II. — ÉTupe DE L'ÉNTÉROCOQUE
Mais à ce moment, Thiercelina décrit et étudié son entérocoque ; il l’a, d'accord avec nous, réuni au méningocoque puisqu’il est impossible de séparer un microorganisme saprophyte du tube digestif d'un microbe existant dans les fosses nasales (Schiff) et en ayant tous les caractères, et ainsi se trouve établie la conception du « diplostreptocoque » telle que nous la présentons aujourd’hui. Nous répétons que nous désignerons notre diplostreptocoque sous la dénomination adoptée aujourd’hui d’Entérocoque.
Voici la communication du 15 avril 1899 à la Société de Biologie :
a) SUR UN DIPLOCOQUE SAPROPHYTE DE L'INTESTIN SUSCEPTIBLE DE DEVENIR PATHOGÈNE, PAR M. E. THIERCELIN. — « À côté du bactérium coli commun, il existe, parmi les nombreux germes qui pullulent dans l'intestin, un microbe saprophyte comme lui, susceptible aussi de devenir virulent, et dont le rôle pathogène est au moins aussi important que celui de la bactérie d’Escherich. |
Dans les selles normales, ce microbe se présente sous la forme d’un diplocoque, de volume très variable, à grains arrondis ou lancéolés, ressemblant alors au pneumocoque, et pouvant même quelquefois être entouré d’une auréole.
Difficilement isolable, il donne, sur l’agar, naissance à une petite colonie transparente de diplocoques ou de coques isolés, arrondis ou en grains de blé, dont la vitalité est très minime, car ils ne poussent pas si on les réensemence sur un autre tube.
Ce microbe se rencontre en grand nombre sur une lamelle de matières fécales colorées au Gram, mais il devient beaucoup plus abondant dans certaines maladies intestinales. Dans ces conditions, il se présente encore sous la forme de diplocoques à grains arrondis ou lancéolés, mais les formes auréolées sont
plus fréquentes que dans les selles normales ; on rencontre aussi des diplocoques à éléments volumineux et aussi des chaînettes de deux diplocoques. Dans ces cas, ce microbe est parfaitement isolable et peut être cultivé sur les différents milieux de labotoire.
Bouillon. — Trouble au bout de vingt-quatre heures; il s'éclaircit ensuite et il se forme au fond du tube un dépôt blanchâtre, d'apparence muqueuse, de plus en plus abondant à mesure que la culture vieillit.
Au microscope, la culture jeune se présente sous forme de diplocoques lancéolés ou en grains de blé, prenant le Gram et quelques chaînettes de deux ou trois diplocoques. Plus tard, les chaînettes sont plus nombreuses, et sont plus longues, le groupement par paires restant manifeste dans la plupart, et les microbes ont des tendances à former des amas, à s’agglutiner.
Gélose. — Ce microbe donne naissance à des petits points, transparents d’abord, qui deviennent ensuite rapidement opaques, donnant l’aspect d’une culture de streptocoques.
Au microscope, au bout de vingt-quatre heures, on voit sur-
- tout des diplocoques lancéolés et quelques chaïînettes courtes de diplocoques, et au bout de quelques jours les diplocoques isolés sont plus rares et les chaînettes de diplocoques dominent, quelques-unes assez longues.
Gélatine. — Ce microbe pousse sur gélatine à la température ordinaire.
Sérum humain. — Dans le sérum d’ascite, il pousse en donnant des chaînettes de diplocoques ou des diplocoques isolés nettement capsulés.
Des réensemencements peuvent être pratiqués au bout de plusieurs semaines avec résultat positif.
Înoculation aux animaux. — Le microbe n’est pas pathogène pour le cobaye, il l’est peu pour le lapin ; pourtant en injectant de très fortes doses plusieurs jours de suite sous la peau, nous
sommes arrivé à tuer le lapin et nous avons remarqué des lésions intestinales assez importantes.
Ce microbe est très pathogène pour la souris ; un centimètre cube de culture dans le bouillon tue cet animal en vingt-quatre heures : dans le sang, on trouve quelques diplocoques auréolés et des matières diarrhéiques dans l’intestin grêle.
Les diplocoques que nous avonsisolés dans les différents cas de maladies intestinales que nous avons pu étudier ne se sont pas toujours comportés dans les cultures d’une façon identique. Nous avons décrit plus haut l’espèce la plus habituellement rencontrée ; dans un ças, nous avons isolé un diplocoque poussant ainsi à la température ordinaire, mais qui n’était pas repiquable après huit jours, et qui n’a pas poussé dans le bouillon. Dans plusieurs cas, nous avons eu un diplocoque ne faisant pas de chaînettes dans les milieux, et donnant des cultures transparentes. Ces différences correspondent à des degrés divers de vitalité et de virulence.
Nous nous trouvons donc là en présence d’un microbe qui, dans les produits organiques, se présente sous forme d’un diplocoque à grains arrondis ou lancéolés, quelquefois auréolés, ou de tétraèdre, qui peut être cultivé dans tous les milieux de laboratoire, même à la température ordinaire, et qui est pathogène” pour la souris et aussi pour le lapin.
Ces propriétés morphologiques et biologiques le rapprochent très nettement de l’espèce microbienne que nous avons isolée du pus des méninges, avec M. Rosenthal, dans deux cas de méningite cérébro-spinale épidémique et dont l’un a été rapporté à la Société médicale des hôpitaux (séance du 17 février 1899) et nous serions fortement tenté de l'identifier avec le microbe pathogène de cette affection. Comme lui, c’est un diplostreptocoque semblant occuper une place intermédiaire entre le pneumocoque et le streptocoque, eten attendant que leur place à tous deux soit nettement définie dans la classification bactériologique, nous proposons de donner au microbe que nous étudions le nom d’entérocoque, pour rappeler son origine intestinale, et par analogie avec le nom du méningocoque donné à l’agent de la méningite.
A l’état pathogène, nous l’avons rencontré dans les selles glaireuses, et dans les mucosités de l’entérocolite aiguë de l’enfant et l’entérite muco-membraneuse de l’adulte. Dans ces produits, on le rencontre en quantité considérable ; en examinant une préparation au Gram, on croirait avoir sous les yeux une préparation de crachats de pneumonique. Il est alors très facile, au moyen de ces produits, d'obtenir des isolements de ce microbe. Sur les tubes d’agar incliné, le mucus ensemencé donne naissance à un grand nombre de petites colonies, plus nombreuses même dans certains cas que celles du bactérium-coli.
Nous l'avons rencontré encore dans le pus d’appendicite, et aussi dans les appendicites non suppurées. Il existe alors en grande quantité dans les boulettes fécales qui remplissent l’appendice, et surtout dans le mucus qui les entoure, ainsi que dans les parois de l’appendice.
A cause de ces constatations, et à cause des résultats obtenus chez les animaux en expérience, ce diplocoque nous paraît devoir être considéré comme l'agent pathogène de l’entérite mucomembraneuse, et il nous paraît aussi jouer, dans la production de l’appendicite, le premier rôle, les autres espèces microbiennes n’agissant que secondairement. Si l’on admet les rapports qui unissent l’entérite muco-membraneuse et l’appendicite, on ne sera pas étonné de cette affirmation.
Il doit aussi être incriminé dans l’embarras gastrique et dans certains ictères infectieux : nous croyons, en un mot, qu’il joue un rôle des plus importants dans la plupart des affections du tube digestif et de ses annexes. »
b) Quelques années avant que Thiercelin systématise et crée ainsi l'entérocoque., il avait été entrevu à Berne par Tavel, directeur de l’Institut bactériologique, et Eguet, qui ont publié sur l’entérite à streptocoques un travail remarquable.
A côté du streptocoque pyogène et du pneumocoque de Talamon-Fraenkel, ces auteurs remarquèrent et étudièrent des formes de diplocoques ; mais trompés par la variation de
forme des grains et des aspects, ils crurent nécessaire de créer deux types, le diplococcus intestinalis major et le diplococcus intestinalis minor, bien que du reste ils ajoutent que : « il serait souvent difficile de dire si un diplocoque appartient à l'espèce majeure ou mineure, attendu qu'il se présente, entre ces deux types, une quantité de formes de passage ».
Les auteurs ont créé ce type à cause de la fréquence des groupements en diplocoques et en chaînettes de diplocoques, mais leur étude, bien que très intéressante, n’est qu’un travail précurseur de celui de Thiercelin, qui a fixé définitivement les caractères de l’entérocoque, forme intestinale du diplostreptocoque. Nous sommes heureux de pouvoir dire que Thiercelin: nous communiquait chaque jour ses résultats et que nous avons été son collaborateur.
Nos études devaient aussi nous faire retrouver souvent le diplostreptocoque (Entérocoque de Thiercelin). Nous l'avons, tant Thiercelin à St-Antoine, que nous-même à l'hôpital des Enfants-Malades, retrouvé dans les broncho-pneumonies, et on sait que Lereboullet l’a trouvé dans un cas de cirrhose hypertrophique, ainsi qu'il l’a annoncé à la Société de Biologie, 18 juin 1899.
Je me souviens, qu’à l’autopsie d’un enfant, dont je rapporte plus loin l'histoire, une étudiante du service me demanda de faire l'examen bactériologique. Le lendemain, elle me dit qu'il s'agissait sans doute de broncho-pneumonie à pneumocoques. Je l’engageai fortement à suivre ses cultures, et, quelques jours après, elle me raconte son erreur, en disant qu'il s'agit de streptocoque.
Aspect de pneumocoque dans l’organisme,caractères de streptocoque dans les cultures; c'est là toute l’histoire de l’entérocoque.
Bien que nous ayons tenu à montrer ies phases de notre cone ception; nous voulons, au risque de nous répéter, présenter
maintenant un tableau des caractères de l'Entérocoque (diplo- Streptocoque) considéré, ainsi qu’il doitl’être, comme un microbe extrêmement répandu et non plus comme un microbe simplement de la flore intestinale.
a) L’Entérocoque est une espèce microbienne intermédiaire au pneumocoque et au streptocoque et qui forme la transition entre les deux espèces. Ses caractères se rapprochent, dans l'organisme, de ceux du pneumocoque et dans les cultures de ceux du streptocoque.
C'est un microbe existant à l’état de saprophyte à la surface de la plupart des muqueuses : dans le nez il a été vu par Schiff; dans le mucus pharyngien, il existe en quantité considérable ; dans l'intestin, Thiercelin l’a décrit sous le nom d’entérocoque, que nous adoptons pour les raisons énoncées plus haut.
Il peut devenir pathogène et donner lieu à des affections locales ; dans les cas graves survient la septicémie.
C’est à cette espèce que l'on doit rattacher le méningocoque. En envahissant les voies respiratoires, il produit des bronchites aiguës, des broncho-pneumonies massives difficiles à séparer de la pneumonie lobaire (1). Des voies respiratoires supérieures, il peut gagner l'oreille et causer des otites.
Sur la peau nous l’avons rencontré dans la gourme, dans les pustules herpétiques suppurées.
A l’état saprophytique, il se présente dans les produits organiques sous forme de coques isolés, ou de diplocoques à grains fort irréguliers comme volume et comme forme. Tantôt ces grains sont aplatis, tantôt ils sont arrondis, d’autres fois en forme de grains de blé, rarement ils sont lancéolés. Ils sont quelquefois entourés d’une auréole. A cet état les cultures sont pauvres et se repiquent difficilement.
A l’état pathogène il présente dans l'organisme les mêmes aspects, mais les formes qui prédominent sont les formes de diplocoques à grains légèrement allongés ou lancéolés, capsu-
(1) Ce point sera précisé dans un travail ultérieur, R
Le)
lés ou auréolés. Dans ce cas les dispositions en chaînettes courtes de diplocoques ou en tétraèdres sont fréquement observées.
Dans les cultures il pousse sur tous les milieux de laboratoire, surtout à 37° et même à la température ordinaire. Dans le bouillon qu’il trouble uniformément en vingt-quatre heures, et qui redevient clair au bout de quarante-huit heures, il se présente sous forme de coques isolés, de diplocoques, et surtout de chaînettes de diplocoques. Les grains de ces éléments sont souvent inégaux. Sur gélose, il produit de petits points blancs dont l’aspect offre toutes les transitions entre la transparence du pneumocoque et l’opacité du streptocoque. Là encore au microscope, ont voit des diplocoques isolés et des chaînettes formées par l’accouplement de plusieurs diplocoques. Sur la gélatine il pousse en donnant naissance à des colonies semblables à celles signalées sur l’agar, mais formées de points plus petits,plus transparents : la culture est pauvre. Le lait est un mauvais milieu de culture. Le sérum liquide donne de moins bons résultats que le bouillon. La pomme de terre donne des cultures riches mais peu apparentes. Ce microbe est, dans certains cas, indéfiniment repiquable. Il est anaérobie facultatif, mais prend dans des cultures anaérobies des formes d’involution.
Il est pathogène : bien que le cobaye supporte les inoculations sans présenter d’accidents, le lapin après inoculation de cultures virulentes meurt de septicémie, et on trouve dans son sang des diplocoques à grains arrondis ou légèrement lancéolés, généralement munis d’une auréole. La souris est très sensible aux injections hypodermiques; elle meurt de septicémie en vingtquatre heures. Le lapin a pu présenter accidentellement un érysipèle. La
En résumé, l’Entérocoque tient une place intermédiaire entre le streptocoque et le pneumocoque, non pour les séparer, mais pour les réunir. Ces différents aspects nous expliquent qu’il ait été considéré par les auteurs qui l’ont rencontré tantôt comme un pneumocoque, tantôt comme un streptocoque.
b) 11 faut pourtant que nous expliquions encore pourquoi le diplostreptocoque (Entérocoque de Thiercelin) réunit au lieu de séparer le pneumocoque et le streptocoque. C’est à cause de la variabilité des caractères qu'il présente selon les échantillons.
Si l’on compare l’Entérocoque ou diplostreptocoque au streptocoque de Fehleïsen, on voit qu’il s’en sépare surtout par les caractères suivants :
1° Présence de capsule dans l'organisme ou d’auréole.
2° Chaïînettes courtes dans les cultures jeunes et disposition par paires des éléments.
3° Mort des lapins par septicémie.
Nous avons vu qu'il a pu donner un érysipèle au lapin, dans certains cas la capsule disparaît, le microbe devient faiblement auréolé (1), enfin même la disposition par paires peut disparaître dans quelques cultures, et si les formes longues sont rares au début, leur apparition n’est que retardée et on les trouve en abondance dans des cultures ayant 6 à 8 jours.
Si l’on compare l’Entérocoque au pneumocoque, on constate les caractères distinctifs suivants :
1° Culture possible à la température de la chambre.
2° Culture mauvaise en milieux anaérobies.
3° Mauvais résultats sur le lait et le sérum liquide.
Or, dans un de nos cas, le diplostreptocoque ou Entérocoque a donné à la température de la chambre une culture très pauvre et non repiquable. Dans un autre cas, le tube de Zuber-Veillon s’est rempli de colonies bien vivaces. Enfin, une seule fois, il est vrai, le sérum liquide de lapin nous a donné de bons résultats et l’on verra que MM. Weinberg et Le Roy des Barres ont obtenu de belles cultures sur le lait du streptocoque encapsulé, qui n’est autre que « l’Éntérocoque ou diplostreptocoque ».
Seule, la vitalité considérable reste la propriété inattaquable de l'entérocoque. Puisque les caractères distinctifs de notre
(1) Bordet a décrit dans quelques cas un streptocoque auréolé. Annales ‘de l'Institut Pasteur, 1897.
microorganisme et du pneümocoque ou du streptocoque disparaissent individuellement dans quelques cas, aucun d'eux n’a donc üne valeur exclusive et nous justifions notre conclusion. L'entérocoque relie d’une manière ininterrompue le pneumocoque et le streptocoque. .
Représente-t-il la: forme primitive ? Nous le croyons à cause de sa vitalité formidable, mais c’est un point qu’éclairciront des recherches ultérieures.
En poursuivant ses recherches, Thiercelin a étudié certains caractères biologiques particulièrement curieux de notre Entérocoque. Les résultats qu’il a obtenus sont consignés dans sa communication du 24 juin 1899 à la Société de Biologie, et dans son mémoire de novembre 1809, présenté à la Société de pédiatrie de Paris. Nous y trouvons des phénomènes curieux à rapporter, et la confirmation ‘de: recherches que nous avions entreprises avec cet auteur. ! GE
a) L'étude approfondie de la Fa nanene de l’'Entérocoque a montré à Thiercelin, comme nous l’avions déjà vu avec lui, combien étaient variables les aspects de ce microbe, et les faits que nous allons énoncer ne paraîtront qu’une répétition du chapitre que nous avons consacré plus haut aux variations un peu méconnues de l'aspect du pneumocoque de Talamon- Fraenkelet à la confirmation que nous tirions des travaux de Thiercelin. — Faït notable, ce polymorphisme se retrouve dans l’organisme sain ou malade et dans les cultures ; il importe
de l'étudier, car nous ne devons pas, dans nos. recherches, essayer de trouver un germe correspondant à un aspect spécial, alors qu'il s’agit simplement de variations morphologiques. Si dans des selles d’entérite, à côté de quelques formes diplo- Streptococciques, on trouve le plus souvent en abondance la forme typique diplococcique; en faisant des examens de matière fécale on trouve toute transition entre l'aspect ordinaire pneu-
mococcique et la forme en diplo-bacille auréolée. Or, la culture justifie identification de ces formes. On’ y-trouve, en effet, d’abord toutes les variations possibles de la forme ronde des coccus : les uns sont très petits, d’autres très gros, d’autres allongés en grain de blé. L'étude des formes en diplocoque amène les mêmes résultats. Leur volume est variable, on trouve toutes les transitions entre l’auréole à peine appréciable et la capsule donnant l'aspect pneumococcique. Chaque ‘grain ou diplocoque sera arrondi ou en grain de blé. Mais le plus intéressant, c’est que Thiercelin a décrit des formes en diplobacilles, et que ces diplobacilles sont formés d'éléments plus ou moins longs ou plus ou moins trapus. La forme de transition la plus nette est celle ou un diplocoque est constitué par un
grain arrondi ou auréolé, et un élément allongé ; or, nous avons:
dit, dans notre étude du pneumocoque, que nous considérions ces formes bacillaires des coques, comme des éléments en train de se reproduire (1).
b) Dans toute l'étude de l’Entérocoque, on retrouve sa
vitalité bien spéciale telle qu'elle lui permet de vivre dans
des bouillons acidifiés faiblement par l'acide chlorhydrique. Aussi trouve-t-on dans toutes les cultures des formes qui indiquent l'activité du processus de reproduction. Un élément volumineux devient un diplocoque, ou donne naissance à une chaînette de trois ou quatre diplocoques de taille minime. Mais Thiercelin a bien étudié un autre mode de reproduction de l’'Entérocoque.
« Les deux éléments du diplocoque se séparent, dit-il, et chacun d’eux devient l’origine d’un nouveau diplocoque de la façon suivante. Au sein du protoplasma apparaît une petite granulation, le protoplasma cesse alors d’être colorable et forme l’auréole qui entourera l'élément nouveau. Cette petite granula-
n . . she | tion grandit, puis se divise en deux pour former un nouveau
diplocoque. Dans certains cas, il apparaît une granulation à
5 ) "OT - (x) Voir, plus haut, notre chapitre sur le Pneumocoque de Talamon.
chaque extrémité de l’élément primitif; d’autres fois, quand l’élément primitif est allongé en bâtonnet, il se forme plusieurs granulations, on a alors l'aspect d'un streptocoque auréolé. Le mode de formation de ces granulations varie du reste à l'infini.
Dans certaines conditions de virulence et de culture, il peut, du reste, se former de véritables spores dans l’intérieur de l’'Entérocoque, résistant à la chaleur et pouvant être colorées par les procédés appropriés. » | |
Quelle est l'importance de ces granulations auréolées ? [suffit
de dire, que dans les cas d’appendicite opérés à froid, on les rencontre fréquemment. Les cultures restent négatives ; maïs il est permis de penser qu’il s’agit d’une forme d'infection latente : à la première occasion, la granulation germera, et l’appendicite se réveillera avec tous ses dangers.
c)Ilest un autre pointtrèsimportant ; carildonne à l’expérimentation une part prépondérante dans la détermination de l’Entérocoque. Lorsque dans lelaboratoire denotre maître, le P' Hayem, nous poursuivions, Thiercelin et moi, nos études sur l’Entérocoque et le Méningocoque, Thiercelin me fit remarquer que tous nos animaux présentaient à l’autopsie des lésions intestinales considérables. Ces lésions prédominaient à la dernière partie de l'intestin grêle et au niveau du gros intestin, et souvent en faisant des lamelles avec le mucus qui entourait les matières fécales durcies, nous avons eu des aspects de crachats pneumoniques. Les cobayes tués par injection intraveineuse présentaient la même lésion.
Voici par exemple, l’autopsie d’un lapin, qui succomba après avoir reçu, pendant trois jours consécutifs, une injection souscutanée de 5 c. c. de culture.
« À l’autopsie, nous trouvâmes des matières extrêmernent durcies dans tout le gros intestin. Le cæcum était rempli de matières pâteuses, argileuses, adhérentes aux parois dont il était très difficile de les détacher ; au fond du cæcum, ces matières étaient durcies, et au niveau de l’appendice une boulette fécale durcie oblitérait l'orifice de celui-ci. L'appendice était dilaté,
rempli de mucus dans lequel on constatait en grand nombre l'existence de diplocoques. Dans le reste du gros intestin, les matières fécales étaient extrêmement dures, à surface ondulée, entourées de mucus, dans lequel on constatait la présence de très nombreux diplocoques. L'intestin grêle était rempli de matières diarrhéiques. Le foie était volumineux, présentant l'aspect des foies infectés, la rate petite, les poumons n'étaient pas altérés, maïs les reins étaient très congestionnés, et la vessie remplie d’une urine contenant des diplocoques et des chaînettes de streptocoques en très grand nombre au milieu d’un dépôt très abondant de carbonate de chaux. Le sang, couleur sépia, était rempli de diplocoques auréolés. »
Cette fréquence des lésions intestinales, quel que soit le mode d’inoculation, ne peut-elle pas être considérée comme un indice de l’origine intestinale de l’Entérocoque ?