CONCLUSIONS
La broncho-pneumonie résulte de l’infection descendante des : voies respiratoires par des germes non spécifiques, pathogènes : ou devenus accidentellement pathogènes.
‘I. — L'étude de 6 cas mortels de broncho-pneumonie nous engage à formuler les propositions suivantes :
-a) La broncho-pneümonie est une maladie extrêmement contagieuse chez l'adulte comme chez l'enfant, car la malade de notre Obs. IIT a succombé simplement à la contagion. |
b) Il est indispensable, dans l’étude bactériologique, de faire des prises sur le malade vivant. C'est le seul moyen qui permette : de reconnaître la valeur pathogène d’un germe qui semblerait : banal, sans cette précaution.
-c) Les anaérobies ne sont pas simplement des microbes de la gangrène. Dans notre Obs. T il y avait septicémie par un bacille anaérobie, que nous n'avons su déterminer.
d) Le diplocoque non capsulé dont la valeur pathogène nous est démontrée, outre sa présence dans le sang pendant la vie, par la mort de la souris, est sans doute un microbe rendu virulent par l'association du streptocoque pyogène. Il pousse sur tous les milieux, à la température ordinaire, prend le Gram,et ne, forme pas de chaînettes dans les cultures.
II. — Notre étude sur le cocco-bacille hémophile ou (coccobacille de Pfeiffer) nous a donné les résultats suivants :
Nous avons pu réunir et étudier 19 cas de broncho-pneumonie infantile, dont 15 étaient dus au cocco-bacille de Pfeiffer,
RE
pur dans deux cas, un bénin, l’autre mortel, associé dans les 13 autres cas avec le pneumocoque, le streptocoque, et un microbe présentant comme l’Entérocoque de Thiercelin des caractères à la fois du pneumocoque et du streptocoque, le diplostreptocoque ou Entérocoque.
Pfeiffer a fait du cocco-bacille hémophile (ainsi qu’il faut le désigner pour rappeler son principal caractère) le microbe de la grippe parce qu'il le trouvait dans tous les cas de grippe. Or, sans rappeler que nombre d’auteurs ne l’ont pas trouvé dans des cas, et que nous-même dans 6 cas étudiés avec Achalme, nous ne l’avons pas rencontré, nous voulons insister sur les faits suivants :
1° M. Metchnikoff nous a déclaré que Pfeiffer ne trouvait pas son microbe dans la grippe au cours de l’année 1899.
2° Nous avons trouvé le bacille de Pfeiffer dans des broncho-pneumonies, alors qu'il n’y avait aucun cas de grippe à Paris. \
3° En pleine épidémie de grippe, en étudiant parallèlement deux cas absolument semblables, l’un nous a donné du streptocoque pur (Obs. XIII), l’autre nous a donné du streptocoque associé au cocco-bacille hémophile.
4° Il n'existe aucun caractère clinique permettant de suppo= ser la présence du cocco-bacille hémophile dans les cas étudiés (Meunier, Rosenthal) (1).
5° De nombreux auteurs onttrouvé le cocco-bacille hémophile dans la flore des cavernes pulmonaires. Baumler, Pfeiffer, Arthaud (Archives de Parasitologie), dans les catarrhes des tuberculeux, l’expectoration bronchique des pneumoniques (Elmassian).
Donc le cocco-bacille hémophile est un microbe ordinaire de la flore pathologique du poumon ; il n'est pas le bacille de la grippe.
Nous désirons, après avoir donné notre interprétation du
(1) Rapprochez FRaznkeL. Thèse de Paris, 1898. — Darier. Broncho-pneumonie dans la diphtérie. Thèse, 1885.
rôle du cocco-bacille hémophile, insister sur quelques points de son histoire biologique que nous croyons avoir éclaircis.
On sait que Pfeiffer a séparé de son cocco-bacille le « pseudoinfluenza bacillus » ; que Grassberge r a dédoublé le microbe de Pfeiffer en espèces A et B,qu'Elmassian a décrit un organisme semblable au cocco-bacille hémophile, mais poussant sur des milieux organiques additionnés d’agar, sans hémoglobine. Le pseudo-bacille de l’influenza de Pfeiffer a des formes plus. longues, et une tendance particulière à donner des formes d’involution. L'espèce A, de Grassberger, est identique au coccobacille de Pfeiffer; espèce B présente, dès le début des cultures, à la fois des formes courtes et des formes longues, avec ou sans pôles renflés en massue, avec quelquefois des espaces clairs ne prenant pas les réactifs colorants.
Or, ilnousest arrivé que des ensemencements d'organes différents d’un même malade nous aient donné, tantôt du coccobacille à formes courtes, tantôt du cocco-bacille à formes longues; bien plus, le même ensemencement nous a donné dans des tubes différents les formes courtes et longues — et nous avons dans des repiquages passé de l’une à l’autre forme — malheureusement sans pouvoir déterminer les raisons de ces modifications.
Donc le pseudo-bacille de l’influenza, les espèces A et B de Grassberger sont identiques au cocco-bacille de Pfeiffer.
Le microbe d'Elmassian ne diffère du cocco-bacille de P feiffer que parce qu’il pousse sur agar-ascite. Or, les échantillons des bacilles de Meunier, de Dujardin-Beaumetz, poussent aussi sur agar-ascite. Les nôtres, sur lesquels nous avons vérifié toutes les réactions et expériences de Pfeiffer et Grassberger, ont poussé sur agar liquide d’hydrocèle. Aucun n’a poussé sur agar-sérum de cheval. C'est l'emploi de ce milieu qui a fait dire à Pfeiffer que le cocco-bacille hémophile ne poussait pas sur agar-sérum, comme Meunier et nousmême l’avons dit dans une première communication. Done le microbe d'Elmassian doit être réuni au cocco-bacille hémo-
phile.
- Dans les cultures et les examens du microbe, nous avons vérifié l'exactitude des descriptions de Pfeiffer, Grassberger ét Meunier, de plus, nous avons noté quelques faits intéressants.
- a) L'emploi des tubes de Zuber-Veillon pour les cultures änaérobies, nous a montré que le cocco-bacille hémophile était strictement aérobie.-
: b) On peut obtenir de très belles cultures liquide, soit dans le liquide de condensation des tubes d’agar hémoglobine, soit en énsemençant le sérum de lapin laissé au contact du caillot sanguin ét'ayant redissous une forte proportion d’hémoglobine. c) Le cocco-bacille hémophile peut décolorer rapidement la gélose d’hémoglobine, au point de nécessiter, pour éviter toute erreur, l'examen de l'étiquette du tube.
d) Dans les cultures mixtes, nous avons noté que l’on obtenait des résultats beaucoup meilleurs en réensanglantant le milieu quelques heures après l’'ensemencement, et surtout en ne surpiquant le staphylocoque doré, microbe de choix, que vingt-quatre ou quarante-huit heures après. Dans ce cas, la surface entière du tube se recouvre de colonies visibles à l'œil nu, légèrement bleutées, ayant envion de r à 3 millim. de diamètre, analogues aux colonies bleutées rnixtes de notre première communication. Les plus belles colonies ne sont pas toujours les plus rapprochées du microbe fertilisant.
- e) Le cocco-bacille hémophile est auto-inoculable, c’est-à-dire
qu’en étalant sur la gélose une colonie bleutée, on obtient une colonie en nappe, arrivant à avoir l'apparence des cultures jeunes du bacille d'Eberth.
-f) L'action fertilisante des microbes pour le cocco-bacille hémophile est quelquefois double et se complique d’une action inverse sur le microbe favorisant; car dans les cultures mixtes de streptocoque et de cocco-bacille hémophile, nous avons trois fois obtenu des cultures de streptocoque ayant l’aspect staphy- .lococcien. Les repiquages redonnaient les aspects normaux. Les cultures mixtes de pneumocoque et de cocco-bacille hémophile
permettent de garder deux ou trois mois le pneumocoque vivant en culture.
Enfin, nous voulons donner ce que nous considérons comme la formule biologique du cocco-bacille hémophile :
En présence des résultats différents obtenus par les différents auteurs dans leurs expériences sur les animaux, en employant le cocco-bacille hémophile, nous avons expérimenté le coccobacille associé avec des microbes de virulence variable.
a) La souris inoculée avec un mélange de pneumocoque et de cocco-bacille hémophile meurt de septicémie à pneumocoques, et les cultures donnent du pneumocoque pur.
b) Le cocco-bacille de Pfeiffer, associé au méningocoque que nous avons étudié avec Thiercelin, ne lui rend pas sa virulence, qu'il perd rapidement dans les cultures.
c) Le lapin inoculé dans le poumon avec un mélange de coccobacille de Pfeiffer et d’une culture très ancienne de staphylocoque doré non virulent, meurt de congestion pulmonaire en quelques jours. Ce résultat est à rapprocher de l’innocuité ordinaire des injections de cocco-bacille pur, et de la gravité des. injections intracrâniennes. [l pourra devenir le point de départ de recherches d’immunisation. |
Nous désirons encore répéter, aprèsM eunier, combien cette recherche du cocco-baciile est délicate. Difficile à cultiver, le cocco-bacille est passé-longtemps inaperçu.Nous espérons avoir contribué à montrer qu'il est un microbe ordinaire des voies respiratoires.
III. — Le pneumocoque de Talamon-Frænkel présente dans les broncho-pneumonies les caractères bien connus. Nous insistons sur les points suivants :
a) C'estun microbe facile à cultiver sur tous les milieux pourvu qu'on surveille avec soin leur alcalinité.
b) On ne peut le différencier de l’entérocoque que par les cultures qui doivent être faites dans tous les cas.
c) Le pneumocoque présente soit sur lamelles,soit en cultures,
un grand nombre de formes irrégulières, arrondies, en granulations, allongées, pseudo-bacillaires. L'étude de ces formes montre que les microbes à type de coccus ont des formes aussi variables que les bacilles.
-IV: = Le cocco-bacille orangé est un microbe que l'on peut rencontrer dans les affections du poumon, ainsi que le bacille chromogène vert. Le cocco-bacille orangé peut simuler sur les lamelles le cocco-bacille hémophile, d’où le nom de paracoccobacille de Pfeiffer, sous lequel je l’ai désigné dans une communication à la Société de Biologie.
V.— L'EnréRocoQuE DE THIERCELIN. — Les recherches entreprises avec Thiercelin nous ont montré l'identité d’un méningocoque étudié par nous et de l’Entérocoque. La présence d’un microbe identique à l’'Entérocoque dans les broncho-pneumonies infantiles, l’ostéomyélite, les affections du foie et l’appendicite, nous a conduit à la conception d’un « diplostreptocoque » ; mais pour ne pas créer de dénomination ambiguë, nous adoptons, d'accord avec Thiercelin, le mot d’ « Entérocoque », pour désigner ces formes microbiennes.
L'étude que nous avons faite de cet organisme nous a montré qu'il présentait à la fois des caractères de rapprochement et des caractères différentiels importants avec le pneumocoque de Talamon etle streptocoque pyogène, bien qu'aucun de ces caractères n'ait une valeur absolue.
Les phénomènes qui dominent l’histoire de l’Entérocoque sont les suivants :
a) Il conserve sa vitalité très longtemps, car les cultures sont repiquables après soixante-cinq jours et même, en culture anaérobie, après quatre mois et demi.
b) Il tue la souris de septicémie, mais perd rapidement sa viru- Jence dans les cultures.
c) Le lapin ou le cobaye, tué par inoculation ou ingestion de cultures, présente fréquemment des lésions intestinales d’entéro-
colite aiguë. Le lapin meurt de septicémie, mais peut présenter un érysipèle de l'oreille.
d) I] peut présenter des formes altérées qui sommeillent dans l'organisme et expliquent les périodes de repos séparant les poussées fébriles.
e) On peut identifier l’Entérocoque avec le diplocoque intestinal des auteurs suisses, et le streptocoque encapsulé de Leroy des Barres et Weinberg.
VI. — De notre revue des observations, nous retirons une proposition qui dérive de l'enseignement de notre maître M arfan:
La cachexie du nourrisson est d’abord gastro-intestinale ; elle devient ensuite pulmonaire. La broncho-pneumonie terminale évolue latente et torpide ; elle tue l’enfant au moment où les symptômes intestinaux ont disparu. .La fièvre est peu élevée, la dyspnée souvent à peine appréciable : c’est une broncho-pneumonie de vieillard chez le nourrisson.