentale de notre deuxième cas de méningite cérébro-spinale. — Nous avons vérifié sur le méningocoque de ce deuxième cas les propriétés biologiques que nous avons constatées précédemment.

Nous venons de voir que le microbe avait pu tuer les souris en vingt-quatre heures. Nos expériences ont donné chez le lapin des résultats particulièrement curieux. Mais, avant de les rela-

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ter, nous tenons à faire remarquer que les capsules sont, dans ce cas, beaucoup plus difficilement visibles que dans notre premier cas, et que, même dans l'organisme des animaux, leur existence paraît inconstante.

Un premier lapin qui avait déjà reçu en injection sous-cutanée le sang d’une sangsue, fut inoculé le 13 février avec les cultures ensemencées par le sang du cœur de la souris tuée en vingt-quatre heures et supporta sans malaise cette inoculation : il a guéri.

Mais le 21 février, dansle but d’étudier la virulence comparée de nos cultures aérobies et anaérobies, nous inoculons un deuxième lapin avec 6 centimètres cubes de culture anaérobie (bouillon de vingt-quatre heures) et un troisième lapin avec 6 centimètrescubes de cultures aérobies (bouillon de vingt-quatre heures). L’inoculation est faite dans le tissu cellulaire et dans la veine de l’oreille.

Le 22 au matin, les oreilles des deux lapins sont tombantes;

le troisième lapin a l'oreille rouge, chaude, tuméfiée, et au niveau de l’injection existe une collection purulente, remplie de chaînettes de diplocoques non capsulés. Le deuxième lapin a l'oreille tombante; elle est chaude, rouge, douloureuse et présente l’aspect classique de l’érysipèle.

Des inoculations faites à la souris après scarification ‘de l’oreille érysipélateuse sont restées négatives.

Le 23, nous réinoculons au deuxième lapin six centimètres cubes d’une culture de vingt-quatre heures au niveau de la naïissance des oreilles. Nos deux lapins paraissent devoir guérir de

. leurs lésions ; mais le lendemainils refusent de manger et meurent le 26 février. L’autopsie nous a permis de constater dansle sang du cœur, sur lamelles, la présence de diplocoques lancéolés présentant une capsule peu apparente et prenant le Gram.

En plus, le troisième lapin présente une légère péricardite avec quelques fausses membranes riches en méningocoques au niveau de la naissance des vaisseaux artériels.

« Le méningocoque retiré du sang du bras, de l’apophyse mastoide et du canal rachidien, mis en culture dans les différents

milieux, avant et après passage par la souris et le lapin, a reproduit les différents aspects que nous avions déjà observés. Nous avons retrouvé cette vitalité considérable, cette facilité de pousser sur tous les milieux, ces formes altérées en culture anaérobie, les chaînettes ayant jusqu’à 50 éléments dans les anciennes cultures sur bouillon ; les cultures riches mais peu apparentes sur pomme de terre.

Toutefois, nous devons remarquer que l'aspect en point de rosée ou en colonie de streptocoque n’a pas, dans ce cas, obéi à une règle aussi simple que dans notre première observation.

Tandis que dans le premier cas nous obtenions des cultures plus grandes et plus opaques au fur et à mesure des différents repiquages, ici nous avons obtenu des cultures en goutte de rosée en repiquant des points opaques et inversement. [l nous a semblé que la richesse d’un tube en colonies, leur rapprochement donnait des aspects en gouttelettes de rosée, tandis que l'écartement des colonies présentait plutôt des cultures ayant l'apparence streptococcique. À

Dans plusieurs de nos tubes, nous avons remarqué que près du liquide de condensation, les colonies avaient l'aspect opaque ; celles de la partie supérieure du tube, plus fines, sont vraiment pneumococciques.

e) CONSIDÉRATIONS SUR L'ÉTUDE DU MÉNINGOCOQUE DE NOTRE DEUXIÈME cas. — Telle a été l’histoire bactériologique de ce deuxième cas de méningite aiguë. Elle est intéressante par plusieurs de ses côtés.

Tout d’abord nous avons trouvé le méningocoque dans le sang pendant la vie. Cette constatation faite à deux reprises doit être rapprochée de la présence du microbe dans le sang de notre premier malade. Elle constitue une indication de recherches pour les cas à venir et permettra peut-être dans quelques-uns de fixer un diagnostic hésitant.

La présence du méningocoque en culture presque pure dans les fosses nasales et dans les croûtes qui recouvrent la lèvre de R... soulève la question de la pathogénie de l’affection. S'il se con-

firme que le méningocoque est un hôte vulgaire des fosses nasales, n’est-il pas logique de supposer que le microbe est devenu virulent au niveau d’une affection locale, qu'il a envahi le sang secondairement pour aller dans une troisième phase se localiser au niveau des méninges.

Le méningocoque retiré du sang s’est montré très virulent, il a tué la souris en vingt-quatre heures et le lapin en quelques jours. Il est dans l’étude bactériologique deux autres points à élucider. Le premier est, de beaucoup, le moins important : il s'agit de la difficulté que nous avons eue à constater les capsules de notre méningocoque. Cette difficulté est très grande, et nous pouvons dire que ce n'est que dans le sang du cœur de nos lapins que nous l’avons franchement observée. Il en résulte, étant données les formes en chaînettes que prend le microbe, qu’un observateur non prévenu aurait pu confondre ici le méningocoque et le streptocoque.

Quelle valeur devons-nous attacher à l’érysipèle produit chez notre lapin. Certes, un seul cas ne saurait établir une réaction biologique ; toutefois, nous voulons faire remarquer que, dans notre premier cas, l’oreille de nos lapins inoculée était toujours tombante, que notre troisième lapin a fait un abcès de l’oreille, enfin que la scarification de l'oreille du deuxième lapin nous a donné des cultures pures de méningocoque. Nous regrettons de n'avoir pu obtenir la mort des souris inoculées avec la sérosité de l'oreille, mais les cultures obtenues étaient tellement identiques à nos cultures précédentes, que nous croyons impossible, malgré l’absence de capsules, de supposer l’existence d’une infection secondaire locale, et nous concluons en disant que le méningocoque obtenu dans notre deuxième cas a présenté dans ses cultures et ses réactions biologiques, outre des caractères propres, des caractères le rapprochant du pneumocoque et du streptocoque et qu’il a tué le lapin de septicémie, après lui avoir donné, dans un cas, un érysipèle de l'oreille,

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